‹ Woodstock (volume 2)Chapitre 17 sur 22 · W009ST0CK · texte numérisé non relu

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janvier? Je ne suis ni devin ni astrologue ; n^ais le vieux Will m’apprend que l’hiver approche quand les feuilles vertes tombent , et que la nuit arrive quand le soleil se couche *

— Qu’en penseriez-vous , Monsieur, si , sans vous. demander aucun acte de soumission^ sans exiger de vous aucun serment , sans vous imposer aucune condition expresse ou tacite, si ce h’est de ne rien faire qui pût troiiWer la tranquillité publique, vous pouviez être' remis en possession de la Loge de-Woodstock-etdetous les émoluments qui en dépendent ? — J’ai de bonnes raisons pour espérer que cette permission .vous sera accordée, sinon expressément, du moins à titre de tolérance.

— Oui, je vous comprends. On veut me traiter comme la monnaie du roi,-, qu’on frappe de la marque du Croupion “ pour lui donner cours-, quoique je sois trop vieux et trop dur pouf qu’on puisse limer l’empreinte royale gravée sur mon cœur. Mon neveu , je ne vent rien de tout cela; Je ne suis resté' à la Loge que trop long-temps, et permettez-moi de vous dire qu’il y a. longtemps que je -raurois quittée avec mépris 'sans les ordres de quelqu’un je pourrai servir peut-être encore. Je ne recevrai rien ’des 'usur-

' Gutiou de Sbâ^jjieare. , ^ de VÊditeur,) .

' * The rump , nom qo’on donaoit «Ion an parlement , par mépris.

{ Note" dtt Tradtàteur’.') ‘

WOODSTOGK.

pateurs , qu’ils se nommant Croupion ou Cromwell, que ce soit un diable ou une légion: Je n’accepterai pas d’eux un vieux bodnet pour couvrir mes cheveux gris, un manteau de rebut pour protéger mes membres contre le froid. Ils ne se vanteront pas d’avoir enrichi Abraham par leur générosité forcée. Je veux vivre, comme je mourrai, Lee le Loyal.

— Puis-je espérer que vous y réfléchirez, Monsieur, et qu’en considération du peu qu’on exige de. vous vous me ferez une réponse plus favorable ?

— Monsieur, si je change d’avis, ce qui n’est pas^ma coutume, je vous en informerai. — Et maintenant, mon neveu, avez-vous autre chose à me dire ? Nous retenons ce digne ministre dans ' cette autre chambre.

> — J’avois quelque chose à dire.... quelque chose de relatif à ma cousine Alice , dit Everard avec embarras; mais je crains que vos préventions contie moi ne soient si fort^nent enracinées que.... >

— Monsieur, je ne crains pas de vous laisser ma fille; j’irai rejoindre le bon docteur dans l’appartement de dame Jeanne. Je ne serai pas fâché que vous appreniez que je laisse à ma fille, autant qu’il est raisonnable de le faire , le libre exercice de sa volonté.

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3ii

Il se retira, et laissa ensemble les deux jeunes gens. . '

Everard s’avança vers Alice, et il alloit lui prendre la main; mais elle la retira, s’assit sur le fauteuil que son père venoit de quitter, et lui montra une chaise à quelque distance.

— Ma chère Alice, s’écria Everard, sommes-

nous donc devenus si étrangers l’un pour l’autre ?

— Nous en' parlerons dans un moment. Permettez-moi d’abord de vous demander le motif de votre visite à une pareille heure.

— Vous avez entendu ce que je viens de dire à votre père.

— Oiii, mais il paroît que vous aviez une autre raison pour venir ici, — une raison qui r semble me concerner particulièrement.

— C’étoit une illusion, une étrange méprise.

— Puis-je vous demander si vous êtes sortie ce soir ?

— Certainement non. Je n’ai guère envip de sortir de ma demeure actuelle , quelque humble qu’elle soit; j’ai d’iniportants devoirs à y remplir. Mais pourquoi le colonel Eyèrard me fait-il une question si étrange

— Pites-moi d’îdwrd pourquoi .votre cousin Markham a perdu ce nom, que lui donnoient

toujours l’amitié, "la parenté, ef même un sentiment plus tendre, et alors je vous répondrai.

— Ma réponse est toute simple. Quand vous tirâtes l’épée contre la cause de mon père, — presque contre sa personne', — je cherchai, peutêtre plus que je ne l’aürois dû, à trouver des excuses pour votre conduite. — Je connoissois, c’est-à-dire je croyois connôître vos hautes idées de patriotisme. — Jé savois dans quelles opinions vous aviez été élevé, et je me disois : S’il est ennemi de son roi, il est loyal «ivers sa patrie; je ne le bannirai pas de mon cœur pour cela.— Vous fîtes tous vos efforts -pour empêcher cette cruelle tragédie de se terminer par la catastrophe sanglante du 3o janvier, et cette circonstance me confirma dans l’opinion que Markham Everard pouvoit se laisser égarer, mais qu’il ne seroit jamais ni vil ni intéressé.

■ — Et pourquoi avez-vous changé d’opinion , Alice? demanda le colonel en rougissant. Qùi ose attacher de pareilles épithètes au nom de Markham Evera’rd?

— Ce n’est pas sur moi que vous trouverez à exercer votre valeur , colonel Everard , et je n’ai pak dessein de vous offenser. Mais assez d’autres gens vous diront que le colonel Everard fait bassement la cour à l’usurpateur Crom-wèll , et que tous ses beaux prétextes de vouloir assurer la

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liberté de son pays ne sont qu’un manteaût dont il se couvre pour foire un marché avantageux avec le ^rân , et en obtenir des faveurs pour lui et pour sa famille.

— Pour moi ! jamais !

— Mais pour votre foniille? — ■ Oui, je sais positivement que vous avez indiqué à ce . despote militaire le moyen par lequel lui et ses satrapes pourroient maîtriser le gouvernement. — Croyezvous que mon père ou moi nous voulussions accepter un asile acheté au prix de la liberté de l’Angleterre et de votre honneur ?

— Juste ciel , Alice , que signifie un tel langage ? vous me faites un reproche aujourd’hui d’avoir suivi la conduite que vous avez approuvée autrefois. . . •

— Quand vous nous parliez de la part de votre père, et que vous nous engagiez à nous soumettre' au gouvernement existant, quel qu’il fût, j’avoue que je pensois que les cheveux blancs de mon père pouvoient rester sous le toit qui leur avoit si long-temps servi d’abri. Mais est-ce d’après le conseil de votre père que vous avez encouragé im soldat ambitieux à de nouvelles innovations ; que vous êtes devenu le fauteur de la nouvelle tyrannie qu’il veut établir ? — C’est une chose de se soumettre à l’oppression, mais c’en est une

autre de se rendre l’agent d’un tyran, et Mark-

ham I d’en devenir le limier.

— Le limier ! — Comment ! — Que voulea-vous dire? — J’avoue qu’il est vrai que je verrois avec plaisir les blessures de ma patrie se fermer, fallût-il voir Cromwell , après son élévation sans égale, s’élever encore à un degré de plus; — mais devenir son limier ! Qu’entendez-vous par là?

— Cela est donc faux ? — Je le croyois ainsi; — j’aurois fait serment que cela étoit faux!

— Au nom du ciel, de quoi parlez-vous?

— Il est faux que vous vous soyez engagé à livrer le jeune roi d’Ecosse entre les mains de Cromwell

— A le livrer ! — Moi le livrer ! — livrer un fugitif, quel qu’il soit ! — jamais ! — Je voudrois * qu’il^ fût hors d’Angleterre ; — je chercherois à faciliter sa fuite s’il étoit en cette maison; et je ■croirois, en agissant ainsi, rendre service à ses ennemis en les empêchant de se souiller de -sou sang. — Mais le livrer ! jamais !

— Je le savois; — j’étois sûre que cela étoit impossible! — Mais laites encore plus, Markham; séparez votre sort de celui de ce soldat sombre et ambitieux ! fuyez-le ; ne prenez aucune part à ses projets, qui ne sont fondés que sur l’injustice, et qui ne peuvent se réaliser qu’aux dépens de nouveaux torrents de sang.

— Croyez, chère Alice, que j’ai choisi, pour la suivre , la ligne politique qui convient le naieux au temps où nous vivons.

— Choisissez celle qui convient le mieux au devoir, Markham, qui est la plus conforme à l’honneur et à la vérité; — faites votre devoir, et laissez à la Providence le Soin du reste. — Adieu ! nous mettons trop à l’épreuve la patience de mon père; — vous connoissez son caractère. — Adieu, Markham.

Elle lui tendit une main , sur laquelle il appuya ses lèvres, et sortit de l’appartement, où son père rentra sur-le-champ. Un salut silencieux à son oncle, un signe qu’il fit à Wildrake, qui s’étoit retiré dans la cuisine , furent les seuls indices qui prouvèrent qu’il les reoonnôissoit. Remontant alors à cheval à la porte de la chaumière, il reprit ^ avec son compagnon le chemin de la Loge de WoodstocL' •

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