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ZOILE AUSSI ÉTER.NEL QU'HOMÈRE

Ou complète l'appréciation du philosophe, de l'artistp, ou du poète, par le portrait de l'homme.

Byron a tué son tailleur. Molière a épousé sa fille. Shakespeare a « aimé » lord Southampton.

Et pour voir à la fin tous les vices ensemble, Le parterre en tumulte a (lemanchf l'auteur.

Tous les vices, c'est Beaumarchais.

Pour Byron, mentionnons ce nom une seconde fois, il en vaut la peine, lisez Glrnarvon, et écoutez, sur les abominations de Byron, lady Bl***, qu'il avait aimée, et qui s'en vengeait.

Phidias était entremetteur; Socrate était apostat et voleur, décrocheur de manteaux; Spinosa était renégat et cherchait à capter des testaments; Dante était concussionnaire; Michel -Ange recevait des coups de bâton de Jules II et s'en laissait apaiser par cinq cents écus; d'Aubigné était un courtisan couchant dans la garderobe du roi, de mauvaise humeur quand on ne le payait pas, et pour qui Henri IV était trop bon ; Diderot était libertin ; Voltaire était avare ; Milton était vénal ; il a reçu mille livres sterling pour son apologie en latin du régicide; Defensio prose, etc., etc., etc., — qui dit ces choses? Qui raconte ces histoires? Cette bonne personne, votre vieille complaisante, ô tyrans, votre vieille camarade, o traîtres, votre vieille auxihaire, o dévots, votre vieille consolatrice, ô imbéciles! la calomnie.

Ajoutons un détail.

La diatribe est, dans l'occasionj un moyen de gouvernement.

Ainsi il y avait de la police dans l'estampe de Diderot fouetté^ et le graveur du cordelier était un peu cousin du guichetier de Vincennes. Les gouvernements, plus passionnés qu'il ne faudrait, négligent d'être étrangers aux animosités d'en bas. La persécution politique d'autrefois, c'est d'autrefois que nous parlons, s'assaisonnait volontiers d'une pointe de persécution littéraire. Certes, la haine hait sans être payée, l'envie n'a pas besoin, pour envier, que le ministre l'encourage et lui fasse une pension, et il y a la calomnie s. g. d. g. Mais une sacoche ne nuit pas. Quand Roy, poète de la cour, rimait contre Voltaire : Dis-moi^ stoïque téméraire, etc., la place de trésorier de la chambre des aides de Clermont et la croix de Saint-Michel ne faisaient aucun tort à son enthousiasme pour et à sa verve contre. Un pourboire est doux après un service rendu; les maîtres là-haut sourient; on reçoit l'ordre agréable d'injurier qui Ton déteste; on obéit abondamment; liberté de mordre à bouche-que-veux-tu ; on s'en donne à cœur-joie ; c'est tout bénéfice, on hait, et l'on plaît. Jadis l'autorité avait ses scribes. C'était une meute comme une autre. Contre le libre esprit rebelle, le despote lâchait le grimaud.

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Torturer ne suffisait point; par-dessus le marclié on taquinait. ïrissotin s'abouchait avec Vidocq, et de ce tête-à-tête sortait une inspiration complexe. La pédagogie, ainsi adossée à la police, se sentait partie intégrante de l'autorité, et compliquait son esthétique d'un réquisitoire. C'était altier. Le pédant élevé à la dignité d'argousin, rien n'est hautain comme cette bassesse. Voyez, après les luttes des arminiens et des gomaristes, de quel air superbe Sparanus Buyter, la poche pleine des florins de Maurice de Nassau, dénonce Josse Vondel, et prouve, de par Aristote, que le Palamède de la tragédie de Voadel n'est autre que Barneveldt ; rhétorique utile, d'où Buyter extrait contre Vondel trois cents écus d'amende et pour lui une bonne prébende à Dordrecht.

L'auteur du livre Querelles littéraires, l'abbé Irail, chanoine de Monistrol, demande à La Beaumelle : Pourquoi injuriez-vous tant monsieur de Voltaire? — C'est que ça se vend, répond La Beaumelle. Et Voltaire, informé de la demande et de la réponse, conclut : — C est juste ^ le badaud achète V écrit ^ et le ministre achète V écrivain. Ça se vend.

Françoise d'Issembourg de Happoncourt, femme de François Hugo, chambellan de Lorraine, et fort célèbre sous le nom de Mme de GralEgny, écrit à M. Devaux, lecteur du roi Stanislas : — « Mon cher Pampan, Atys « étant éloigné (lisez : Voltaire étant banni), la police « fait pulluler contre lui quantité de petits écrits et « pamphlets qu'on vend un sou dans les cafés et les « théâtres. Cela déplairait à la marquise*, si cela ne « plaisait au roi. »

* Mme de Pompadour.

Desfontaines, cet autre insulteur de Voltaire, lequel l'avait tiré de Bicêtrej disait à l'abbé Prévost qui l'engageait à faire sa paix avec le philosophe : — Si Alger ne faisait pas la guerre^ Alger mourrait de faim.

Ce Desfontaines, abbé aussi, mourut d'hydropisie, et ses goûts très-connus lui valurent cette épitaphe : Periit aqua qui meruit igné.

Dans les publications supprimées au siècle dernier par arrêt du parlement, on remarque un document imprimé par Quinet et Besogne, et mis au pilon sans doute à cause des révélations qu'il contenait et que le titre promet : V Aretinade^ ou Tarif des Lihellistes et Gens de lettres Injurieux.

Madame de Staël, exilée à quarante-cinq lieues de Paris, s'arrête aux quarante-cinq lieues juste, à Beaumont-sur-Loire, et de là écrit à ses amis. Voici un fragment d'une lettre adressée à madame Gay, mère de l'illustre madame de Girardin : « Ah ! chère madame, quelle « persécution que ces exils!... » (Nous supprimons quelques hgnes.) «... Vous faites un livre, défense « d'en parler. Votre nom dans les journaux déplaît. « Permission pourtant d'en dire du mal. »

Quelquefois la diatribe s'assaisonne de chaux vive. Tous ces noirs becs de plume finissent par creuser de sinisti'es fosses.

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