‹ Woodrow Wilson et la paix mondialeChapitre 2 sur 8 · ET LA · texte numérisé non relu

ET LA

^ Interprétation du discours du Président W^ilson au

Sénat américain, le 22 janvier. Publiée pour la première ^. fois à Londres dans le TSew Age, le 7 juin 1917.

^ T ES paroles de Woodrow Wilson, pro-

'^ -■— ' noncées le 22 janvier, au sujet de la

'^ // paix mondiale future, semblent appartenir

^ au passé, tant notre histoire avance à pas de

géant! Il n'est point trop tard cependant, je

^ dirai même qu'il est prématuré, d'envisager

^ déjà la question de l'influence de ces paroles

sur l'évolution humaine. Le^énat américain,

«uquel elles furent adressées, fut l'intermé-

JO WOODROW WILSON

diaJre nécessaire qui fit parvenir ce message aux oreilles du monde entier .^ Peu d'esprits ^ l'ont assimilé dans son ensemble et en ont^y^ pénétré le sens profond. 11 doit être lu comme il convient, pour^servir d'avertissement obligatoire à ce monde stagnantVet apathique. Tant que nos égoïsmes nationaux prévaudront, tant que la diplomatie pataugera dans un marécage de futilités et de folies conquérantes; tant que le pouvoir politique n'aura foi qu'en la prévalence de la puissance matérielle, et non en celle de l'amour, de la justice et de la liberté, le président américain continuera ses sommations et se mettra résolument en travers des politiques nationales. Les réponses à son message devront être empreintes de l'esprit divin, tel que nous l'a révélé le Christ. Elles seront jugées et pesées dans la balance.

Je ne désire pas exagérer l'intuition prophétique ni les qualités d'homme d'Etat de M. Wilson.Jll a commis des erreurs de jugement, au début de ses rapports avec l'Allemagne. Dans la poursuite de son programme américain, il a dû plus d'une fois rebrousser chemin et prendre une autre voie. Quel pionnier n'a pas commis de bévues, entraîné

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peut-être par des craintes non fondées ! Et cependant, quels que soient ses détours et ses recommencements, Wilson a agi avec un esprit de discernement et une audac^dont la vie politique n'offre pas d'exemple/ Par cet appel au Sénat, il veut persuader les nations de mettre en pratique le « Sermon sur la Montagne », il les somme de courir un risque possible, afin de délivrer le monde prisonnier, et de transformer cette lutte rivale et meurtrière en une collaboration humaine, active et joyeuse.

On le raille, naturellement. Parler de la fraternité des nations comme d'une des solutions du problème actuel, n'est-ce pas provoquer la méfiance et même la dérision chez les politiciens et les intellectuels? Nos institutions, nos manières de voir, nos actions reposent sur cette notion que la pratique des principes, désirable chez les individus,devient la plus folle des utopies quand on l'applique à une collectivité. Examinée impartialement, l'autorité à laquelle obéit la majorité procède d'influences plutôt diaboliques que religieuses. Cette autorité ne fait pas foi quand il s'agit d'adopter, comme ligne de conduite, le programme messianique. Les

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peuples, exploités et pervertis par cette autorité, ignorent encore ce que serait une vérité, une confiance, une fidélité internationales, car la fraternité et la liberté n'existent pas même chez eux. Comment pourraient-ils croire à un monde universellement bienveillant et pacifique? Rêve impossible de quelques penseurs, pensent-ils!

]] est vrai que l'incompréhensible calamité de l'heure présente, — et en tout temps l'histoire de l'humanité ! — répudie cette contradiction apparente. Des prédicateurs nous ont dit et répété qu'une loi morale est toujours bonne et vraie et juste, dans le temps et dans l'espace.

^11 nous arrive de discerner, en de rares moments de lucidité, la faillite terrestre de toute force matérielle, dégagée d'un contrôle spirituel, et ignorant la pitié. Cette doctrine trompeuse a fait ses preuves. Elle a conduit notre race d'abîme en abîme. Elle l'a menée de la ruine de l'Egypte et d'Israël à la ruine d'Athènes et de Rome, des ténèbres et de la terreur de l'Europe moyenâgeuse à l'horreur indescriptible de l'Europe actuelle.

Mais nous ne comprenons pas les leçons

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de l'histoire. Les mauvais bergers continuent à pousser leurs brebis, — sans parler de leurs propres âmes égarées — dans de stériles pâturages et des bercails abandonnés. La science du gouvernement semble oubliée et la voix des prophètes s'est tue depuis longtemps. La diplomatie secrète survit, aussi néfaste dans son essence que la primitive adoration des démons. N'est-ce pas la c^ U crainte et non la foi, ou plutôt la crainte du /-^^^^^ bien et la foi dans le mal, qui limite nos ho- '" " '" rizons nationaux ?,'A la base de notre politique et de notre commerce gisent une foi et un pouvoir purement matériels et amoraux. Nous ne concevons pas qu'un noble idéal puisse se réaliser et donner des résultats pratiques et appréciables. Sur cette fausse conception sont fondés nos ambitions nationales, nos institutions sociales, nos relations internationales et notre développement économique. Et l'Europe d'aujourd'hui n'est que la résultante d'une longue et dégradante soumission à un idéal aussi inférieur. -* >•

Wilson est venu pour délivrer les nations de ce dualisme diabolique.' Par son appel au Sénat, il a convié le monde à se repentir, politiquement et industriellement. 11 invite, non seulement l'Allemagne et l'Europe, mais aussi TAmérique^J'Asie et ]es îles les plus lointaines^ à um expérience incomparable de Tefficacité du Bien. Jll se base sur l'espoir qu'il se trouvera ici-bas une foi assez grande pour tenter cette expérience, dont dépendra le monde futur.

Nous serons, au point de vue national comme au point de vue international, ce que nous croyons pouvoir être. Si nous croyons au bien, nous atteindrons en tout ou en partie notre idéal.

Le monde, dans son ensemble, est l'expression, ou de la foi qu'il a en lui-même ou de son incrédulité. 11 en est ainsi pour chaque individu, qui devient, à la fin, le résultat concret, et souvent inconscient de sa conception de la vie.

En vérité, cette foi n'est ni vague, ni invisible ou irréalisable. Elle constitue l'héroïsme fondamental de l'existence, l'action directe de Dieu, le moyen par lequel il crée éternellement l'homme à son image. Et de même que la foi de l'homme a inventé la machine à vapeur et le télégraphe et a raisonné d'une manière bien plus élevée, dans un Isaïe ou un Socrate, chez une Jeanne d'Arc ou un Mazzini, de même la foi de Dieu lui a fait créer les étoiles et tenter la plus périlleuse des expériences : l'homme ! La foi est toujours la réaction sur soi-même de l'homme, de la société, de l'atome ou de l'Univers.

Jlinsi notre foi ou notre incrédulité a une importance redoutable, infinie. JSotre foi dans la possibilité de réaliser la perfection est la force même qui la rend réalisable, et notre incrédulité dans cette possibilité est la cause qui rend cette réalisation impossible,

W. Wilson ose partager cette croyance divine. Une Confédération des nations est, pour lui, chose possible, et il somme les nations de partager sa foi. C'est le fait qui importe le plus à la collectivité depuis la Révolution française.

ib WOODROW WILSON

Sa foi a donné à l'humanité un but qu'elle ne saurait désormais oublier. De telles paroles ne peuvent s'envoler. Si la continuation de l'homme sur la terre est inévitable, l'aboutissement final de l'appel de Wilson est tout aussi inévitable. En conséquence de la foi de cet homme, l'Humanité rencontre un obstacle inattendu et doit abandonner, pour toujours, ses anciennes voies. L'horizon de l'histoire s'est élevé. Des perspectives nouvelles s'ofPrent, magnifiques, aux yeux des peuples. La tribune du Sénat américain est devenue l'autel de Dieu et, dès que la voix du Président s'est tue, l'écho merveilleux de son appel se répandit dans le monde entier, l'enrichissant comme un message d'En-Haut.

Revenons maintenant au contenu même du discours, et considérons son effet au point de vue international.

Par sa déclaration des droits des peuples, (déclaration plus fondamentale et grosse de conséquences que celle des Droits de l'homme

à Torigine de la Révolution française), M. Wilson a posé les premiers et sûrs fondements de l'internationalisme. Un réel internationalisme ne peut exister que s'il est le gardien de nationalismes virils et parfaitement définis.

Jusqu'à présent, l'internationalisme de propagande, qui s'arrogeait de telles qualités, n'a été qu'une doctrine fictive, une abstraction fausse et stérile. Il s'est toujours basé sur une dénonciation futile et néfaste de toute nationalité.

^Une des nombreuses causes de la débâcle socialiste au commencement de la guerre, fut la confusion antihumaine et imaginaire entre l'antinationalisme et l'internationalisme. On a pris le second pour le premier. Le mouvement socialiste n'a jamais été iVjfernational, mais «^/îh'national.:^^ Cette notion que les nations n'existent pas, qu'elles sont une création arbitraire et économique, n'est point de l'internationalisme ; c'est la négation complète de tout ce qui constitue la raison d'être et le nom même de l'internationalisme.

Oui, les nations existent, et elles dureront sans doute autant que le monde. Aucune des nations d'autrefois n'est morte complè-

tcmcnt; les peuples les plus anciens et les plus oubliés gardent une partie de leur territoire national. Et, c'est en reconnaissant cette variété ethnique, c'est en invitant chacun d'eux à réaliser pleinement sa raison d'être, qu'un internationalisme intelligent et nécessaire se manifestera. 11 naîtra, ce réel internationalisme, non pas en oblitérant les frontières, mais en les définissant dans la justice et la fraternité. Sa mission sera, d'abord, de procurer à chaque peuple, si infime soit-il, une occasion adéquate de se comprendre et de s'affirmer. Toutes les nations se coordonneront ensuite et progresseront dans un élan volontaire et radieux pour former une heureuse et universelle famille.

Voilà ce que notre Président a proposé et je crois que l'avenir, — racheté peut-être \par son initiative, — le considérera comme le premier homme d'Etat international. Le résultat initial de sa persévérance est la création d'une opinion publique internationale. Le fait est nouveau dans l'histoire. Les mains de Wilson ont fourni les matériaux spirituels, avec lesquels vont s'élever les fondements d'une Confédération mondiale. Elle

grandira et ses décisions feront loi. Si Je plan proposé au Sénat américain aboutit, il mettra fin à la guerre et à l'impérialisme. Le monde entier deviendra une seule république.

Le président réclame d'abord, comme une chose immédiate et fondamentale, que les Etats d'Europe soient appelés à se réorganiser sur les bases d'un gouvernement accepté par le peuple. Le droit de la plus petite des nations à vivre, libre et sans entraves, à se développer de son propre gré, ne doit plus être subordonnné, en pensée ou en fait, à des projets ou à des intérêts impérialistes. Un Etat qui ne vit que pour le commerce, qui considère le pouvoir matériel comme un fétiche, doit céder la place à la conception plus haute d'une nation devenue un être spirituel et inviolable.

D'autres propositions de Wilson suivent, il est vrai, mais elles sont établies sur ce principe que je veux discuter ici plus parti-

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culièrement. Je ne fais pas allusion à ce programme de « paix sans victoire », que les pacifistes ont inscrit sur leurs bannières et que les apôtres du pangermanisme ont adopté, pour masquer leur véritable projet d'Europe centrale. 11 est possible que cette phrase tant de fois citée, visait l'Allemagne plus que les Alliés, bien que l'Allemagne et les pacifistes l'aient exploitée pour les besoins de leur cause. Elle est peut-être une réponse à la demande de l'Allemagne de négocier la paix, demande fondée sur une impudente affirmation de victoire germanique qui devait obliger les Alliés à entamer des pourparlers de paix.

Une erreur similaire a été commise en ce qui concerne la manière emphatique du Président, quand il s'est agi de la liberté des mers. L'Allemagne s'en est emparée et l'a considérée comme une protestation contre la marine britannique. Le Président avait probablement toute autre chose dans l'esprit. 11 songeait, sans doute, aux voies d'accès de la Russie, de la Roumanie et des petites nations européennes, et aux mers ouvertes. Voilà la raison de ses paroles emphatiques qui n'ont rien à faire avec la suprématie na-

valc anglaise. Si le droit de chaque peuple à son propre développement politique et économique est reconnu, une voie d'accès à la mer doit être acceptée comme une nécessité. Toutefois, cette question, ainsi que les autres comprises dans l'appel, dépendent d'un principe fondamental : celui d'un gouvernement autonome.

Voyons à quoi aboutirait le principe, sereinement affirmé, de gouvernements autonomes, s'il était accepté par les belligérants. Premier résultat : anéantissement de la carte actuelle de la plus grande partie de l'Europe, sans parler de la majorité des gouvernements. Ensuite, complète redistribution géographique de tous les pays à l'est du Rhin et de l'Adriatique. Chacun d'eux suivrait l'exemple de la Russie et subirait une entière évolution sociale et politique.

Deux anciens empires cesseraient d'exister et plusieurs nouveaux Etats naîtraient. De magnifiques et abondantes civilisations popu-

laires, oubliées actuellement, revivraient et croîtraient pour réjouir le cœur du monde; i.de nouvelles lois, politiques et sociales, et des expériences industrielles ou collectives, des essais de concentration seraient encouragés et s'épanouiraient librement. D'antiques littératures étouffées, de splendides civilisations inconnues, ressusciteraient avec joie. Comparée à son état actuel, l'Europe deviendrait un continent bien différent, presque paradisiaque.

Mais au lieu de généraliser davantage, commençons par les régions du Rhin, et appliquons à l'Allemagne le principe du gouvernement autonome. L'Alsace- Lorraine doit, avant tout, être rendue à la France, car tel est Tardent désir de cette province subjuguée et malheureuse. Une grande partie de la Prusse sera aussi réunie à la Pologne reconstituée. Mais ce problème géographique et ethnique n'est qu'un préliminaire, nous le reconnaissons. Quand les Alsaciens et les

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Polonais auront retrouvé leur patrie, que les Allemands auront été refoulés dans leurs frontières naturelles, alors seulement se posera pour l'Allemagne le réel problème de sa reconstitution. Il faut auparavant, c'est clair, qu'elle accepte le principe posé par M. Wilson comme base de paix.

L'Empire germanique devra être refondu dans le creuset, et les peuples germaniques appelés à décider des méthodes et des formes de leur gouvernement.! 11 faut se rappeler que l'Allemagne n'est pas un pays autonome, ni les Allemands un peuple politique. Ils n'ont pas une origine politique ; ils n'ont pas fait d'expériences politiques ; leur empire n'est qu'un Etat militaire. L'Empire germanique, imposé aux Germains par les armes prussiennes, forme actuellement une organisation dont le but est de dominer l'univers, tant par l'industrie que par la culture, î Les peuples allemands ont accepté docilement cette organisation, mais ils n'ont contribué ni intellectuellement, ni politiquement à sa création, et ils n'ont rien eu à faire avec son gouvernement. A l'antipode de la France et de l'Angleterre, qui ont derrière elles mille années d'évolution politique, l'his-

toire montre l'Allemagne écrasée sous une pression venue d'en haut et guidée par des princes, tant grotesques que brutaux, sous la tyrannie desquels le peuple n'a su ni se révolter, ni s'affirmer. L'Allemagne politique est encore à naître. Elle devra recevoir son instruction primaire, apprendre l'alphabet du gouvernement de soi-même. Pour devenir une nation politique, il lui faudra commencer par ces rudiments que les fondateurs anglais de la Magna Charta arrachèrent au roi John, ou bien elle devra subir l'impulsion qui fit prévaloir les principes de la Révolution française.

X Quelques-uns des chefs allemands ont compris le danger. Ils ont vu qu'un des premiers résultats de l'appel de M. Wilson — s'il était mis en pratique — serait le démembrement de la Prusse et la reconstruction fondamentale des nationalités allemandes. Ils confessent, en outre, qu'une révolution psychologique suivrait ; car la mentalité nationale du peuple allemand est aussi primitive, et sa moralité générale aussi arriérée qu'au temps de Tacite.

VU

Au sud, nous trouvons deux peuples à qui appliquer le principe du gouvernement autonome : TAutriche-Hongrie et la Turquie d'Europe. Deux empires qui, sous leur régime actuel, touchent à leur fin.

Nous les verrions alors refleurir et rajeunir. La Bohême deviendrait libre et indépendante. La Serbie, démembrée, s'unirait en une seule famille au point de vue national; ses révoltes prouvent, depuis des siècles, que tel est son désir. Trois millions de Roumains seraient délivrés de la néfaste oppression magyare et retrouveraient leur berceau familial. Les Polonais autrichiens, aussi bien que le reste des Slaves, iraient rejoindre leurs familles respectives. 11 ne resterait, dans l'empire d'Autriche, que six ou sept millions d Autrichiens et à peu près autant de Hongrois, qui auraient le droit de se rassembler ou de se séparer, à leur gré.

Nous avons vu récemment la Russie re-

nonccr d'elle-même à sa forme traditionnelle de gouvernement. La Finlande, la Pologne russe doivent, en conséquence de cet acte, recouvrer leurs droits; les Lettons, les Lithuaniens, les Ukraniens et tous les peuples sous la domination russe jusqu'à Bokhara, seront conviés au banquet de fête de la liberté universelle. Chacun sera en mesure de réaliser son idéal de culture nationale et pourvu pour cela des ressources nécessaires. *K2uant aux peuples d'essence russe ou moscovite, la Russie pourvoira à leur organisation sur des bases justes et démocratiques.

]] ne suffit pas de chasser les Turcs de l'Europe, de morceler leurs territoires et de les confiner dans un coin de l'Asie Mineure où ils puissent vivre en sécurité. La mesure n'est pas assez draconienne. Les Arméniens dispersés devront réintégrer leurs anciens et vénérables domaines, où ils redeviendront ]L vaillants et robustes comme auparavant. La il Perse, également, ne doit plus souffrir les attaques conquérantes de l'Angleterre et de la Russie. Car il ne lui manque que l'occasion de se développer spirituellement et politiquement. L'Egypte apprendra à se gou-

Ycrner elle-même, qu'elle fasse ou non partie de l'empire britannique.

Et l'Arabie? le pays qui bâtit la divine Bagdad et l'Alhambra magnifique, qui dota l'Europe des sciences mathématiques, médicales et philosophiques, qui vit ses cités merveilleuses détruites par le Turc, le Tartare et le Mongol, cette Arabie magique ne doit pas être oubliée. Elle contribuera à la richesse du monde nouveau.

Le long des côtes de l'Asie Mineure, les Grecs se rassembleront sous un gouvernement de leur choix, sans que des dynasties osent leur imposer un souverain étranger. Les Syriens verront s'accomplir le désir de leur cœur, c'est-à-dire le rétablissement du royaume des Croisés français. Qu'Israël retourne alors à Jérusalem et les pays du Jourdain refleuriront comme la rose, suivant les paroles de ses anciens prophètes...

Mais ce n'est pas tout. Si le programme du président Wilson est adopté universellement et sans réticences, d'autres rédemptions sont à prévoir pour que la terre devienne, un jour, la demeure harmonieuse d'une race digne d'y séjourner.

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]] se pourrait que la solution la plus sage de ces problèmes gouvernementaux, fût l'adaptation du système suisse pour tous les groupements ethniques de l'Europe orientale.

On mettrait ainsi fin aux conflits de races; ils sont, pour la plupart, imaginaires et superficiels. L'unité et la neutralité, seules, des intérêts sont réelles. Rien ne peut nuire à un peuple, sans faire du mal à tous les autres, et rien ne peut bénéficier un peuple sans accroître le bien-être de tous les autres. Dans cette unité d'intérêts réside la prospérité générale ; en résumé, de la santé individuelle dépend la santé universelle.

La Confédération suisse fournit la preuve que des races et des religions diverses peuvent former une seule nation, unis par les liens de l'afFection. Je me plais à voir dans la Suisse la cellule initiale de l'Europe future, de la république mondiale. Oui, la Suisse est, à mes yeux et aux yeux d'autres plus sages, le modèle de l'humanité confédérée.

11 est évident que des progrès démocratiques restent à accomplir. Elle n'a pas atteint le but, mais elle marche sur le chemin qui y mène. Si les pacifistes recherchent une paix idéale et permanente, c'est sur cette route-là qu'il leur faudra conduire les petits Etats et les débris nationaux de l'Europe orientale.

Trois groupes fédératifs pourraient être ainsi constitués : le premier, composé de la Pologne, de la Lithuanie, de la Lettonie, unies à d'autres peuples slaves opprimés et malheureux. Secondement, les fragments disjoints de l'empire d'Autriche, qui luttent aujourd'hui les uns contre les autres, seront arrachés à la domination des Habsbourg pour former une Suisse plus grande, au lieu de se séparer politiquement. Troisièmement, la Confédération balkanique, — trahie par un second Judas, le charlatan Cobourg, — serait reconstituée à nouveau.

Ces progrès, une fois accomplis, et les ^peuples ayant enfin le droit de se reconnaître dans leurs voisins, on verrait surgir une Europe merveilleuse et virile, qui prendrait l'Helvétie pour modèle de gouvernement.

3o WOODROW WILSON

Les Alliés ne se battent que pour une paix, conforme en principe et en fait, à la proposition fondamentale de Wilson. Tout le monde sait que l'Angleterre est en train de lutter, — même pendant la guerre, — pour donner à l'Irlande un home rute qui satisfasse tous les Irlandais. La Grande-Bretagne essaie également de donner aux Hindous ce qu'ils n'ont jamais su se procurer par leurs propres moyens : une vie nationale unifiée. De plus en plus, et sincèrement, je le crois, la France et l'Angleterre se sont ralliées au principe du gouvernement autonome et, en conséquence, à l'application d'une loi unique et d'une justice égale dans le monde entier./

Il n'est pas impossible, non plus, que l'Allemagne adopte ce programme démocratique. Ce peut être le résultat final de sa défaite. Personne ne désire ni ne propose l'écrasement des peuples germaniques ; ce qu'on veut, c'est qu'ils s'émancipent et de

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leurs maîtres prussiens et de leurs méthodes gouvernementales. Je ne suis pas dans le rang des pessimistes; au contraire, je marche avec ceux qui croient en la victoire des Alliés. /i^Les ténèbres prussiennes, qui troublent l'esprit allemand, disparaîtront alors pour faire place à une Germanie spiritualisée. La puissance brutale et Tesprit matérialiste seront transformées en forces spirituelles et démocratiques. Une Germanie repentante, restaurée et soulevée par une impulsion générale venue de l'intérieur, est prévue, même par ses adversaires actuels. Pour réaliser cette vision, le militarisme doit périr. L'existence ultérieure de l'Allemagne, sa mission envers l'humanité dépendent de cette défaite qu'elle a méritée.

Bien que leurs voix soient étouffées au milieu du tumulte, de vrais prédicateurs lui montrent la nécessité de renoncer à un présent souillé et de revivre dans un avenir purifié.

Déjà le cœur du peuple allemand supplie le monde de lui faire crédit, de l'encourager et de patienter jusqu'à la fin de la guerre. Peut-être verrons-nous renaître l'antique Germanie, faite d'esprit domestique, pieuse

et aventureuse en même temps. Des apôtres comme Herder et OberJin, des génies encore plus puissants que Beethoven, réapparaîtront et l'organisation allemande, si efficace, revêtira un caractère chevaleresque et altruiste, pour le plus grand bonheur des autres nations dont les dons et les aptitudes sont si différents.

Le programme du Président Wilson, qui répudie toute oeuvre de haine, diffère de la littérature actuelle qui encourage les nations à se détester mutuellement. En doutez-vous? J'ai, sur ma table, les numéros récents djmportantes revues. Elles proviennent de divers pays. Je les parcours au hasard. Tous les écrivains, sans exception, prêchent la colère, la vengeance et la haine. Voyez, par exemple, le professeur Kuno Francke, dans yjltîanfic Monfhly de février, qui énumère les vertus sociales et religieuses de l'Allemagne future. 11 nous enseigne que cette Allemagne rénovée fait le sujet de toutes les

préoccupations de l'empereur, rhomme, selon Francke, « qui, pendant toute la guerre, m a donné à ses sujets le brillant exemple « d'un caractère vraiment grand. » Et pourtant, déclare l'écrivain, la lutte mondiale, quelle qu'en soit l'issue, «laissera pour longtemps derrière elle une telle accumulation de haine, de jalousie et de méfiance chez toutes les nations européennes, que les puissances alliées, pour le maintien de la paix, ne pourront compter que sur la force militaire. »

Ainsi parle un observateur cultivé, et les faits extérieurs semblent l'approuver. Si nous essayons de compter les morts, si nous considérons les erreurs et les intelligences de tous les belligérants, nous accepterons cette conclusion comme conforme à la vérité. Mais la logique seule est menteuse, et cet observateur cultivé, bien qu'heureusement doué, sympathique et sincère, ne sait pas voir, ne sait pas comprendre, ne sait pas tirer les conséquences des événements. Kuno Francke, l'Allemand noble et génial, ignore l'âme de sa patrie et la métamorphose qui s'accomplit au milieu de l'Europe. Une puissance active et créatrice la transformera. Oui,

malgré tant de témoignages sanglants, la vengeance, les lois et les coutumes qui appartiennent à tout un système économique et social périmé, ne subsisteront pas sur une terre régénérée.

\ La haine ne gît pas au fond du cœur des \ peuples. Ce sont les politiciens et les journalistes, mercenaires des capitalistes et des gouvernants, qui l'y entretiennent. La haine qui, de nos jours, consume et remplit le monde, n'est pas réelle, mais artificielle, superficielle et transitoire. Ceux qui pensent que, de cette guerre naîtront des accumulations de haine, sont des aveugles. Cela n'arrivera pas. Au contraire, la guerre dévorera les rancunes et les répulsions, passées et présentes. Le monde en sortira, sous peu, entièrement purifié.

Les soldats dans les tranchées, leurs pères et leurs mères laissés à la maison, comprennent déjà l'absurdité de la haine. J'ai vu et j'ose déclarer bien haut qu'il n'y a jamais eu si peu de haine dans le monde qu'aujourd'hui. La haine n'a jamais été si près de s'éteindre qu'au moment où notre planète n'est plus qu'un vaste champ de carnage.

Du fait qu'il répudie la haine, l'appel du président Wilson possède um puissance prophétique qui l'immortalisera aux yeux des générations subséquentes.

On va balbutier le mot utopie, suivant l'habitude des poltrons, des cyniques, des paresseux d'esprit et des égoïstes ! Tout ce qui suppose dangers et sacrifices est si facilement taxé d'utopie. Notre effort vers un idéal de perfection, n'est-il pas la seule chose vraiment pratique? La manière actuelle dont nous nous comportons sur cette planète constituerait-elle un succès? L'esprit d'un Dieu insensé pourrait-il concevoir un monde plus illogique que celui où nous nous mouvons ? Est-il possible d'applaudir à cette faillite tragique de l'Univers? Le temps est venu, enfin, de poser la question et d'exiger la réponse ; de prendre note de l'imbécillité générale, de l'éternelle confusion et de la douleur, de l'incommensurable gaspillage et du dégât, conséquences habituelles des con-

flits que notre aveuglement nous fait accepter comme une sage administration des biens terrestres.

Et nous arriverons, je le crois, à cette conclusion : Adopter l'utopie^ reconnue seule pratique. Aucune paix n'est possible, pour les nations ou pour les individus, si elle n'est pas fondée sur la réalisation de cet idéal. ]1 faut nous approcher de la perfection. Le monde doit choisir entre Tutopie Wilson ou la perdition; entre le royaume des cieux ou un enfer encore plus horrible que celui dans lequel nous nous débattons, à l'heure qu'il est.

Qui sait si, après tout, cette guerre ne prépare pas les peuples à la réalisation future d'une Société générale des Nations, qui comprendra et harmonisera enfin toutes les forces de la vie intégrale du monde?

Les canons sont, peut-être, la voix de Dieu ; les armées labourent, peut-être, les champs pour le divin laboureur. N'y a-t-iJ

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pas eu d'abondantes et célestes semailles depuis l'heure où le défi jeté à la civilisation, sortit du palais impérial de Berlin ? La première moisson est déjà prête pour ceux qui sont dignes de la récolter. Pendant que les armées marchent, on entend les soldats poser des questions telles que personne n'en ouït jamais. Ces mêmes questions errent sur les lèvres de ceux qui sont restés au foyer. Jusqu'aux petits enfants qui commencent à les balbutier !

Et tous, devant ce désastre, sont plongés dans un étonnement aussi sage que fécond. La majorité de ces hommes et de ces femmes devinent qu'une guerre est un anachronisme parce qu'elle est insensée et lâche. Toutes les nations sont en train de créer une invisible franc-maçonnerie, résolue à supprimer à jamais la possibilité d'une pareille catastrophe. Une solidarité mondiale va naître et prendre bientôt conscience d'elle-même. Elle réunira les peuples et les individus dans une pensée unique de concorde. Pas une seule existence n'en sera exclue!

A plusieurs signes latents, nous devinons que les nations vont ouvrir les yeux et se reconnaître comme les membres d'une seule

famille, divisée, en apparence, jusqu'à présent. L'exploitation séculaire, au moyen des régimes parasites et gouvernementaux les a jetées, aveuglées, les unes contre les autres.

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La continuation des hommes sur la terre est un miracle perpétuel. Nos méthodes générales tendent à une déchéance qui aboutit parfois à une folie infernale et destructive. Si la race ou la nation renaît et s'élève, la cause en est spirituelle. Les grandes réformes religieuses, les révolutions nationales, reconstructives, aussi bien que d'historiques conversions individuelles, surviennent comme un voleur dans la nuit. Si les yeux des visionnaires les ont pressenties, si leurs voix prophétiques les ont prédites, l'arrivée de ces révolutions n'en est pas moins soudaine et inattendue. Une force terrible, subite comme l'aurore en Orient, rapide comme l'éclair dans l'Occident, saisit un puissant Saul de Tarse et ne le lâche plus, ou s'empare delà France de la Révolution, et recrée le monde.

Est-il possible que le miracle suprême, la plus décisive et générale des conversions, soit prochaine ?

Pourquoi pas? Pourquoi ce monde, menaçant et sanguinaire, ne trouverait-il point son chemin de Damas? Pourquoi notre race ne serait-elle pas guidée par une lumière divine vers une terre promise, où elle concevrait le plan divin ?

Je vois là l'aboutissement probable de la guerre. Oui, il est probable que ces ténèbres actuelles, enveloppant notre sphère de douleurs, de terreurs et de tragédies inexprimables, s'éclaireront d'un rayon de soleil merveilleux, à la grande surprise des humains qui se connaîtront pour la première fois. Aube bienheureuse, s'étendant de Londres jusqu'aux extrémités du globe, des limites matérielles, jusqu'aux frontières spirituelles...

Oui, il est probable que les nations, perdant confiance dans leurs gouvernants et leurs prédicateurs, et convaincues que la société actuelle n'a pas de bases morales, se résoudront à progresser et à marcher ensemble, vers l'idéal d'une communion mondiale.

Oui, il est probable que, persuadés de la

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folie et de l'erreur de nos voies, nous écouterons enfin les enseignements de Celui que nous avons si longtemps repoussé. De cette manière, le Christ ressuscitera, non pas sous une forme humaine, mais incarné dans l'âme collective des peuples rénovés, devenus capables de se gouverner eux-mêmes. Ce sera le développement de l'esprit de Dieu dans l'humanité, de cet esprit tout-puissant qui s'appelle l'amour.

A en juger par les conditions actuelles, de telles espérances semblent menteuses. Je n'ignore pas les faits, je sais ce qui se passe: ce qui parut l'ordre social se désagrège. Je me tiens sur ses murs croulants et je surveille ses ruines physiques et morales. J'ai travaillé au milieu d'elles, j'ai assisté à leur désespoir. Je me trouve aujourd'hui à l'un des tournants féconds de l'histoire européenne et je contemple un monde en feu, bouleversé, presque en démence, à cause d'une guerre qui échappe à tout contrôle ;

un monde submergé, ahuri, presque idiot, à cause d'un malheur qui dépasse tout entendement. Ce monde doit s'asseoir au banquet d'angoisse, participer à l'orgie mortelle. Un pouvoir occulte, un système financier, malin et monstrueux, qui englobe toutes les nations et dépasse toute imagination, les y obligea. Ce système financier a fait sien le plan pangermaniste de l'empire allemand, il s'est allié à une puissance encore plus occulte et ténébreuse, une puissance qui asservit et exploite l'âme... je vois tout cela et bien plus encore.

Et malgré ce triple Satan, auquel nous sommes livrés pour un temps, en dépit des chagrins et des illusions de cette époque sanguinaire, je vois aussi que le monde est rempli d'un espoir instinctif, l'espoir de l'intervention d'un Messie prochain et d'une ascension générale de l'humanité vers les hauts sommets de l'idéal.

En un clin d'œil, à un moment donné, le changement peut survenir et une présence divine envelopper et réconcilier toutes les nations de la terre et les remplir d'allégresse. Voilà pourquoi, devant les regards railleurs et surpris des chefs d'Etat, les peu-

pies ont écouté l'appel impératif et ardent du président WoodrowWilson. Ce discours semble étrange de la part d'un homme revêtu d'une si haute autorité. Cette voix paraît venir de loin. Elle a étonné le monde par l'annonce d'une nouvelle, dont la signification reste encore cachée aux yeux mêmes du héraut et à ceux de ses auditeurs. 11 est aussi inconscient qu'eux, lorsqu'il proclame un retour, qui sera et la conclusion et le vrai commencement de l'histoire. Ses paroles prouvent qu'il existe parmi les fils des hommes des êtres prédestinés à devenir des fils de Dieu, virils et clairvoyants dans Son amour, courageux et audacieux dans Sa liberté. Disciples actifs et créateurs de Dieu, je les vois déjà travailler en Son nom.

Le monde se souviendra des paroles du président Wilson, quand l'avenir les aura confirmées et que la guerre n'apparaîtra plus qu'un incident insignifiant, semé sur la route qui doit conduire l'humanité dans la demeure de son Père.

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