SCÈNE V
Les Mêmes, ÉLISABETH, ROBERT ESSEX, pu»
OLIVIA
ÉLISABETH
Car ma mère, voilà de nobles paroles.
ESSEX, à Winchester.
N’est-ce pas que ce sont là de beaux sentiments?...
WINCHESTER
Milord!... f
Ah! pardon, monsieur le marquis, j’oubliais que vous n’ai-
WILLIAM SllAKSl’KAKE
niez pas les comédiens, ni les poêles... (a la Reine.) Sa Grâce préfère les combats de coqs.
ÉLISABETH
Essex!
WINCHESTER; a pari.
Mon tour viendra.
ÉLISABETH
Je savais déjà, monsieur Shakspeare, que votre main tenait la plume enchantée qui rend la pensée visible et donne au fève une réalité charmante, j’ignorais que votre bouche ellemême eût le secret de l’éloquence. Quel était donc l’objet de cette magnifique plaidoirie?
• WILLIAM
J’ai juré à milord de garder le silence... f
ÉLISABETH
Oh! ne craignez rien, milord n’a pas de secrets pour nous.
Votre Majesté dit vrai.
* ÉLISABETH, à William.
Vous voyez bien... 11 s'agissait donc?...
WINCHESTER
D’une reine...
ELISABETH
Ah! de laquelle?...
WINCHESTER
De Marie Stuart ..
ELISABETH
De Marie Stuart?... Continuez...
WINCHESTER
J’autorise parfaitement monsieur à dire ce que je lui demandais au sujet de cette reine.
WILLIAM
Milord, je n’oserai jamais.
WINCHESTER
Parlez, monsieur, parlez !
WILLIAM
Voi^ le voulez?...
» WINCHESTER
Je l'exige ! '
a c il; m
WILLIAM
K h bien, il s’agissait de gagner deux cents guindés, je crois, pour outrager cette morte en plein théâtre !
winchester.
Voilà mon crime!
ÉLISABETH
Kl c’en est un !
WINCHESTER
Quoi!... une femme Hoirie par la main du bourreau!...
ÉLISABETH
La hache lue, monsieur, elle ne déshonore pas.
E S SE X 9 bas à Elisabeth .
Bien, cela! nja belle reine!...
WINCHESTER
Je dictais à monsieur le jugement anticipé de l’histoire, je lui offrais l’honneur de devancer le cri de la postérité!
ÉLISABETH
Dites vrai!... vous vouliez me défendre, et accabler Marie Sluart pour justifier mes rigueurs.
WINCHESTER
Mon dévouement à la gloire de Votre Majesté...
ÉLISABETH
Assez, milord!... Je ne relève que de ma conscience... Le châtiment ou l’absolution de mes actes n’appartiennent qu'à Dieu!... (Mouvement <ie Winciiosi.-r.) Plus un mot!... Quant à la tète que j’ai tranchée, j'entends qu’elle garde l’empreinte sacrée de sa royauté... et que nul n’v touche après moi. (eüc s’assied.
Wincbester se tient à sa gambe.)
ESSEX, à William.
Voilà, ce me semble, une leçon qui vaut les deux cenls guinées. (a la Reine.) Si notre excellent ami, lord Winchester, envoyait cet argent aux familles des presbytériens qu’il vient de faire pendre dans le Suffolk?...
ÉLISABETH
Kssex nous rappelle, en effet, que notre visite avait un but.
WINCHESTER
J’écoute humblement Votre Majesté.
Je me relire.
WILLIAM SHAKSPEAKE
WILLIAM
ÉLISABETH
Non, restez, vous nous accompagnerez à Windsor... Je veux savoir où vous en êtes de ce nouvel ouvrage dont nous avons concerté ensemble le sujet, (a wiuciiewer.) Votre zèle vous en- I raine, monsieur, et compromet ma justice... Punir des coupables, c’est bien; mais confisquer leurs fortunes, ruiner leurs
familles!... (prenant des papiers que lui remet Essex.) Tenez, Voici ld
requête de ces malheureux... vous y ferez droit.
E SS EX
Maintenant, madame, si vous le permettez... j’appellerai de nouveau l'attention de Votre Majesté sur le sort de cet autre criminel dont on nous racontait ce matin le supplice... (il lui
remet d’autres papiers.)
WINCHESTER
John Sidney, sans doute?
ESSEX
Précisément.
WILLIAM, bas a E**ex .
lin de vos amis, milord !
ESSEX, lias.
Silence!... (Haut.) Oui, John Sidney, condamné à avoir le poing coupé comme auteur de je ne sais plus quel pamphlet obscur... Eh bien! sur l’échafaud, après le supplice, cet homme a élevé son chapeau de la main gauche et a crié : Vive la reine!... et lord Winchester* l’a fait reconduire dans son cachot.
W II. LIA M, avec indignatiou.
Ah’...
ÉLISABETH, se retournant.
Vous dites?...
WILLIAM j confus.
Oh! rien, madame...
ELISABETH
Vous semblez ému?...
C’est que...
Parlez !
WILLIAM
ÉLISABETH