Citation (le Siiaks|icui'e
— Oui , je vous comprends. On veut me traiter comme la monnaie du roi, qu'on frappe de la marque du Croupion ' pour lui donner cours, quoique je sois trop vieux et trop dur pour qu'on puisse limer l'empreinte royale gravée sur mon cœur. INIon neveu, je ne veux rien de tout cela. Je ne suis resté à la Loge que trop longtemps, et permettez-moi de vous dire qu'il y a longtemps que je l'aurais quittée avec mépris, sans les ordres de quelqu'un que je pourrais peut-être servir encore. Je ne recevrai rien des usurpateurs, qu'ils se nomment Croupion ou Cromwell, que ce soit un diable ou une légion ; je n'accepterai pas d'eux un vieux bonnet pour couvrir mes cheveux gris, un manteau de rebut pour protéger mes membres contre le froid. Ils ne se vanteront pas d'avoir enrichi Abraham par leur générosité forcée. Je veux vivre, comme je mourrai, Lee le Loyal.
— Puis-je espérer que vous y réfléchirez , Monsieur , et qu'en considération du peu qu'on exige vous me ferez une réponse plus favorable?
— Monsieur , si je change d'avis , ce qui n'est pas ma coutume , je vous en informerai. — Et maintenant, mon neveu, avez-vous autre chose à me dire? Nous retenons le digne ministre dans cette autre chambre.
— J'avais quelque chose à dire quelque chose de relatif à ma
cousine Alice, dit Everard avec embarras ; mais je crains que vos préventions contre moi ne soient si fortement enracinées que
— Monsieur, je ne crains pas de laisser ma fille avec vous; j'irai rejoindre le bon docteur dans l'appartement de dame Jeanne. Je ne serai pas fâché que vous appreniez que je laisse à ma fille , autant qu'il est raisonnable de le faire , le libre exercice de sa volonté.
Il se retira , et laissa ensemble les deux jeunes gens.
Everard s'avança vers Alice , et il allait lui prendre la main , mais elle la retu'a, s'assit sur le fauteuil que son père venait de quitter, et lui montra une chaise à quelque distance.
— Ma chère Alice ! s'écria Everard , sommes-nous donc devenus si étrangers l'un pour l'autre ?
— Nous en parlerons dans un moment. Permettez-moi d'abord de vous demander le motif de votre visite à une pareille heure.
— Vous avez entendu ce que je viens de dire à votre père.
— Oui, mais il paraît que vous aviez une autre raison pour venir ici, une raison qui semble me concernei' particulièrement.
— C'était une illusion, une étrange méprise. — Puis-je vous demander si vous êtes sortie ce soir ?
1. The riimp, iiniii qu'on (loiiii;iit alors au parlement, par mépris
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— Ortainoinent non. .lo n'ai gnrro envie de sortir de ma demeure aciiiclle, (|nel(jiie Ininihle (|u'ello soit; j'ai d'imporlanls devoirs à y remplir. — Mais pour(|uoi le colonel Everard me fait-il une question si étrange?
— Diles-nioi d'abord pourquoi votre cousin Markham a perdu ce nom , (jiie lui donnaient toujours l'amitié , la parenté, et même un sentiment plus tendre, et alors je vous répondrai.
— Ma réponse est tonte simple. Quand vous tirâtes l'épée contre la cause de mon père , presque contre sa personne, je cherchai , — peutêtre plus que je ne l'aurais dû , — à trouver des excuses pour votre conduite. — Je connaissais, c'est-à-dire je croyais connaître vos hautes idées de patriotisme. — Je savais dans quelles opinions vous aviez été élevé , et je me disais : S'il est ennemi de son roi, il est loyal envers sa patrie; je ne le bannirai pas de mon cœur pour cela. — Vous fîtes tous vos efforts pour enqiècher cette cruelle tragédie de se terminer par la catastrophe sanglante du 30 janvier , et cette circonstance me confirma dans l'opinion que Markham Everard pouvait se laisser égarer, mais qu'il ne serait jamais ni vil ni intéressé.
— Et pourquoi avez-vous changé d'opinion, Alice? demanda le colonel en rougissant. Qui ose attacher de pareilles épithètes au nom de INIarkham Everard?
— Ce n'est pas contre moi que vous trouverez à exercer votre valeur, colonel Everard , et je n'ai pas dessein de vous offenser. Mais assez d'antres vous diront que le colonel Everard fait bassement la cour à l'usurpateur Cromwell , et que tous ses beaux prétextes de vouloir assurer la liberté de son pays ne sont qu'ini manleau dont il se couvre pour faire un marché avantageux avec le tyran, et en obtenir des faveurs poiu" lui et pour sa famille.
— Pour moi, jamais !
— Mais pour votre famille ? — Oui , je sais positivement que vous avez indicjué à ce despote militaire le moyen par lequel lui et ses satrapes pourraient maîtriser le gouvernement. — Croyez-vous que mon père ou moi nous voulussions accepter un asile acheté au prix de la liberté de l'Angleterre et de votre honneur?
— Juste ciel! Alice, que signifie un [o\ langage? Vous me faites un reproche aujourd'hui d'avoir suivi la conduite (|ue vous avez approuvée autrefois!
— Quand vous nous parliez de la part de votre père , et que vous nous engagiez à nous soumetti'e au gouvernement existant, quel qu'il fût, j'avoue que j(ï pensais ()ue les cheveux blancs de mon père pouvaii'ut
rester sous le toit qui leur avait si longtemps servi d'abri. Mais est-ce d'après le conseil de votre père que vous avez encouragé un soldat ambitieux à de nouvelles innovations; que vous êtes devenu le fauteur de la nouvelle tyrannie qu'il veut établir? C'est une chose de se soumettre à l'oppression , mais c'en est une autre de se rendre l'agent d'un tyran, et.... Markham ! — d'en devenir le limier !
— Le limier ! — Comment ! — Que voulez-vous dire ? — J'avoue qu'il est vrai que je verrais avec plaisir les blessures de ma patrie se fermer, fidlùt-il voir Cromvell , après son élévation sans égale , s'élever encore à un degré de plus; — mais devenir son limier! Qu'entendez-vous par là ?
— Gela est donc faux? — Je le croyais ainsi ; — j'aurais fait serment que cela était faux !
— Au nom du ciel! de quoi parlez-vous?
— Il est faux que vous vous soyez engagé à livrer le jeune roi d'Ecosse entre les mains de Cromwell ?
— A le livrer ! — Moi , le livrer ! — Livrer un fugitif, quel qu'il soit ,
— jamais ! — Je voudrais qu'il fût hors d'Angleterre; — je chercherais à faciliter sa fuite s'il était en cette maison ; et je croirais , en agissant ainsi , rendre service à ses ennemis en les empêchant de se souiller de son sang. — Mais le livrer! jamais!
— Je le savais; — j'étais sûre que cela était impossible ! Mais faites encore plus , Markham ; séparez votre sort de celui de ce soldat sombre et ambitieux! fuyez-le ; ne prenez aucune part à ses projets, qui ne sont fondés que sur l'injustice , et qui ne peuvent se réaliser qu'au prix de nouveaux torrents de sang.
— Croyez, chère Alice , que j'ai choisi, pour la suivre , la ligne politique qui convient le mieux au temps où nous vivons.
— Choisissez celle qui convient le mieux au devoir, Markham, celle qui est la plus conforme à l'honneur et à la vérité ; — faites votre devoir, et laissez à la Providence le soin du reste. — Adieu ! nous mettons trop à l'épreuve la patience de mon père ; — vous connaissez son caractère.
— Adieu, Markham.
Elle lui tendit une main, sur laquelle il appuya ses lèvres, et sortit de l'appartement, où son père rentra sur-le-champ. Un salut silencieux à son oncle, un signe qu'il fit à Wildrake, qui s'était retiré dans la cuisine, furent les seuls indices qui prouvèrent qu'il les reconnaissait. Remontant alors à cheval à la porte de la chaumière , il reprit avec son compagnon le chemin de la Loge de Wuodstock.