DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES ET BIBLIOGRAPHIQUES
Henry Gauthier- Villars est né à Villiers (Seine-et-Oise) le 10(1) août L859. C'est un bel homme plutôt gros et dont l'occiput étale une impudique nudité, qu'il dissimule sous un bord plat légendaire.
Voici comment il se calque lui-même !
Je vins au monde pendant la guerre d' Italie, celle que termina le traité de Villa franco , et non celui de Campo-Formio, comme pourrait le faire croire une calvitie sans bornes.
Le jour de ma naissance, le canon éternua, cependant une bourdonnaient les cloches ; ne vous étonnez pas : c'était le Î5 août (2).
J'eusse souhaité — brun, gjtamê, mince —
(1) Il prétend être né le 15, pour se rajeunir.
(2) Etre né un 15 août et ne pas s'appeler .Napoléon!
une allure fatale et 1830 ; au lieu de faire de moi le beau ténébreux tant désiré, la Nature /n'a modelé plutôt boulot, perçant mon visage grassouillet d'yeux dont le bleu lavé rassure — trop — les timides d'abord enclins à s'effarer devant l'illusoire retroussis d'une moustache de va-t-en guerre.
Comme tour de cou, j'ai 'i'i centimètres. exactement ce que mesure la taille de Polaire : la créatrice de Claudine à Paris pourrait donc se ceinturonner avec mon faux-col, si jamais elle en exprimait le désir.
Depuis pas mal de temps, et même davantage, je traduis Wagner en calembours dans les .Lettres de l'Ouvreuse. Ça ne m'amuse pas follement, mais il faut vivre.
Avec le produit de mes romans, qui se vendent bien, j'élabore a grand frais des volumes d'histoire qui se vendent moins : les... [?) louis que m'ont rapportés Maîtresse d'Esthètes et Un vilain Monsieur, je les ai usés, tous, a des achats d'autographes coûteux : comptes du duc d'An tin, correspondance de Stanislas Leczinski et de Vaucltou.v, etc. Il en est résulté un Mariage de Louis XV, de haut embêtement, f ose le dire.
Et nion âme d'arcliiviste-paléographe {Y) se
(1) Claudine prononce Arriviste- paléographe; les femmes sout si rosses !!!
Phe>t. Pierre Petit.
E. de SOLENIERE
"audit au penser que je m'en vais bientôt fouiner dans les bibliothèques allemandes, de Munich à Weimar, de Wolfenbûttel à Berlin, pour y rechercher les lettres inédites de la princesse Palatine. Le grave bouquin de Charlotte-Elisabeth d'Orléans sera payé par la trilogie folâtre de Claudine.
Ma pauvre fille ! Elle n'est point assez honnête pour ne pas faire parler d'elle. Mais comme les opinions divergent! Emile Pouvillon tient Claudine en ménage pour un chefd'œuvre dangereux, et Maeterlinck me traite (tout arrive) de « délicieux poète aigu » à propos de ce livre dont Camille Mauclair aime le « ton libertin mêlé d'un léger sanglot ». — Par contre, le Fêtard décrète : « C'est écrit de bric et de broc », et le Mouvement socialiste méprise mon style « plat comme les bords de mon chapeau ». Lequel dit vrai, Seigneur ?
Henry Gauthier-Villars