SCÈNE III
Les Mêmes, HENSLOWE.
HENSLOWE, (dlo «1 U«laT(rW.
Mes amis, mes bons amis... ne me quittez ç&s dans cette situation terrible.
M. PUBLIC
Qu 'avez-vous donc, pauvre directeur, que vous arrive-t-il?
iiniovi-
Je suis ruiné, déshonoré, assassiné 1
M. PUBLIC
Modérez-vous, expliquez-vous ?...
HENSLOWE.
Je n’ai plus de salive... et je suis obligé de m'asseoir!
(il l'MtiH i ilftlilr.)
M. CRITIC
Eh bien?...
HENSLOWE.
Eh bien, monsieur Critic, vous n’aurez point votre place samedi !
M. CRITIC
Hein?
HENSLOWE.
Quant & vous, monsieur Public, voici l'argent de la vôtre.
M. PUBLIC
Pourquoi?...
ÜENSLOWK.
Parce que je suis ruiné, déshonoré, assassiné!...
M. PUBLIC
Vous Pavez déjà dit.
HENSLOWE.
Je ne saurais trop le répéter.
M. CRITIC
Mais enfin...
HENSLOWE.
La représentation n'a pas lieu.
M. CRITIC
Allons doncl
M. PUBLIC
C'est impossible...
HENSLOWE.
Elle n’a pas lieu... Voilà toutes mes espérances détruites! I
M. CRITIC
Voyons, racontez-nous vite...
HENSLOWE.
Comme vous le savez, j’avais commandé à Marlowo une pièce intitulée le Massacre de Paris, el composée sur les événements de la Saint-Barthélemy... J'ai un nez infaillible pour flairer les sujets heureux! la preuve, c'est que le titre seul faisait émeute dans Londres!... On sc disputait déjà les places avec furie, et la reine clic-même avait choisi le jour de cette représentation pour honorer Black-Kriarsdc sa divine présence !
m. ruitic.
Excellente reine I
HENSLOWE.
Eli bien ! devinez-vous le tour qu’il me joue, ce filou, ce lib ttin, cet Ivrogne d’auteur? (sc tnni.) Oh! si je le tenais!
ou plutôt, non, c’est un brutal!... Il refuse d'écrire les deux derniers actes! Le jour où il m’apporta le commencement de sa pièce, il sc mit à geindre et à crier misère comme font tous cas gueux-là, el moi qui ai lu coeur tendue, je le payai d'avance pour l’encourager, et je ne l’ai plus revu! Pauvre mouton, j'étais bien paisible, je me disais : il travaille ! (iwm m miImu.) Ah bien oui !... depuis le jour de la paye, il n'est pas rentré à sa niebe! il a roulé dans tous les tripots, dans tous les mauvais lieux et il a mangé toutes mes guinées, avec une bande de fripons cl de cuckatrices; aujourd'hui, 11 est à l’hôpital, en compagnie d’une fièvre raaligue, et on n’arracherait pas un vers de sa cervelle détraquée ! Ah ! gredin ! que dira de toi la postérité !
M. CRITIC
Soyez tranquille, Hcnslowe, je le draperai de la belle manière dans le Mercure.
HENSLOWE.
Ça ne me tirera pas d’embarras!
M. PUBLIC
En effet.
HENSLOWE.
Que vais-je devenir, grand Pieu! Aidez-moi, con&eiliezmoi! À peine huit jours pour me retourner!... Et la reine qui vient samedi!... je ne peux pas la renvoyer, il faut que je joue à toute force 1
M. PUBLIC
Composez vile un autre spectacle, qui soit digne de Sa Majesté.
HENSLOWK.
Mais, hélas ! je n’ai que des vieilleries Informes, des haillons tragiques usés jusqu'à la corde ! La reino se fâchera, le peuple pillera mon théâtre, je serai mis en prison, pendu peut-être, car c’est toujours sur la tète des malheureux directeurs que tout retombe !
H. PUBLIC
Du courage ! vive Dieu ! du courage!... un général d’armée ne perd pas la tète la veille d’une grande bataille.
Merci, monsieur Public.
M. CRITIC
Parlons-nous?
M. PUBLIC
Me voici. Hcnslowe, je fais raille vœux pour que vous sortiez de ce mauvais pas.
M. CRITIC
Et si vous êtes pendu... fiamb**) ch bien, j’im-
primerai votre éloge dans le Mercure .
HENSLOWE.
Merci, ne vous pressez pas. (h. criiu ei m. Puttc muni.) Eh bien, oui! j’en sortirai de ce mauvais pas! ... Toul le monde sur le pont ! César et Pompée sc seraient tirés d'affaire, Hcnslowe s’en tirera ! u «où. J Tout le monde sur le puni! *