‹ WoodstockChapitre 2 sur 63 · Idsciili le l'l;ii';;iiil · texte numérisé non relu

Idsciili le l'l;ii';;iiil

lit, et grinça des dents. Durant ce temps, la porte était restée constamment fermée; et lorsque, deux ou trois heures après, Giles Sliarp, leur secrétaire, regarda sous le lit, il vit que l'animal avait disparu, et qu'un plat de viande que les domestiques avaient caché dans cet endroit n'avait pas été touché. II le fit voir à Leurs Honneurs, et ils furent tous convaincus que ce ne pouvait être un chien véritable qui eût agi ainsi; ledit Giles déposa sous serment qu'à sa connaissance ce n'en était pas un.

« 17 octobre. Tandis qu'ils dînaient dans une salle basse, ils entendirent distinctement marcher au-dessus de leur tête, quoiqu'ils sussent bien que toutes les portes étaient verrouillées et que personne ne pouvait y être. Peu d'instants après , il leur sembla que tout le bois du chêne royal était enlevé de la salle à manger et jeté avec violence à travers le salon ,où les chaises, les tabourets, les tables et tous les meubles étaient traînés, les papiers et les minutes des délibérations déchirés , les écritoires de verre cassées. Quand tout ce vacarme eut cessé depuis quelque temps, ledit Giles proposa d'entrer le premier dans ces chambres, et en présence des commissaires, dont il reçut les clefs, il ouvrit la porte, et entra suivi de Leurs Honneurs. Il trouva les bûches éparses dans la chambre, les chaises renversées et rompues, le papier en mille morceaux, les écritoires brisées, tout enfin dans un état conforme à ce qu'on avait entendu; cependant il n'y avait nul vestige d'aucun être vivant, et les portes n'avaient pas été ouvertes depuis queLeurs Honneurs avaient quitté rap;;artement. On décida, en conséquence, unanimement, que l'auteur de ces inéfaits n'avait pu s'introduire par nulle autre voie que par le trou de la serrure.

« Dans la nuit qui suivit ce même jour, ledit Giles et deux autres domestiques des commissaires, étant couchés dans la même chambre que Leurs Honneurs, eurent le pied de leurs lits tellement élevé au-dessus de la tête, qu'ils s'attendaient à avoir le cou démis ; ils retombèrent ensuite tout à coup avec tant de force , qu'ils furent lancés hors du lit à une assez grande distance; ceci se répéta plusieurs fois, à l'extrême surprise de Leurs Honneurs. Le matin, les bois de lit furent trouvés brisés, et Giles, ainsi que ses camarades, déclara qu'il était meurtri jusqu'aux os par suite de l'exhaussement de leurs lits.

« 19 octobre. Étant tous couchés, les lumières s'éteignirent toutes à la fois, en répandant une odeur de soufre; et aussitôt plusieurs assiettes de bois furent jetées dans la chambre. L'un d'eux, ayant mis la tête au-dessus des couvertures, n'en reçut pas moins de six qui le blessèrent très-grièvement. Les assiettes se trouvèrent le matin au milieu de la chambre, et l'on observa que c'étaient celles dont ils s'étaient servis la veille , aucune n'étant restée dans le l)nffet.

« 20 octobre. Cette nuit les chandelles furent encore soufflées ; les rideaux du lit dans lequel Leurs Honneurs reposaient, tirés à diverses reprises avec une grande violence. Leurs Honneurs reçurent plusieurs coups très-sensibles, et furent en ouîst meurtris avec huit grands plats d'étain et trois don-

i INTRODUCTION.

zaiiies d'assiettes de bois, qui étaient lancées sur le lit, et qu'on entendait ensuite rouler sur le plancher.

« Ils entendirent aussi le bruit de fa^^ots qui tombaient à côté d'eux ; mais le matin on ne vit ni ta,t;ots, ni plats, ni assiettes; et le susdit Giles atteste que certains arrani^ements particuliers lui donnaient la certitude qu'ils avaient été pris dans le -^arde-manger, et remis ensuite à leur place.

<• 21 octobre. Le pourvoyeur de l'ordinaire et sa chienne vinrent coucher avec eux , et rien ne troubla leur repos cette nuit.

'i 22 octobre. Les chandelles s'éteignirent de nouveau. Ils avaient encore la chienne dont je viens de parler, mais elle ne put les protéger, et elle^ même poussa un cri de détresse. On leva les couvertures des lits, et, quoiqu'il ne fit pas le moindre vent , les briques du haut de la cheminée tombèrent dans la chambre.

« 24 octobre. N'ayant pu conserver de lumière, il leur sembla que tous les débris du chêne royal étaient jetés avec violence près de leur couche; ils comptèrent soixante-quatorze fagots qui tombèrent en faisant grand bruit, et dont quelques-uns atteignirent leur lit ; mais le matin il ne s'en trouva pas un seul, et la porte de la pièce qui contenait lesdits fagots n'était pas ouverte.

« 25 octobre. L'obscurité s'établit comme à l'ordinaire. Les rideaux du lit de la salle d'audience furent tirés plusieui's fois , le bois jeté ; un bruit terrible, semblable au tonnerre, se fit entendre; et un des domestiques, qui avait couru voir si son maître n'était pas tué , s'aperçut , en se recouchant, que trois douzaines d'assiettes s'étaient glissées tout doucement sous son matelas.

» 26 octobre. Les lits furent secoués , les fenêtres parurent se briser, et les vitres tombèrent en grande quantité dans l'appartement. Le matin , les fenêtres étaient intactes; mais le plancher était couvert de morceaux de verre, qu'ils ramassèrent et mirent de côté.

« 29 octobre. A minuit, les flambeaux cessèrent d'éclairer; quelque chose marcha d'un pas solennel à travers la chambre , ouvrit et ferma la croisée; de grosses pierres furent lancées; quelques-unes tombèi*ent sur les lits, d'autres à terre; et environ un quart d'heure après on entendit une explosion qui ressemblait à celle de quarante canons déchargés ensemble; elle se répéta au bout de luiit minutes d'intervalle.

« Les voisins, réveillés et alarmés , accoururent chez Leurs Honneurs , et ramassèrent les grosses pierres , au nombre de quatre-vingts , la plupart semblables à des cailloux ordinaires , et les déposèrent dans le coin d'un champ peu éloigné, où on les voit encore à présent. Ce bruit, qu'on pouvait prendre pour une forte canonnade, fut entendu à une distance de seize milles environ. Durant ce vacarme , qu'on entendait à la fois dans les deux pièces , les commissaires et leurs gens se crurent nuituellement perdus , et crièrent au secours. Giles Sharp, saisissant une épce, fut sur le point de tuer un de Leurs Honneurs, le |)renant pour res|)rit, au moment où il entrait eu chemise dans la chambre. Le bruit continua pentlant qu'ils étaient

ensemble. Une partie de la couverture de la maison , et toutes les fenêtres d'une chambre de l'étage supérieur, furent emportées au loin.

« 30 octobre. Un être qui avait l'allure d'un ours marcha dans la chambre, et en fit plusieurs fois le tour; la bassinoire tomba sur le plancher avec une telle violence, qu'elle se bossua et devint hors de service; des fragments de verre , mêlés de pierres et d'ossements de chevaux , volèrent de toutes parts; ils étaient lancés avec tant de force, qu'en les retrouvant le matin , on s'aperçut qu'ils avaient endommagé les lits , les parquets et les murailles.

« 1" novembre. On plaça des flambeaux dans toutes les parties de la chambre, et l'on fit un grand feu. A minuit tout était encore éclairé; une forte détonation se fit entendre; les huches enflammées se répandirent sur le plancher, autour des lits ; et si Leurs Honneurs n'eussent appelé Giles et ses camarades, la maison eût infailliblement brûlé. Une heure après, les lumières s'éteignirent comme à l'ordinaire, plusieurs coups de canon retentirent, des seaux pleins d'une eau verte et puante furent vt-rsés sur les lits de Leurs Honneurs, de grosses pierres lancées derechef, les rideaux tirés, les couchettes brisées, les fenêtres réellement enfoncées, et l'alarme répandue dans tout le voisinage ; des voleurs de lapins qui se trouvaient dans la gareuue furent si effrayés de ces bruits étranges, qu'ils s'enfuirent en laissant leurs furets.

<i Cette nuit, un des commissaires prit la parole, et demanda , au nom de Dieu, qui était là, pourquoi on les troublait ainsi. Il ne reçut pas de réponse, le bruit cessa un instant; et lorsque l'esprit revint, tous s'accordent à dire qu'il ramena sept démons pires que lui-même. Un des domestiques alluma une torche et la mit dans le passage, entre les deux chambres, pour observer ce qui arriverait; tandis qu'il était à son poste, il vit distinctement un sabot renverser le chandelier au milieu de la chambre et sauter trois fois sur la mèche pour l'arracher. Il fut alors assez hardi pour prendre une épée ; à peine l'eut-il tirée du fourreau , qu'il s'aperçut qu'une autre main invisible la tenait aussi ; il résista d'abord, mais, vaincu à la fin, il reçut un coup si violent à la tête avec le pommeau, qu'il se crut à demi mort. En même temps on entendit une explosion semblable à la décharge de la bordée d'un vaisseau de guerre, ce qui se répéta dix-neuf fois à la distance d'une ou deux minutes; la maison en fut si ébranlée, qu'ils s'attendaient à chaque instant à la voir s'écrouler sur leurs têtes. Les voisins, effrayés , accoururent au manoir ; tous se mirent à prier et à chanter des psaumes : durant ce temps le bruit continua dans les autres chambres, le canon ne cessa pas de rouler, quoiqu'il n'y eût personne. »

Le docteur Plot termine la relation de ce mémorable événement ' en ob-

i. Dans son Ilisloire naturelle du comté d'Oxford. Il est probable que ce rôle était aussi rempli par Sharp, celui de la bande auquel le fantôme se montiait d'ordinaire.

G IXTHODUCTION.

servant que, si la ruse a souvent joué un rôle dans les aventures de ce genre, il y a ici plue^ieurs circonstances incomi)aiibles avec la fraude; telles sont : 1" ces bruits effrayants qu'il n'est pas au pouvoir de l'Iionuiie de produire sans des instrunu'uts qui n'étaient pas là; 2" l'ébranlenient et la rupture des bois de lits; 3" le feu jeté au milieu de la cbambre; 4" le sabot attaquant la cliaudelle; 5" la lutte pour i'épée, et le coup porté à l'Iionuiie avec la poignée.

Pour montrer combien les grands Iionuues sont parfois dans l'erreur, nous pouvons recourir au traité intitulé : Histoire secrète du diable vengeur de JVoodstock ; on y trouve, sous la propre autorité de l'auteur, que lui, Josepli Collins, vulgairement appelé Fuuny Joë, était ce diable en personne; que, sous le nom supposé de Giles Sliarp, il s'était mis au service des commissaires ; qu'avec le secours de doux amis , une trappe cacbée dans le plafond de la cbambre à coucher, et une livre de poudre à canon, il exécutait lui-même ces tours merveilleux; que ses camarades, placés par lui dans la maison, avaient eux-mêmes levé leurs lits, et qu'au moyen d'un procédé connu, les chandelles, arrangées avec de la poudre, s'éteignaient à un temps fixé.

Joë atteste que le chien, qui fut le premier acteur, n'était pas un chien, mais bien une chienne qui avait mis bas depuis peu dans cette chambre, qui bouleversa tout en cherchant ses petits; lorsqu'elle eut joué son rôle, elle fut mise dehors par Joë Sharp ou Collins, qui feignit ensuite de la chercher. C'est lui qui fut le témoin de l'épisode du sabot et de celui de I'épée, qu'on ne révoqua jamais en doute, quoique purement imaginaires. Ses amis jetaient par la trappe les pierres, les fagots, le verre, i'eau, etc. ; ils laissaient ou retiraient ces objets selon qu'ils le jugeaient à propos; c'est par la même voie qu'ils sortaient et rentraient sans ouvrir les portes ni passer par le trou des serrures; de plus, il déclare tpie tous les bruits dont on a parié se faisaient en plaçant dans des plats dïtain, sur du charbon allumé, une assez grande quantité de poudre à canon blanche, qui, en fondant, produisait une violente et bruyante explosion.

.Te m'estime très-heureux d'avoir l'occasion d'éclaircir un fait historique de cette importance, et je ne voudrais pas que la confiance du lecteur fut ébranlée parce que mon auteur parle de poudre blanche qui éclate eu fondant, ou parce qu'il fait la terre prendre feu d'elle-même .lutour rf'un vase, puisque, (jnelque invraisemblable que cela puisse paraître à certains individus, et quelque secrets que fussent ces procédés du temps de .loë, ils sont maintenant bien connus des chimistes. Pour le dernier, il sufllt de mêler en égale quantité de la limaille de fer très-ûne et du soufre en poudre, d'en former une pâte avec de l'eau : au bout d'environ vingt-six heures, cette poudre s'enflammera d'elle-même, le soufre brillera en répandant une llanune bleuâtre et une odeur désagréable. Quant à ce qu'il appelle poudre blanche, il est évident que c'est la poudre fulminante que les chimistes nonunent ptitiùs J'ulminans : elle est composée de trois parties de salpêtre, deux de

sel (le tartre, et une de fleur de soufre mêlées ensemble, et réduites en poudre fine. Une pincée de cette composition exposée sur la pointe d'un canif au-dessus d'une bougie n'éclatera pas avant d'être fondue, et produira alors un bruit semblable à celui d'un coup de pistolet. Il était facile d'en disposer l;i quantité voulue de façon à ce que l'explosion se fit d'elle-même, tandis que ledit Joë était avec ses maîtres.

Telle est l'explication des aventures surnaturelles de Woodstock , que nous transmet IM. Hone d'après le vieux livre intitulé : Mémoires authentiques du mémorable Joseph Collins d'Ox/ord, dont le courage et la loyauté sont les seuls magiciens qui évoquèrent ces étranges apparitions et tout ce monde- d'esprits qui passa pour si incontestable aux yeux des commissaires parlementaires, du docteur Plot et d'autres écrivains considérés. La pulvis futminans, ce secret mobile employé par Joë, est à présent connue de tous les élèves en pharmacie.

Si ma mémoire est fidèle , l'auteur de ces merveilles employa son talent d'artificier dans une très- remarquable occasion que voici. Le zèle des commissaires pour la cause publique n'avait pas été jusqu'à oublier leurs propres intérêts, et un acte rédigé sur parchemin établit le. partage et la nature des objets qu'ils se cédaient mutuellement; il paraît aussi qu'ils ne se soucièrent pas de confier à la garde exclusive de l'un d'eux un document qui les intéressait tous également.

Le contrat fut déposé dans un pot à fleurs, et un arbrisseau le déroba à tous les regards. Sur ces entrefaites, l'histoire des esprits ayant circulé, la curiosité attira à Woodstock plusieurs personnes des environs , parmi lesquelles il s'en trouvait pour qui la connaissance de la convention serait matière à scandale. Comme les commissaires recevaient leurs hôtes dans le salon où le vase de fleurs était placé, le secrétaire Sharp disposa à l'entour quelques pièces d'artifice arrangées de façon à produire une explosion spontanée. Le vase et le contrat furent lancés au milieu de l'assemblée, et la friponnerie découverte Si ce récit est exact, car plus de quarante ans se sont écoulés depuis que j'ai lu ce traité, il est probable qu'en le passant sous silence dans la nouvelle, j'ai omis aussi, faute de souvenir, d'autres matériaux qui auraient ajouté de l'intérêt à la narration. Rien n'est en vérité mieux prouvé que l'immense avantage que les incidents réels ont, dans les ouvrages de ce genre, sur ceux qui sont purement imaginaires. L'arbre néanmoins doit conserver son feuillage.

Me trouvant à Londres en octobre 1831, je fis quelques recherches dans le Muséum britannique ; et dans la riche collection qu'il renferme, aidé de la bienveillante assistance des employés de l'établissement, ijui le dirigent avec tant de considération pour eux-mêmes et d'avantages pour le public, je découvris deux pamphlets originaux qui contenaient la relation complète des phénomènes de Woodstock en 1049 '. Le premier est un poëme sati-

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