‹ William Shakspeare drame en six actesChapitre 2 sur 61 · B. C II IT IC · texte numérisé non relu

B. C II IT IC

Tout vous amuse!

M. PUBLIC

J’aime mieux mon défaut que le vêlrc !

M. CRITIC

Du reste, vous n’êtcs pas contraint d’être aussi sévère que moi, vous n’avez point mission de sauvegarder le bon goût cl la morale, vous n’exercez pas un auguste et pénible sacerdoce !... vous n’étes pas crilic.

M. PUBLIC

C’est vrai, mais je suis public.

M. CRITIC

Vous répétez cela si souvent, que le sobriquet vous en est resté : on ne vous connaît plus dans Londres que sous le nom de monsieur Public.

■. PUBLIC

Eh! comme tous, sous le nom de monsieur Crilic!...

a. CRITIC.

C*est que ma Revue...

B. PUBLIC

Laissez donc là les grandes phrases I Votre Revue, mon cher, c’est une boutique comme la mienne. Je vends des caleçons, des pa^Lot de la flanelle; vous vendez des lignes imprimées, et Dictait, de nos deux commerces, lequel est souvent le plus homicte.

M. CRITIC, m tewa».

Monsieur Public, vous le prenez sur un ton...

n. PUBLIC.

Monsieur Crilic, je le prends sur le ton qui me convient, , et ma langue n’a pas peur de votre plume, entendez-vous?

M. CRITIC, d’uft ion r»dow6.

Voyons, mon cher monsieur, raisonnons un peu sans aigreur, sans colère. Qa’ost-ce que cet Henslowe?... Voilà, par ma foi, un beau gaillard pour un directeur de spectacle. D’où cola sort-il? je vous le demande. Nierez-vous qu'il soit un âne, son théâtre un bouge, sa troupe mauvaise et son répertoire exécrable I...

n. PUBLIC.

C’est là votre opinion?

H. CRITIC

Certes!

n. PUBLIC.

En conscience?

H. CRITIC

Oui.

M. PUBLIC

Pourquoi donc alors dites-vous le contraire dans U Mercure?

U. CRITIC

Par excès d’indulgence!

M. PUBLIC

O saint homme! allez!... vous me faites hausser les épaules!... Mou opinion, A moi, c'est que sans être un aigle, le bonhomme Henslowe se donne beaucoup de peine pour notre amusement ; que son théâtre est encore le meilleur de Londres; que ses ouvrages ont du moins pour eux la bonne volonté, et que ses acteurs font leur possible pour être supportables ! Je ne suis pas un lettré, moi, je ne sais pas le grec, je n'ai pas étudié à Oxford; je suis un bon boutiquier tout rond, tout naïf, préférant le théâtre à la taverne. J'y vais avec le parti pris de in'y amuser. Je suis heureux de m'y délasser un peu du commerce, et je ne regrette jamais l'argent que je donne pour une pièce nouvelle. Eh! mon Dieu, avec tout cela, je ne

WILLIAM .SHAKSPKARE

fuis pas aveugle, el j'ai mon jugement comme un autre. Certes, les pièces que je vois ne sont, la plupart du temps, ni très-bonnes, ni très-bien jouîtes ; nui.-- quand je pense aù mal que se sont donné, pour inc divcilir, ces pauvres diabU-s d'auteurs et de comédiens, ma foi, je me sens désarmé et mes grosses mains applaudissent d’ellcs-inémcs!

M. CilTIC.

A votre aise. Adieu! ,

M. PUBLIC, en |>tn»i à Aïolu.

Bonsoir!

M. CRITIC, k jurl.

L'ignorant!

M. PUBLIC

Le pédant!

Page 1