Arme dislinclive des sergeiils
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colle proprirU'î de la niasso des dépoiiillos appartenant à Israi'l . et d'en confier la garde aux Moabites , et principalement au njalveillant Henry f.ee, dont la main a toujours été eontre nous touies les fois qu'il a trouve Toceasion de pouvoir la lever. Je dis donc que le colonel demande une grande chose, tant en ce qui le concerne qu'en ce qui me regard(\ ("ar nous autres qui composons cette pauvre mais sainte armée d'An:.dcterre , le parlement voit en nous connue des gens qui doivent montre à sa disposition les dépouilles que nous avons remportées, sans avoir droit à les partager, de même (jue les cliiens qui ont mis le cerf anx abois ne sont pas admis à s'en repaître, mais en sont écartés à grands coups de fouet, comme méritant d'être punis de leur audace, au lieu de recevoir la récompense de leurs services. Si pourtant je parle ainsi, ce n'est pas tout à fait à l'égard de cette concession de Woodstock, vu que peut-être Leurs Seigneuries du conseil et le parlement peuvent croire gracieusement qu'ils m'en ont accordé une portion, attendu que mon parent Desborongh y a obtenu quelque droit; et comme il a bien méiité ces droits par les loyaux et fidèles services qu'il a rendus à ce malheureux pays, il ne me conviendrait pas d'y porter atteinte à son j^'éjudice, à moins que ce ne fijt pour de grandes raisons et dans l'intérêl public. Ainsi, mon honnête ami, tu vois dans quelle situation je me trouve relativement à la demande de tf)n maître, et quelle est mon opinion à cet égard ; non que je veuille dire que je ne puisse tout à fait et sans condition l'accorder ou la refuser, je ne fais qu'exposer simplement mes idées à cet égard. — Je ne doute pas que tu ne me com-n'ennes?
Roger Wildrake avait écouté le discours du lord général avec toute Tattention dont il était capable ; mais son esprit s'était tellement égaré dans le labyrinthe des longues |>hrasos de cette harangue, qu'il éprouvait la même confusion et le même embarras qu'un paysan qui se trouve dans une capitale au milieu d'une foule de voitures, et qui ne peut faire un pas pour échap;:er à l'une sans risquer de tomber sous les roues d'une autre.
Le général vit son air de perplexité, et il commença un second discours dans le même sens que le premier. — Il sétendit sur son affection pour son bon ami le colonel; paila des égards (lu'il devait à son pieux et digne pariMit Desborough; — lit valoir tour à tour la grande importance du palais et du parc de Woodstock, la détermination du parlement de les contis(|uer et d'en faire entrer le produit dans les cofbes de l'état; — sa vénération profonde pour l'autorité du parlement ; - sou regi'iM non moins profond de linjusliee faite à rarnue.
Il ajouta que son désir et sa volonté étaient que toutes les alt'aires fassent arrangées d'une manière paisible et amicale, sans débats, sans contestations, sans vues d'intérêt personnel, entre ceux qui avaient été les bras agissants, et ceux qui s'étaient montrés la tête gouvernante, dans cette grande cause nationa'e; qu'il était prêt, véritablement prêt, à contribuer à cette œuvre en renonçant non-seulement à son rang, mais même à la vie si ce sacrifice était exigé de lui et pouvait se concilier avec la sûreté des pauvres soldats auxquels, malheureuses créatures ! il était obligé en conscience de servir de père, vu (ju'ils l'avaient suivi avec la même affection que s'ils eussent été ses enfants.
Ici il tit une longue pause, laissant Vs^ldrake aussi incertain qu'auparavant sur la question de savoir s'il avait ou n'avait pas dessein d'accorder au colonel Everaid les pouvoirs que celui-ci demandait pour protéger Woodstock contre les commissaires du parlement. Il cotnmençait intérieurement à concevoir l'espérance que la justice du ciel , ou l'effet des remords de sa conscience, avait dérangi'; le cerveau du régicide. Mais non ; il ne pouvait voir que la sagacité dans cet œil ferme et austère , qui , tandis que sa langue débitait une telle profusion de phrases insignifiantes, semblait surveiller avec une attention sévère l'effet que son éloquence produisait sur son auditeur.
— Morbleu ! pensa en lui-même le jeune Cavalier, qui commençait à se familiariser un peu avec la situation dans laquelle il se trouvait, et à s'impatienter d'une longue conversation qui ne paraissait aboutir à aucune conclusion ; quand le vieux Noil serait le diable en personne, au lieu d'être le favori du diable, je ne souffrirai pas qu'il me mène ainsi par le nez. Je brusquerai les choses, s'il continue à marcher de ce train, et je verrai s'il est possible de lui arracher quelques paroles intelligibles.
Ayant conçu ce hardi projet, mais craignant encore de l'exécuter, il attendit qu'il se présentât une occasion d'en faire la tentative. Gromwell, commt; s'il lui eût été impossible d'exprimer plus clairement ses intentions , commençait déjà un troisième {)au{igyrique du colonel Everard, en y joignant diverses assurances du désir qu'il avait de l'obliger, quaufl Wildrake profita d'une nouvelle pause oratoire du général pour parler à son tour.
— Si Votre Excellence me permet une observation, dit-il avec hardiesse, je lui dirai qu'elle a déjà [)arlé de deux points de son discours : ce qui la regarde elle-même, et ce qui concerne mon maître. Mais pour me mettre en état d'exécuter ma mission, il me semble qu'il serait à propos qu'elle voulût bien me dire quelques mots siu" le troisième.
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— Siii' le Uoisirnio? rcftcta (a'oiuwell.
— Sans (loiilc. i't!|>li(|iia Wildnike. Dans la siilxlivision qu'a faite Votre Honneur du sujet de son discours, le troisième point devait avoir rapport à son indigne serviteur, à moi-même. Que dois-je faire? Quel rôle dois-jo jouer dans tout ceci?
Le ton d'Olivier changea tout à coup, et sa voix, au lieu de ressembler à celle du clial qui caresse, devint le rugissement sourd du tigre prêt à s'élancer sur sa proie. — Ton rôle, gibier de potence ! s'écria-til ; ton rôle sera de figurer sur un gibet, — sur un gibet semblable à celui d'Aman, si tu oses trahir mes secrets. Mais, ajouta-t-il avec un accent plus doux, si tu les gardes tidèleuient , ma faveur fera quelque chose de toi. Écoute-moi ; tu ne manques pas de hardiesse ; tu la portes même un peu loin. Tu as été un malveillant. Mon digne ami le colonel Everard me l'écrit ; mais tu as abandonné cette cause désespérée. Je te dis, l'ami, que tout ce que le parlement et l'armée auraient pu faire n'aurait pas été en état de renverser les Stuarts de leur trône si le ciel ne s'était déclaré contre eux. Il est aussi doux que sage de ceindre son armure pour la cause du ciel, sans quoi, et en ce qui me concerne, les Stuarts pourraient encore porter la coin-onne aujourd'hui. Je ne blâme même pas ceux qui les ont aidés jusqu'à ce que les grands jugements successifs du ciel aient éclaté sur eux et leur maison. Je ne suis point un honmie de sang, et je connais la fragilité humaine. Mais, l'ami, quiconque met une fois la main à la charrue pour faire avancer le grand ouvrage qui s'exécute maintenant dans cette nation doit prendre garde de ne pas regarder en arrière, car, compte sur ma parole, si tu me trompes, je ne te ferai pas grâce d'un seul pied de la hauteur de la potence d'Aman. Fais-moi donc savoir d'un seul mot si le levain de la malveillance est entièrement sorti de ton cœur.
— Votre Excellence a fait de telles choses et nous a si bien frottés, répondit Wildrake en se grattant les épaules, que la malveillance ne peut plus trouver de place oîi se loger.
— Est-ce ton avis? dit le général avec lui soiu'ire (|ui semblait indiquer qu'il n'était pas tout à fait inaccessible à la flatterie. — Eh bien, tu ne mens pas en cela 5 nous avons été un instrument dans les mains du ciel. Et connue je te l'ai déjà donné à entendre, nous ne sonunes pas aussi sévèrement disposé à l'égard des malveillants qui ont lutte contre nous ([uc peuvent l'être tant d'autres. Le parlement connaît son intérêt et son bon plaisir ; mais, à mon humble avis, il est grand temps de mettre fin à ces dissensions, et de permettre aux gens de tous les partis de rendre service à leur pays: nous pensons doue (|ue ce sera ta
faute si tu n'es pas employé utilement pour l'état et pour toi-même, à condition que tu te dépouilleras entièrement du vieil homm.;, et que tu donneras toute ton attention à ce que j'ai maintenant à te dire.
— Votre Excellence ne doit pas douter de mon attention, répondit le Cavalier.
Et le général républicain, après une autre pause, en homme qui n'accordait pas sa confiance sans y réfléchir, commença à lui expliquer ses vues avec une clarté qui ne lui était pas très - ordinaire , quoique ce ne fijt pas sans retomber de temps en temps dans son habitude de circonlocutions, habitude qu'il ne perdait jamais entièrement que siule champ de bataille.
— Tu vois, l'ami, lui dit-il, dans quelle position je me trouve. Le parlement ne m'aime pas ; peu m'importe qui le sache. Le conseil d'état, par le moyen duquel il fait jouer les ressorts du pouvoir exécutif, m'aime encore moins. Je ne puis dire pourquoi ils nourrissent des soupçons contre moi, si ce n'est parce que je ne veux pas trahir les intérêts de cette pauvre et innocente armée qui m'a suivi dans un si grand nombre d'expéditions militaires, et la voir réduite, démembrée, licenciée, de sorte que ceux qui ont protégé l'état aux dépens de leur sang n'auraient peut-être pas le moyen d'assurer leur subsistance par leur travail; ce qui serait, ce me semble, un traitement bien dur, puisque ce serait ravir à Ésaû son droit d'aînesse, sans même lui donner une pauvre assiette de lentilles.
— Je crois qu'Ésaû saura bien se servir lui-même, dit Wildrake.
— Tu parles sagement, reprit le général; il ne faut pas affamer un homme armé si, pour se procurer des vivres, il ne lui en coûte que la peine de les prendre. Loin de moi pourtant l'idée d'encourager la rébellion, ou le manque de subordination envers ceux qui nous gouvernent. Je ne voudrais que pétitionner d'une manière juste, convenable, douce et harmonieuse, afin qu'ils écoutent nos demandes et qu'ils aient égard à nos besoins. Mais dans un moment où ils me témoignent si peu d'attention, si peu de considération, tu dois sentir, l'ami, que ce serait de nia part faire une provocation au conseil d'état aussi bien qu'au parlement si, uniquement pour satisfaire ton digne maître, j'agissais d'une manière contraire à leurs desseins en empêchant la commission qui agit sous leur autorité, — autorité qui est encore la première de l'état, et quant à moi, puisse-t-elle l'être longtemps ! — de mettre hors du séijuestre une propriété qu'ils ont frappée. Et ne m'accuserait-on pas aussi de protéger les malveillants si je souffrais qu(^ ce repaire de nos anciens tvrans lascifs et sanguinaires
devint de nus jours un lieu de refuge pour cet Amalccite invétéré, sir Henry Lee, et (jue je le laissasse en possession du lieu dans lequel il s'est si longtemps glorifié? Véritablement ce s rait une démarche dangereuse î
— Dois-je doue taire ce rapport au eolonel liverard, que Voire Excellence ne peut lui prêter son appui dans cette att'aire? demanda Wildrake
— Sans conditions, oui, répondit Cromwell; mais avec des conditions, la réponse \)c\'A être différente. — Je vois que tu n'es pas en état d'approfondir mes dtîsseins; je te les développerai donc partiellement ; mais prends bien garde que ta langue ne trahisse mes secrets, sauf ce que je te chargerai de dire à ton maître ; car, de par tout le sang qui a été répandu dans ce malheureux temps, tu mourras de mille morts en une seule, si tu ne m'es pas fidèle.
— Ne craignez rien de moi, Monsieur, dit Wildrake dont la hardiesse naturelle à son caractère insouciant se trouvait intimidée et comprimée coniiue celle du faucon en présence de l'aigle.
— Écoute-moi donc , et qu'il ne sorte pas de tes lèvres une seule syllabe de ce que tu vas entendre. — Ne connais-tu pas le jeune Lee, qu'on appelle Albert, malveillani comme son père, et qui était avec le Jeune Homme à la dernière bataille que nous livrâmes à Worcester? — Puissions-nous être dignement reconnaissants de la victoire qui nous a été accordée !
— Je sais que sir Henry Lee a un fils nommé Albert.
— Et ne sais-tu pas, — je ne parle pas ainsi pour tirer de toi les secrets de ton maître, mais uniquement parce qu'il convient que je sois bien instruit à ce sujet , afin de voir comment je puis le servir ; — ne sais-tu pas, dis-je, que ton maître Markhai a Everard aime la sœur dudit malveillant, la fille du vieux gardien de AVoodstoek , qu'on appelle sir Henry Lee?
— J'ai entendu dire tout cela , et je ne nie pas que je le croie.
— Eh bien donc, écoute. — Quand le Jeune Homme, Charles Stuart, prit la fuite après la bataille de Worcester, et qu"il se trouva i)oursuivi de si près qu'il fut obligé de se séparer de ses partisans, je sais, — je sais de science certaine que cet Albert Lee fut un des derniers, [wnètre même le dernitu'de ceux (jui restèrent avec lui.
— Il en était diablement capable! s'écria Wildrake oubliant un instant en présfMice de qui il se trouvait et combien il lui était nécessaire dt! i>eser ses expressions; — oui, je souliendrai, la rapière à la main, que c'est un vrai rejeton de la vieille souche.
' — Ah ! tu jures ! dit le général. Est-ce là ta réformation?
— Je ne jure jamais, répondit Wildrake voulant réparer son étourderie, — que lorsque j'entends parler de malveillants et de ('avaliers ; mais alors la vieille habitude revient, et je jure comme un soldat de Goring.
— Fi ! répliqua le général ; à quoi bon prononcer des paroles profanes qui scandalisent les oreilles qui les entendent, et qui ne peuvent être profitables à celui qui les emploie ?
— Il y a sans doute dans le monde des péchés plus profitables que celui de jurer, fut tenté de répondre le jeune Cavalier; mais à cette réponse la prudence substitua l'expression du regret d'avoir laissé échapper le malheureux adverbe qui avait offensé Cromwell. II est vrai que la conversation commençait à prendre une tournure qui la rendait plus intéressante que jamais pour Wildrake, et il résolut en conséquence de ne pas laisser échapper l'occasion de se mettre en possession du secret qui semblait sur le point de sortir des lèvres du général ; il ne pouvait y réussir qu'en veillant soigneusement sur les siennes.
— Quelle espèce de maison est ce Woodstock? demanda Cromwell changeant brusquement le sujet de l'entretien.
— Une sorte de vieux château, répondit Wildrake; et, si j'en puis juger par une seule nuit que j'y ai passée, il n'y manque ni escaliers dérobés , ni passages secrets , ni toutes ces communications souterraines qu'on trouve si souvent dans ces vieux nids de corbeaux.
— Et bien certainement des cachettes pour receler des prêtres ? Il est rare qu'il n'y ait pas dans ces anciens édifices quelque étable secrète pour héberger ces veaux de Béthel.
— Votre Excellence peut en jurer sans crainte de se tromper.
— Je ne jure jamais, répondit Cromwell sèchement. — Mais qu'en penses-tu, l'ami? réponds franchement à ma question. — Où crois-tu qu'il soit plus vraisemblable que ces deux fugitifs de Worcester, que tu sais, cherchent un refuge, — et je sais parfaitement qu'il faut qu'ils se réfugient quelque part, — que dans cette Loge dont le jeune Albert connaît tous les coins et recoins depuis son enfance?
— Vraiment, dit Wildrake faisant un effort pour répondre avec un air d'indifférence, taudis que la possibilité de cet événement et les conséquences qu'il pouvait avoir se présentaient à son imagination d'une manière effrayante, — vraiment, je penserais comme Votre Excellence si je ne croyais que la com})agie qui s'est installée à Woodstock en vertu de la commission du parlement les en écartera comme un chat fait déguerpir les pigeons du colombier. Le voisinage des gé-
iiéraux Desboroughet Harrisun ne convient ^uèie à des échappés du champ de bataille de Worcesler.
— Je le pense de même, et c'est ce (jne je (lésiic. Piiisse-t-il se passer bien dn temps avant (pie nos noms cessent de jeter la terreui' parmi nos ennemis ! Mais, si tn veux jouer un rôle actif dans cette affaire, pour l'intérêt de Ion maître, je crois que tu pourrais tirer de cette circonstance quelque chose de favorable à ses désirs.
— Mon esprit est faible pour atteindre la profondeur des desseins de Votre Excellence,
— Écoute donc, et que ce soit pour en profiter. — Assurément la victoire de Worcester fut une grande et définitive merci du ciel ; mais il me semble que notre reconnaissance n'y serait guère [)ropor(ionnée si nous ne faisions pas tout ce qui est en notre pouvoir pour en profiter, et pour amener à sa conclusion le grand ouvrage qui a tellement prospéré entre nos mains, déclarant en toute humilité et sincérité de C(Bur que nous ne désirons pas qu'on se souvienne que nous en avons été l'instrument ; priant et suppliant au contraire que notre nom soit oublié à jamais, pourvu que notre grand ouvrage ne reste pas imparfait. Néanmoins , placé comme nous le sommes, il nous importe plus qu'à personne, si de chétives créatures telles que nous peuvent parler d'elles-mêmes comme plus ou moins intéressées à ces changenients qui ont été effectués autour de nous, non par nous ou par notre pouvoir, mais par suite d'un destin que nous étions appelé à remplir avec charité et humilité ; il nous importe, disais-je, que toutes choses se fassent d'une manière conforme aux grandes choses qui se sont opérées et qui s'opèrent encore dans ce pays. Telles sont mes intentions, et elles sont simples et claires. En consé((uence il est fort à désirer que le Jeune Homme, ce roi d'Ecosse, comme il se nomme, ce Charles Stuart, ne puisse s'échapper d'un pavs où son arrivée a semé tant de troubles et fait couler tant de sang.
— Je ne doute pas, dit le Cavalier en baissaiit les yeux, que la sagesse de Son Excellence n'ait pris toutes les mesures (jui peuvent le mieux conduire à une telle fin , et je prie le ciel de la récompenser de toutes ses peines, comme elle le mérite.
— Je te remerci(> , l'ami, dit Cromwell avec un air dliumilité. Sans contredit nous obtiendrons notre recompense, puisi|u"elle est entre les mains d'un bon maître qui ne laisse jamais passer le samedi saus payer ses ouvri(M's. Mais, comprends-moi bien, l'ami, je ne désire rien de plus (|ue ma part dans cette bonne u'uvre. ,\v voudrais de tt»i!t mon eieur rendre tous les pauvres services dont je suis capable ;i ton
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maître, et même à toi, suivant ton état, car des hommes tels que nous ne conversent pas avec des gens d'un rang ordinaire , pour que leur présence et leurs discours s'oublient comme un événement qui arrive tous les jours. Nous parlons à des gens comme toi pour les récompenser ou les punir, et j'espère que ce sera une récompense que tu mériteras de recevoir de moi .
— Votre Honneur parle en liomme habitué au commandement , dit Wildrake.
— Il est vrai. C'est en inspirant la crainte et le respect que les hommes élevés dominent sur l'esin-it des autres. Mais c'en est assez sur ce sujet , ne désirant pas qu'on m'accorde individuellement plus de confiance que nous n'en devons tous à l'Être qui est au-dessus de nous. J'en reviens à ton maître, et je voudrais jeter cette balle d'or dans son chapeau. Il a servi contre ce Charles Stuartet son père; mais il est parent de ce vieux Henry Lee , et il est bien avec sa fille. — Et loi-méme, il faut que tu aies les yeux ouverts, l'ami. — Ton air un peu mondain te procurera la confiance de tous les malveillants , et notre proie ne pourra approcher du lieu où elle croit trouver un refuge, comme un lapin dans un terrier, sans que tu sois informé de sa présence.
— Je fais un effort pour comprendre Votre Excellence, dit le Cavalier ; je vous remercie de tout mon cœur de la bonne opinion que vous avez de moi, et je prie le ciel de me fournir l'occasion de vous prouver ({ue je la mérite, et les moyens de vous montrer toute ma reconnaissance. Mais, soit dit avec respect, le projet de Votre Excellence ne me paraît pas pouvoir réussir, si Woodstock reste en la possession des commissaires au séquestre. Le vieux chevalier, son fils, et surtout un fugitif tel que celui auquel Votre Honneur fait allusion, auron! grand soin de ne pas approcher de la Loge, tant qu'elle sera en de pareilles mains.
— C'est précisément pour cela que je t'ai parlé si longtemps. Je t'ai dit que je n'étais pas disposé à déposséder les commissaires au séquestre, de mon autorité privée, pour de légers motifs, quoique j'aie peutêtre assez de pouvoir dans l'état pour agir ainsi, et pour mépriser les murmures de ceux qui me blâmeront. En un mot, je ne me soucierais pas d'user de mes privilèges dans toute leur étendue et de mettre à l'épreuve leur force comparée à celle de la connnission nonunée par d'autres, sans une nécessité reconnue, ou du moins sans avon- la perspective d'un grand avantage. Ainsi donc, si ton maître le colonel veut se charger, par amour pour la république, ;le trouver les moyens de prévenir le plus grand daugor (|u'elle ail à craindre, c'est-à-diie l'évasion de
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ce Jeune Homme hors du pays, et veut faire tous ses etïbrts pour l'arrêter dans le cas où sa fuite le conduirait à Woodstock, ce que je regarde (îonuno très-vraisemblable, tu porteras aux commissaires du séquestre l'ordre d'évacuer la Loge sur-le-champ, et à une compagnie de mon régiment qui est à Oxford l'injonction de les prendre par les épaules pour les en faire déguerpir s'ils hésitent à obéir. Oui , quand même , pour l'exemple, ils devraient mettre à la porte Desborongh le premier, quoiqu'il soit le mari de ma sœur.
— Avec votre ordre tout-puissant, Monsieur, je me flatte que je serai en état d'expulser les conunissaires, même sans avoir recours à vos anciens et belliqueux soldats.
— C'est ce dont je m'inquiète le moins. — Je voudrais bien voir le plus hardi d'entre eux s'opiniàtrer à rester après que je lui aurais fait signe de se retirer, — exceptant toujours l'honorable chambre, au nom de laquelle nous tenons notre commission, mais dont l'édifice politique, comme bien des gens le pensent , s'écroulera avant qu'elle ait eu le temps de le reconstruire. C'est pourquoi ce qui m'importe principalement , c'est de savoir si ton maître voudra entreprendre une affaire qui lui promet de si grands avantages. Je suis convaincu qu'avec un batteur d'estrade tel que toi. un homme qui a été dans le camp des Cavaliers, et qui peut encore, à en juger sur ta mine, se remettre à boire, à jurer, et se livrer à toutes sortes de plaisirs profanes avec eux, quand l'occasion le demande , il doit découvrir où ce Stuart est allé se cacher. — Ou le jeune Lee ira voir le vieillard lui-même, ou il lui écrira, ou il aura des conmumications avec lui de quelque autre manière. Dans tous les cas, Markhain Everard et toi, vous devez avoir l'œil sur chaque cheveu de votre tête.
En parlant ainsi , une rougeur plus vive que de coutume colora le front de Cromwell; il se leva, se promena dans l'appartement d'un air agité, et ajouta : — Malheur à vous si ce jeune aventurier m'échappe ! — Il vaudrait mieux pour vous être enterré dans le plus profond cachot de toul(! l'Europe que de respirer l'air d'Angleterre, si vous me manquez de fidélité ! — Je t'ai parlé clairement, — plus clairement que ce n'est ma coutume, — le moment l'exigeait; — mais avoir ma confiance, c'est être de garde près d'un magasin à poudre : la moindre élin«'p|le peut te réduire en cendres, lîapporle à Ion maitie ce que je viens de le dire. — mais non comme je te l'ai dit. - Hélas! faut-il que je me sois laissé emportera un mouvement des |)assions humaines! — Uetireloi, drôle. — P(>arson le renicllra des onins eachelés. — Vu inslant ! je vois (|iir tu as (luelipie cliosc à me demander.
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— Je voudrais savoir, dit Wildrake, à qui l'air inquiet de Cromwel donnait ((uelque confiance , quelle est à peu près la figure du Jeune Honinie, afin de le reconnaître dans le cas où je le verrais.
— On dit qu'il est devenu grand, sec, basané, répondit le général ; voici son portrait peint par un bon maître il n'y a pas très-longtemps.
A ces mots, il retourna un des portraits dont la peinture faisait face à la muraille 5 mais, au lieu d'être celui de Charles II, c'était celui de son malheureux père.
Le premier mouvement de Cromwell indiqua l'intention de le replacer dans la môme position, et il parut avoir besoin de faire un effort sur lui-même pour se déterminer à y jeter un coup d'u'il; mais il lit cet effort, et, appuyant le portrait contre le mur, il s'en éloigna lentement de quelques pas, comme s'il eût cherché un endroit d'oîi il pîît le voir dans son jour.
Il fut heiueux pour Wildrake que son dangereux compagnon ne jelàt pas un regard sur lui en ce moment; car son visage s'enflamma quand il vit le portrait de son maître entre les mains de celui qui avait été le principal auteur de sa mort. Capable de se porter à des extrémités désespérées, il eut grande peine à réprimer la violence de son indignation; et, s'il avait eu sous la main, dans sa première ardeur de vengeance , une arme convenable , il est possible que Cromwell ne se fût jamais élevé plus haut dans son essor audacieux vers le pouvoir suprême.
Mais cette étincelle électrique d'une indignation si naturelle, qui agita subitement un homme ordinaire, tel que Wildrake, s'éteignit en un instant devant l'émotion terrible, quoique étouffée, que laissait apercevoir un être doué d'un caractère aussi impassible que Cromwell. En contemplant sa physionomie sombre et audacieuse , émue par des sentiments indéfinissables, le jeune Cavalier sentit sa propre violence s'évanouir et se changer en surprise. Tant il est vrai que, de même que l'éclat d'une grande lumière engloutit et fait disparaître une clarté moindre, ainsi les honnnes d'un esprit vaste et dominateur subjuguent et anéantissent les volontés et les passions plus faibles des autres, comme la rivière qui reçoit un ruisseau dans son sein semble repousser avec fierté le tribut de ses eaux.
Wildrake resta spectateur silencieux, immobile et presque effrayé, tandis f|ue Cromwell , donnant à ses regards et à ses manières un air d'assurance, en homme qui se force lui-même à envisager un objet que quelque sentiment intérieur et puissant lui rend pénible et désagréable à voir, commençait, par quelques expressions brèves et interrompues.
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mais prononcéos d'iino voix l't rmc, à l'airi' un rnnimontairo sur lo portrait (lu feu roi. Sos i)arolos scuiblaicnl moins s'adrcssor à Wildrako qu'être l'effusion spontanée d'un cœur plein des souvenirs du passé et des présages de l'avenir.
— Ce peintre llamand, dit-il, — cet Antoine Van Dick! — quel pouvoir il a! - Le glaive peut mutiler, les guerriers peuvent détruire, et voilà un roi ([ue le temps a respecté. — Nos petits enfants, en lisant ses annales, pourront regarder son portrait, et comparer ses traits mélancoliques avec sa fatale histoii*e; — ce fut une implacable nécessité,— un acte terrible ! — La fierté calme de cet d'il aurait \m gouverner des mondes peuplés de Français rampants, de souples Italiens, d'Espagnols formalistes; mais ses regards ne firent qu'éveiller le courage naturel du fier Anglais. — Qu'on n'accuse pas un pauvre pécheur de la chute qu'il fait quand il n'a pas reçu du ciel des nerfs assez forts pour se soutenir! — L'homme faible est renversé par son cheval fougueux qui le fait périr sous ses pieds; l'homme fort, le bon cavalier, s'élance sur la selle vide, et fait jouer le mors et l'éperon jusqu'à ce que le coursier sente qu'il a un maître; — celui qui, élevé bien haut, marche en triomphateur au milieu du peuple, doit-il être blâmé pour avoir réussi, quand l'être faible et inhabile a échoué et a péri? Véritablement il a sa récompense. — Et qu'est de plus pour moi que pour les autres ce morceau de toile couvert de couleurs? Non ; qu'il montre à d'autres les reproches de ce visage froid et calme, de cet œil où respirent la fierté et la plainte : ceux qui ont agi d'après des motifs plus élevés n'ont pas sujet de tressaillir pour des ombres. Ce n'est pas la soif des richesses et de la puissance qui m'a tiré de mon obscurité. Les consciences opprimées, les libertés de l'Angleterre envahies, telles sont les bannières que j'ai suivies.
Comme s'il eût plaidé sa cause devant quelque tribunal , il éleva la voix si haut, que Pearson, qui était dans la galerie, entr'ouvrit la porte du cabinet. Mais, voyant que son maître avait les yeux élincelants, le bras tendu et un pied en avant, comme un général qui ordonne une charge à son armée, il se retira sur-le-champ.
— C'est tout autre chose que l'intérêt personnel qui m'a fait agir, continua Cromwell; et je défie le monde entier, — oui, les morts comme les vivants, — de dire que j'ai pris les armes pour une cause privée, ou pour augmenter ma fortune. Il n'y avait pas un seul soldat inws le régiment (jui y fût arrivé avec moins de mauvaise volonté contre
malheureux
En ce moment, la porte du cabinet s'ouvrit, et Wildrake vil entrer
une jeune dame que sa ressemblance avec le général pouvait faire reconnaître pour sa fille ; mais il n'y avait dans ses traits qu'une douceur i'éminine. Elle s'avança vers Gromwell, passa un bras sous le sien avec une douceur mêlée de fermeté, et lui dit d'un ton persuasif ;
— Mon père, cela n'est pas bien ; vous m'aviez promis que cela n'arriverait pas.
Le général baissa la tête en homme qui était honteux du mouvement auquel il s'était laissé emporter, ou de l'intlueiice qu'une femme exerçait sur lui. Il y céda pourtant, suivit l'inipulsiou affectueuse du bras de sa fille, et sortit de l'appartement sans douuer un autre regard au portrait qui l'avait si profondément ému.