‹ William Shakspeare drame en six actesChapitre 31 sur 61 · WILLIAM, OLIVIA · texte numérisé non relu

WILLIAM, OLIVIA

WILLIAM, * I Hohaier.

Marquis de Winchester... lettre d’audience.

l’dcissieii.

Entrez, messieurs, je vais prévenir Sa Grâce, (n iVi-»<oe en

referauBt la teoiore.)

WILLI AM.

Que peut me vouloir le marquis de Winchester?... j'ai peu de sympathie pour ce lord...

OLIVIA, à part, iw dépit.

Celui qui mène si vivement son divorce! a# t*o.)

Que c'est grandi que c'est magnifique!... Méchant qui ne voulait pas m’emmener... Ah! c’est plus beau que chez Henslowe, ici.

WILLIAM

Et que chez William, n’esl-cc pas, coquette?...

Menteur J... Le palais que William habite est vaste comme le monde, profond comme l’azur des cieuxl et il a été construit avec l'histoire éternelle de l’homme, par le Géuie, ce divin architecte!... N’cst-ll pas mille fois plus splendide que tous les Windsor du monde?

WILLIAM

Ah! les filles d’Eve, pourquoi faut-il que chez vous la bouche ne soit pas le cœur et que les plus belles soient plus fragiles que leurs miroirs ?

OLIVIA

William, vous ne doutez pas de mon amour?

WILLIAM

Et il durera... •

OLIVIA

Toujours 1 autant que votre gloire I

WILLIAM

La gloire! c’est comme un cercle dans l’eau: U croit et s’élargit jusqu’à ce qu'il s'évanouisse à force de s’étendre!...

OLIVIA

Voulez- vous que je vous fasse plus de serments que le dcl n’a d'étoiles?

WILLIAM

Oh nonl pas de serments! Ah! quand ces petits doigts-là nous tiennent le cœur, ils le tiennent bien!... Ne me trompe jamais, vois-tu?... Vive Dieu I... qui donc oserait condamner Hercule d’avoir filé aux pieds d’une femme?... et notez qu’Otnphale s’est très-bien conduite avec lui!... j’en connais qui, à sa place, l’auraient contraint de tourner la broche et auraient mis sa massue en copeaux pour attiser le feu... Olivia, ne me trompe jamais

OLIVIA

Il vous sied bien d’être jaloux !

WILLIAM

C’est que, pour William, il n’y a que toi dans le inonde. (>»«'. okbi aoi.»*.) Ne (tarions jamais d’autre chose; sans toi le monde serait vide, dévasté, désert.

OLIVIA

Pocte!

WILLIAM

Pocte!... mais tu l’es plus que moi; sur un signe, Ariel t’apporte les arômes de l'Inde, et Titauia les perles de la mer!

OLIVIA

Dans quelle œuvre nouvelle mettrez-vous ceci?

WILLIAM

Comment?

OLIVIA

Eh oui! ce n’est que de la poésie!... des mots, comme dit namlct!... Ah! William, vous vous trompez vous-même sur vos senlimeots, vous ne m’aimez pas.

WILLIAM

Moi! 0

OLIVIA

Pas avec le cœur, du moins. Écoutcz-moi, William, je vous suis apparue au milieu du triomphe, dans l'ombre azurée d'une belle nuit, j’ai répandu ma jeunesse à vos pieds et j’y ai brûlé mon âme comme un parfum... Alors, vous m’avex aimée, vous avez cru m’aimer. (o«u a» wuu**.) Laissez-moi finir. Je vous ai plu un instant comme la vivante image d’un de vos rêves, comme une des créations de votre génie, comme Ophélia ou Dcsdémone, moins encore sans doute! Ce cri d’amour, ce n'est pas l'homme qui l'a jeté vers moi, c'est le poète seul!... Savez-vous à quoi l’homme pense au moment où je parle? 11 pense au foyer lointain, à l’enfance, à la famille, aux joies perdues; il a soif de pures caresses, il entend des voix qui l’appellent; il aspire, comme l’exilé, les émanations de la terre natule; il s'élance à travers l'espace... et le pâle visage d’Olivia disp&rait bien vite au milieu des brumes!...

WILLIAM

Mais je t'ai donné toute ma vie... Tu ne peux pas m’en Touloir de penser quelquefois à mes enfants... de leur envoyer de loin un regard, un sourire perdus dans l'espace... Et cependant, tu le sais, les jours succèdent aux jours, sans qu’il me soit possible de me rapprocher d'elles t... 11 y a si longtemps que je les ai quittées, et elles étaient si jeunes!... Mais il me semble que je les vois... Judith, l’alnéc, est déjà sérieuse de tout ce qu’elle ignore, et tient sa jolie tête penchée en avant comme une gazelle au bord d’uu alncne! Les pleurs de ma petite Suzanne ressemblent à ces ondées de printemps que le soleil traverse comme un sourire!... Dieu de bonté. Dieu d'amour, veillez sur elles!...

OLIVIA, i part.

Mon sort est fixé... Je ne veux pas de l'indifférence, je ne veux pas de l'abandon, (cite » uu«i » 4n>ii«.)

WILLIAM

Tu pleures, Olivia ! Qu’ai-je dit, qu'ai-je fait pour t'affliger ainsi? Ces pensées ou je m'égare ne sont pas un vol que je fais à notre amour. 11 est impossible, enfin, que tu sois jalouse de l’affection d'un père, affection stérile, hélas! puisqu'il reste séparé de scs filles!...

OLIVIA, S part.

Ce sacrifice! comme il m'en ferait un crime plus tard!

WILLIAM

Allons, chère enfant, ne pleure plus, regarde-moi, sourismoi...

OLIVIA, M ImM.

Vous le voyez, j'obéis...

WILLIAM

Ne te laisse donc plus aller à ces folles tristesses? Pleurer, toi , quand l’éclair de la joie rend tes yeux à beaux , quand ta bouche est si bien formée pour le rire!...

OLIVIA

William, je vous le promets, vous ne verrez plus mes larmes...

WILLIAM

A la bonne heure I Reste ainsi près de moi... et que toujours, toujours fleurissent les roses du baiser, jusqu'à ce que la vieillesse vienne sillonner notre visage de ces rides fatales qui présagent la mort! Heureux celui qui meurt jeune et sans avoir dû renoncer à l’amour !...

OLIVIA

Bien heureux! c’est vrai! Un dernier mot, William: soyez sûr qu’OIivia ne sera jamais un obstacle à votre bonheur! Maintenant, je vous en supplie, parlons d'autre chose... Dilcsutoi , croyez- vous que uiilord Essex aime véritablement la reine?

WILLIAM

Certes! x

OLIVIA

Malgré son Age?

WILLIAM

Enfant!... est-ce qu'une reine vieillit?

OLIVIA

Je vous jure bien pourtant que je n'échangerais pas ma Jeunesse contre la couronne il’ Angleterre, ni même contre les deux mille robes de Sa Majesté.

WILLIAM

Deux mille robes, c'est cependant bien ’oeau !

OLIVIA

Milord Esscx vient souvent A llanr,lon-C>urt?...

WlLLIA’j.

Sans doute...

OLIVIA

Croyez-vous que nous le rencontrions !

WILLIAM. g

C’est possible, pourquoi?

Pour rien... Ün bruit de pas., c'est sans doute le marquis de Winchester... Cachez-moi, car je ne suis pas de l’audience...

WILLIAM, ladiqvaoi U gilorir <U g»u.,U*.

Attends-moi là, dans cette galerie...

OLIVIA, 4 ptrl.

William! Je t'affranchirai bientôt de l'amour d'Olivia! (eii*

tort.)

WILLIAM, ml, U rfS»rJ*D'. •

Défie-toi des amitiés fragiles et des fausses amours, a dit Johanna!... J’entends toujours ces paroles malgré moi!...

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