WILLIAM, H AT WA Y
HATWAY , ft part.
Je suis venu pour complaire à Johanna; mais je ne crois pas. Dieu merci, que ma visite puisse remeMre les choses... (liant.) William!
Tom Hatway!...
IIATAVA Y.
Oui, le frère de Juhanna votre femme, de Johanna, que vous avez abandonnée depuis quatre ans...
WILLIAM
Vous arrivez de Stratford?... (Signe affirmatif de Tom.) Et mes enfants?... ma petite Suzanne... ma belle Judith?...
HATWAY.
De quel droit me questionnez-vous sur elles ?. . . Est-ce qu’en cessant d’être époux, vous n’axez pas ccs i é d’être père?
WILLIAM
Moi!...
HATWAY.
Oui, vous, qui vous êtes parjuré envers votre femme; vous qui avt% llétri sa jeunesse et brisé sa vie par votre abandon !...
WILLIAM
Tom, épargnez-moi des reproches que je pourrais justement retourner contre vous deux.
Vous vous dites père, et vous avez pu quitter vos filles?...
WILLIAM
Je ne les ai pas quittées, j’ai été chassé!
HATWAY.
Par qui?...
Par Johanna... par vous...
HATWAY.
Ma sœur et moi, nous avons gardé l’estime des honnêtes gens!...
AC Tl*; l
WILLIAM
L’eslime... Eh bien, oui, certainement; mais pour la conquérir cette estime du monde, il ne faut pas immoler la paix intérieure. C’est comme si, pour faire son salut, on se croyait obligé de torturer son prochain.
il AT XV A Y.
Et Johanna vous a torturé?
WILLIAM
Que Dieu lui pardonne, car elle ne sait pas être coupable. L'œil rivé sur leur propre chagrin, les femmes ne voient jamais tous les malheurs qu'elles sèment autour d’elles !
hatavay.
Ne raillez pas, monsieur, n’accusez pas; il n’y a que vous de coupable. Ah! pourquoi avez vous épousé ma sœur!...
WILLIAM
Pourquoi?... Mais elle avait été ma compagne d’enfance, une douce et souriante jeune fille : nos maisons se touchaient à Stralford; nos deux familles désiraient cette union, et je mis sans hésiter ma main dans celle de Johanna.
H AIWA Y.
Et une fois marié, vous avez dédaigné, méconnu, foulé aux pieds ces intérêts sérieux qui font la joie et la prospérité du ménage. 0
WILLIAM
Est-ce ma faute si je n’étais pas né pour devenir le clerc d’un attorney, ou le commis d’un marchand de laines?
H AT WA Y
11 est plus facile d’avoir pour compagnons les francs buveurs de Bidford et les braconniers de Charlecot, de boxer avec les gardes-chasse de sir Lucy, et d’escalader nuitamment les murs d’un parc pour voler à l'a (lût un daim ou un faisan I 11 est plus facile enfin d’être un oisif, un paresseux, un poète!
WILLIAM
Ah ! voilà le grand mot!... Eh bien , oui, un poète! Ce fut un malheur, je le veux bien, une folie, un crime, j’y consens; mais enfin, je cédais à une vocation plus lorte que ma volonté! Il aurait fallu du moins me traiter avec un peu de ménagements et de patience, m’accorder quelques instants de
WILLIAM SIIAKSPKAIIE
trêve, me laisser essayer mes forces!... Loin de là! vous m'avez condamné sans hésitation... sans pitié...
HATWAT.
J’ai fait mon devoir !
WILLIAM
Comme le bourreau fait le sien !... Alors ma vie devient un enfer!... Tout Stratford se déchaîne contre moi... mon cousin le shérif me raille en mauvais latin sur mes travaux poétiques, mon oncle le juge de paix me damne de confiance, mon beau-frère m'assimile aux bohémiens et aux faux monnayeursl... Ma femme possédait le charme rêveur, la douceur flexible, la grâce enchanteresse qui me la faisaient comparer aux séraphins : ma femme se fait ma plus cruelle ennemie, et sa jolie petite voix devient le plus infernal des carillons!... Œil dur, figure soucieuse, chagrine, emportée, revêche, elle ne se laissa ramener par aucune tendresse; elle me reprochait jour et nuit de ne pas savoir gagner ma vie et celle des miens; elle m'accusait d’être pour tous une charge et une ruine, elle finit par me menacer... de se retirer dans sa famille avec les enfants!... Alors, je me disque c’était à moi de partir... et, une nuit, la folie dans la tête, le désespoir dans î'àme, je m'enfuis... J'abandonnai cette maison où il n’y avait eu poOT moi ni une affection, ni une sympathie, ni un sourire!... Quelques jours après, j’étais à Londres!...
H AT WAV.
Gardant des chevaux à la porte d'un théâtre!
WILLIAM
Ah! monsieur... il n’y a pas de vil métier pour l’homme d’honneur.
O misère! l’époux de Johanna, le frère d’Hatway, le fils d’un grand bailli dont les armes honorées sont unies à celles du blason municipal de Stratford, William Shakspeare, enfin, est devenu un homme à qui un mendiant pourrait donner des leçons de conduite, un homme que chaque matelot et chaque portefaix peuvent siffler pour quelques pences, un homme qui perd son âme, souille sa vie et déshonore deux familles !...