‹ Wissembourg au début de l'invasion de 1870Chapitre 32 sur 49 · FUNÉRAILLES DU GÉXÉEAL DOUAY · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES DU GÉXÉEAL DOUAY

eurent de l'hésitation^ et l'un d'eux se trouva mal. Je dus leur donner des mouchoirs inondés de vinaigre de toilette, leur remettre même à chacun le cigare qu'ils demandèrent pour qu'ils pussent venir à bout, sans nouvelle défaillance, de leur funèbre mission. Nous étions réunis, en larmes, assistant à cette scène doublement cruelle.

Ces soldats eurent une attitude très convenable ; ils ressentaient, me sembla-t-il, un certain orgueil d'ensevelir un général français et me marquèrent le désir d'emporter un souvenir de cette journée; sur leur timide prière, je ne pus les empêcher de prendre chacun un des éperons du général.

Le cortège quitta la sous-préfecture à 5 heures, conduit par M, le curé Schaifner. Il était précédé par la musique prussienne, jouant la marche funèbre de Chopin ; des délégations de troupes allemandes de toutes armes l'accompagnaient. Je marchais avec les pasteurs Pfender et Bastian, ma femme avec le rabbin Bloch, puis venaient les hal)itants de ^Yissembourg qui s'étaient joints au convoi.

C'est dans les sanglots que se fit cette conduite funéraire, au milieu d'une ville encore frappée de stupeur et à travers les troupes prussiennes qui s'écoulaient incessamment vers la France.

Quand les prières furent dites, que le cercueil eut été descendu dans la fosse, je donnai un dernier adieu à l'infortuné général. Ce que je dis, je n'en sais plus rien ; l'émotion, les larmes nous étreignaient tous et nous quittâmes le cimetière au bruit des salves que les fusils prussiens tiraient dans la fosse.

Quelque temps avant le départ du cortège, vers 4 heures

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et demie, nous avions re(;ii un coup plus accablant que tous les autres : les hurralis de Tarmée ennemie avaient retenti pour la victoire de AA'œrth, pour la défaite de l'armée de Mac-Mahon ! Quel espoir subsistait-il encore?

En rentrant en ville, à travers des troupes en marche, je trouvai près de la place de l'Hôtel-de-Ville le général commandant la place, qui nous salua. J'allai vers lui et le remerciai, au nom du Gouvernement, des solennels honneurs qui venaient d'être rendus au général Douay. Il s'inclina. Puis, je lui déclarai que mon rôle étant rempli et l'exercice de mes fonctions étant devenu impossible, j'allais m'éloigner de Wissembourg.

Il me répondit courtoisement, mais d'un ton péremptoire, que je ne pouvais être autorisé à quitter Wissembourg au moment où se produisaient sous mes yeux les mouvements de l'armée allemande, et que je devais, jusqu'à nouvel ordre, me considérer comme soumis tout à la fois à la surveillance et à la protection de l'autorité militaire allemande.

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