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CHAPITRE VIII

Ce fui là (|ii'il trouva ce Pintectenr rigide D'un pays asservi sous son joug régicide. Armé de ce regard qui faisai' toni frémir; Du pouvoir du sénat quand il vint s'affranctiir, Il chassa les marauds qni cnmposaient la chambre ; Ferma le parlement, n'y laissa pas un membre : Forcé d'être seul maître, — à son bien grand regret S'il ne le pensait pas, dn moins il le disait.

Crabbe. La Franche déclaration.

AissAKT le colonel Everard à ses méditations sérieuses , nous suivrons dans son voyage le joyeux Cavalier, son ami, qui, avant de monter à cheval, ne manqua pas de prendre à l'auberge de Saint-George quelques œufs arrosés de quelques verres de vin muscat, pour se mettre en état de faire face au vont du matin.

Quoiqu'il se fût laissé eniraîner par la hcence extravagante à laquelle se livraient les Cavaliers, comme pour faire contraster leur conduite, sous tous les rapports, avec le rigorisme de leurs ennemis, cependant Wildrake, bien né, bien élevé, doué de talents naturels, et dont ni la débauche ni la vie désordonnée d'un franc Cavalier n'avaient pu entièrement corrompre le cœur, était agité d'un mélange de sensations telles (ju'il nCn avait peut-être jamais éprouvé.

Ses sentiments, comme royaliste, le portaient à détester Cromwell, et, en toute autre circonstance, il n'aurait probablement désiré le voir

que sur le cluiin[) de bat aille, oii il aurait pu s(; donner le plaisir d'échanger avec lui quelques coups de pistolet; mais à cette haine se joij:jnait un certain deij;ré de crainte. Toujours victorieux quand il coniballait, Ihonuoe remarquable dont Wildrake s'apiu'ochait avait acquis sur l'esprit de ses ennemis cette intluence qui est due si souvent à des succès constants. — Us le craignaient tout en le haïssant; — et chez Wildrake il se mêlait à ces deux sentiments im mouvement impatient de curiosité, qui formait un trait particulier de son caractère. N'ayant depuis longtemps (jue peu d'aifaires personnelles, naturellement insouciant d'ailleurs, le messager de Markham s'occupait surtout de son désir curieux dans cette circonstance.

— Après tout, se dit-il à lui-même, j«; ne serais pas fâché de voir ce vieux coquin, — quand ce ne serait que pour pouvoir dire que je l'ai vu.

Il arriva à Windsor dans l'après-midi, et il éprouva en y arrivant une grande tentation de descendre dans quelques-uns des rendezvous de joie et de [jlaisir qu'il avait frécjuentés autrefois dans un temps moins triste, quand par hasard il venait dans cette ville; mais il résista courageusement, et s'arrêta à la principale auberge , dont l'ancienne enseigne, la Jarretière, avait disparu depuis longtemps. L'aubergiste lui-même, que Wildrake, très-versé dans la connaissance des cabarets et des hôtelleries, se rappelait comme un brillant échantillon de Mon Hôte de l'école de la reine Elisabeth , s'était conformé à l'esprit du temps; il branlait la tête en parlant du parlement; tenait sa broche avec la même gravité qu'un prêtre qui se prépare à faire un sacrifice; souhaitait à l'Angleterre une heureuse tin de toutes ses afflictions , et donnait de grands éloges à Son Excellence le lord général. Wildrake remarqua aussi que son vin était meilleur que de coutume , les puritains ayant un don du ciel tout particulier pour découvrir la fraude à cet égard ; et que ses mesures avaient diminué en proportion «de ce que ses prix avaient augmenté , — circonstance qu'il remarqua d'autant mieux que Mon Hôte lui parla davantage de sa conscience.

Cet important personnage lui dit que le lord général était accessible pour tout le monde , et qu'il pourrait être admis près de lui le lendemain matin , à huit heures, sans autre peine que de se i^résenter à la porte du château, et de s'annoncer comme porteur de dépèches pour Son Excellence.

Le Cavalier déguisé se rendit au château à l'heure indi(iuee Le soldat en uniforme rouge, qui, l'austérité puritaine sur le fiont cl le mousquet sur l'épaule, montait la garde à la porte extérieure de ce

noble bàtinifiiit , le laissa passer sans ditiiculté. Wildrake traversa la cour en jetant un coup d'œil sur la belle chapelle qui , il n'y avait pas bien longtemps, avait reçu en silence , pendant les ténèbres et sans la moindre distinction honorifique, le corps du roi d'Angleterre assassiné. De quelque fermeté que se fût armé Wildrake , le souvenir de cette circonstance fit sur lui une forte impression ; même il fut sur le point de retourner sur ses pas, tant il éprouvait de répugnance à voir en face cet homme sombre et audacieux , qui, parmi tous les acteurs de cette sanglante tragédie, était celui à qui l'on devait principalement en attribuer le funeste dénouement. Cependant il sentit la nécessité de maîtriser le sentiment qui l'animait, et fit un violent effort sur luimême pour accomplir la mission que lui avait donnée un ami à qui il avait tant d'obligations.

A la montée , près de la Tour-Honde , il jeta les yeux sur l'endroit où était ordinairement déployée la bannière d'Angleterre. Elle avait disparu avec tous ses splendides attributs , ses armoiries royales et sa riche broderie; on voyait fiotter à sa place celle de la république, l'étendard bleu et rouge, la croix de Saint-George, quoiqu'on n'y vît point encore la croix diagonale d'Ecosse , qui y fut ajoutée peu de temps après, en signe de la victoire remportée par l'Angleterre sur son ancienne ennemie. Ce changement n'était pas propre à détourner le cours de ses tristes réflexions, et elles l'occupaient à un tel point , contre son ordinaire, que la première chose qui le rappela à lui fut le bruit de la crosse d'un mousquet qui tombait lourdement sur le pavé. Ce bruit fut accompagné de la voix forte d'une sentinelle, lui demandant d'un ton brusque qui fit tressaillir Wildrake :

— Où allez-vous? Qui êtes-vous?

— Je suis porteur d'une lettre pour le lord général.

— Attendez que j'appelle l'ofticier de garde.

Le caporal arriva. 11 se distinguait des soldats qu'il commandait par un rabat genevois de double longueur, par un chapeau à grande forme de double hauteur, par des vêtements plus amples, et par une triple provision de gravité. On pouvait lire sur sa physionomie qu'il était du nombre de ces farouches enthousiastes à qui Olivier devait ses victoires , et qu'un zèle religieux rendait redoutables même à ces Cavaliers, aussi distingués par leur naissance que par leur bravoure, qui s'épuisaient en vains efforts pour défendre la couronne et la personne de leur souverain. 11 regarda Wildrake d'un air solennel, comme s'il eût fait, en esprit, inventaire de ses traits et de ses vêtements; et après cet examen , il lui demanda quelle affaire l'amenait.

— Une airairo, répondit Wildrako aussi formomont (|n'il le put, car les regards péiu;tranls de cet lioinine lui avaient occasionné une agitation pen agréable, — une afï'aire qui concerne votre général.

— Son Excellence le lord général, voulez-vous dire? répliqua le caporal. — Vos discours, l'ami, ne sentent pas assez le respect qui est dû à Son Excellence.

— Au diable Son Excellence ! pensa Wildrake ; mais la prudence veillait sur ses lèvres et ne permit pas à ces mots dangereux d'y passer. Il fit une inclination de tête et garda le silence.

— Suivez-moi , dit le sous-officier empesé qui venait de lui parler, et Wildrake le suivit dans le corps-de-garde, dont l'intérieur otîrait une scène bien différente de celles que présentent de nos jours nos postes militaires.

Près du feu étaient assis trois ou quatre fusiliers écoutant un soldat qui leur expliquait quelque mystère religieux. L'orateur avait commencé à parler à voix basse , ([uoique avec beaucoup de volubilité; mais son ton s'élevait à mesure qu'il avançait dans son discours; et, en arrivant à la conclusion , il devint aigre et véhément , comme exigeant une prompte réplique ou le silence de la conviction. Ses auditeurs semblaient l'écouter avec une gravité imperturbable, et ne lui répondaient que par des bouffées de fiunée de tabac qui s'élevaient en petits nuages le long de leurs épaisses moustaches. — Sur un banc était couché un soldat , le visage tourné vers la terre, et livré au sommeil ou à la contemplation , ce qu'il n'aurait pas été facile de décider. — Au milieu de l'appartement était un officier, — à en juger du moins par son baudrier brodé et par l'écharpe qu'il portait , car du reste il était mis très-simplement. Il s'occupait à faire faire l'exercice à un vigoureux manant nouvellement enrôlé, qui exécutait ce qu'on appelait alors le manuel. Il y avait au moins une vingtaine de mouvements à exécuter, et autant de termes techniques pour les commander; et, jusqu'à ce que le tout fût terminé régulièrement , le caporal ne permit à Wildrake, ni de s'asseoir, ni de s'avancer au delà du seuil de la porte. Le jeune Cavalier eut donc à entendre successivement : — Posez le mousquet, — levez le mousquet, — armez le mousquet, — la main au chien, — et maints autres termes maintenant oubliés, jusqu'au moment où les mots, — le mousquet au bras, — terminèrent la leçon.

— Ton nom, l'ami? dit l'oHider au soldat de recrue.

— Éphraim, répondit celui-ci ave(^ un accent nasillard.

— Et (juel autre nom suit celui d'Ephraim?

WOODSTOCK. i19

— Éphraïm Cobb , de la sainte cité do Glocester, où j'ai servi sept ans comme apprenti d'un pieux cordonnier.

— C'est un métier honnête , dit l'otTicier, mais , en servant avec nous, ne doute pas que tu ne t'élèves au-dessus de l'alêne et de la forme.

Un sourire qui n'avait rien de séduisant accompagna cette pauvre tentative de plaisanterie ; et l'officier, se tournant alors vers le caporal qui restait à quelques pas , avec l'air d'un homme qui désire de parler, lui dit : — Eh bien , caporal , qu'y a-t-il de nouveau?

— Voici quelqu'un qui est porteur d'une lettre pour Votre Excellence, répondit le caporal ; mais mon cœur ne se réjouit point en lui, vu que je le regarde comme un loup revêtu de la peau d'une brebis.

Ce fut ainsi que Wildrake apprit qu'il était en présence de l'homme remarquable vers lequel il était envoyé , et il se mit à réfléchir à la hâte sur la manière dont il devait lui parler.

La physionomie d'Olivier Cromwell, comme on le sait généralement, ne prévenait nullement en sa faveur. Il était de moyenne taille, fortement constitué , et avait des traits durs et sévères , mais qui annonçaient beaucoup de sagacité naturelle et une grande profondeur de pensées. Ses yeux étaient gris et perçants , son nez trop grand en proportion de ses autres traits.

Ses discours, riuand il voulait se faire comprendre clairement, étaient forts et énergiques, mais dépourvus de grâce et même d'éloquence ; personne alors ne pouvait exprimer ses idées en moins de mots, et d'une manière plus décisive. Mais quand il voulait, comme cela lui arrivait souvent, jouer le rôle d'orateur, uniquement pour amuser l'oreille sans éclairer l'intelligence, Cromwell avait coutume d'envolopper ses idées , ou ce qui paraissait être ses idées , d'un tel brouillard de mots, d'accumuler tant de réserves et d'exceptions, et de s'égarer dans un te! labyrinthe de parenthèses , que , quoiqu'il fût un des hommes les plus adroits de l'Angleterre, il était peut-être l'orateur le plus inintelligible qui ait jamais intrigué ses auditeurs. Un historien a dit , il y a longtemps , que le recueil des discom*s prononcés par le Protecteur serait, à peu d'exceptions près, l'ouvrage où l'on trouverait le moins de sens commun; mais il aurait dû ajouter qu'on n'aurait pu y mettre plus de nerf, de concision et de clarté , quand il voulait réellement ([ue ce qu'il disait fût compris.

On a aussi remar([ué de Cromwell que, quoiqu'il fût né d'une bonne famille dans les deux lignes ijateinelle et maternelle et qu'il eût r<X'U l'éducation qui est la suite ordinaii-e de cet avantage, il n'avait jamais

pli acquérir eello politesse hiihiliicllo aux prciuii'i'es classes de la soeiété dans leurs relations récipiotpies , on du moins qu'il ne daignait pas en Aiire usage. Ses nianiè'res étaient si brusques qu'elles pouvaient (|uelquefois passer pour grossières; etcepeiuianl il s'y trouvait, connue dans sou langage, une énergie qui imprimait la crainte , si elle ne commandait pas le respect; il y avait même des moments où cet esprit sombre et subtil se développait de manière à se concilier l'affection. Il montrait, par accès, du goût pour la plaisanterie; mais ses plaisanteries étaient basses et ignobles. Son caractère offrait quelque chose qui forme un des traits distinct ifs du caractère national : il méprisait la frivolité , détestait l'affectation , ne pouvait souffrir la cérémonie, ce qui , joint à ses qualités incontestables de bon sens et de courage, en faisait, sous bien des rapports, un représentant assez convenable de la démocratie anglaise.

Sa religion fera toujours une grande question de doute, qu'il n'aurait peut-être pu éclaircir lui-même. Sans contredit, il y eut une époque de sa vie où il était sincèrement enthousiaste, et où son caractère naturel , sujet à de légers accès d'hypocondrie , était fortement imbu du même fanatisme qui intluait alors sur la conduite de tant de monde. D'une autre part , sa carrière politique offre certaines périodes pendant lesquelles on peut, sans injustice, l'accuser d'affectation hypocrite. On le jugera probablement avec équité , lui et beaucoup d'autres du même siècle, si l'on suppose que leur zèle religieux prenait naissance autant dans leur intérêt personnel que dans leur conviction intérieure. Le cœur humain est si ingénieux à se tromper lui-même couime à tromper les autres, qu'il est assez vraisemblable que ni Gromwell ni ceux qui affichaient les mêmes prétentions que lui à la piété, n'auraient pu fixer exactement le terme où s'arrêtait leur enthousiasme, et où commençait leur hypocrisie ; ou , pour mieux dire, ce n'était pas un point absolument fixe, mais qui avançait ou reculait suivant la bonne ou la mauvaise fortune, la bonne ou la mauvaise humeur de chaque individu

Tel était l'honniie célèbre qui, se tournant vers Wildrake et l'examinant avec attention , parut si peu satisfait de ce qu'il voyait . qu'un mouvement instinctif lui fît relever son baudrier de manière à mettre à sa portée la poignée de sa longue épée. Cependant, croisant ses bras par-dessus ses habits , comme si une seconde pensée lui eût fait rejeter des soupçons ou croire qu'une telle précaution était au-dessous de lui , il lui demanda qui il était et d'où il venait.

— Monsieur , c'est-à-dire Milord , un pauvre gentilhonnne, arrivant de Woodstock, répondit Wildrake.

— Et quelles nouvelles nven apportez-vous , monsieur le gentilliomnie? dit Cromwell en appuyant sur ce mot. Véritablemenl j'ai vu bien des gens se donuor ce titre ; et , malgré toute leur gentilho.nmerie , n'être ni sages, ni braves , ni vertueux. Et cependant le titre de gentilhomme était honorable dans la vieille Angleterre quand on se rappelait davantage la signification de ce mot.

— Vous dites la vérité. Monsieur, répondit Wildrake supprimant non sans difficulté quelques-uns des termes énergiques dont il ornait souvent ses discours. Autrefois on trouvait des gentilshommes dans les lieux que des gentilshommes devaient habiter ; usais aujourd'hui le monde est si changé , qu'on voit le ceintiiron brodé céder la place au tablier de cuir.

— Est-ce à moi que tu parles ainsi? dit le général. Il faut que tu sois un camarade bien hardi pour oser l'exprimer si librement. Tu rends un son un peu trop haut, à ce qu'il me semble , pour être de bon métal. Et encore uu(> fois, quelles nouvelles m'apportes-tu?

— Cette lettre , que le colonel Markham Everard m'a chargé de remettre entre vos mains, répondit Wiidrake.

— Ah ! je t'ai donc mal jugé? dit Cromwell dont le ton s'adoucit en entendant le nom d'un homme qu'il avait le plus grand désir d'attacher efficacement à son parti. — Pardon , notre ami , car nous ne doutons pas que tu ne le sois. Assieds-toi ici, et livre-toi à quelques pieuses réflexions pendant que nous allons lire le contenu de cette lettre. — Qu'on ait soin de lui et qu'on lui donne tout ce dont il aura besoin.

A ces mots le général quitta le corps-de- garde ; et Wildrake , s'asseyant dans un coin , attendit avec patience le résultat de sa mission.

Les soldats se crurent alors obligés de le traiter avec plus de considération; et ils lui offrirent une pipe garnie de tabac de la Trinité et une grande cruche pleine de bière d'octobre. Mais, malgré les égards de Cromwell , la situation dangereuse dans laquelle il pouvait se trouver s'il était découvert pour ce qu'il était véritablement décida Wildrake à refuser ces offres hospitalières ; et s'appuyant sur le dossier de sa chaise, il feignit de sommeiller, et évita ainsi d'exciter l'attention et d'être obligé de prendre part à la conversation.

Enfin une espèce d'aide de camp ou d'officier à la suite de Cromwell vint le chercher pour le conduire en présence du général. Son guide le fit entrer dans le château ; ar une poterne ; et , après avoir traversé plusieurs corridors et monté quelques escaliers, il se trouva cutin dans un petit cabinet garni de meubles somptueux , dont quelques-uns portaient le chiffre du feu roi , mais où tout ('-tait hors de place et en confusion.

On avait dpscpndii (|ti('l(|ii('s taliloaux cncadi'és dans lU- massives bordures qui déeoraient naguère la boiserie; et la peinture était tournée du côté de la muraille, connue si l'on se fut disposé à les emporter.

Au milieu de cette scène de désordre, le général de la république , si souvent victorieux, était assis dans un grand fauteuil couvert en damas et richement brodé, dont la splendeur formait un contraste frappant avec son costume simple et même négligé , quoique son air et son maintien annonçassent un honmie (jui st;ntait ([ue le siège qu'un monarque avait autrefois occupé n'avait rien de trop noble pour sa fortune et son ambition.

Wildrake était debout devant lui, et Cromwell ne lui dit pas de s'asseoir.

— Pearson , dit-il à l'oftîcier, restez dans la galerie , et ne vous écartez pas hors de la portée de ma voix.

L'otficier salua ; et il allait se retirer quand le général ajouta :

— Quels sont ceux qui se trouvent dans la galerie?

— Le digne M. Gordon , votre chai»t lain , iJiononçait à l'instant (nie exhortation au colonel Overton et à quatre capitaines du régiment de Votre Excellence.

— C'est ce que nous désirons. Nous voudrions qu'il n'y eût pas un seul coin dans notre demeure où l'âme de ceux qui ont faim de la parole divine ne pût recueillir la manne spirituelle. — Le digne homme avait-il le ton inspiré en prononçant son discours?

— Puissamment inspiré, Milord. Il parlait des droits légitimes que l'armée, et principalement Votre Excellence, ont acquis en devenant les instruments du grand ouvrage. Il disait que ce n'étaient pas des instruments qu'on dût briser et rejeter quand le jour de leur service est passé; mais qu'on devrait les conserver , les estimer, les honorer, les regarder comme précieux , à cause de leurs longs et fidèles travaux en combattant, en marchant, en jeûnant, en priant, en souffrant le froid et le chaud , tandis que tant d'autres qui voudraient les voir cassés , congédiés, renvoyés, s'engraissaient de la substance du pays, et ne songeaient qu'à boire et à se rejouir.

— Le digne homme ! et parlait-il avec tant d'onction ? Je pourrais dire à ce sujet quelque chose qui... mais pas à présent. — Retirez-vous dans la galerie , Pearson. Que nos amis soient toujours ceints de leurs armes ; qu'ils veillent , mais qu'ils prient.

Pearson se retira , et le général , tenant en main la lettre dEverard , resta encore queUjue temps les yeux fixés sin- Wildrake, connue s'il eût rétléchi au ton qu'il devait prendre en lui parlant.

Quand enfin il onvrit la bouche , ce fut pour prononcer un de ces discours ambigus auxquels nous avons déjà fait allusion, et qui rendaient très-difficile de comprendre ce qu'il voulait dire , si toutefois il le savait lui-même. Nous serons , en le rapportant, aussi concis que le permettra le désir que nous avons de doimer les propres paroles d'un homme aussi extraordinaire.

— Vous m'avez remis cette lettre , dit-il, de la part de votre maître ou de votre patron, Markham Everard, homme véritablemeut aussi brave et aussi honorable que qui que ce soit qui ait jamais porté Tépée , et qui s'est distingué dans le grand ouvrage de !a délivrance de ces trois pauvres et malheureuses nations. — Ne me réponds pas; je sais ce que tu voudrais dire. — Et il t'a choisi pour m'apporter cette lettre, toi son clerc , son secrétaire , en qui il a confiance , et à qui il me prie d'accorder la mienne, afin qu'il y ait entre nous un messager fidèle et exact. — Ne me réponds pas ; je sais ce que tu voudrais dire. — Et enfin il t'a envoyé vers moi ; vers moi qui me regarde comme étant de si peu de considération que je me trouverais trop honoré de porter seulement une hallebarde ' dans cette grande et victorieuse armée d'Angleterre, et qui cependant me trouve élevé au rang de son chef et chargé du bâton de commandt ment. — Encore une fois , l'ami , ne me réponds pas ; je sais ce que tu voudrais dire. — Or , tandis que nous conférons ainsi ensemble, notre discours, relativement à ce que je viens de dire, roule sur trois objets, ou se partage en trois divisions. D'abord ce qui concerne ton maître , ensuite ce qui nous regarde nous et la place que nous occupons; et enfin ce qui te touche toi-même. Quant à ce qui concerne ce brave et digne homme , le colonel Markham Everard , il est très-vrai qu'il s'est conduit en homme depuis le commencement de ces malheureux troubles , ne se détournant ni à droite ni à gauche , mais ayant toujours en vue le but vers lequel il tendait. Oui , c'est véritablement un homme plein d'honneur et de fidélité qui peut bien m'appeler son ami, et je suis charmé de voir qu'il me rend cette justice. Néanmoins, dans cette vallée de larmes , nous devons moins être gouvernés par nos rapports privés et nos alîections intimes que par ces grands principes et ces lois de devoir auxquels le bon colonel Everard a toujours conformé sa conduite , comme véritablement je me suis efforcé d'y conformer la mienne, afin que nous puissions tous agir comme doivent le faire de vrais Anglais et de dignes patriotes. Quant à Woodstock , c'est une grande chose que le colonel me demande, que de retirer

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