‹ Woodstock (volume 2)Chapitre 16 sur 22 · partie de son corps qui chut ! — n’avez-vous · texte numérisé non relu

partie de son corps qui chut ! — n’avez-vous

pas entendu quelque chose? — qui est chez lui le point central de gravité , c’est-à-dire sa tête.

— Avez-vous vu quelque chose qui dût vous alarmer?

— Rien ; mais nous avons entendu un tapage infernal, de même que tous nos gens; et moi, qui ne crois guère aux esprits et aux apparitions, j’en conclus que les cavaliers vouloient nous surprendre, de sorte que, nje rappelant ce qui est arrivé à Rainsborough , je sautai par une fenêtre , et je eourus à Woodstock pour faire marcher les soldats' au secours d’Harrison et de Desborough.

• — Mais n’avez-vous pas d’abord cherché à reconnoître en quoi consistoit le danger?

— Vous Oubliez , mon cher ami , que j’ai rendu ma commission quand le fanatisme s’est introduit

dans les rangs de l’armée. Il n’auroit pas été d’accord avec mes devoirs parlementaires de rester au milieu d’une foule de braillards qui ne reconnoissoient aucune discipline militaire. — Non , puisque ce que je dois au parlement m’a fait une loi de remettre mon épée dans le fourreau , j’ai trop de respect pour son autorité pour l’en tirer désormais. ' ''

— Mais le parlement, s’écria Desbôrough , ne vous avoit pas ordonné de vous servir de vOs talons quand vos mains pouvoient empêcher un homme d’étouffer. Mille diables! vous pouviez vous arrêter quand vous avez vu. mon lit sens dessus dessous , et moi-même à demi étouffé sous les matelas : vous pouviez, dis-je , prêter la main pour me tirer de ce mauvais pas au lieu de sauter par ma fenêtre comme un mouton fraîchement tondu, sans plus de temps qu’il ne vous en fallut pour traverser ma chambre.

' — Mais , digne maître Desborough , dit Bletson en adressant un clin d’œil à Everard pour l’avertir qu’il vouloit s’amuser aux dépens de son stupide collègue, comment pouvois-je connoître votre manière particulière de vous coucher? Les goûts sont différents. J’ai connu des gens qui ne pouvoient dormir que sur un lit dont la pente formoit un angle de quarante-cinq degrés.

• ■ — Cela est possible , dit Desborough ,' mais a-t-

on jamais vu un homme dormir la tête en bas et les pieds en haut , à moins que ce ne fût par miracle? ’ • ' .

— Quant aux miracles , dit le philosophe , à qui la' présence d’Everard rendoit de la confiance, et à qui l’occasion dé lancer des sarcasnjes contre la rehgion faisoit oubÜer un moment sa peur, — quant aux miracles , qu’il n’en soit plus question ; car les preuves qu’on rapporte à ce sujet sont aussi propres à opérer la conviction qu’un cheveu à enlever une baleine.

Un grand coup de tonnerre , ou un bruit aussi formidable et qui y ressembloit, retentit dans toute la Loge à l’instant où ces mots venoient d’être prononcés par le philosophe , qui pâlit surle-champ et resta immobile , tandis que Desborough se jetoit à genoux et mêloit ses exclamations â ses prières.

— Il faut qu’il y ait ici quelques machinations , s’écria Everàrd; et, saisissant une lumière, il se précipita hors de l’appartement .sans s’inquiéter des supplications de Bletson ^ qui , dans son extrême détresse, le conjuroit par Yanimus ifiundi de ne pas priver de sa présence et de son secours un philosophe tourmenté par des sorcières, un membre du parlement attaqué par des scélérats. Quant à Desborough, il ne fit qu’ouvrir la bouche comme un paillasse dans une pantomine , et ne

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sachant trop s’il devoit suivre le colonel ou rester, sou indolence naturelle l’emporta, et il retomba sur sa chaise.

En arrivant sur le palier de l’escalier, Everard s’arrêta un instant pour réfléchir sur ce qu’il avoit de mieux à faire. Il entendit au rez-de-chaussée les voix de plusieurs personnes qui parloient très-' haut , comme pour étourdir leurs craintes. Sachant parfaitement que des recherches 'faites avec tant de bruit ne pouvoient produire aucun résultat , il résolut de faire les siennes dans une autre partie de la maison , et il monta au second étage. ' ■ ' ■ .

Il n’y avoit pas un coin de la Loge , habité ou inhabité, qu’il ne connût depuis son enfance', et la lumière qu’il portoit l’aida à traverser deux ou trois corridors qu’il craignoit de ne pas se rappeler suffisamment. Il se trouva alors dans une sorte d’œil de bœuf ou de vestibule octogone sur lequel donnoient différentes portes. Celle qu’il choisit le conduisoit à une galerie longue, étroite,’ en mauvais état, construite dans le temps 'de Henry VIII , s’étendant dans toute la partie du sud-ouest du bâtiment , et communiquant , en divers endroits , avec le reste de la maison par des passages latéraux. Il s’imagina que cet endroit pouvoit être le poste choisi par ceux qui vouloient jouer le rôle d’esprits, d’autant plus qiie la lon-

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gueur et la forme de cette galerie le firent penser qu’il étoit possible d’y produire un grand bruit qui retentît dans toute la Loge comme celui du tonnerre.

Déterminé à vérifier si ses soupçons étoient fondés , il plaça sa lumière sur une table dans le vestibule , et chercha à ouvrir la porte qui donnoit entrée dans la galerie. Là il éprouva une forte résistance, provenant soit d’un verrou, soit des efforts que faisoit quelqu’un placé de l’autre côté pour l’empêcher d’entrer; Il fut même porté à croire que cette dernière supposition étoit la plus juste, car cette résistance sembloit, par instants , plus ou moins forte , et par conséquent paroissoit opposée par un corps humain plutôt que par im obstacle permanent et inanimé.

Quoique Everard fût jeune, vigoureux et actif, il épuisa en vain toutes ses forces en essayant d’ouvrir cette porte. S’étant reposé quelques instants pour reprendre haleine, il se préparoit à employer les pieds et tes épaules pour l’enfoncer , et à appeler, s’il,4^oit nécessaire , quelqu’un pour l’aider^ quand à'âi grande surprise ayant fait une nouvelle tentative , mais avec plus de douceur et de précaution, pour tâcher de reconnoître de ^ ^el côté étoit situé l’obstacle qu’il rencontroit , la porte, cédant à un léger effort, s’ouvrit sur-lechamp en renversant ou brisant quelque chose

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qui sembloit servir à la tenir fermée de l’autre côté. Le vent occasioné par l’ouverture soudaine de cette porte éteignit la lumière, et Everard sç trouva dans l’obscurité, si ce n’est que les rayons de la lune, pénétrant imparfaitement à travers quelques fenêtres hautes et étroites percées dans les murs de la galerie, y répandoient tout juste ce qu’il falloit de clarté pour empêcher les ténèbres d’y régner complètement.

Cette lumière douteuse et mélancolique étoit d’autant plus foible que le lierre 'et d’autres plantes grimpantes et parasites dont rien n’avoit gêné la croissance depuis que cette partie de bâtiment étoit inhabitée, tapissoient à l’extérieui* toute la muraille , bouchoient entièrement quelques-unes des croisées, et arrétoient le passage du jour par les branches qu’elles étendoient sur les autres en divers sens. Il n’y avoit de fenêtres que d’un côté de la galerie; l’autre avoit été autrefois orné de tableaux et de portraits, dont la plupart avoient été enlevés long-temps auparavant. Cependant on y voyoit encore suspendus le long du mur quelques cadres sans toile , et d’autres qui n’en coiitenoient plus que des lambeaux.

Cette longue galerie offroit donc un tél aspect de désolation , et présentoit un local si favorable aux mauvais desseins de ses ennemis, en supposant qu’elle eu cachât quelqu’un , qu’Everard ne put

s’empêcher, de s’arrêter avant d’y entrer. Se recommandant alors à Dieu , il tira son épée, et s’avança sans bruit, en ayant soin de se tenir du côté où il régnoit le plus d’obscurité.

Markham Everard n’étoit nullement superstitieux ,'mais il n’étoit pas tout-à-fait exempt de la crédulité de son siècle : il n’ajoutoit pas foi aisément aux histoires d’apparitions surnaturelles; mais il ne put s’empêcher de penser qüe, si le ciel permettoit qu’elles eussent lieu quelquefois , c’étoit dans la situation où il se trouvoit qu’on devoit s’y attendre. Son pas Jent et mal assuré , son épée à la main, ses bras étendus en avant, son attitude de doute et de soupçon, tendoient à augmenter dans son esprit les idées sombres • qu’annoncent ordinairement ces symptômes.

Livré à ces pensées peu agréables et convaincu qu’il n’étoit pas bien loin de quelques êtres dont les dispositions ne lui étaient pas favorables , le colonel Everard étoit arrivé à peu près à la moitié de la longueur de la galerie quand il entendit soupirer à peu de distance de lui, et une voix douce prononcer son nom très-bas.

- — Me voici ! répondit-il tandis que . le cœiu* V lui battoit vivement. Qui appelle Markham Everard?

Un autre soupir fut la seule réponse qu’il reçut.

— - Parlez ! reprit le colonel. Qui étes-Vous?

Qui êtes-vous? Dans quelles intentions rôdez-— vous dans ces appartements? ' '

— Dans des intentions meilleures que les vôtres , répondit la même voix douce.

— Que les miennes? s’écria Everard avec surprise. Qui êtes-vous pour oser juger de mes intentions?

— Et qui êtes-vous , qui êtes-vous vous-même, Markham Everard , pour parcourir pendant les ténèbres un palais des rois maintenant désert, et où il nedevroit se trouver que ceux qpii déplorent leur chute, et qui ont juré de les. venger ?

— C’est elle, s’écria Everard ; — et cependant cela est impossible. — C’est pourtant elle; — ce ne peut être qu’elle ! — Alice Lee , si ce n’est pas vous , c’est le diable qui me parle ! — Répondezmoi, je vous en conjure. — Parlez-moi franchement»' — Quel dangereux projet avez-vous formé? Où est votre père? Que faites-vous ici? Pourquoi vous exposer à de si grands risques? — Parlez, Alice; je vous en supplie.

— Celle dont vous me parlez est à plusieurs milles d’ici. — Mais si c’étoit son génie qui vous parlât en son absence? — si c’étoit l’âme d’iine de ses aïeules ou des vôtres? — Si . . .

— Fort bien, dit Everard en l’interrompant; mais si la plus chérie de toutes les femmes a pris une étincelle de l’enthousiasme de son père? —

si elle expose sa personne aux dangers, sa réputation à la calomnie, en parcourant, déguisée et pendant la nuit, une maison remplie d’hommes armés? — Parlez-moi en votre propre nom, chère Alice. J’ai obtenu les pouvoirs nécessaires pour vous garantir des suites de ce projet étrange. — Parlez! je vois où vous êtes; et malgré tout mon respect pour vous, je ne puis consentir à être le jouet d’une pareille ruse. — ; Fiez-vous à moi. — Confiez votre main à votre cousin Markham , et croyez qu’il mourra, ou qu’il vous placera honorablement et en sûreté.

Et ses yeux cherchoient à découvrir où étoit celle qui venoit de lui parler, et il lui sembla apercevoir, à environ six pas de lui, une forme, une espèce d’ombre, dont il ne pouvoit même distinguer les contours, attendu qu’elle se trouvoit dans une double obscurité causée par le mur qui séparoit deux croisées. Il chercha à calculer la distance^ dans l’idée que s'il pouvoit, même en employant un léger degré de violence , détacher sa chère Alice de la confédération dans laquelle il supposoit que le zèle de son père pour la cause royale Vavoit entraînée, il leur rendroit à tous deux le service le plus signalé; car, quelque succès qu’eût obtenu le plan qu’il présumoit avoir été conçu contre le timide Bletson , le stupide Desborough et le fou Harrison, il ne pouvoit

douter que, ces artifices ne se terminassent enfin par couvrir de honte ceux qlii les avoient imaginés , et par les placér dans le plus grand danger.

Il faut aussi se rappeler que l’affection (TEverard pour sa cousine, quoique aussi respectueuse que vive, avoit moins ce caractère de vénération profonde, mais timide, qu’un amant de ce siècle éprouvoit pour la dame dé ses pensées , que celui de cette tendresse familière qu’a un frère pour une jeune sœur, à qui il croit pouvoir servir de guide," donner des avis, et même faire quelques remontrances. Leur liaison aVoit été trop intime poür que, lorsqu’il s’agissoitde l’arracher au péril qu’il prévoyoit pour elle, il hésitât devant la crainte de l’offenser. — Hésiterois-je , se disoit-il , s’il fah loit la sauver d’un torrent ou d’ttn incendie, au risque de lui occasioner quelque légère souffrance en la saisissant un peu rudement? Toutes ces idées se succédèrent rapidement dans Son esprit, et il résolut, quoi qu’il' pût en résulter, de s’emparer d’elle à l’instant même, et de la forcer^ s’il étoit possible, à une explication. • Dans ce dessein, il conjura de nouveau sa cousine, au nom du ciel, de renoncer â une entreprise inutile et dangereuse; et il écouta' sa réponse avec grande attention , pour que son oreille pût juger à quelle distance elle 'éi^ dè Jüi.

— Je ne suis pas celle pour ^iî|^OHsnne pre-

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nezn, répondit la même voix; et undntérét plus cher que tgut ce qui pourroit çoncerner sa vie ou sa mort m’ordonne de voçs.^ayertir de vous retirer, e.t de quitter cet endroit.' - • -

. — Ce ne sera qu’aprês vous avoir .convaincue de votre folie puérile, s’écria le cdlonel en s’élançant du côté d’où partoit la voix pour tâcher de saisir celle qui venoit de lui parler; mais ce ne fut pas une femme qu’il l'encontra. Le bras étendu qui arrêta tout à coup sa course précipitée étoit doué d’une force toute masculine, et le choc que reçut Everard fut si violent qu’il tomba à la renverse. Au même instant il sentit appuyer sur son GQU la pointe d’une épée , tandis qu’on lui tenoit les mains si fortement qu’il ne lui restoit pas la moindre possibilité de se défendre.

-—Un seul cri -pour appeler du secours , dit une autre voix près de lui, mais qui n’étoit .plus la mêm,e qu’il avoit déjà entendue, — sera étouffé dans votre sang- — On ne vous veut point de mal. — r Soyez prudent, et gardez le silence.

La crainte de la mort, de cette mort qu’il avoit si souvent bravée sur le champ de bataille, devint plus vive et plus horrible quand il se vit sur le point de la recevoir des mains d’assassins inconnus, et sans qu’il lui restât aucun moyen de défense. Il sentoit la pointe d’une épée près de sa gorge, et un pied sur sa poitrine : il pe falloit

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qu’un seul, mouvement pour terminer le cours d’une vie à laquelle un inexpliquable instinct attache l’être lé plus malheureux. Son front étoit couvert de grosses gouttes d’une sueur fix>ide; son cœur palpitoit comme s’il eût voulu s’échapper de son sein; en un mot, il éprouvoit cette angoisse dont est agité l’homme courageux quand il est réduit à subir la sensation involontaire de la crainte, et qui est aussi insupportable que la douleur subite que cause une maladie aiguë quand elle attaque un homme vigoureux et bien portant.

-^Cousine Alice, s’écria-t-il, ayant toujours la pointe de l’épée sur la gorge, ma chère cousine! me laisserez-vous assassiner ainsi en votre présence?

— Je vous dis que celle à qui vous parlez n’est pas ici, dit la seconde voix; — mais votre vie est en sûreté pourvu que vous fassiez serment éomme chrétien, et que vous donniez votre parole d’honneur comme gentilhomme de ne parler de ce qui vient d’arrïver ici ni à ceiix qui sont en bas, ni à qui que ce soit. A cette condition vous pouvez vous retirer; et si:;Vqus dési^(^ voir Alice Leé, vous la trouverez^ans la cb«i||ttre de Jocelin , dans la forêt. •

— Puisque je suis dépourvu de tout moyen de défense, répondit Everard, je promets, au nopi de Dieu et de l’honneur, de ne parler à qui qûe

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ce soit de cet acte de violence, et de ne faire aucune recherche pour découvrir ceux qui, en sont les auteurs. ••

— A cet égard nous sommes sans inquiétude.

Vous voyez vous-même ce que peut coûter la curiosité, et que nous sommes en état de la braver.^ — Levez-vous, et retirez-vous.

La pointe de l’épée s’éloigna du cou d’Eyerard; le pied cessa de lui presser la poitrine, et il alloit se relever à la hâte quand la première voix , celle dont la douceur l’avoit ému , lui dit : - — Point de précipitation. ^ L’acier menaçant vous environne encore de tous 'côtés. — Doucement , — doucement : maintenant vous êtes libre; — soyez discret, et ne craignez rien,

Le son de cette voixsembloit s’éloigner à mesure qu’elle parloit. Dès qu’elle eut cessé de se faire éntendre, MarJtham se leva, et, en se levant, ses pieds heurtèrent contre sa propre épée, qu’il avoit laissée échapper en tombant. Il la ramassa promptement, et recouvra avec elle tout son courage , qui avoit cédé un instant à la crainte d’un lâche assassinat.

, Il commença alors à réfléchir avec son sangfroid ordinaire à ce qu’il devoit faire. Vivement courroucé de l’humiliation qu’il avoit subie, il mit en doute un instant s’il devoit garder une proïriesse extorquée par la violence ou appeler du

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secours, chercher à découvrir ceux qui avoient commis cet acte de violence contre sa personne, et s’en emparer s’i^étoit possible. Mais ces" individus, quels qu’ils fussent, avoient eu sa vie en leur pouvoir; il avoit donné sa parole pour la racheter, et, ce qui étoit encore plus, il ne pouvoit écarter l’idée que sa chère Alice étoit du moins confidente, si elle ne jouoit le principal rôle dans la confédération dont il venoit d’être- le jouet : cette supposition décida sa conduite. Quoique irrité de songer qu’elle eût pu être complice' du mauvais traitaient qu’il avoit essuyé,'il ne pou-* voit Se résoudre à ordonner une recherche soudaine dans toute la maison, au risque de compromettre sa sûreté ou celle (le son père.

— Mais j’irai à la cabane de Joliffe , se dit-il à lui-même; je m’y rendrai stir-le-champ; je saurai quelle part elle a prise dans ce complot ridicule et dangereux, et je lui en épargnerai les suites, s’il est possible. . -

Dès qu’il eut formé cette résolution, le colonel Everard retourna sur ses pas à tâtons, et, en entrant dans le vestibule, il recomiut la voix deWildrake , qui l’appeloit à grands cris.

— Hohé ! — hola ! — Colonel Everard ! — Markham Everard ! Il fait aussi noir ici que dans la bouche du diable. — Colonel! — - parlez! — où êtes-vous? Je crois que tëotes les j^cièf es du

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monde font ici leur sîd>bat infernal. — ^Everard, où étés* vous? • ■ ')

r— Ici,~de ce côté ! répondit le colonel. Cessez de crier ainsi ; — tournez à "gauche , et vous me trouverez. '

Guidé par sa voix., Wildrake parut bientôt , une lumière dans une main, et son épée nüë dans l’autre; \ '

' — Où avez-vous donc été ? lui demanda-t-il ; pourquoi avez*vous été absent si long-temps? • — i Ce poltron de Bletson, et cette brute de Desborough sont à demi morts de peur^ et Harrison est furieux de ce quede diable ne veut pas être assez civil pour lui livrer bataille.. •

— N’avez-vous rien vu/ rien entendu, en venant ici?- i- , .

Rien ; si ce n’est qu’en entrant dans ce’ maudit labr rinthe, ma lumière m’est tombée tout à coup des mains,- comme si on y avoit donné un grand coup avec une baguette; ce qui m’a obligé à en aller chercher une autre.

— Il me faut un cheval à l’instant, Wildrake, et tâche aussi d’en avoir un pour toi.

— Il n’en manque pas dans les écuries ; nous pouvons aisément en trouver deux. — Mais pourquoi courir ainsi, cOmme des rats, à une pareille heuré?Lâ maison va-t-elle s’écrouler?

-r 'îe ne puis répondre à cette question , dit

Everard en entrant dàns une chambre qui étoit encore meublée en partie. . ■ - • .

Là le cavalier , jetant un coup d’eeil sur son compagnon, s’écria d’un tonde sui*prise : — Avec qui donc vous êtes-vous battu’, MarkhamPQui vous a arrangé; de cette jolie manière? *

— Battu ! répéta Everard. v

— Oui, battu. — Je le dis encore, battu; Regardez-vous dans ce miroir. ’ r - :

Everard y jeta un coiip d’œil, et vit qu’il étoit couvert de sang et de poussière. Le sang avoit coulé d’une égratignure qu’il avoit reçue au cou , dans le premier moment où il clierehoit à résister, ^vec un air d’alarme qui n’avoit rien d’affecté, 'Wildrakeentr’ouvrit le collet de la chemise de son ami , et exàmiriâ la blessure à la hâté. D’abord ses mains trembloient , et ses yeux exprimoient une véritable inquiétude pour la vie de son bienfaiteur ; mais , lors<pi’en dépit de la résistance d’Everard il eut recomm que la peau avoit à peine été effleurée, il reprit son caractère de légèreté d’autant plus promptement qu’il étoit peut-être honteux de s’en être écarté, pour montrer plus de sensibilité qu’onneluiensupposoit généralement.

— Si c’est l’ouvrage du diable, Marhham , ditil, ses griffes ne sont pas, à beaucoup près, aussi formidables qu’on le prétend. Mais personne ne dira que votre sang a coulé sans vengeance tandis

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que Roger Wildrake étoit à .votre côté, r— Où avez-vous laissé cet enfant du diable , si ce n’est pas lui-même? Je vais courir, rapière en main, sur le champ de bataille , et quajnd ses griffes se-r roient des clous de six pouces de longueur , quand ses dents seraient aussi longues que celles d’une herse, il me rendra compte du sang que vous avez perdu.

— Folie ! démen.ce ! s.’écria Everard ; je me suis fait cette égratignure en tombant. — :Un peu d’eau et une serviette en effaceront la trace. — En attendant fais-nous préparer deux chevaux. — Deroande-les pour le service public, — au nom de Son Excellence le général , s’il le faut. — Je vais laver cette prétendue blessure , et je te rejoins dans un instant devant la porte de la Loge.

-7- Fort bien, Everard; je te servirai comme un muet sert le grand-seigneur, sans demander ni pourquoi ni comment. — Mais partiras-tu sans revoir ces braves gens là-bas?

— Sans voir personne. — Va, et , pour l’amour du ciel y ne perd* de temps. - ' - , •

■Wildrake alla; trouver le sous-officier et lui demanda des chevaux d’pnitpn d’autorité. Le caporal obéit sur-le-champ sans opposition , en homme qui connoissoit le rang et le crédit du colonel Everard ; et , en deux minutes de temps , tout fut prêt pour le départ.

îf .*> ;li‘ 1. M . • ■ ■ . ■ -

M Elle fléchit alors un genou laiatemenlx M Leva les jeux au ciel « pria dvvotemcitt. » Shakspkare, .

, Le départ du colonel Everard à une? pareille heure , car on regardoit alors sept heures .du soir comme une heure indue, donna Heu à bien des commentaires. Tous les domestiques se ras? semblèrent sur-le-champ dans le vestibule car pas un seul d’entre eux ne doutoit que ce départ subit n’eût lieu parce qu’il avoit vu quelque chose, comme ils le disoient , et tous étoient curieux de savoir quelle figure faisoit un homme d’un^ courage reconnu comme MarkhamEverardà l’instant où il venoit d’étre mis à l’épreuve par la terreur d’une apparition- Mais il ne leur donna pM le temps de satisfaire leur curiosité ; car il traversa le vestibule à grands pas, enveloppé d’un grand manteau; il sauta sur son cheval qui l’atteudoit, et entra dans le parc.au grand galop, en se dirigeant vers la chaumière de Jocelin. ,

Le" caractère de Markham Everard étoit vif, impatient , décidé ’ et impétueux jusqu’à la précipitation. Les habitudes que son éducation lui

avoit fait contracter, et que les principes mqraux et religieux de sa secte aboient contribue à enraciner davantage, étoient -de nature à le mettre en état de dissimuler ou lüème de dompter ce naturel violent ; mais quand il étoit fortement ém,u, l’impétuosité du jeqne soldat renversoit quelquefois toutes ces barrières artificielles, comme un torrent écumeux qui rompt une digue, et qui devient plus furieux, comme pour se dédommager du calme aùquel il avoit été quelque temps obligé de -se soutnèttré. Dans xes occasions, il étoit accoutumé à ne plus voir que l’objet vers lequel toutes ses pensées se dirigeoient , et 11 y marcher en droite ligne , soit que ce fut pour monter sur une brèche, soit qu’il S’agît (Fim objet purement mo'ral , sans calculer et même sans paroître voir les obstacles.

En ce moment , il n’avoit d’autre désir que de détacher sa chère- cousine , s’il étoit possible, dés complots -dangereux et peu honorables dans lesquels il la soupçonnoit d’avoir trempé, ou de s’assurer qu’elle n’avoit pris aucune part à ces stratagèmes. Il croyoit qu’il poürroit en juger jusqu’à uU certain point par le fait de sa présencé ou de son absence dans la chaumière de Joliffé. U avoit lu à la vérité dans quelque ballade ou dans quelque fabliau un tdur singulier joiié à un vieillard jalotix par le moyen rf’uhe communication

souterrame entre' sa maison et celle d’un voisin, dont ia 'femme faisoit usage pour se montrer k lui alternativement- des deux côtés, avec tant de proniptitüde et d’adresse qu’après plusieurs épreuves réitérées le vieux fou resta convaincu que sa femme et la dame qui lui ressembloit tellement , et à qui son voisin faisoit' une Cour si assidue, étoient deux personnes différentes. Mais--dans le cas actuel il ne pom’oit y avoir une méprisfe semblable; la distance étoit trop grande,' et, Comme il avoit pris le chemin le plus court, et qu’il forçolt sa monture de déployer toute sa vitesse , il savoit que sa cousine, qui n’étoit pas très-hardie à cheval même en plein joui*, ne pouvoit arriver avant lui chez JolifPe.

Son oncle seroit , peut-être mécontent de sa visite ; mais quel droit avoit-il de l’être ? Alice Lee n’étoit-elle pas sa proche parente, tout ce qu’il avoit de plus chei* au mondç ? s’abstiendroitil de faire un effort pour la préserv^er des suites d’un complot ridicule et bizarre, parce que la bile du vieux chevalier pouvoit s’émouvoir en le voyant paroître, contre ses ordres ? Non. Il soiiffriroit le langage sévère du vieillard , comme il enduroit le froid piquant du vent d’automne , qui siffloit autour de lui, et qui courboit les branches des arbres sous lesquels il passoit, mais sans s’opposer à son voyage ni même le retarder.

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S’il ne troiivoit pas A-lice, comme il le craignoit, il instruiroit sir 'Henry lui-même de ce <jui lui étoit arrivé ce soir. Quelque part qu’elle eût pu prendre aux tours de jongleurs qui avoient été joués à Woodstock, il ne pouvoit croire que ce fût de l’àveu de son père, d’un jugé si sévère des convenances , d’un homme si' scrupuleux sur le décorum que doit toujours observer le beau sexe. 11 profiteroit de la même occasion , pensoit-il , pour lui faire part des- espérances bien fondées qu’il' avoit de le voir reprendre son ancien domi- ‘cile dans la I^oge, et d’expulser les commissaires dü séquestre par d’autres moyens que les mesures absurdes auxquelles on sembloit vouloir recourir.

Tout cela lui sembloit si bien renfermé dans le cercle de ses devoirs de parent que ce ne fut qu’en s’arrêtant devant la porte du garde forestier , et en remettant la bride de son cheval dans la main de Wildràke, qu’il se rappela le caractère fier , hautain et inflexible de sir Henry ; et même, en appuyant la main sur le loquet, il sentit une répugnance involontaire à paroître si inopinément en présence d’un vieillard irritable.

Mais il n’étoit plus temps d’hésiter. Bévis, qui avoit déjà grondé plus d’une fois, 'de venoit impatient, et Everard n’avoiteu que le temps de dire à Wildràke de garder les chevaux jusqu’à ce qu’il

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envoyât Jocelin pour les tenir , quand la vieille Jeanne ouvrit la porte pour demander qui pouvoit arriver à une pareille heure. Essayer ■ d’entrer en explication avec la pauvre Jeanne , c’eût été du temps perdu ; le colonel la repoussa donc doucement, et, retirant un pan de son habit qu’elle avoit saisi , il entra dans la cuisine de Jocelin. Bévis s’étoit avancé pour soutenir dame Jeanne ; mais il quitta son air de menace avec cet instinct admirable qui fait que ces animaux intelligents se rappellent si long-temps ceux avec qui ils ont été familiers, et il reconnut le parent de son maître en lui rendant hommage à sa manière. *

Le colonel Everard , plus incertain dans son projet à mesure que le moment de l’exécuter s’approchoit , traversa la cuisine du pas d’un homme qui marche dans la chambre- d’un malade; il ouvrit lentement , d’une maûi tremblante, la porte qui conduisoit dans le second appartement , comme il auroit tiré le rideau du lit d’un ami mourant , et vit dans l’intérieur la scène que nous allons rapporter.

Sir Henry Lee étoit assis dans un fauteuil d’osier près du feu. Il étoit enveloppé d’un grand manteau , et avoit les jambes étendues et les -pieds appuyés sur un tabouret, comme s’il eût souffert de la goutte ou de quelque autre indisposition.

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Sa longue barbe blanche et ses vêtements de couleur sombre lui donnoient l’air d’un ermite plutôt que d’un vieux soldat ou d’un homme de qualité; et ce qui y contribuoit encore davantage, ç’étoit l’attention pieuse et profonde avec laquelle il écoutoit un vieillard respectable , portant im habit râpé dont la coupe annonçoit un ecclésiastique , et qui lisoit à voix basse , mais claire et intelligible , le service du soir suivant le rituel de l’Église anglicane. Alice Lee , à genoux près de son père , prononçoit les réponses d’une voix qui n’auroit pas été déplacée dans le choeur des anges , et avec une dévotion modeste et sérieuse en harmonie avec l’accent de cette voix. La physionomie d« ministre aurait eu quelque chose de, prévenant si elle n’eût été défigurée par un grand emplâtre noir qui lui couvroit l’œil gauche et une partie de la joue, et si les soucis et les souffrances n’eussent laissé leurs traces sur le reste de son visage.

Quand le colonel entra, le ministre leva un doigt eu le regardant, comme pour l’avertir de ne pas troubler la solennité du service divin , et lui montra une chaise vers laquelle Everard , frappé de la ?cène qu’il avoit sous les yeux, s’avança à pas comptés. U s’agenouilla comme s’il eût fait partie de la petite congrégation.

Everard avoit été élevé par son père dans les

principes de ce qu’on appeloit le puritanisme, secte composée de personnes qui, dans l’acception primitive du mot, ne rejetoient pas la doctrine de l’Église anglicane, et n’en condamnoient pas même tout-à-feiit la hiérarchie, mais qui en différoient principalement au sujet de certaines formes et cérémonies qu’en prescrivoit le rituel, et sur lesquelles le célèbre et infortuné Laud avoit insisté avec .une opiniâtreté , que le temps n’admettoit pas. Mais quand même Everard eût entretenu des opinions diamétralement contraires à la , doctrine de l’Église anglicane, il n’auroit pu s’empêcher de la respecter en voyant la régularité avec laquelle se célÆroit le service divin à Woodstock dans la famille de son oncle, qui, pendant tout le cours de sa prospérité, avoit toujours eu un chapelain à la Loge.

Cependant , quelque profonde que fût la vénération avec laquelle Everard étoit habitué à entendre le service imposant de l’Eglise anglicane, il ne pouvoit empêcher m ses yeux de se tourner vers Alice, ni ses pensées de se fixer sur lemotif qui l’avoit amené lui-même en ce lieu. Alice semhloit l’avoir aperçu dès qu’il étoit entré, car ses joues étoient couvertes d’une rougeur plus vive que de coutume; ses doigts trembloient en tournant les feuillets de son livre de prière, et la voix lui manquoit presque en fiûsant les. réponses.

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quoique l’accent de cette voix eût été auparavant aussi ferme que mélodieux. Autant qu’Everard en put juger par les regards qu’il jetoit sur elle à la dérobée, il lui parut que le caractère de sa beauté, ainsi que celui de sa mise, avoit subi un changement analogue à celui de sa fortune.

Cette jeune personne, aussi belle que noble, portoit alors une robe d’étoffe brune à peu près semblable à celle des plus humbles villageoises; mais elle sembloit avoir gagné en dignité ce qu’elle avoit perdu en élégance. Ses beaux cheveux; d’un châtain clair, relevés en tresses autour de sa tête , n’offroient d’autres boucles que celles qui étoient l’ouvrage de la nature, et lui donnoient une apparence de simplicité qui n’existoit pas quand sa coiffure attestoit les soins d’une habile femme de chambre. Son air de gaieté un peu malicieuse , qui sembloit aux aguets de tout ce qui pouvoit l’amuser , avoit cédé dans l’affliction à une calme mélancolie , qui sembloit n’être plus occupée qu’à procurer des consolations aux autres. Peut-être l’expression de sa malice innocente étoit-elle présente au souvenir de son amant quand il avoit cru qu’Alice avoit pris quelque part aux scènes de la Loge; mais il est certain qu’en ce moment il étoit honteux de s’être abandonné à un pareil soupçon , et plus disposé ^ supposer que le diable avoit imité sa voix qu’à

croire qu’une créature tellement élevée au-des* sus des pensées de ce monde, et déjà alliée de si près à la pureté de l’autre, eût pu manquer à la délicatesse de son sexe au point de se mêler des dernières jongleries de Woodstpck.

Ces pensées se présentoient à son esprit en dépit de lui-même, et quoiqu’il sentît que ce n’étoit pas celles qui auroient dû l’occuper en ce moment. Le service approchoit alors de sa fin , et à la grande surprise comme à la confusion du colonel Eveçard, le ministre, prenant un nouvel air de dignité ,• pria le Tout-Puissant d’une voix ferme et distincte de bénir et de conserver notre souverain maître le roi Charles, monarque légitime et incontestable de ce royaume. — Cette prière, très-dangereuse à cette époque, fut articulée à voix haute, d’un ton ferme et intrépide, comme si le ministre eût voulu défier tous ceux qui l’entendoient. Si l’officier républicain n’y donna pas son assentiment , il , pensa du moins que ce n’étoit pas le moment de faire une protestation contraire. , • . . .

Le service se termina de la manière ordinaire, et la petite congrégation se leva. Wildrake en faisoit alors partie,- étant entré vers la fin des prières. Il fut le premier à parler; et, s’avançant vers le ministre , il lui prit la main avec affection en lui jurant qu’il étoit véritablement charmé de

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le voir. Iæ ministre lui serra la main à son tour, et lui répondit en souriant qu’il auroit été crû sans se donner la peine de jurer.

Pendant ce temps, le colonel Everard, s’approchant de sir Henry, salua respectueusement d’abord son oncle, ensuite sa cousine, qui rougit encore davantage.

J’ai à vous prier de m’excuser, dit le colonel en hésitant, d’avoir choisi pour une visite que je n’ose espérer devoir être agréable en aucun temps, le moment le moins convenable.

Point du tout, mon neveu, répondit sir Henry avec beaucoup plus de douceur qu’Everard n’avoit osé l’espérer; vps visites en d’autres moments n’en seroient que mieux accueillies si nous avions le bonheur de vous voir plus souvent à nos heures de prière.

J’espère, Monsieur, répliqua Everard, que le

temps arrivera bientôt où la conscience des Anglais de toutes les sectes et de toutes les dénominations sera libre d’adôrer en commun le père tout-puissant auquel elles donnent ce tendrê nom chacune à leiir manière.

— Je l’espère aussi, mon neveu, dit le vieillard en conservant le même ton, . et je n’examinerai même pas en ce moment si votre espoir est de voir l’Église d’Angleterre se fondre dans le conventicule, ou le conventicule rentrer dans lé sein

de l’Église. ■ Je présume que ce n’est pas pour réconcilier nos croyances différentes que vous nous faites une visite dans notre pauvre demeure , où , pour dire la vérité, nous n’osiôns nous flatter de vous revoir après l’accueil peu obligeant que vous y avez reçu dernièrement.

— Je serois trop heureux , répondit le colonel en hésitant, de pouvoir penser que... que... en un mot, que ma présence ici n’est pas aussi désagréable aujourd’hui qu’elle l’a paru alors.

— ^ Mon neveu , dit sir Henry, je vous padlerai avec franchise. La dernière fois que nous nous sommes vus, je croyois que vous m’aviez dérobé une perle précieuse que j’aurois été autrefois fier et heureux de vous donner, mais que je préféreroia maintenant ensevelir dans les profondeurs de la terre plutôt que de la confia à un homme qui est ce que vous êtes devenu. Cette idée, comme dit le brave Will ‘ , échaufla un peu

m UimpétveuM homenr qae je tiens de ma mère. >

Je croyois que j’avois été volé , et que le Voleur étoit devant moi. Je me trompôis; rien ne m’a été ravi , et je puis pardonner une tentative qui n’a pas eu de succès.

— Je'ne voudrois pas. Monsieur, dit Everard ,

‘ Sbakipeari:.

chercher dans votre parole im sujet d’ofïehse quand votre intention me paroh obligeante. Mais je puis vous protester que mes vœux et mes désirs , en ce qu’ils ont rapport à vous et à votre famille , n’ont pour but aucun espoir fondé sur l'égoïsme et l’intérêt personnel, et qu’ils ne sont inspirés que par mon affection pour vous et les vôtres.

— Voyons donc en quoi ils consistent, mon neveu. Des vœux désintéressés ne sont pas communs aujourd’hui , et la rareté doit ajouter à leur prix.

— Mes désirs séroient donc, mon onde, puis-

que vous ne voulez pas m’accorder le droit de vous donner un nom plus tendrè, de vous voir dans une situation plùs heureuse et plus convenable. Dans l’état actuel des choses, vous vous trouvez dans une position fâcheuse , et elle peut le dé venir encore davantage. '

— Elle ne peut être pire que je ne m’y attends, mon neveu; mais le changement de fortune ne me fera point trembler. Je porterai des habits plus grossiers; je me nourrirai d’aliments plus communs ; on ne m’ôtera plus le chapeau comme on avoit coutume de le faire quand j’étois riche et puissant. Qu’importe ? On verra que le vieux Henry Lee préféroit son honneur à son titre, sa foi à ses domaines et à sa fortune. N’ai-je pas vu le 3o

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