ZOILE AUSSI ÉTER.NEL QU'HOMÈRE
bleu, adolescent et marquis, M. de Cre'qui, vient à Ferney et écrit avec supériorité : fai vu Voltaire^ ce vieux enfant.
Que l'injustice ait un contre-coup sur l'injuste, rien de plus équitable, et Voltaire a ce qu'il a mérité. Mais la pierre jetée aux génies est une loi, et tous y passent. Etre insulté, cela couronne, à ce qu'il paraît.
Pour Saumaise, Eschyle n'est que farrago^, Quintilien ne comprend rien à VOrestie. Sophocle dédaignait doucement Eschyle. « Quand il fait bien^ il n!en sait rien^ » disait Sophocle. Racine rejetait tout, excepté deux ou trois scènes des Choéphores^ amnistiées par une note en marge de son exemplaire d'Eschyle. Fontenelle dit dans ses Remarques : « On ne sait ce que c'est a que le Prométhée d'Eschyle. Eschyle est une manière « de fou. » Le dix-huitième siècle en niasse raille Diderot admirant les Euménides.
Tout le Dante est un salmigondis^ dit Chaudon. — Michel-Ange m'excède^ dit Joseph de Maistre. — Aucune des huit comédies de Cervantes nest supportable dit La Harpe. — Cest dommage que Molière jie sache pas écrire j dit Fénelon. — Molière est un infâme histrion^ dit Bossuet. — Un écolier éviterait les fautes de Milton^ dit l'abbé Trublet, autorité comme une autre. — Comédie exagère, Shakespeare extravague , dit ce même Voltaire qu'il faut toujours combattre et toujours défendre.
— « Shakespeare, dit Ben Jonson, conversait lour-
• Le passage de Saumaise est curieux et vaut la peiae d'être transcrit : Vnus ejus Aganiemiion obscuvitate superat quantum est librorum sacrorum cuni suis hebraismis et syrianismis et tota hellennestica supellectile vel /airagine. (De Hellennestica, p. 3^, ep. dedic.)
« dément et sans aucun esprit. ?> — « fVithout any wit. » Le moyen de prouver le contraire ! Les écrits restent, la conversation passe. C'est toujours cela de nié. Cet homme de génie n'avait pas d'esprit; comme cela caresse les innombrables gens d'esprit qui n'ont pas de génie!
Un peu avant que Scudéry appelât Corneille : Corneille déplumée^ Green avait appelé Shakespeare : Corbeau paré de nos plumes. En 1752, Diderot fut mis à Vincennes pour avoir publié le premier volume de V Encyclopédie^ et le grand succès de l'année fut une estampe vendue sur les quais, laquelle représentait un cordelier donnant le fouet à Diderot. Quoique Weber soit mort, circonstance atténuante pour ceux qui sont coupables de génie, on se moque de lui en Allemagne, et depuis trente-trois ans un chef-d'œuvre est exécuté par un calembour ; l' Euryante s'appelle X Ennuyante.
D'Alembert fait coup double sur Calderon et Shakespeare. Il écrit à Voltaire (lettre cv) : « J'ai annoncé à l'Académie votre Héraclius de Calderon; elle le lira avec plaisir comme elle a lu l'arlequinade de Gilles Shakespeare. »
Que tout soit perpétuellement remis en question, que tout soit contesté, même l'incontestable, qu'importe. L'éclipsé est une bonne épreuve pour la vérité comme pour la liberté. Le génie, étant vérité et étant liberté, a droit à la persécution. Que lui fait ce qui passe? Il était avant et sera après. Ce n'est pas du côté du soleil que l'éclipsé fait l'ombre.
Tout peut s'écrire. Le papier est un grand patient. L'an passé, un recueil grave imprimait ceci : Homère est en train de passer de mode.