SCÈNE III
SUZANNE, poh WILLIAM, «.«w JUDITH.
SUZANNE
Allons, miss, il est tempe de rentrer; les enfants doivent se coucher de bonne heure. Soyez raisonnable, et je vous mettrai demain votre belle robe, (wuiub pumit * u piBo.) Tiens... un monsieur que je ne connais pas.
WILLIAM
Mon enfant!...
SUZANNE
Que demandez-vous, monsieur?
WILLIAM
Peux-tu ouvrir cette grille?
SUZANNE
Je n'ai pas la clef, monsieur; mon oncle 1 a garde toujours sur lui... Voulez-vous que je l'appelle?...
WILLIAM
Non! non! n'appelle personne...
SUZANNE
Je vais aller chercher maman...
WILLIAM
Non, reste, attends... Reste, je t'en prie... (iwurmn.)
SUZANNE
Eti bien! je ne le vois plus... est-ce qu’il est parti?... (xper- Witium "t *ui.d. n »«.) Maman!... Judith!... (in . ***** efraffe.)
WILLIAM, q*ï Ml duwndo, fanSW |4r «« (Ml* pUIa A* âameevr.
Tais-toi, chère petite, tais-toi!... N'aie pas peur... Je ne veui pas te faire de mai... Regarde, je n'ai pas lair méchant...
SUZANNE
C'est vrai...
WILLIAM
Donne-moi ta jolie petite main... (s.n... h lu .«•■•) Tu n’aj plus pour, n'est-ce pas?
SUZANNE, •*« SMrtHlw».
Oh! non, monsieur!...
WILLIAM
Je voudrais bien t’embrasser, veux-tu?...
sçzanne.
Je veux bien, monsieur... (a put.) Comme U embrasse fort!
WILLIAM , cornu* dtoxail.
Tu es toute seule?
SUZANNE
Ma sœur va venir... elle est au jardin.
WILLIAM
Ah! clic va venir?... Que faisais-tu donc là?...
SUZANNE
Je jouais à la poupée...
WILLIAM
Comme elle est belle, bien habillée! (n regirde &« deuon a’w »ir
préoccupé.)
SUZANNE
C’est Judith qui fait ses robes...
WILLIAM, mé*»e je*.
Ah! c'est Judith?...
SUZANNE
Veux-tu jouer avec moi?...
WILLIAM, Brime ]M.
Je veux bien... (A par», pendant que Sumbo* lui ntt u ponpéo mo»
Ie bru dion.) Ma Judith, je ne l'aperçois pas...
SUZANNE, rtmjMi.
Viens, nous allons lui mettre sa plus belle robe... Mais viens donc! x
WILLIAM, t pul.
C'est la première fois que je joue à ce jcu-là. (b»«.) Est-ce difficile?...
SUZANNE
Oh oui! mais je te montrerai...
WILLIAM, »'»erni»uill»ot pr*« do banc.
A la bonne heure!... (n uii* i» poupe*.) Bohsoir, miss... (4 souatic.J Comment l'appelle-t-on?
SUZANNE
Cordélia.
WILLIAM
Cordélia?... *
SUZANNE
Comme dans U Roi Lear.
WILLIAM
Ah! te Roi Lear ?...
SUZANNE
C’est une belle pièce de milord père.
WILLIAM, * U poopfc.
Bonsoir, miss Cordélia. (a s«»ob*.) El que faut-il faire maintenant?
SUZANNE
Il faut d'abord lu» ôter cotte robe-là... Oh ! comme tu t’y prends mal...
WILLIAM
Ob ! miss, je vous en prie, ne me grondez pas!
SUZANNE
Attends que je te montre, (wuuam paraît u»jMn dutmn.) Écoutemoi donc!... On la prend ainsi, on défait le nœud... les agrafes... puis on la délace... {en« cherche dam «** chiffeu.) Là, je Tais lui passer sa belle robe. . . (ani*q.*n>Mt.) Oh ! que tu es donc maladroit !
WILLIAM
Je fais de mon mieux, cependant.
JUDITH , de dfbor».
Suzanne!...
SUZANNE
Me Voici!...
JUDITH, ftniiiinl,
Suzanne, oïl es-tu?
SUZANNE
Ici, viens jouer avec nous!
JUDITH
Un étranger... (Willilm la regarde arec tendre**.) Ah! TDOn Dieul
est ce possible?... Ah! Suzanne, c'est notre père!...
SUZANNE
Mon père !... (Elle* •• jettent dao» m brai.)
WILLIAM
Mes enfants, mes trésors, mes deux anges!... c’est vous, c’est donc vous!... (a Judith.) Tu le vois, nia petite fée, j'ai obéi à ton coup de baguette ; tu m’as dit de venir, et j’accours...
juditii.
O bonheur !
WILLIAM
Mais 4 voyons, placez-vous là, devant mol, toutes les deux, que je vous contemple à mon aise, que je vous admire... Outcllcs grandi, mon Dieu !... Les beaux yeux ! les frais visages!... et quels sourires! (a s«»nnc.) Un lutin effronté !... {a Judith.) Une miss sérieuse!... Je croyais vous connaître, je croyais vous avoir revues dans mes rêves... Non, non, mes rêves mentaient... vous êtes plus belles!... Mais embrassez-mot donc, à votre tour... mes filles, mes chères filles !... J'ai à vous dire tant de choses, à vous prodiguer tant de caresses, que mes idées s’embrouillent , que je ne sais plus par où commencer !... Comment employer celte heure bénie? que faire?..»
(il retourne *‘»*ee*ir tur te bine-}
SUZANNE
Tiens, endors Cordclia. (eiu loi »et « roupie mr u» pnom.)
WILLIAM , U poeent à cùsd de loi.
Tout à l'heure, tout à l’heure...
JUDITH
iuzanne... on ne tutoie pas son père...
SUZANNE
Quand on est grande , c’est possible ; niais quand on est petite, on tutoie tout le monde, même le bon Dieu.
WILLIAM
Gentil démon, va !...
SUZANNE
Moi, d’ubord, je m’imaginais un père tout autrement... Je ne pourrai jamais avoir peur de celui-ci!... (wie i«i «me » cou.) Oh! la belle bague I... voyons...
WILLIAM
La veux-tu?... la voilà... Veux-tu encore cette agrafe?..» prcnds-la... Tout ce que j'ai est à toi!...
SUZANNE
Elle est trop grande pour mon petit doigt... Tiens, je la donnerai à ma mère !...
WILLIAM, h put.
Sa mère!... (n « fc**.)
JUDITH, la «Mirant.
Je suis jalouse, moi, vous ne me donnez rien.
WILLIAM
Ali! parle!... Que demandes-tu?...
JUDITH
Un baiser pour ma mère.
WILLIAM, à part.
Encore !
JUDITH
Vous hésitez?... Me refusez-vous?... (u i*e»hreut.] Merci!..;
SUZANNE
Quand tu reviendras, il faudra nous apporter d'autres comédies... mon oncle a jeté notre Æo» Lear au feu...
WILLIAM
Ah! cruauté de geôlier !...
SUZANNE
Il est méchant, mon oncle!...
JUDITH
Taisez- vous, mademoiselle...
SUZANNE, Tenant h wo pta.
Mais... Londres doit être bien plus beau que Stratford, tu devrais nous emmener.
WILLIAM
Vous emmener?... à Londres, chez moi, toutes les deux?..:
JUDITH
Avec notre mère!...
WILLIAM, I ptru
Toujours!... O chimère impossible!... vie brisée!..;
JUDITH
Mon père !
WILLIAM
Eh bien, nous verrons... plus Urd, mes chères filles; aujourd’hui, c’est impossible... je vous quitte... laissez-moi vous embrasser... Je vous aime... Adieu, soyez heureuses !...(n r»it
•n nwn»emcni pour m retirer.)
JUDITH
Heureuses!... Hélas!...
WILLIAM, menant.
Ne l’êtes-vous pas déjà?
• JUDITH
Non, mon bon père, car c’est de vous seul que dépend notre bonheur.
WILLIAM
De mol seul?
JUDITn.
Je ne connais rien des choses de la vie, je devrais me taire devant vous et baisser la tête avec respect... et pourtant H me semble que je ne serais pas coupable de vous dire...
WILLIAM
Parle, dis tout, cœur d’ange !
JUDITH
Eh bien, si vous voulez qu’il y ait du bonheur pour vos filles, il faut rester près d’elles... et de leur mère!... Ne me dites pas non, ne détournez pas la tête, je vous en supplie!... Ma mère est bonne, vous êtes bon aussi... pourquoi donc avezvous cessé de vous aimer?... Je ne le comprends pas, cela ne doit pas être!... Laissez-moi faire, et le passé ne sera plus qu’un mauvais rêve!... Oh! je sais comment m’y prendre!... vous ne résisterez pas à mes larmes!... Je saisirai dans mes mains vos mains désunies et je les rapprocherai l’une de l'autre en souriant, et vos cœurs n’en feront plus qu’un comme autrefois!... Un mot, un geste, un signe, et j’appelle ma mère, et vos filles vont connaître cette félicité que vous demandiez à Dieu pour elles!
WILLIAM
Judith!... ma Judith!...
• JUDITH
Vous voulez bien, n’est-ce pas, vous voulez bien ?
WILLIAM
Oh ! cruelle enfant!... non, laisse-moi, il faut que je parle.;, plus tard... un jour !... Adieu ! adieu ! je vous béais !... (s'arrachant j« ic«n bra*.) Mon Dieu, veillez sur elles!
JUDITH et SUZANNE.
Adieu, mon père! adieu I... (au moment «« «Minm atteint le mu
de mer, ■>« entend un cenp de leu. Lee enfanta pouracet au cri.)
Ce n'est rien! ce n'est rien!
JUDITH) iVUdçidI ver» loi.
Mon père!...
WILLIAM
Ma bonne chérie, regarde, je ne suis pas blessé, regarde! Rassure-toi ! Mais va, va, emmène la sœur!... (judeh faftw» p»* «en I* «t rnvlw» «en WiHim.)
JUDITH
Mon père!...
WILLIAM, «Imnwl.
Laissct-moi I Allez, allez, ou je suis perdu! (nie* e»a*
le panllon. On enuod un lirait de roi* mctucanlr*. ) On vient! COItUTient
sortir d'ici!... Que veulent ces hommes?... Impossible de fuir!... attendons là... (u ••floip»* *•» la droiie.)