‹ William Pitt et son tempsChapitre 48 sur 51 · M. PITT AU ROI · texte numérisé non relu

M. PITT AU ROI

c 25 mars 1783.

» M. Pitt a reçu ce matin les ordres bienveillants dont Votre Majesté l'a honoré. C'est avec un regret infini qu'il se voit dans la nécessité de déclarer humblement à Votre Majesté qu'avec tous les sentiments possibles de fidélité et d'attachement pour Votre Majesté, malgré un ardent désir de contribuer au service public, il lui est absolument impossible, vu la situation des

affaires et ce qui s'est passé hier à la chambre des communes, de songer à se charger, en pareille conjoncture, du poste que Votre Majesté a eu la bonté et la condescendance de lui offrir.

» Gomme ce qu'il ose écrire aujourd'hui au roi est le résultat définitif des plus sérieuses réflexions, il croirait criminel d'attendre jusqu'à demain pour le soumettre humblement à Votre Majesté, ce qui pourrait empêcher Votre Majesté de tourner immédiatement ses royales pensées vers le projet d'arrangement que Votre Majesté, dans sa sagesse, pourra croire nécessaire dans les circonstances actuelles. »

« Windsor, 25 mars, 4 h. 35 m. après-midi.

» M. Pitt, je suis fort blessé de voir que vous êtes «résolu à refuser, dans un moment où ceux qui ont quelque attachement pour la constitution telle qu'elle est établie par les lois, devraient tenir tête à la faction la plus dépourvue de principes dont il soit fait mention dans les annales de ce royaume.

« 25 décembre 1183, 10 h. 46 m. du matin.

» Tout rayon d'espérance est agréable à ceux qui se trouvent sur le bord d'un précipice. J'espère donc que le duc de Richmond, lord Gower, lord Thurlow et M. Pitl me présenteront quelques noms qui puissent compléter un ministère; s'ils ne le peuvent pas, ils savent déjà ma résolution. Une heure me conviendra parfaitement.

> Windsor, 13 janvier 1784.

» M. Pitt doit supposer que j'ai reçu avec une grande inquiétude la communication qu'il m'a faite des deux votes qui ont eu lieu dans la longue discussion terminée ce matin ; cela prouve que la chambre des communes est beaucoup plus disposée que * je n'aurais pu l'imaginer à prendre part aux résolutions extravagantes d'hommes désespérés. Quant à moi, je suis parfaite-

meut calme, parce que j'ai la satisfaction de sentir que j'ai fait

mon devoir.

» Bien que la journée de M. Pitl doive, je suppose, être amplement remplie par ses conférences avec les autres ministres sur les mesures à proposer dans la crise actuelle, cependant, afin que mon absence ne puisse amener aucun retard, je dînerai en ville et je serai prêt à le recevoir dans la soirée si cela lui paraît utile. En tous cas, je suis prêt à faire tout ce qu'on pourra me proposer pour résister à celte faction, et à lutter jusqu'au dernier moment; mais je ne puis consentir à me mettre en leur puissance. S'ils finissent par triompher, ma ligne de conduite est toute tracée, et j'aurai le courage de la suivre.

* SI janvier 1784, 9 h. 17 m. du matin.

» J'avoue que je ne vois pas de raison pour ne pas effectuer la dissolution, si la chose est praticable; sinon, j'ai peur que la constitution de ce pays-ci ne puisse pas se maintenir. »

« 21 janvier 1784, 6 h. 25 m du soir.

* Je prie M. Pittde réunir ce soir les ministres confidentiels, afin de leiK faire savoir ce qui s'est passé aujourd'hui. Je ne pense pas qu'il puisse y avoir là une raison qui nous empêche de prononcer la dissolution lundi; mais si cela était, il faut que M. Pilt soit armé de l'opinion des autres ministres. Je crains que la bonne foi de M. Powys ne l'ait fait tomber dans un piège; le retard aurait les plus fâcheuses conséquences, et l'opposition serait naturellement bien aise qu'il en fut l'auteur. Si M. Pitt peut venir ce soir avant onze heures, après la réunion, je serai prêt à le voir, sinon, demain matin aussitôt qu'il voudra.

« 25 janvier 1784.

» Bien que l'indécision soit de toutes les situations la plus pénible pour un esprit jeune, je n'ai aucun désir de voir M. Pitt

avant qu'il ait pu s'entendre avec les minisires, ses collègues, sur les différentes questions que fait surgir la crise actuelle. J'espère qu'à neuf heures et demie il sera en mesure de m'exposer le résultat de leurs délibérations.

» L'opposition fera certainement tout ce qu'elle pourra pour nous entraver; mais il faut être hommes, et si nous voulons sauver le pays, il faut couper les fils que nous ne pouvons débrouiller. Les demi-mesures sont toujours une puérilité, et elles sont souvent funestes.

« 26 janvier 178*.

» Le langage que M. Pitt a tenu aujourd'hui à la chambre des communes me paraît avoir été fort convenable. L'idée de voir les ministres donner leur démission pour tout laisser en désordre était digne de la bouche qui l'a énoncée, mais elle ne peut mériter l'approbation des gens sensés.

« 50 janvier 1781.

» Le récit de ce qui s'est pass" hier à la chambre des communes, et qu'on peut assez bien recueillir, je suppose, en lisant les différents journaux, me donne toute raison de louer le langage de M. Pitt et de réprouver celui de M Fox et de son adhérent, lord North; cela prouve que leurs principes s'opposeront toujours au seul genre d'union que je puisse admettre.

» Je n'ai point d'objection à ce que M. Pitt cherche à savoir ce qu entend le duc de Porlland, bien que je ne puisse suggérer pour cela aucun expédient. Je ne puis pas dire que les gentilshommes qui se réunissent à la taverne de Saint-Alban me fassent l'effet d'avoir pris jusqu'à présent le seul parti qu'ils puissent prendre , celui de mettre la main à l'œuvre pour empêcher une faction de désespérés d'achever la ruine de la plus parfaite de toutes les œuvres humaines, la constitution anglaise. » G. 4t. »

c 4 février 1784.

» J'espère que la chambre des lords comprendra aujourd'hui que le moment est venu pour lequel la sagesse de nos ancêtres a placé dans l'État ce respectable corps pour empêcher la couronne ou les communes d'empiéter mutuellement sur leurs droits A vrai dire, si les iords ne résistent pas hardiment, cette constitution subira bientôt nécessairement quelques changements, car si l'on porte la main sur les deux seuls privilèges qui restent à la couronne, celui de mettre son veto à des bills votés par les deux chambres du Parlement et celui de nommer les ministres, je ne puis m'empêcher de sentir, pour ce qui me regarde personnellement, que je ne puis plus être d'aucune utilité dans ce pays-ci, ni rester avec honneur dans cette île.»

« 45 février 1784.

» M. Pitt sa it sf bien la contrariété que j'éprouve à la seule possibilité de revoir les chefs de l'opposition dans les charges publiques, et particulièrement M. Fox dont la conduite n'a pas été plus hostile à ma situation dans le royaume qu'à ma personne même, qu'il doit attribuer à cette raison le défaut de netteté qui régnait hier soir dans ma conversation; j'imagine cependant qu'il aura ce matin l'esprit plus en repos, pour sa conférence avec les autres ministres confidentiels, s'il a par écrit ma manière de voir; c'est le résultat de mes constantes réflexions depuis qu'il m'a quitté hier au soir. Je consens, s'il le juge bon, à ce qu'il le communique aux personnages respectables ci-dessus désignés.

» Ma situation actuelle est peut-être la plus singulière qui se soit jamais présentée dans les annales de ce pays-ci ou de tout autre ; car la chambre des lords, à une majorité de près de deux contre un, s'est déclarée en ma faveur dans ce pays ; mes sujets sont tout aussi décidés et dans une proportion beaucoup plus forte; pour lutter contre celle situation, I opposition n'a

qu une majorité de vingt ou trente voix au plus dans la chambre des communes qui, je regrette de le dire, semble pour le moment vouloir arrêter les subsides publics. Bien que je n'aie jamais fait grand cas de la popularité, cependant je ne crois pas qu'elle soit à mépriser lorsqu'elle est la suite d une conduite honorable, et lorsqu'on peut la conserver en suivant la môme voie, c'est-à-dire, dans nia ferme conviction, la voie du devoir; cette conduite seule peut empêcher l une des branches de la législation d'étouffer les deux autres, et de s'emparer du pouvoir exécutif sur lequel elle n'a aucun droit.

» J'avoue que je n'ai pas vu, chez les chefs de l'opposition, la moindre apparence d'une intention sincère de consentir au seul arrangement d'après lequel je puisse les tolérer à mon service ; ils devraient renoncer à l'idée d'avoir entre leurs mains le gouvernement, et y entrer dans une juste proportion sur une large base; je regarde d'un œil aussi méfiant toutes les paroles qu'ils laissent échapper, soit dans le Parlement, soit dans leurs rapports avec les membres de la réunion de la taverne Saint- Alban. Je n'y vois qu'un moyen de gagner ces messieurs, ou même, en allant plus loin, un moyen de jeter M. Pitt dans quelque embarras, en le lançant dans une négociation.

» Dans le cas où les ministres, après avoir discuté ceci, croiraient encore utile de faire une tentative pour essayer de fonder un ministère sur une base libérale en fait et non en paroles, puisque M. Pitt a plusieurs fois cherché inutilement à obtenir même une entrevue pour traiter de cette mesure dont l'opposition prétend comprendre la nécessité, je consentirai à regret à aller, de ma personne, jusqu'à autoriser un message qu'on porterait en mon nom au duc de Portland pour lui exprimer le désir de le voir. entrer en rapports avec M. Pitt, dins le but de conférer des moyens de fonder un ministère sur une large base, puisque c'est le seul expédient pour guérir les dissensions qui entravent les affaires de la nation. Lord Sydney est la seule personne que je croie bonne à envoyer en .non nom, tant à cause de sa charge que de son caractère personnel. Mais dans

le cas où le duc de Portland refuserait d'accéder à ma demande et de voir M. PiU, surtout s'il met en avant l'étrange prétexte qu'il a déjà fait valoir, je déclare ici que je ne me croirai plus tenu de m'adresser à lui une fois de plus.

» Le message doit être écrit, comme tout ce qui touche à mon nom dans une négociation de ce genre ; et j'espère, si les ministres sont d'accord sur l'opportunité d'une pareille démarche, que M. Pitt, la première fois que je le verrai, m'apportera un brouillon du message, afin que je puisse l'examiner.

« 18 février 1784.

» Comme la lettre de M. Pitt semble supposer que la chambre des communes en viendra aujourd'hui à prendre quelque résolution d'accord avec ce qui a été proposé hier au soir, en dépit des avertissements de M. Powys, ou à voter une adresse, je pense que M. Pitt ferait bien, au lieu de venir aujourd'hui à la cour, d'employer une partie de son temps à. voir ceux des membres de la chambre qui pourraient avantageusement prendre activement part au débat, et de s'entendre avec le cabinet sur les mesures à adopter dans le cas où la chambre en viendrait a l*un de ces partis violents. Il peut compter sur mon empressement à adopter les plus énergiques, car je me regarde, dans cette lutte, comme appelé à défendre la constitution contre une faction désespérée et sans principes. M. Pitt ainsi préparé pourra venir me voir dès que cela lui conviendra aussitôt après la discussion.

€ *a février 1784.

» Je ne suis pas surpris que les ministres désirent avoir le plus de temps possible pour réfléchir aux mesures que l'adresse de la chambre des communes et la réponse que j'y dois faire pourront rendre nécessaires; il est donc tout naturel qu'on désire que je ne reçoive pas les communes avant mercredi. Je

consens volontiers à fi\er ce jour-là pour recevoir l'adresse, et j'espère que nia réponse, tout en étant polie, soutiendra nettement mes droits. Les adresses qui me viennent de toutes les parties du royaume me prouvent assez que mon peuple les croit nécessaires à ses libertés.

c 29 février 1784.

» J 'ai été très-choqué en apprenant, après le drawing-room, les insultes dirigées hier contre M. Pitt à son retour dans la Cité, sous les auspices de Brooks; mais j'ai été heureux d'apprendre qu'il s'en était tiré sans avoir eu de mal. J'espère qu'on prendra tous les moyens possibles de découvrir les instigateurs de cette affaire. On doit pouvoir y arriver, ce me semble.

» Comme je suppose qu'on finira tard demain à la chambre des communes, et que ]>ar conséquent on n'aura pas besoin de . moi mardi, j'ai l'intention d'aller demain à Windsor, après mon lever, dans le but d'y chasser.

* Windsor, 9 mars 1784

» La lettre de M. Pitt est assurément la plus satisfaisante que j'aie reçue depuis plusieurs mois. Avouer au début que la proposition qu'on présente n'est pas autre chose qu'une espèce de manifeste, et puis. ne faire passer cette proposition qu'à une voix de majorité en terminant la journée par confesser que toutes les négociations sont rompues, voilà ce qui me donne tout espoir de voir cette faction abandonnée peu à peu par bien des gens, et définitivement oubliée si nous tenons une conduite ferme et sage. Je songerai toujours avec plaisir que la prudence et la droiture d une seule personne ont effectué ce grand changement dans la chambre des communes, et qu elle aura toujours la satisfaction de penser qu'en me soutenant elle a sauvé la constitution, la plus parfaite de toutes les œuvres humaines.

42t WILLIAM PUT ET SON TEMPS.

» M, Pitt songera à la déclaration, afin que ma réponse puisse faire faceà toutes les assertions, et j'espère que ce sera la dernière visite que je recevrai au sujet de cette désagréable affaire.

« Windsor, 10 mars 178*.

» C'est avec un plaisir infini que j'apprends, par le billet de M. Pitt, que le bill de mutinerie a passé hier sans difficulté dans le comité. Cela peut être regardé comme une grande victoire, puisqu'on était convenu plus d'une fois dans la chambre qu'on ne le voterait que pour un mois. Je suis fâché d'avoir perdu mon temps à parler d'une proposition aussi impraticable et d'une lettre aussi absurde que celle du duc de Portland ; mais si cela prouve l'impossibilité de pousser plus loin les négociations, j'espère que ce n'aura pas été tout à fait inutile.

< 23 mars 1784.

» Je viens de recevoir à l'instant la lettre de M. Pitt et un projet de discours qui rentre parfaitement dans mes idées. Je demande donc pour demain la copie au net. Sur l'avis de M. Pitt que les bills seront prêts demain à recevoir mon assentiment, j ai donné l'ordre que les équipages fussent prêts à Saint-James à deux heures et demie. Je fais dire que l'on peut m'attendre à Westminster à trois heures moins un quart, afin que ceux qui doivent s'y trouver s'y rendent.

« 28 mars 1784.

» Bien que M. Pitt doive penser comme moi que M. Scott conviendrait mieux que personne pour la charge d'avocat général, cependant, vu la situation de lordGower et le parti trèsdécidé que M. Macdonald a pris dès le début, on ne peut laisser celui-ci de cùté, en sorte qu'il me semble bon de lui offrir ce poste sans relard. »

« 5 avril 1784.

» Je ne puis me refuser le plaisir de dire à M. Pitt combien son succès à Cambridge m'a réjoui, puisqu'il est le premier sur la liste et qu'il a lord Euston pour collègue. Ceci fait de son élection par l'Université un véritable honneur, et me réconcilie avec le refus qu'il avait fait de Balh.

» J'ajoute seulement que jusqu'à présent les nominations sont plus favorables que n'eussent pu l'espérer les plus confiants.

» 96 mai 1784.

» Le billet de M. Pitt sur la décision qu'a prise à une si grande majorité la chambre des communes de recevoir prochainement la pétition du comté de Bedford m'a causé une grande satisfaction. Je suis aussi bien aise d'apprendre que la chatnbre tout entière doit examiner vendredi la pétition de M. Fox. Je ne puis conclure sans exprimer à M. Pitt ma complète approbation de la conduite qu'il a tenue lundi, et surtout de ce qu'il n'a employé qu'une raison contre ses adversaires, et de ce qu'il ne s'est jamais abaissé jusqu'à cette violence si habituelle dans la chambre, mais qui ne convient jamais à un homme bien élevé. S'il persiste dans ce genre d'éloquence, il amènera les discussions à revêtir une forme plus convenable, et il corrigera ce mal et bien d'autres, sur lesquels le temps et la patience peuvent seuls agir. »

« Kew, 1er juillet 1784.

» C'est avec une satisfaction infinie que j'apprends, par la lettre de M. Pitt, que les diverses résolutions proposées hier à la chambre des communes au sujet de l'emprunt, de la souscription pour la dette flottante et des impots ont passé à l'unanimité. Rien n'est plus naturel que de voir ceux qui souffriraient particulièrement des charges si pesantes qui réclament de nouvelles taxes, chercher égoïstement à les faire retomber sur

426 WILLIAM PUT ET SON TKftfPS.

d'autres. La modération et la bonne foi de M. Fox cesseront s'il s'élève quelque opposition décidée à l'un des impôts, mais j'espère que M. Pitt viendra à bout de les faire tous passer. On semblait croire hier que l'impôt sur les briques serait celui qui donnerait lieu aux plus nombreuses objections, mais comme M. Pitt n'en parle pas, je suppose que cette branche de commerce n'a pas tant de partisans dans la chambre que celle des mines de charbon, qui appartiennent à des gens plus considérables et par conséquent plus bruyants, bien qu'ils soient tout aussi en état de soutenir nne nouvelle charge sur leurs profits.

« Windsor, 7 juillet 1784.

» C'e.>t avec un plaisir infini que j'ai reçu le billet de M. Pitt contenant l'agréable nouvelle que le comité sur le bill des Indes orientales a débuté par une majorité si décidée. J'espère que cela évitera beaucoup d'embarras dans les périodes subséquentes du bill, et que celte mesure sera un fondement qui permettra peu à peu de remédier dans l'Inde à ces énormités choquantes qui font honte à la nature humaine, et qui menacent, si on n'y met ordre, d'amener l'expulsion de la compagnie de cette riche contrée. J'ai d'autant plus espoir du succès que je connais le bon sens de M. Pitt, qui ne lui permettra pas de compter du premier coup sur la perfection de celte tentative; mais avec un regard attentif et le désir de bien faire, il sera disposé, à mesure que les occasions se présenteront, à faire les améliorations nécessaires pour amener peu à peu cette difficile entreprise à une certaine perfection. * »

* 10 septembre Î7S4.

»*Je ne suis pas surpris que les renseignements de M. Orde sur le complot supposé désignent sir Edward Newenham comme lord Bristol; mais ces tètes-là, comme le remarque trèsjustement M. Pitt, n'ont pas grande chance de former des plans bien conçus. Cependant, il faut les surveiller de près, car les tentatives pourraient être désespérées. »

€ 18 février 178K.

» Quelque grande que soit ma surprise de voir le château* agir complètement en opposition avec les instructions positives venues d'ici, sur les résolutions destinées à régler définitivement les rapports commerciaux entre la Grande-Bretagne et l'Irlande, j ai été peut-être plus étonné encore de la lettre de M. Orde à M. Pitt; il a l'air de croire que la Grande-Bretagne consentira à ces résolutions ainsi dénaturées.

< 22 février 1785.

» Je suis bien aise que les précédents nous autorisent à communiquer les résolutions du Parlement irlandais aux deux chambres sans aucun message, car je n'aurais pas pu en exprimer mon approbation sous leur forme actuelle, et je ne sais pas de raison pour donner un avis jusqu'à ce que le Parlement de ce royaume ait décidé, par un projet de résolution, la conduite à tenir. Comme il s'agit d'affaires législatives, c'est de lui qu'elle doit émaner. »

« 4 mars nn;i.

» D'après ce que M. Pitt m'a entendu dire sur la continuation de l'enquête de Westminster, il ne sera pas surpris d'apprendre que je ne suis pas fort inquiet d'y "voir couper court; ce qui ne uf empêche pas de sentir que ce résultat a été obtenu par le vote de nos amis, qui ont agi en grand nombre avec la coalition ; cette réflexion n'est pas agréable, mais il faut espérer qu'ils ne se permettront pas à l'avenir de suivre un si mauvais exemple. J'espère que M. Fox a fait quelque tort à sa cause en proposant quelque chose d'aussi violent que de faire disparaître du procès-verbal toutes les résolutions prises au sujet de l'enquête; ce qui semble autoriser cette opinion, G*est qu'il en ait remis l'examen à mercredi.

» Cattle, château du vice-roi, à Dubliu.

« 40 mars 1785.

» J'ai reçu le papier de M. Pitt contenant le résumé de son projet pour la réforme parlementaire. J'ai regardé cet envoi comme une marque d'attention. J'aurais dilîéré de lui en accuser réception jusqu'à noire entrevue de lundi, s'il n'avait pas exprimé dans sa lettre sa conviction que cette affaire ne pouvait avoir à ses yeux qu'une seule issue fatale, c'est la possibilité de voir la mesure rejetée par l'influence de ceux qu'on croit en relation avec le gouvernement. M Pitt doit se rappeler que, tout en regrettant qu'il se fût engagé autrefois dans cette affaire, j'ai toujours dit que, puisqu'il était convaincu de l'utilité de la mesure, il devait exposer ses idées à la chambre, et que, par considération personnelle pour lui, j'éviterais de.donner à d'autres qu'à lui mon avis sur celte porte ouverte à la réforme parlementaire. Je suis donc certain que M. Pitt ne peut me soupçonner d'avoir influencé personne en cette occasion ; si d'autres cherchent, par de mauvais motifs, à m'imputer une pareille conduite, il faut le supporter comme tout ce qu'on a déjà dit de faux sur mon compte. Et vraiment, dans une question d'une pareille importance, je trouverais fort mauvais que personne prît parti de côté ou d'autre sans les plus sérieuses réflexions, et qu'on put par politesse voler contre sa propre opinion.

» La conduite de quelques-uns des amis les plus intimes de M. Pitt à l'occasion de l'enquête de Westminster prouve qu'il y a des questions sur lesquelles les hommes ne veulent pas se laisser influencer par leurs amitiés.

» G. R. > * 24 mars 1785.

» J'ai reçu ce matin de lord Southampton le billet ci-joint, d'après lequel je lui ai donné rendez-vous à Saint-James, à mon retour de la chambre des pairs. Il m'a remis alors la lettre du prince de Galles. Tout ce que j'ai pu en tirer de plus clair,

c'est l'idée que demander des explications et des retranchements est de ma part une manière de refuser de payer les dettes, qu'il y a beaucoup de dépenses que l'honneur défend d'expliquer , que lord Southampton ne croii pas que les dettes aient été contractées dans un but politique, qu'il croit le départ pour le continent bien décidé maintenant, et que peut-être a-t-on consulté le champion de l'opposition avant d'envoyer la lettre. Je renvoie de nouveau à M. Pitt tout ce qui s'est passé, et j'espère recevoir de lui dans la journée la réponse que je dois faire à cette étrange épître qui, toute respectueuse qu'elle soit dans la forme, est complètement en opposition avec toute ma correspondance. Je suppose que M. Pitt consultera le chancelier.

< 45 mars 1785.

» M. Pitt n'a pas besoin de s'excuser de n'avoir pas renvoyé aujourd'hui les papiers; son exactitude est trop connue pour donner lieu à aucun soupçon, et le bon chancelier a la réputation d'aimer à lambiner; par conséquent la faute retombe justement sur lui. Ayant eu si longtemps les papiers entre les mains, depuis trois semaines, je n'aurais pas cru qu'il eut besoin de les revoir de nouveau. Je n'ai rien appris de nouveau aujourd'hui; je suppose donc qu'il n'y aura pas d'inconvénient à ce que j'attende à demain pour m'entendre avec M. Pitt à ce sujet.

« 19 avril 1785

* Le billet de M. Pitt contient le nom de tant d'orateurs sur la question qu'il a portée hier à la chambre des communes, que je ne m'étonne pas que la discussion se soit prolongée si tard ; j'espère que l'ajournement jusqu'à, de main fera qu'il ne souffrira pas de la fatigue que cela doit lui avoir occasionnée. J'apprends que lordCamden, qui n'avait jamais entendu M. Pitt au Parle-

ment, a exprimé hier au soir, au concert de musique ancienne, toute son admiration pour l'admirable discours auquel il avait assisté. * » G. R »

« Windsor, 7 août 1785.

» Je viens de recevoir à l'instant la lettre de M. Pitt contenant celle qui lui a été apportée par le secrétaire du comte Woronzow, elle papier qui l'accompagnait, cest-à-dire la copie de la lettre remise vendredi à lord Carmarthen. Le comte Woronzow a aussi été voir lord Sydney, et il a soutenu qu'o'n devait tenir conseil le lendemain pour lui donner réponse sur la question de savoir si je voulais rompre le traité que j'avais définitivement conclu, en qualité d'électeur, avec le roi de Prusse et l'électeur de Saxe, pour empêcher toutes les mesures qui pourraient être contraires à la constitution germanique. Si personne n'a des intentions aussi dangereuses, cette association ne peut porter ombrage, mais les circonstances exigeaient certainement une précaution de ce genre. Mon seul embarras pour répondre à l'impératrice de Russie, c'est que sa déclaration ressemble tellement à un ordre que la réponse doit être ferme. »

€ Saint- James, 10 août 1783.

» En arrivant en ville, j'ai reçu les trois papiers que je me proposais de transmettre à M. Pitt. Je ne puis pas dire que le temps qui s'est écoulé depuis ma dernière lettre ait diminué ma surprise ni calmé mon ressentiment de la démarche hautaine qu'a faite l'impératrice de Russie ; mais j'espère que je fais trop de cas de ma propre dignité pour laisser paraître aucune chaleur dans la réponse qu'il faudra rendre la semaine prochaine au comte Woronzow, bien qu'il faille lui faire savoir qu'on ne recule pas quand on a pris son parti par principe.

, < 28 février 1786.

» M. Pitt a certainement pris le meilleur moyen d'obtenir le consentement de la chambre à sa mesure lorsqu'il a proposé

qu'on approuvai le projet de fortifications avant que l'orateur quittât le fauteuil ; niais en remettant l'affaire de la session dernière à celle-ci, bien que ce fût par bonne foi, on s'est donné l'air de craindre la décision, et on a donné aux ennemis des fortifications le temps de gagner des forces. On ne regarde pas le moins du monde cet événement comme un défaut de confiance de la part des membres de la chambre des communes à l'égard de M. Pitt; cela vient de leur attachement à leurs anciens préjugés, et d'une certaine malveillance pour celui qui a projeté les fortifications.

« 30 mars 178<>.

» Puisque il. Pitt a eu le pénible devoir de pourvoir aux dépenses encourues pendant la dernière guerre, il n'est que juste qu'il ait, comme il le mérite, tout I honneur de faire savoir et sentir au public qu'il vient de proposer une mesure qui rendra la considération à la nation, si elle a le bon sens de rester tranquille quelques années, et de ne pas devenir la dupe des autres puissances en voulant prendre une part éclatante aux alîaires de l'Europe , ce qui lui attire des souffrances durables à la recherche d'une grandeur imaginaire. Le vieux proverbe anglais est applicable à notre situation : « Il faut que l'Angleterre taille son habit selon son drap. »

« li juin !78«.

» M. Pitt se serait conduit hier bien différemment de ce que j'attends toujours de lui si, croyant que la conduite de M. Hastings envers le rajah avait été trop sévère, il n'avait pas embrassé le parti qu'il a pris, même lorsque cela le faisait tomber d'accord avec ses adversaires. Quanta moi, j'avoue que^ je ne crois pas possible de conduire les affaires dans ce pays-là avec la modération applicable à une nation civilisée en Europe.

c Windsor, 3 juillet 1786.

» Le projet de message au prince de Galles que M. Pitt m'a envoyé samedi soir rentrait si complètement dans mes idées que je l'ai copié textuellement et envoyé par lord Southampton.

» Je renvoie aussi les deux lettres de Mendiola, et j'approuve votre énergique refus de nous mêler en aucune façon des mécontentements qu'éprouvent les habitants des colonies espagnoles dans l'Amérique du Sud. Comme j'ai toujours trouvé la conduite de la Frànce dans l'Amérique du Nord parfaitement inexcusable, je ne suivrai assurément jamais un aussi mauvais exemple.

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