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trait un plan inexact où la ville était présentée sous un aspect imposant. Devenu très consultatif, déterminé à ne plus rien ordonner de son chef, il convoqua le 26 juillet chez Ruamps, le seul des commissaires de la Convention qui fût alors à Tarmée, les généraux divisionnaires Munnier, Diettmann, Laubadère, Gilot, Landremont. Il exposa son plan d'attaque contre Germersheim ; mais il eut soin d'ajouter qu'on ne devait rien donner au hasard et qu'il y aurait des risques à courir, parce que les Autrichiens avaient fait autour de la place des ouvrages multipliés. Tous les généraux l'approuvèrent; suivant eux, le moment de tenter une pareille entreprise était passé ; la cavalerie manquait; un revers causerait l'irrémédiable déroute. Mais si la droite de l'armée ne pouvait s'appuyer à Germersheim, ne fallait-il pas regagner les lignes de la Lauter? C'était l'opinion de Beauharnais ; toutefois il n'osa l'exprimer nettement; il craignait de déplaire aux représentants et il assura même qu'il ne ferait la guerre défensive qu'à la dernière extrémité, après avoir assemblé ses généraux de division et recueilli leurs avis '.
Une vive et brusque attaque de Wurmser précipita sa résolution. Wurmser avait cru que Frédéric-Guillaume lui enverrait des renforts; mais, loin de le secourir, le
' Compte-rendu par Ruamps, Roi le, etc., 28 ; Beauharnais a Bouchotte, 25 juillet, et au Comké, 26 juillet; noie de Legrand (A. G.). Ferino proposa vainement de leuir la crête du chemin de Landau à Spire en avant de la Queich et au delà de la i'orêi, d'envoyer douze à quinze bataillons dans les gorges des montagnes, d'occuper la position entre Hochstetlen et Trippsladt, de faire retiancher par l'armée de la Moselle le poste de Kaiserslautern où Tennemi n'était pas encore; le projet, dit Legrand, était fort militaire et les alliés n'auraient pu s'avancer dans la Basse-Alsace, sans courir le danger d'être culbutés dans le Rhin.
U4TMSCE OU LA MORT 5j
roi lui coQseillait de refuser sa gauche et de se retirer sur Neusladl. Wurmser, iodigoé, exaspéré, convaincu qu'il aurait facilemenl raison d'un adversaire démoralisé, aima mieux livrer bataille, et le 27 juillet il assaillait à Rûlzheim l'aile droite de l'armée frao^aise commandée par Ferrier. Après une canonnade qui ne lui coûta qu'un seul liomme, Ferrier, comme saisi de panique, abandonna successivemeut Rûlzlieim, Herxheim, lasheim, sans informer le général en chef, sans même avertir les brigades de Lafarelle et de Uequillet qu'il laissait à découvert et que Beouharuaia avait placées en écheloDS pour le soutenir. Tourné par sa droite, voyant à son cenire Mezsaros s'emparer au bout de cinq heures de combat des villages d'OH'enbach, de Bornheim et de Dammheim, redoutant que Wurmser ne viul par la plaine et les bois s'établir sur les crëles de Barbelrolh et lui fermer l'entrée de l'Alsace, Beauharnais ordonna la retraite. Elle eut lieu tristement et daus la plus grande confusion. Morue, sombre, rebutée, l'armée sentait son courage se glacer : o Elle se croyait traliie, dit un officier; la reculade inouïe de Ferrier lui donnait la crainte d'élre coupée; la raéGauce dans tes chefs était extréine; ■ l'obi'issance, nulle; la désorganisation, complète'. ■ |
III. llouchard u'avail pas élé plus heurcus. Il quitta - SarrebriJck le 16 juillet et une semaine plus lard, par Waldmotir, J^gersberg, Kiebelberg, il poussait ses avantpostes à Kusel, tandis que le corps des Vosges, sons les ■
■ Ocich. dey Kriegi. 1, 21)2; Zeissberg. I, 210^ note de Legrsnilj Besuliainais bu Comilp, 29 juillet (A. 0.)\ Borip, Milbsud, Kuampa KU CDQiilê, 2 aoQt [A. N. dilii 4 et Uec, Aulard, V, 453) ; Argat, leUre de Wissemboiir^, 2S juillsi, n° du 30, p. 102 ; Jovrnal i» lu I Monlaffiit, a" 63 ; Saial-Cjr, I, 63 ; Sguil, M/M., I, 33.
SB WISSRMBOURa
conlre vous * I » Mais, quelle que fût sa colère, il ne pouvait aller plus avant. Son armée recula vers la Sarre. Hohenlohe désirait la poursuivre, la presser, no la lâcher que sur le glacis de Sarrelouis. Brunswick lui commanda de s*arrèter. « Houcbard, dit Massenbacb, aurait dû laisser ses cheveux dans les déâlés et les mauvais che mins ; mais nous étions si généreux ' ! »
Houchard se vengea de sa déconvenue en livrant à la dévastation et au pillage ce malheureux pays de Deux- Ponts que les commissaires à grippe avaient presque épuisé. Le 28 juillet, il fit brûler le château du Garlsbe rg. Quelques heures suffirent pour réduire en cendres cette superbe résidence, gardée naguère comme une sorte de jardin des Ilespérides par des grenadiers moustachus, ce palais que TAllemagne comparait au séjour enchanteur d*uue fée, et que le duc Charles avait rempli des meubles les plus précieux et des plus magnifiques collections. On dit que les soldats saccagèrent le cabinet d'histoire naturelle, qu'ils mirent à leurs chapeaux les plumes des oiseaux les plus rares et burent sans façon l'esprit de vin dans lequel étaient conservés les fœtus. Le château de Ilombourg subit le môme sort que le Garlsberg. « Je ne puis croire, écrivait un volontaire, que de pareils ordres émanent de la Convention; elle est trop juste et trop humaine pour ne pas comprendre de quelle horreur elle se couvrirait ; mais nos agents nous font détester des braves gens qui admirent notre belle Révolution* 1 »
« Houchard à Boucholle et à Kalkreulh, 30 juillet (A. G.) i cf. Mayence, 292,
* Massenbach, 1, 182 « wir waren so human ».
a Remling, 1. 350-358 ; Un volontaire de 179U p. 118-119 ; Breton, Voyage dans la ci-dtvant Belgique it sur la rive gauche du Bhin^ 1802, II, 119; cf. sur les commissaires à grippe et notamment sur
^^M UAYKMCa ou LA UORT
IV. A peine Houchard regagDail-il la Sarre qu'il recevait l'ordre de remplacer Cusliue dans les Flandres. Le Conseil exéculifavail d'abord nommé DicttmaQU '. Mais, de même qu'il avait refusé le commandement de l'ar du Kliiû. Dieltmana relusa le commandemeDt de l'armêftj du Nord ; il déclara qu'il était attaclié â sa division, qu'ilfl n'avait pas les aptitudes i^écessaires pour conduire unef armée et qu'il resterait à son poste- Après avoir teaté Ûécliir 1' « inaltérable modestie » de DiettmaDU, les commissaires de la Conveulion, Louis el PUieger, proposèrent! au Comité de salut public Houchard que <t ses long^fl services rendaient presque Égdlement propre à commaa-j der avec succès l'une ou l'autre des armées de la République >. M'avait-il pas écrit toutrécemment aux fédéra- I listes de Bordeaux el de Lyon qu'il était le chef des T soldais sans-culolles de l'armée de la Moselle el qu'il ne pacliserait pas avec les complices de Uumourie/ 'i Comité de salul public nomma Houchard : le danger, lui mandait-il, était estrëme ; Valcucieunes avait capitulé le 28 juillet: la consternation régaail à Paris ; dans cette crise terrible, le Comité jetait les yeux sur Houchard ; le général méritait la coniiauce de la patrie ; ou cher issail son nom depuis longtemps; o il n'écoulerait aucune | des considérations qui pourraient le retenir à l'armée de la Moselle ; le point du plus grand péril était le poste | d'un républicain'. »
Boulay, une lellrB insIrncliTa Ju repréatiilain Blaux (Rec. Aul»rd III, 49e, el IV, 198).
' Arrêlé du 22 juillet ; Dieltmann à Bouchalte, 2G juillet [A. G.). Déjà, la 12 juillet, BouchoUo avait lail tlioii de DiallmaiiQ pour com mauder l'arméa de La Uochelle ; mais Dalacroix a^aiit remarqué qi Diellmaau avait refusé le commaDdeuient de l'armée du Rbia par qu*il I ëlait pour la cavalerie el ne connaissait pas les manœjvres ' l'inlanteria ■, la CoQïenlioD avait nouiiné Beysser [Mon., 14 juillell. > PlUegar el Louis uu Comilô, 26 juillet ; la Comité à Houchard,
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Quel serait le successeur de Houchard ? Ferriér avait été proposé par Bouchotte et accepté par le Comité de salut public comme par la Gonyention *• Mais les soldats De voulaient plus de Ferrier. Ils reconnaissaient enfin qu^on avait eu raison de lui refuser les qualités d'un général, la présence d'esprit, la résolution, le courage même. Sa propre division exigeait sa destitution. Les Jacobins de Wissembourg et de Strasbourg le traitaient de lâche et l'accusaient de devoir son avancement à la faction d'Orléans. Les commissaires de la Convention assuraient que sa réputation d'ineptie était faite, qu'on le regardait partout comme ignorant et poltron, qu'un pareil homme ne pouvait ni commander une division ni même rester à Tarmée. Ferrier eut peur; il refusa les fonctions que Bouchotte lui offrait, et, lorsqu*il se ravisa quelques jours après et demanda le commandement en jurant qu'il Tacceptait et l'accepterait cent mille fois, il était trop tard : le 3 août les représentants avaient nommé provisoirement SchauenburgV
Alsacien de naissance, Français de cœur et de langue, Schauenburg comptait trente-trois années de services ; il avait passé par tous les grades et, durant six mois, dirigé Tétat-major de Tarmée de la Moselle. Il craignait la responsabilité du commandement et protestait que les talents lui manquaient^ qu'il serait mieux au second
31 juillet (A. G.) ; décret de la Convention, du 1«' août (Rec. Aulard, V, 443) ; cf. 3Ion. du 22 juillet.
» Mon., 3 août 1793.
* Mon , 14 août; Argos, 30 juillet, p. 103; Journal de la Montagne^ n"* S8 et 96 (réponse de Laveaux au club de Wissembourg) ; les j&cobiDS de Strasbourg aux jacobins de Paris, 9 août ; Richaud, Scubinny, Ëhiir.aiin au Omité, 5 août; Lacoste à Barère, 19 août; Ferrier à Boucholle, 13 atût (A. G.) ; Schauenburg a la Convention, 1,
MAYENCE OU L* KIORT
rang qu'au premier : écrire, disail-il, est peamoii fait: il préférait obéir, dresser )e soldat. Mais les commissaires le savaient « brave etmaDœuvrier ■. Le chef de brigade Valory atlesiail aux Jacobius de Taris qu'il était excellent tacticien et que l'armée lui devait sou iusirucliOD. Les troupes l 'es tl niaient et l'aimaient ; il u'avait pas la rudesse de llouchard et sa figure rébarbative; « il élail bel liorame et airable, dit un de ses subordouoés, el il commandait l'infanlsrie avec autant d'amabililé que de sagesse ; on avait du plaisir à servir sous lui •. D'ailleurs, qui pouvail-on choisir? Delaai^e? Mais Delaage apparleaait à la même caste que Scbauenburg, et le nombre et la valeur de ses soldats, el non sa propre habileté, avaient décidé la victoire d'Arlou. Pully? Mais Pully, lui aussi, était noble, et Bouchotle se disposait à le suspendre. Le choix des représentants s'arrêta donc sur Schauenburg ; ils le jugeaient l'homme t nécessaire i», le seul capable, sinon de mener, du moins de réorganiser l'armée de la Moselle; son républicanisme ne semblait pas très prononcé ; mais il était simple, honnôle, et ■ entouré de bons patriotes, il Irait bien, car il avait l'envie de bien aller' *.
> Schaueiibuf}; sus représenta a la, 3 aght, et ù Boucliotle, 7 Sept. ; ' Laaosls et Gu;ardm au ComiLê, i aoat ; Kichaud, EbrinaDD, H nand, Souhrsny au Comilé, k aoCil ; Prieur et JeauLou Samt-Aadrd ■u Comité, 12 août (A. G.); Journal de la Monlagne, ii> 41! ; Le Comle, L'Oiiirt. impartial, 10. Bellliaiar Scliouenbur;^, Dé nu châleau de JungholU, près Soullz (ilaut-Rbinj, le 31 Juillet 1745, eelré cotn ToluDlaire au régiment de Nassau caialcrio (l'uOj, passa eu cetta | qualité au 53' lég. d'inf. (1762), iDus-lieuleuitil au mSma régiment J s 171)4) el aux ifreDidierï (1766), lieuleuanl de la compagoia |
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coloDel (23 D01, 1791), marAchBl-de-eainp (7 septsnibre 1792], cbet
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d'état-major do l'armée du centre, ensuite armée de la Moselle (du 7 sept. 1792 au 8 mars 1793), général de division (8 mars 1793). Il avait fait en Corse les campagnes de 1770 et 1771, et devait commander Tarmée d'HeWétie en 1798. Il est mort en 1832, à Tâge de 87 ans. < Sa naissance, a dit un contemporain, un certain air de hauteur et une fermeté inébranlable pour la discipline, quMl avait puisée de bonne heure à l'école allemande, le faisaient alors suspecter violemment d'aristocratie. Ses talents et une loyauté qui ne s*est jamais démentie, le portèrent au grade de général en chef. Il a, en qualité d'inspecteur-général de Piafanterie, rendu à Tarmée de Rhin et Moselle les plus grands services. C'est lui, pins que tout autre, qui a formé des officiers et créé des soldats. Nul corps ne fut envoyé à Parmée active s^ins être exercé par ses soins, peu d'officiers-généraux en Europe entendent mio'ix la manœuvre des troupes et les principes de détail que Schauenburg. (Notes de Legrand, A. G.) Cf. Inrasion prussien ne ^ 212.
GHAPITIŒ IV
- Remptac^ment dns
It bleu. — L'ainilgsnic. — L'nvii
Schauenburg était à peioe général en cher, qu'il vit son armée bouleversée. Le Comité de salut public, effrayé ] par la prise de Condé, de YaleccieDnes et de Mayence, avait CDVoyé deux de ses membres, Prieur de la Marne et JeauboQ Saint-André, ans Trontiëres de l'Est et du Nord, Les deux commissaires devaient se concerter avec les représentants et les généraux sur le meilleur emploi des forces de la République et porter en Flandre des secours considérables. Le 8 et le 9 août, ils tinrent à Bitche une sorte de conseil de guerre, Les représentants Milhaud, Soubrany, Ricbaud, Ehrmann, Guyardin, Lacoste et les généraux Beauharnais, Schauenburg, Pully, HédouviUe el Ouénand' assistaient à la conférence.
' Guënand, disait Scbauenburg, ■ joint aui TorluB civiqm
6i wisssyBOURa
Prieur el Jeanbon posèrent des questions auxquelles les généraux répondirent : 4» fallait-il envoyer des renforts en Flandre, et les deux armées du Rbin et de la Moselle qui comptaient, Tune, cinquante mille hommes, Tautre, quarante mille, avaient-elles assez de monde pour rafraîchir Tarmée du Nord? » Les généraux votèrent unanimement Taffirmative.
20 Devait-on, avant le départ de ces secours, entreprendre une expédition profitable et décisive ? Une armée de républicains ne pouvail-elle tenter la fortune? Les soldats ne se plaignaient-ils pas de leur inaction? Ne brûlaient-ils pas de Timpatience du combat? Ne seraient-ils pas vainqueurs? Et une fois Tennemi chassé des gorges, ne vivraient-ils pas à ses dépens? Ne feraientils pas du Palatinat le grenier de la France f — Les généraux ne partagèrent pas l'avis des représentants. Tous déclarèrent qu'ils n'avaient que des forces inférieures, qu'ils manquaient de cavalerie, quils seraient infailliblement défaits s'ils se hasardaient à livrer bataille dans le Palatinat. Mieux valait, selon eux, approvisionner les places de la frontière et demeurer sur une respectable défensive. Du reste, ajoutaient-ils, ils étaient nobles et, par suite, dépouillés de toute confiance; môme victorieux, ils seraient soupçonnés; pouvaient-ils mener leurs troupes à de si grandes entreprises ?
3<^ Combieu d'hommes les armées de la Moselle et
zèle, les talents et la judiciaire la plus recommandable, non seulement pour rinstruction, mais pour des opérations plus étendues, et j'apprécie dans cet officier la vraie connaissance de Phomme. » Grou et Valmont demandaient pour lui, le 22 juin, le grade de maréchalde-camp, parce quM faisait depuis deux mois le service d'ofâciergénéral. Mais le 1" septembre, il annonçait que, noble, il quittait le service.
LES RBPBÉS ENTANTS
du RhiQ fourniraicnl-e)les? — Après une longue discussion, les généraux répondirent qu'elles ne pourraient fournir que 12,000 hommes : celle du Rliin, 7,200 et celle de la Moselle, 4,000. Ce n'était pas assez au gré des commissaires. Ils auraient voulu 30,000 hommes qui seraient arrivés dans le Nord, tout organisés et tout prêts à battre. Mais ils n'insistèrent pas. Beauharnais, Schauenburg et les autres annonçaienl à l'avance l'invasioi Bas-Rhin et delà Moselle, la prise des forteresses, la quête de l'Alsace et de la Lorraine. Si les conventionnels avaient exigé davantage, n'aurait-on pas rejeté sur eui les futurs échecs? Les généraux n'essayaient-ils pas de se décharger de toute responsabilité 1 Nous vous donnerons, disaient-ils aux commissaires, tout ce que n avons ; mais signez-nous une réquisition 1
4" Combien de cavaliers fourniraient les deux armées? — A celte question, les généraux se récrièrent. Naguère, Boueholte désirait tirer de l'armée de lo Moselle un peu de cavalerie légère pour l'envoyer dans les .4lpes, et Houchard répondait qu'il ne disposait que de 1,700 chevaux pour garder la fronlière entre Bitche et Lougwy '. El l'on voulait aujourd'hui prendre encore de la cavalerie aux deux armées I Non, après mi!lre rétlexion, les i généraux ne pouvaient donner que 100 cavaliers de l'armée du Rhin et les Ta hommes qui formaient à l'armée J de la Moselle la compagnie d'artillerie légère du capi- j taine Détrès.
6° On avait ainsi 11, 37o hommes'. Mais comment les |
Bouchard à Deforgue, 22 join (A. G.).
L'armée de la Moselle raurnit 1,000 hommes de la garaisoii de LoDgwy, 2,000 âe celle âe Meli, 1,000 de celle de Thionville, et les 7S caaoDnierB deDétrèa ; l'armée du Rhin : 4,000 hommes de l'annâe active du Bas-Rhm, 2,0(10 de la (liTiEion du Haut-Rhin, t,2C
mtasiiBDuna- '
eaTerrait-m promptemeat dans Les Flandres? lUait-il Ips f^vnyer en poste on les réonir à Fontoy et les iiire marcher le long de la frontière? — Les géu é iauA idijcctarent que les troupes tirées an Hant-Bliiii ne seraient à Pontoy rpie dans trois semaines. On résoint de les diriger sur Metz et de là, en poste, sor Pérame. Qnant aux troupes extraites de Tarmée de la Xoseileel de l'iarmée aciive du Bas-Rhin, elles marcfaeraicnl en corps d'armée et militairement sur Mézières où elles reeevraient les instructions de Huuchard ^
Prieur et Jeanhon-Saint-André partirent mécontents. fia .^entaient que les secours accordés par les généraux étaient insuffisants. Mais le 8 août, pendant les conférences de Bilche, le Comité de salut public, redoutant les progrès rapides » de Cobourg, arrêtait, de concert avec les ministres, que 30,000 hommes seraient tirés des armées du la Moselle et du Rhin pour être tran^>ortés f*n poflte dans un camp intermédiaire à Péronne et à Saint'Qu(;ntiD, et il consacrait une somme de cinq millions aux frais de Topération.
Lf:H envoyés du Comité prirent aussitôt de nouvelles mesurf'H. Sans hésitation, sans retard, par voie de réquisition directe, ils tirèrent de Tannée de la Moselle les :)0,ooo hommes qu'exigeait Tarrèté du 8 août et qui fltirc.nf H(; diriger sur-le-champ vers Cambrai*.
(1(^4 f/nrnifions tX 100 chevaux. Prieur et JeanboD remplacèrent les lr(Mi|iC'H (lo Mol/, vi (lo Thionvillc par des troupes de réquisition; ils iMivoyf'ront à Molx lu cavalerie de la légion de la Moselle; Tinfanterie (lo imMIo l<y,i(in qui rumpt&ii 700 déserteurs prussiens et autrichiens, lui (IrrlfHM^ P(ir los l'vn^in^oP.
* I.rtiri» dp Pri«Htr pt JcanboD au Comité, 9 août, et Rapport^ 7-8, :n .17.
* PriiMir <>t Jonntton, A\i/*^or/, 9. Mais il faut ajouter que sur las :\0,0()() hommr<«, '2'2,«M>0 tteulcmont rejoignirent l'armée du Nord, c Les
LES REPBÉSENTÀNTS 67
C'est ainsi que Tarmée de la Moselle devenait la pépinière des autres armées^ et après tout, disaient Hentz et De La Porte, elle ne servait à rien pour Tinstant *. Mais elle ne comptait plus que 40,000 soldats ; il fallait la réorganiser, lui rendre au moins les deux tiers du monde qu'elle perdait. Prieur et Jeanbon-Saint-André décidèrent qu'elle se grossirait dans le plus bref délai des 41,375 hommes qu'ils avaient obtenus des généraux à la conférence de Bitche, et de 7,000 hommes que l'armée du Rhin fournirait en sus.
L'armée de la Moselle se composait donc en très grande partie de troupes nouvelles et ses bataillons renfermaient une foule de recrues dont l'instruction n'égalait pas la bonne volonté*. Aussi Bouchotte se plaignait-il que le service des avant-postes ne se fit pas avec soin ; on l'avait informé que les officiers s'éloignaient de leur détachement et couchaient dans des lits ainsi que les soldats, qu'on se laissait aisément surprendre, qu'on n'avait jamais le temps de se former en bataille. Schauenburg protestait faiblement ; c le zèle et la quantité des bons officiers, disait-il, nous sauvent du mal qu'on éprouve de la négligence et de l'ignorance des mauvais. » Mais il avouait qu'il y avait dans son armée des « paresseux », des « insouciants », et que la plupart des ofliciers étaient neufs et inexpérimentés : les uns avaient quitté leurs foyers pour commander les bataillons ou les compagnies de volontaires, les autres étaient d'anciens capitaines,
circonstances, écrivait Bouchotle au Comité [29 août, Â. G.) dérangent un peu les dispositions que vous avez prises et je crois que les forces extraites ne s'élèveront pas à plus de 22,000 hommes; ceci va contrarier Houchard qui comptait sur 30,000 hommes. ■
> Rec. Aulard, IV, 581 ; cf. Prieur et Jeanbon à Bouchotte, 11 août (A. G.).
« Hédouville a Bouchotte, 14 août (A. G.).
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rouilles par l'inaction et la vie monotone des garnisons ; les sous-officiers, choisis par leurs subordonnés, et « encore pleins de reconnaissance, arrêtaient Faction des lois » *.
La principale cause de la désorganisation était le remplacement soudain, précipité, inévitable des officiers nobles. Depuis le 40 août, le soupçon universel planait sur les militaires de celte classe ; on se défiait d'eux ; on les accusait de conserver dans le secret de leur âme le culte de la royauté ; on assurait qu'ils méditaient la trahison. Dès le 6 septembre 4792, le corps duHaut-Rhin sollicitait delà Législative un général qui an*eûtpas dans les veines un sang corrompu ». Il faut, écrivait Chépy, remplacer par des talents plébéiens tous ceux qui « traînent dans les camps des souvenirs de noblesse ». La défection de Dumouriez fit déborder la haine qu'inspiraient les cidevant. De toutes parts on proposa de les exclure des emplois. Ronsin s'écriait que cette perfide désertion devait guérir la France de sa fatale manie de mettre des nobles à la tête de ses armées. Marat voulait qu'on leur défendît de commander les troupes à moius qu'ils n'eussent donné des preuves irrésistibles de civisme. Delacroix obtenait qu'aucun d'eux ne serait admis dans l'armée qui couvrirait la capitale. Prudhomme imputait toutes les défaites à ces « gens pourris dans le fumier des cours ». La Commune arrêtait qu'ils ne pourraient être fonctionnaires publics. Varlet demandait qu'un décret de la Convention leur interdît d'occuper une seule place. Vinrent les pétitions des sections de Paris et des société? populaires. « Plus de parjures,
> BouchoUe à Schauenburg, i»*" septembre; Schauenburg à Bouchotle, 8 sept., et à Ilouchard, 12 juin (A. G.).
LBS RBPftËSKMAMS
disait Pio; nous avons des citoyeas, nous avons des soldats, dODC nous avons des généraux. Thémislocle ne possédait que du bon sens el passait sa jeunesse dans les clubs. Les anlagouisles de Pyrrhus et d'Annibal . ignoraient jusqu'aux premiers éléments de leur métier. Marins était un vrai général sans-culotte. Clodius > César ont été plus pernicieux à leur patrie que toute I l'inexpérience el la brutalité de ceux qui ne faisaient j pas profession de la conduite de l'Etat et des armée.'?. Le 21 juillet, aux Jacobins, I-Icberl réclamait le bannissement de tous les nobles ; le peuple devait se rendre à la Convention et demeurer en permanence jusqu'à ce qu'il eût arraché l'expulsion des aristocrates ; plvs île nobles, ajoutait Hébert aux applaudissements de toute la salle, les nobles nous assassinent ; destitution des noble;, et ■nous aurons triomphé I Trois jours plus tard, Chasles proposait o d'anéantir le règne des nobles » ; à l'entendre, il fallait les destituer irrévocablement; on excepterait ceux qui sauraient mériter pendant dix ans l'estime populaire et par ce " baptême de régénération " recouvrer leurs droits de citoj'ens. Et le 2 aoùtVakour opinait que les vieux soldats, les sans-culottes couverts de blessures fussent enfin, après avoir obéi durant trente £ appelés aux premières places de l'armée '.
Le ministre de la guerre Bouchotte était entièrement I jacobin : il recommandait aux clubs d'examiner les choses 1 el les personnes, et de dénoncer et de réprimer les abu9 j comme ils avaient dénoncé et réprimé l'aristocratie'.
■ Pfudhomme, .ffi^o. di Paiis, n» m, p. i2 et 76 ; Chépy i 1 Le lirun (mars 1793]; Ronsin bu Coraîlé, 5 BïrJl (A, G.); ifoB., ( 8 septembre 1792,4 et 9 avril, V, el 17 juin, 1 "juillet 1793 ; Journal delà MoHiaffne, n" 33, SS, 64, 68; Le Balavc.a- 176 [9 août).
* Circulsira de Bouchette buï soi^ïélés poptiUîres, 21 scplembirc, k
engageait Tarmée à se défier des faux patriotes qui voulaient la « subjuguer par une discipline d'automate i et lui soustraire les journaux « propres à l'instruire sur les mouvements révolutionnaires* ». Il entreprit de purger les états-majors et de toucher à la graine d'épinards*. Le premier Comité de salut public ne l'appréciait pas ; il trouvait que Bouchotte < ne tenait pas les rênes de son département avec l'énergie qu'appelaient les besoins du moment ». Cambon déplorait son inertie et son ignorance en matière d'approvisionnements : « quand on lui demande combien il a de fusils a sa disposition, quels sont les moyens qu'il prend pour les faire réparer et transporter, on est quinze jours sans avoir de réponse, et tout languit. » Dès le 27 mai, Bouchotte offrait sa démission. Mais Beauhamais, que le premier Comité proposait au choix de la Convention^ refusa le ministère. Bouchotte resta, et le second Comité le garda, le maintint envers et contre tous : Bouchotte était son homme. Vainement Haussmann proclamait en pleine séance T « ineptie inconcevable » du ministre et assurait que ses fautes compromettaient chaque jour le sort de la République. Vainement Dartigoeyte le jugeait incapable et indigne de confiance. Boucher et Lequinio prétendirent qu'une cabale s'était formée contre lui. Chabot déclara qu'il pouvait, au moins provisoirement, « gouverner la machine » et qu'on ne devait pas remplacer un homme qui commençait à se mettre au fait de sa besogne ; Bouchotte, ajoutait-il, « est patriote,
la suite da décret du 13 septembre par lequel les clubs devaient envoyer au Comité de salut public la liste de tous les agents infidèles dont l'incivisme était connu.
1 Bouchotte à ses concitoyens aux armées, 2 août.
* Mot de Milhaud aux Jacobins, 21 nov. 1793,
^P LES BËPKKSBNTAIiTâ 74 I
et c'en est assez ■>. Le 23 juillet, la Couveiili(>n décidait de dresser le jour suivant une liste de candidats au ministère de la guerre. Mais les dépulalions des Cordeliers et de la Société républicaiue du 10 août vinrent plaider à la barre de l'Assemblée la cause de BouchoUe et affirmer sou civisme, son iatégrité : ou employait, pour l'écarter, les manœuvres dont ou avait usé contre Pache ; ia Convention ferait bien de conserver Boucbolie, et de confier la direction supérieure des administrations à des patriotes et non à des scicntifiqves . Robespierre appuya les pétitionnaires. Déjà, aux Jacobins il avait pris la défense de Bouchoite qui lui semblait un vrai républicain, un sincère ami de la patrie, animé d'un zèle pur. IL vanta derechef la sévère droiture du ministre ; il jura qu'on imputait aveuglément à Uouchotte les faules de ses agents et de ses eunemis; Boucholte, s'écriait-il, avait la couSanee des montagnards; Bouchotle s'était attiré la Laine des aristocrates et des gétiéraux perfides ; Boucbolie ne serait jamais uu Beumcuville et il saurait s'opposer ans criminelles menées des nouveaux Dumouriez ; si la Convention voulait donuer quelque assiette au gouvernement et de la suite, de la consistance aux opérations de la guerre, elle devait rapporter le décret qui prononçait implieiiement le renvoi de Bouchotte. L'Assemblée rapporia le décret au milieu dea , applaudissements réitérés du public, et le i% juillet, ella 1 décidait que le minisire pourrait non seulement suspendre et remplacer les ofticiers-généraux et les officiers I des états-majors, mais choisir dans tous les grades, s: êlre astreint aux dispositions des lois précédentes '.
1 Rec. Aulard, IV, 4S2, S2fi ; Zs Batatc, 28 mai i Mon., acai Ou 30 mai et des g et 13 Juid (d" du 31 mei, des 9 el tli juin); Journet lie la Moatagnr, n' 39 (diECOurB de Chabcl flui Jacobine, S j
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GependaDt, Bouchotte fut encore attaqué. Le 42 août, Gossuiû le traita de mannequin, Taccusa de ne rien faire pour repousser les ennemis, et Delacroix, s*unissant à Gossuin, obtint que le Comité de salut public ferait séance tenante un rapport sur le ministre. Mais Barère protesta sur-le-champ au nom du Comité : Bouchotte était très laborieux; il joignait un sûr républicanisme à la probité la plus exacte ; il mettait cinq cent mille hommes en mouvement, et Tadministration de la guerre n'avait jamais eu, môme sous le règne de Louis XIV, un travail aussi considérable*.
Une suprême attaque contre le ministre eut lieu dans les derniers jours de 1793. Le 30 novembre. Bourdon de roise informa l'Assemblée que les commis de Bouchotte allaient aux Cordeliers et ailleurs dénoncer et calomnier les députés. Celte fois encore, et avec plus de chaleur que jamais, Barère fit le panégyrique de Bouchotte : Bouchotte avait la passion de la liberté, Bouchotte s'était engagé dans la voie de la Révolution, Bouchotte se rendait assidûment au Comité pour recevoir ses ordres. Bourdon ne se rebuta pas; le 4 décembre, il demandait la suppression des ministères et notamment du ministère de la guerre dont les agents, disait-il, entravaient les mesures des représentants. Robespierre répondit sèchement que le Comité surveillait les ministres et que le caractère de Bouchotte opposait à tous les conspirateurs une barrière insurmontable '.
Fort de l'appui du Comité, Bouchotte frappa sans
et] ; Mon.j séances des 25 et 26 juillcl [q<>* du 27 et du 28); Journal de la Mont., n® 41 (Robespierre aux Jacobins, 10 juillet) ; décret du 28 juillet.
* Séance du 12 août [Afon. du 14).
' Séances du 30 oov. et du 4 déc. [Mon. des 2 et 6 déc).
mëtiagemmil, saus pitié les officiers nobles. Il voulait palrioliser larmée. Puisque les hommes de talent el d'expérience n'approuvaient pas la République montagnarde, il fallait, suivant Boucholta, choisir d'autres hommes qui sauraient = faire aller le système populaire " ; ceux-là n'auraient pas d'abord de grandes facultés; mais peu à peu ils se développeraient; n'avaientils pas le premier de tous les moyens, ta volonté d'aller? Oui, disait Boucholte, en ce moment il /liunsrcr^arH du moral, il faut inspirer la confiance, et pour l'inspirer, se montrer à la hauteur de la Révolution ; il faut écouter son cœur et non son esprit ; le régime actuel est celui des saus-cuIottes, et pour qu'il dure, les sans-culottea doivent occuper toutes les places sans exception ',
Afin de mieux a rêpublicaniser » et i sans-culottiser » le corps des ofliciers, Bouchotte envoya dans les armées des agents ou commissaires dits du pouvoir exécutif, mais qui ne dépendaient en réalité que de l'administration de la guerre et ne correspondaient qu'avec le ministre ou avec son secrétaire -général Vincent et ses adjoints Jourdenil et Sijas. Ces commissaires devaient, selon leurs instructions, < surveiller le matériel et le personnel'». Dans toutes ses lettres, Bouchotte leur
« BouchoUe à Krieg. 9 boÛL (A. G.).
■ V<iir 1b correaponilBDce de Bouchotte aveu les i^ommissairea, ■a mai, U iuia, 30 aoQl, elc. L'armée du Bbin eut d'abord deui com- Dussaires du pouvoir eiéculil, Gernecin et Galeau {d. Eur GaroeriD le lomt IV de Wallon, Les repr^aenlanti en mitiioa, 1890, p. 4S2, et sur Gâteau, inlime ami de Ssint-Jusl et, oumine lui, oiigiuaiie de Blérancourl, Vlnwmfdiaire du 25 loQt 1891), et celle de la Uoeelle, c[UBtre ; Kranfoû Gémond, qui fui tûentOl rappelé; Grsmmont, qui regagua Paria le I" mai pour devenir chtf au bureau ceolral du miniatèce eL qui fui remplacé par Grou (LouiE-Quillaume-Jeau-Baplisle), Bucien capitaloe de dragons ; Valmont qui, l'auaée préuédeate, parcourait les armées de rArponnc et de la Balgiquo (Btlraite lie
Il WlSSKàl BOURG
recommandait de s'attacher à connaître les officiers, de connaître les bons et les mauvais, d'entretenir le patriotisme des soldats, de répandre les journaux ou, comme on disait alors, les papiers nouvelles ou les papiers publics, le Père Duchesne et le Journal de la Montagne ^
Ils surent s'acquitter de leurs fonctions et garantir le soldat des « poisons du fédéralisme ». Ils dénoncèrent les officiers nobles et ceux qu'ils soupçonnaient de royalisme, ces hommes « indignes du beau nom de républicains », ces « êtres corrompus qui déshonoraient Tarmée » et qu'on devait expulser au plus tôt, sans user de a demi-mesures » ni de « partis mitoyens et conciliatoires ».
Ils dénoncèrent le chef de Téiat-major de l'armée de
Brunswick^ \kk)^ et Mourgoin, que les commissaires nommaient < le plus pur et le plus chaud patriote, guidé par la sagesse et la maturité des réQexions * [Ëhrmann, Richaud et Soubrany àBoucholte,26août). Ces commissaires furent rappelés le 23 août lorsqu'on décréta la réquisition; mais le 11 septembre, sur la proposition de Barère, le Conseil exécutif eut de nouveau la permission d^envoyer des agents qui seraient sous la surveillance des commissaires de la Convention et qui devaient « répandre partout les lumières et purifier l'opinion qui, semblable à l'atmosphère, se corrompait de deux en deux mois >. Le Conseil exécutif provisoire eut désormais deux agents auprès de chaque armée : ce lurent, à l'armée de la Moselle, Mourgoin et Delteil ; à l'armée du Rhin, Berger et Renkin. Ce dernier écrivait le 22 septembre, à Boucholle, que Dièche (le commandant de Strasbourg) devait être soutenu par « une forte garnison de sans-culottes ; des Parisiens surtout, bien prononcés ; cl si l'on joint à cela une promenade patriotique de Tarmée révolutionnaire , accompagnée de quelques guillotines, le mal se trouvera coupé dans sa source ••
^ Cf. sur le Père Duchesne aux armées, les discours de Montaut et de Momoro [Mon, du 29 oct.), Pache, le premier, avait envoyé des journaux dans les camps et il faisait distribuer, tous les jours, 6,000 exemplaires du Bulletin de la Convention (500 aux armées du Nord, des Ardennes, de la Moselle, du Rhin, des Vosges, des Pyrénées et de l'Intérieur, 400 à celle du Var, 300 à celle des Alpes, etc. A, N., DXL 28).
la Moselle, Hédouville ; cet Hédouville, écrivaient-ils, avait été la créature des Lamelh, de Luckner, de Ber-» thier ; il élait mielleux, perfide, plein d'une impudence anticivique et de principes dangereux qui révolteraient les plus froids patriotes, et s'il travaillait bien, « ce n'était pas dans le genre patriotique » ; tout l'état-major « portait la teinte de son opinion *. »
Ils dénoncèrent Gustine qu'ils qualifiaient de traître, dUntrigant, de lourreau-né de la République, de a complice des royalistes, des feuillants, des rolandistes et des aristocrates de toutes couleurs ». Gustine, assuraient-ils, avait fait autant de mal que Dumouriez. a Et sa tête est encore sur ses épaules I Que disons- nous ! Il va commander Tarmée du Nord I » Ils envoyèrent à Paris le faclum du lieutenant Forel qui se prénommait Misobasile ou ennemi des rois, et prétendait que Gustine avait engagé le combat du 47 mai pour c redonner des fers à la nation ». L'un d'eux. Gâteau, mandait à Vincent, six jours avant la reddition de Mayence, que Gustine avait « livré la garnison à la férocité des brigands couronnés * ».
Ils dénoncèrent Houcbard, l'accusèrent de maltraiter ses soldats et d'avoir transpercé de son épée un pauvre maraudeur qui volait des choux ^
Ils dénoncèrent Beauharnais, et lorsque la Gonvention l'élut ministre à la place de Bouchotte, leur patron et
^ Cf. leurs U tires du 25 mai et des 4, 12 et 25 juin à Bouchotte (A.. G.).
* DéooDciation de Misobasile Forel^ lieutenant de la V* compagnie du 2* bataillon du Puy-de-Dôme, 18 mai; Gâteau à Bouchotte, 29 juin, à Vincent, 17 juillet [Â. G.), et discours aux Jacobins, 5 juillet.
* Cf. la lettre désespérée de Houchard à Bouchotte sur cette calomnie de Yalmont, 7 août [A. G.].
76 A^ISSEMBOURa
prolecleur, ils jetèrent les hauts cris : ies Jacobins des bureaux voudraieut-ils travailler sous un homme qui ne partageait pas leurs principes ^ ?
La plupart des officiers nobles que les commissaires du pouvoir exécutif poursuivaient de leurs dénonciations, rendaient cependant à la Répul;)lique de fidèles et loyaux services. lis s*entendaient aux choses de la guerre et en savaient plus long sur leur métier que les officiers de naissance roturière ; les chasser, c'était désorganiser Tarmée.
Aussi les représentants du peuple refusèrent -ils d'abord de les renvoyer •. Blaux plaidait leur cause avec
^ Grou, Mourgoin, Valmont à Du verger, 19 juin [A. G.). Ils dénonçaient même le's commissaires de la Convention, leur nombreux cortège de secrétaires et d''adjoints, leur luxe : c cinq décharges d'artillerie annoncent partout leur arrivée ou leur départ, et les superbes chevaux de la princesse do Nassau-Sarrebrûck, estimés de trois a cinq mille livres Tun dans l'autre, ont l'honneur de porter gratis les représentants d'un peuple libre enoemi du faste ■. (Lettre du 9 juin à Boucholle. A. G.)
* Le 30 avril [cf. p. 8) quatre représentants avaient été envoyés à Tarmée de la Moselle : Le Vasseur de la Meurlhe (qui fut remplacé, le 22 juin, par Gentil du Mont-Blanc), Maignet, Montant et Soubrany, auxquels on adjoignit^ le 29 juin, Cusset, — qui prétendait avoir des intelligences dans Luxembourg, — et dix représentants a l'armée du Rhin [outre Merlin et Heubell), Ferry, Laurent, Ruamps, Louis, Pllieger, Haussmann, Du Roy, Rilter. Le 19 juillet, le Comité renouvela les missions. Jusqu'au 5 novembre, les représentants à l'armée de la Moselle furent Richaud, Soubrany, Ëhrmann, Cusset (Hermand ne fît que passer dans les premiers jours d'août), et à Parmée du Rhin : Ruamps, — qui restait seul de l'ancienne mission, — Borie; Milbaud, tous trois désignés, le 19 juillet, par le Comité, et Niou qui fut adjoint le 29 août. Mallarmé fut nommé, le 23 août, par la Convention, pour exécuter, de concert avec les représentants, le décret de réquisition. Avant lui^ le 25 juillet, J.-B. Lacoste et Guyardin avaient été pareillement adjoints aux représentants près des deux armées, pour « faire le remplacement des garnisons *. Ruamps, Borie, Milhaud, Niou, Mallarmé, Guyardin ont retracé, dans un rapport confus, leurs actes auxquels ils associent Lacoste. Ajoutons que Lacoste et
LES RKPRKSE.NTANIS
ardeur : puisqu'ils restaient à leur poîle, malgré li dégoûts qu'ils essuyaient à chaque msianl, n'aimaientils pas sinuëremeat la patrie, et dès lors ne pouvai les conserver ? Bô blâmait le ministre d'enlever à l'armée ses vrais défeuseurs; selon lui, ceux qu'où devait destituer, c'étaient les muscadins, et non les oflîciers dont les soldats, les chefs, les représentanis alteslaient le civisme el la vaillance. Jusqu'au dercier moment, les commissaires de la Convention gardèrcat les généraux qu'ils voyaient de près et qu'ils savaieul expérimenlés et instruits. Ils disaient avec Richaud qu'entre les généraux et leurs délateurs ils n'hésitaient pas: les dénonciations, presque toujours vagues ou erronées, venaient d'ambitieux qui désiraient de l'avancement, et quant aux généraux, s'il était difficile de lire dans leur àmOi ils montraient de bonnes intentions et de l'activité, Leg représenlan(s gardèrent donc Schauenburg. Ils gardèrent) Pully que Moreaux, blessé, n'avait pu remplacer; soa républicanisme n'était pas très décide; mais il avait d< l'intelligence, des talents militaires, la parfaite connaissance du pays, et il leur semblait très propre à diriger le courage des troupes du camp de Hornbacli. Ils gardèrent d'Aboville, le véritable vainqueur de Valmy ; il était ■■ absolument nécessaire s. Ils gardèrent Landreraont et d'Arlandes : " il est malheureux qu'ils soient des ci-devant, mais il serait peut-être plus malheureux qu'une loi générale les force à la retraite, n Ils gardèrent Hédouville el affirmèrent la purelé de ses principes:
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78 WISSBMBOURQ
« pourquoi le destiluer? Ces changements paralysent tout. » Ils gardèrent le jeune et valeureux Desaix. Ils gardèrent Campagnol qui commandait le K^^ bataillon de Lot-el-Garonne avec aulant de courage que de prudence *.
Mais BouchoUe l'emporta sur les représentants, et eux-mêmes finirent par reconnaître qu'il était impossible de confier à des ci-devant la direction des armées. Le cri de trahison retentissait partout et Topinion publique se prononçait contre les castes privilégiées avec une puissance irrésistible. Quelques-uns des officiers nobles ne pouvaient renier leur passé monarchique, prendre les façons du sans-culottisme et cacher le dépit qu'ils éprouvaient de commander à des officiers plébéiens, a II est encore de ces messieurs en petit nombre, écrivait-on de l'armée de la Moselle, qui conservent le ton, l'esprit et le faste de Tancien régime; ils aiment l'adulation ; ils ne sortent point sans une grande suite ; ils ont le propos dur », et l'on accusait des chefs de brigade ou d'escadron du corps des Vosges d'avoir servi d*aides -de-camp à Narbonne et à Valence *. Enfin, beaucoup de ces a aristocrates » se savaient guettés, espionnés, et craignaient le tribunal révolutionnaire, c. La plupart des généraux qui
1 Blaux à ses collègues, 7 avril 1793 (A. G. et Rec. Aulard, lil, 149); Bô à Bouchotle, 9 nov. ; Richaud, Ehrmann et Soubrany au Comilé, 13 août, et à Bouchotte, 26 août ; Lacoste et ses collègues au Comité, 19 août ; Richaud à Barère, 2 sept. ; Monlaut, Maignet, Soubrany, Gentil à Bouchotle, 10 juillet, etc. (A. G.). Cf. Garnerin aux Jacobins, 20 juin A. G. : « Les vices ni les vertus ne sont point départis sans exception à telle caste; rendons hommage aux principes, mais n'éloignons pas des hommes qui ne nous ont encore rendu que des services ; éloignons les traîtres, quelle que soit leur origine. »
« LavÊlletle, Afém.^ I, 144; lettre du 28 juin {Journal de la Montagnc, n» 40} ; Thuillier à Barère, 10 oct. (A. N. A. F, II, 30).
LES BEPBÉ5BNTANTS 79 ]
ont figuré SUT noire scène polilique, Usaient-ils dans le tave du 1 août, sont actuellement dans les prisons, occupés à médiler sur la Tragilité des grandeurs humaines » Ils ne peasaieût donc qu'à sauver leur lète et se sou- , ciaienl, selon le mot d'un représentant, plus de leur propre sûreté que de la chose publique. lis retusaieut tout avancement, ou s'ils acceptaient le commamiement I qu'on leur imposait, ils disaient, comme Schauenburg, ] que leur origine les ferait environner de soupçons, lia ' s'efT rayaient de leur responsabilité; ils n'osaient i hardiment et avec vigueur ; ceux mômes qui les défendaient, leur reprochaient de se tenir toujours sur une extrême réserve et de n'avoir pas celte humeur eutreprenanle, résolue, qui sied à l'homme de guerre, et des lignes de la Lauler on mandait au Journal de la Montagne qu'ils étaient tlÈdes, qu'ils mettaient dans leurs actes je ne sais quel air de mollesse et d'apathie, qu'ils " laissaient détraquer la machine s, qu'on devait par une loi claire, positive, ou les rassurer ou, ce qui valait mieux, les frapper, c Gomment voulez-vous, s'écriait Oénissieu, que, dans leur situation précaire, ils servent avec zèle la patrie ' ï »
' Lt Sala.s>,i aaM; Journal 4 1 la Montagne, a- 104; Ictlra de RLcliBud; séance du 12 Eepl. Moa. du ID ; ûaleau ù BouchoUe, 29 jiiÏD (A. G. il faot • eii^lurs tous ves hommes d'oaden régime doul U co^ur aa peut aller de iront avec Isurs deroirs et chez lesquela quelques talents d'exercice ce peuvent compenser la Tépugnaoce qu'ils motlent i la remplir, i] CF. Prieur et Jeanbon au Comité, 12 aoîlt ; Lacoste à Baitle, 19 BoQl : cl la'belle lellre du général d'Aboville sui lepréscnliDla i l'armée de la MoseUa, 17 aoUl : ■ Oo ne peut qu'approuver la méEance générale de U nalîoa uontrs lous les ci-devant nobles indislioclamcnl. Je cfeio sans murmure une place oii, devenu suspect, il ne me serait plus possible de rendre les m^mas services qu'un sua-
80 WISSBMBOURQ
Toutefois les représentants eurent raison de laisser quelque temps les nobles à la tête des troupes. Certes, ils ont commis des fautes ; ils ont fait des choix malheureux ; ils ont parfois, sans le vouloir, jeté le désordre dans les armées; leur impatience impétueuse demandait toujours une victoire qui tardait et devait tarder encore jusqu*à la fin de Tannée 4793 ; leur fougue imprudente causa le désastre de Pirmasens et les passages déplorables du Rhin. Quelques-uns abusèrent des pouvoirs illimUés dont la Convention les avait investis. La loi du 9 avril leur permettait d'employer autant d'agents qu'il leur plairait ; les dépenses extraordinaires qu'ils autorisaient seraient acquittées par le Trésor public, et tous leurs arrêtés mis à exécution, s'ils étaient adressés dans les vingt-quatre heures à l'Assemblée ou au Comité de salut public. Puis un décret du 30 avril leur avait donné le droit de requérir les gardes nationales des départements, de nommer sur-le-champ à toutes les fonctions vacantes, selon le mode usuel d'avancement, et, en cas d'urgence ou si les sujets manquaient, de confier les emplois pour quinze jours à ceux qu'ils jugeraient dignes, de suspendre et de remplacer provisoirement les agents militaires, de faire arrêter les généraux et d'envoyer au tribunal révolutionnaire quiconque conspirerait contre la République et machinerait la désorganisation de l'armée. Enfin, un décret du 16 mai enjoignit aux corps administratifs et municipaux d'exécuter toutes les délibérations qu'ils auraient prises. Ils étaient quatre auprès de chaque armée et on les renouvelait mensuellement par moitié. Mais leur autorité ne cessa de grandir:
la lettre d'Auguste, soldat dans l'armée des Vosges. Lettres de soldats I7n-179^, p. L. G. Pélissier, p. 5.
^^ Las RBPRBSBNTANTS 81
le décret du 30 avril portait qu'ils ne pourraient agir qu'au nombre de deus; par uq décret du 29 août, ils purent seuls et de leur propre impulsion prendre des arrêtés.
Armés d'une semblable puissance, plusieurs de ces 1 hommes éprouvèrent une sorte de vertige et leur â ne Sut garder l'équilibre.
Gentil eut le hou esprit de demander son rappel et ] d'avouer qu'il n'y voyait goutte.'.
Cusset se rendit méprisable par son outrecuidance et ses habitudes de crapule. Il annonçait aux populations que la Convention avait mis à son côté une plume de fer avec laquelle il devait écrire dans le sang aulricbien, et il reprochait brutalement à Scltauenburg la « stagnalion n de l'armée de la Moselle. A l'entendre, quarante mille Autrichiens se trouvaient au camp d'Arlou ; l'inci- I visme, la trahison étaienf partout; il y avait dans la pe- | tite ville républicaine de ThionviUe une « immensité d'aristocrates de tout genre » et dans les villages patriotes de la frontière beaucoup de scélératesse. Mais les jacobins de Metz attestaient qu'au lieu de remplir sa mission, il s'enivrait à Beauregard et oubliait sa dignité dans les ' Tumées du vin de Champagne et du branrtevin des Ar« I dennes '. ■
Jean- Baptiste Lacoste était un énerguroène, un forcené qui dégoûta par ses violences son collègue Guyardia le meilleur des humains i : il proposait de décapiter le quart des Alsaciens, de ne garder dans les départements J du Rhin que ceux qui avaient pris une part active à 11
• GBQiil à Dunjïs, IS et 19 juillet (A. N. af h, 24G]. ' Cusset, Compte rendu. 3, 80-83 ; Le Salave, ii° 247 ; d. rta UttrM I {STon., 6 S6pl.) et VExpfdition di Ciisline, 160-IGI.
^^ WlBBEliBOUnG.
S% WISSBMBOURG
Révolution et de chasser tous les autres, après avoir séquestré leurs biens *.
Baudot avait de Tesprit, des talents, de Tamabilité ; mais il était jeune et sans expérience ; gâté par Lacoste, il ne parlait plus que de fusillade, de guillotine, et sans cesse il disait : « Il faut fusiller... Je ferai guillotiner*. »
La probité de Ruamps et son patriotisme étaient à toute épreuve ; on loue ses vertus publiques et privées ; mais à l'armée du Rhin, en plusieurs circonstances, il se conduisit comme un fou. Cet homme qui manquait de lumières, se grisait de son autorité souveraine *.
Les représentants envoyés en Alsace avant Saint- Just et Le Bas, croyaient se rendre populaires ; ils affectèrent le ton soldatesque et agirent à la hussarde ; ils tranchèrent lestement et de la façon la plus irréfléchie les affaires les plus épineuses, et un témoin véridique, un de leurs propres auxiliaires , nous assure qu'ils avaient peu d'ordre dans les idées et peu d'aptitude au travail, qu'ils ne se réunissaient que pour pérorer et qu'aucun d'eux ne savait écouter. Ils s'imaginèrent qu'on vaincrait les alliés en les inondant d'un flot d^agricoles ; ils suspendirent les généraux à tort et à travers; ils laissèrent les intrigants et les mauvais sujets quitter leur poste et déblatérer au club de Wissembourg contre les chefs. L'armée les avait attendus comme des « anges libérateurs » ; elle les maudit à leur départ, et Ruamps fut maltraité, non par les généraux qu'il avait vexés et tourmentés, non parles officiers qu'il avait persécutés, mais par les soldats qu'il avait flagornés*.
' Lacoste au Comité, 4 frimaire an II (A . N. af ii 247) ; note de Legrand (A. G.).
* 3 * Noie de Legrand (A. G.).
LES BEFBÉSENTANTS 83
Néanmoins, quels que soient leurs loris, les repréaealanls eurent du courage, de l'application, du pairiolisme. Ils payèrent constamment de leur personne avec la môme valeur que les plus hraves grenadiers, et l'on vil Souljrany, à la balaille d'Arlon, marcher au premier rang et se jeter dans la mêlée sous le feu le plus meurtrier, Ils liâlèrent l'arrivée des chevaux que l'entrepreneur Lanchère devait fournir, et ils obliurent de Bouchûtte la formation de deux compagnies d'ariiUerie légère et de quatre nouvelles compagnies de pionniers. Ils conseillèrent — et leur conseil fui suivi — de dégarnir les places et d'envoyer les garnisons à la frontière. Ils requirent les gardes nationales de faire le service militaire dans les villes el les camps, et leuE allouèrent le même Uailement qu'aux troupes soldées par la République. Ils demandèrent des fuïiU, Us développèrent la mauufaclure d'armes de Klingenthal en augmentant à la fois le nombre et le salaire des ouvriers. Ils rehaussèrent le crédit des assignats; ils déooncèrenl les fournisseurs qui livraient des marchandises de la plus mauvaise qualité; ils menacèrent de peines rigoureuses tous les fripons, agioteurs, accapareurs qui poussaient à l'excès dans les départements du Rhin l'audace de la cupidité. Us assurèrent le service des subsistauces el des approvisionnements de toute espèce ; ils firent amener les blés dans les dépôts de l'armée; ils stimulèrent, éperonnèrenl les administrations. Grilce à leurs soins infatigables, les farleresses et les magasins échelonnéa dans l'intérieur du pays reçurent les grains et les fourrages dont l'envahisseur aurait pu s'emparer; grâce h leurs réquisitions incessantes, les soldats ne manquèrent jamais de vivres et de munitions ; ■ sans la présence des députés aux armées, a dit justement Soubrany, elles
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n'auraient jamais élé pourvues de ce qui était nécessaire *. »
De même qu'ils gardaient les généraux suspendus par Bouchotte, ils réclamaient quelquefois contre les arrêtés qu'ils jugeaient inutiles et funestes. Lorsque le mi> nistre, cédant aux instances de Houchard, appelait en Flandre les carabiniers, ils retenaient à Tarmée de la Moselle ces deux régiments qui comprenaient plus de la moitié de la cavalerie de ligne V Le Comité faisait décider le 5 septembre que tous ceux qui avaient servi dans la maison militaire de Louis XVI et de ses frères ou dans la garde décrétée par la Législative, devaient se retirer à vingt lieues des frontières. Les états-majors se dépeuplèrent incontinent, et des sujets excellents, tout ce qu'il y avait de plus intrépide, s'éloignèrent des camps, au grand désespoir des généraux. Les représentants n'hésitèrent pas à surseoir provisoirement à l'exécution du décret ; ils autorisèrent les soldats et officiers de toute arme et de tout grade à rejoindre leurs corps : n y avait-il pas dans le nombre des hommes de cœur et surtout de ces gardes-françaises qui s'étaient si bien
^ Note de Legrand; Mootaut à Bouchotte, 23 juin; Haussmann au Comité, 15 avril et 4 mai (A. N. dxlii, 4) ; Le Vasseur et Maignet au Comité, 28 juin; Jeanbon-Saiat-Audré et Prieur de la Marne au Comité, 4 et 12 août; proclamation de Jeanbon, Prieur, Soubrany, Ehrmann, Richaud, 10 août (A. G.) ; Mon. 2 oct, (lettre des représentants près l'armée de la Moselle) ; Compte rendu par Ruamps, Borie, etc., 31, 83, etc.; Doniol, Dix-neuf lettres de Soubrany^ 1867, p. 23.
* Houchard aux représentants, 13 avril; Richaud, Ehrmann, Soubrany a Bouchotte, 26 août; arrêté des mêmes, 27 août; Jourdeuil au ministre, 1«' septembre (A. G.); le 27 septembre, le Comité de salut public ordonnait que les carabiniers seraient envoyés à l'armée du Nord et que le ministre de la guerre ne pourrait sous aucun prétexte retarder d'un instant l'exécution de cet arrêté ; les représentants gardèrent les carabiniers à l'armée de la Moselle.
LES BEPRÉSËNTANTS 8S
battus pour établir la République et afTermir la liberté ' ?
Ils rendirent l'armée entièrement républicaine. A, la vois des représentants, elle accueillait sans murmurer le décret qui défendait la vente du numéraire. Elle recevait sa solde en criant Vivent les assignats, la RipttHiqy.e et point de roi' Elle attendait la constitution dï 1793, comme « la manne céleste » et l'acclamait avec transport comme " le gage assuré de ses triomphes ». Elle saluait, au camp de Hornbach, les commissaires du pouvoir exécutif par les cris de Vivela Répuiliguel Vivent les Parisiens ! et les agents de Bouchotle racontent que les soldats s'arrachaient le Journal de la Montagne et le Père Duehtsne si c\a"ûs auraient sacrifié gaiement deux jours de leur paie pour avoir trois exemplaires de ces 11 papiers » par compagnie. Les volontaires du \" bataillon de l'Aio s'amusaient a juger en conseil de guerre un mannequin de Dumouriez et, après l'avoir attaché pendant quatre heures à un arbre de la route, le brûlaient sur un bûcher. Ceux du 4" bataillon du Jura sommaient, du poste de Bundenthal, les administrateurs de leur déparlement, de se réunir autour de la sainte Montagne. Ceux du 2" bataillon du Doubs félicitaient la Convention de la B bienfaisante » révolution du 31 mai et applaudissaient a la mesure sage et ferme qui purgeait d'une manière si admirable la représentation- » La République
' Décret du 5 sept. arl. viii; Landremont à Schauenburp;, 23 sept.J lA. G.); arteië du 29 sept, pris par Giiyardin, Niou, Mallarmé, La-' coBle, Rusœps, Bane et Mdbaud (A. G.); un décret du 6 octobre J décida que ccui qui avaient servi comme EOUS-otCcierB et soldais dans J tes gardes françaises, les (grenadiers i clievïl et les f^eiidariiies de Lu DéviUe, ne seraient pas compris dans les dispoeilions du décret d
S saplembie.
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une et indivisible, écrivait un ofticier à Gasparin, est notre seul point de ralliement *. »
Ce fut surtout après Técrasement de la Gironde que les représentants du peuple acquirent une grande influence dans les armées. La journée du 34 mai avait produit sur les âmes une impression profonde. Les conventionnels ne manquèrent pas de porter aux nues cette victoire de la Montagne sur le Marais, et presque tous les officiers se déclarèrent, comme eux, « bons et francs montagnards ». Ceux qui naguère étaient rudes et brusques, se radoucirent, traitèrent avec indulgence les subordonnés quUls avaient dédaignés et rabroués. Ceux qui ne parlaient qu'avec regret de l'ancienne armée royale, devinrent d'enragés démocrates et correspondirent avec les sociétés populaires de Metz et de Strasbourg *.
Les commissaires répandirent ainsi parmi les troupes une fâcheuse exaltation. L'armée, comme la Convention, comme la nation môme, fut en proie aux factions. Il y eut dans les camps des maralisies qui, par la hardiesse de leurs opinions, par la force de leurs poumons, se firent une réputation de beaux parleurs et de révolutionnaires ardents. Pas une ville de garnison, pas un lieu de cantonnement qui n'eût son club. Les militaires y dominaient, et ils insultaient, opprimaient, chassaient les citoyens qu'ils qualifiaient de modérés et de fédéralistes ; ils se disputaient entre eux avec un acharnement
* Le Batave^ no» 83, 89, 100 (le !«■' dragons à Houchard) ; Journal de la Montagne, n»" 39, 53, 54, 57 ; Mon.^ 11 juillet ; Grou, Valmont, Mourgoin à Bouchotte, 22, 25, 27 juin; lettre du 2* bataillon du Doubs à la Convention, 18 juillet (A. G.).
* Lecomle, L'Observateur impartial aux armées de Rhin et Moselle^ 1797, p. 6; cf. Richaud, Ehrmann et Soubrany au Comité, 15 août.
frénélique ; ils eavoyaieut adresse sur adresse el déEOi ciation sur déaonciiiLioa à l'Âsseaiblée, à la Commune,' au miDislre de la guerre, aux Sociétés de Paris et des dé' partemeats. Beaucoup, surtout les jeunes geus et, comme dit Alexandre Courtois, les officiers « imberbes el viciés de l'esprit d'iatrigue », ne cherchaieul qu'ù. mouler eu grade et ne demandaient la destiluLiou de leurs chefs que pour se mettre à leur place. Mais tous les dissentiments politiques, de même que toutes les querelles partlcu- Jières, élaicnl oubliés dés que tonnait le caoon, et en face des Autrichiens, les partis n'existaient plus : il n'y avait que des Français, des républicains, des soldats déterminés à vendre chèremenl leur vie ; et cotnbien d'actions héroïques éclatèrent aux jours de combat dans ces orageuses armées de la Moselle et du Rhin que déchirait l'anarchie' !
Enfin, les représentants firent esécuter les décrets dêl la Convention, et notamment celui du 30 avril qui renvoyait des cantonnements et des camps toutes les femmes, à lescepiion des blanchisseuses et des vivandières'. Ils effacèrent le désaccord entre les troupes de ligne et les volontaires. Les officiers des régiments ne renonçaient pas de bon cœur à l'uniforme de la monarchie el ils gardaient sur l'habit bleu les boutons blancs et les épaulettes blanches; on les voyait, hors du service, endosser l'babil blanc et se coiffer d'un chapeau au-
' Le Balav, a° 239 et nota dû Lpgraad fA, CJ.).
< CF. sur les fïtames ilins les premières armées ds la Républlqus Trahittin de Duoiaaeiti, 54. Lo décret du 30 avril ne gardait ijub Isa blioclll^seuscs el las livaudières. Il y avait quatre bleachiKWDSBg p»c ijatailloii. Elles devaieoE, eÎDsi que les vivandière?, porter But la bras gauche une plaque de fer blauc où étaieut écrits les mots : > bluirbisseuse i ou i Tivaadiâre de tel bataillon ■ (ordre d'HJdauvillv^.
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panache vert ou noir, surmonté de quelques plumes blanches. Les moindres agents singeaient les officiers. Les commis de radministration portaient Tépaulette et le sabre. Chacun, écrit Schauenburg, a se masquait aux dépens de Tordre et de la raison ï>. Les soldats mêmes étaient vêtus parfois avec une ridicule coquetterie. Les représentants rappelèrent Tarmée à la simplicité républicaine. Ils prohibèrent les emblèmes de la royauté. Ils imposèrent Thabit national à toutes les troupes, et ils menacèrent de destituer ceux qui n^adopteraient pas les couleurs de la liberté ou qui n'auraient pas sur Tuniforme bleu les boutons à la République et les épaulettes jaunes. Ils interdirent aux états-majors les plumets ou pompons blancs ^ Ils pressèrent, comme ils disaient, la fusion de l'armée, et commencèrent le mode d*amalgame autorisé le h\ juin et décrété le 12 août par la Convention ; sous leurs yeux, à Tarmée de la Moselle, Hédouville formait déjà des demi-brigades *.
* Monlaut, Maignet, Soubrany, Le Vasseur à Houchard, 26 mai ; Schauenburg à Houchard, 12 juin; ordres de Hédouville et de Tétatmajor, 5 et 10 juin; les commissaires du pouvoir exécutif à Bouchotte, 20 et 27 juin (A. G.). Le 6 mai, la Convention avait décrété qu'à partir du 15 juin les officiers dUnfanterie ne porteraient d'autre uniforme que Puniforme aux couleurs nationales, déjà décrété par la loi du 23 février. Le 24 août, le Comité de salut public arrêtait que tous les officiers des ci-devant troupes de ligne qui n^auraient pas pris Puniforme conformément à la loi, ou qui auraient conservé quelques signes de Pancien uniforme, seraient, sur-le-champ, destitués. Cet arrêté, converti en décret le 29 août, fut envoyé, dans les premiers jours de septembre, à tous les généraux, par Prosper Sijas, adjoint de la 4* division du département de la guerre.
* Cf. Rec. Aulard, IV, 15. Voici peut-être la première tentative d'amalgane. Elle fut opérée à l'armée de la Moselle, y»"* demi-bri' gade : 4*^ èatail'on : 13« bal. inf. légère, 1/6* de la légion de la Moselle ; ^ bataillon : comp. franches de Billard, de Saint-Maurice, de Millon, l'« du Louvre, 1/6 d^inf. de la légion de la Moselle; 3« bataillon : 1*' bat. des chasseurs de Reims, 1/6 d'inf, de la légion. —
^^ LES RKPKÉSKNTANIS
Ce furent les représeutanls qni lirèreal de l'obscurilé ' la plupart des hommes deslinés à s'illustrer sur les champs de bataille. La loi portait que le tiers des places vacantes serait accordé à rancienneté de service à égal'. Qu'arriyait-il? Si l'on avait besoin de choisir un sergeot, od nommait le plus ancien caporal, un blanchisseur de la compagnie ou un vieux solJal qui avait grisonné sous le harnois. Le lendemain, il Tallait un souslieutenant, et le blanchisseur devenait sous-lieuleuanL Huit jours plus lard, il était chef de halaillon ou de brigade. Mais ordinairement, cet homme ne savait ni lire ni i écrire ; il n'avait plus la force de faire quoi que ce fût ; ' il ne pouvait commander, a Nous avons, disaient les représentants, des officiers et sous-officiers incapables de rempUr leurs fonctions : le service en souffre, et cela provient de leur ineptie, de leur faiblesse et de leur négligence. ' El le général Krieg s'indignait que des igno> 1
S* dtmi-irigadi : I" bataillon : iâ' bat. il'inr. ]ë);Ère {employé à la Vendée} ; t/^ àe la légion ; — î' ial. : compef^nie tranche de Quillaumc, 3* camp. fraQche du LoiiTra, l"CDmp. frandie de i'Ub- BerraloLro, i" comp, frauchB des Bous-Tireurs. 1/Ë de la légion ; — 5° bal. camp, franche de Melz, 4* comp. franche du Louvre, Comp. franche des Sans-Culoltae, 1/ti de la légion.
' D'aprêfl la loi du 23 féurier 1793 (teclion II, erl. 1-7, du mode ffaaancemtnl), l'emploi de calonei ou chef de brigade appartenait toujours BU chef de bataillon le plus ancien, d'abord de sercite, pui^ de grade, cl ainsi alleiuslivement. Les cBpotaui élaienl choisis à la majorité absolue, dans tout la balaillon, par la compagnie où la place était vacante. Pour tous les autres grades, l'avancement avait lieu de dïui maniÈres : le liers, par ancienneté do service à grade égal, et les deni tiers au choii ou à l'éleclion, Lorsijue trois capitaines, trois lieutenants, trois saus-lieulenanlB. trois ser^^ents avaient élé nommés,
le tour de l'anciannelé pour la qualrième nominalioa et
les deux suivantes, et ain^i de suite. Le chef de hataiUoD était élu
par tout le bataillon; Us autres places étalent données paz '
gnie où vaquait l'emploi.
élu ^^M
dO WISSRMBOURa
rantSy des illettrés eussent sous leurs ordres des compagnies et des bataillons : e quelle confiance voulez-vous qu'on ait dans des chefs de cette espèce, auxquels depuis trente et quarante ans on n'a pas osé confier seulement la bourse de Tordinaire d'une chambrée, ni quatre hommes de garde, puisqu'ils ont passé tout le temps de leur service, soit au cabaret, soit à Tbôpilal ou à la prison •? »
Ce système ne dura pas. On l'abandonna pour se jeter dans l'autre excès. Sans tenir compte de l'ancienneté de service ou de grade, les représentants conférèrent les places d'officiers supérieurs dans les bataillons, les régiments et les états-majors, ils se trompèrent souvent, car beaucoup de gens, et des plus habiles, redoutaient l'avancemeni, fuyaient les regards des conventionnels, et se faisaient petits et modestes. Ils excitèrent des mécontentement.-. G Les avancements arbitraires, disait Beauharnais, sont une grande cause de désorganisation et l'esprit républicain n'est pas assez répandu parmi les vieux mililaires pour qu'ils ne soient pas sensibles à des passe-droits. » Un lieutenanl-colonel de volontaires devenait général de brigade sans avoir passé par les grades inférieurs et enlevait d'emblée par le seul vote de son bataillon ce qu'un officier des troupes de ligne ne pouvait obtenir après trente années de services dans les emplois subalternes. Des hommes, écrivait Krieg, qui, toute leur vie, ne s'étaient appliqués qu'à un art méca-
* Haussmann, Ferry, Du Roy, Louis et Pflie^er au Comité, lo mai (A, N. AFii247); Haussmann et Du Roj au Comité, 24 mai (Rec. Aulard, IV, 315); Krieg à Boucholte, 9 août; cf. Deville et Milhaud au Comité, 13 juin; Gâteau à Bouchotte, 29 juin (A. G.). « Le mode d'avancement, écrivait Gâteau, élève aux premières places une foule d'anciens serviteurs qui n'y sont pas propres par le défaut de luaières, »
nique, au commerce ou à la chicane, arrivaient a comme des éclairs » du fond de leur boutique ou de leur atelier à la tête des armées. Mais les représentants surent revenir de leurs erreurs ; ils ôtaient les grades qu'ils avaient donnés et qui n'étaient que provisoires; ils abaissaient celui qu'ils avaient élevé et le rendaient à sa brigade ou à son bataillon ; ils suspendaient tous ceux qu'ils jugeaient incapables. « Le remède, reconnaît Saint- Gyr, était bien près du mal, et c'est de ce nouveau mode d'avancement que sortirent les meilleurs généraux de la République. » Quelle belle promotion que celle du 49 mai, faite au surlendemain de Rùlzheim, par les représentants Ruamps, Du Roy, Rittcr, Laurent, Haussmann et Ferry I Landremonl, général de division; Colle, Méquillet, Mej'-nier, Michaud, Loubat, Delmas, d*Arlandes, Glarke, généraux de brigade; Miribel, Desaix, Tbolmé, Malet, Demont , adjudants-généraux , avec grade de lieutenant-colonel ! N'élaient-ce pas les pius dignes et les plus méritants de Tarmée du Rhin*?
* Krieg à Bouchotte, 9 août; Beauharnais au Comité, 1" juin (A. G.) ; nominations provisoires faites par Ruamps, Du Roy, Ritter, Laurent, Haussmann et Ferry, 19 mai (A. N. af ii 247); Saint-Cyr, Mém,, I, 8i-86.