‹ WoodstockChapitre 4 sur 63 · DE TOUS CEUX QUI EN FURENT TÉMOINS · texte numérisé non relu

DE TOUS CEUX QUI EN FURENT TÉMOINS

(Imprimé en l'an 1649. In-4.)

Ce serait une merveille si un seul être avait pu voir sans effroi des prodiges et des visions si étranges; car partout de telles choses effraient le pauvre peuple,

Mettent l'esprit de riiomme aux ahois ; les jugements de Dieu peuvent nous attendre en tous lieux , et cependant nous n'amendons pas nos vies, mais nous buvons ,

Nous jurons , mentons , volons, et , parce que le monde ne doit plus

être noyé, comme si le magasin des châtiments divins renfermait seulement de l'eau.

Mais l'histoire que je raconte vous entretiendra de terreurs venues de l'enfer ; des feux, d'horribles fantômes en seront4e sujet.

Naguère, dans un vaste champ, un enfant parla du fond de la terre, et ceux qui l'entendirent devinrent presque fous.

De ceci un livre est imprimé, chacun peut y lire la vérité ; si les enfants parlent , tel est l'objet discuté ;

Mais ce que j'ai à dire est plus étrange que cette voix, il y a ici plus de merveilles et plus de bruit; et les prodiges s'adressent à des hommes, non à des enfants, à Woodstock ,

Où Rosemonde eut jadis un bosquet pour abri contre la reine Éléonore, asile où elle aurait pu échapper à sa puissance meurtrière si la fortune propice l'eût permis.

iMais le destin en avait décidé autrement, et le manoir de AVoodstock vit un crime, que Hollinshed ou Speed ont enregistré dans leurs écrits;

10 APPENOICFS.

Mais ni llolliiished , ni Stosv, ni aucun autre historien , ne contiennent rien tle semblable, (luoique nous sachions l)ien que dans leurs oeuvres h's merveilles sont par centaines;

Car riiistoire n'est autre chose qu'un recueil de vieilleries, où les fails sont gardés eu mémoire pour toujours;

Autrement ces faits, que la pensée vous rappelle maintenant, seraii-nt comme s'ils n'eussent jamais été, ensevelis dans l'oubli.

L'épouvantable et véridi(|ue aventure qui va à présent se dérouler aurait mérité qu'une meilleure plume la mît au jour.

Riais je ne compose pas un vain jeu d'esprit, il s'agit d'un récit véritable, et l'on ne peut exiger que le même objet cause à la fois frayeur et plaisir.

Or, écoutez donc, écoutez et tremblez! ma plume même et ma main vacillent en retraçant ces visions réelles,

Qui longtemps apparurent (et peut-être encore apparaissent) aux commissaires du Parlement, et les firent de terreur se cacher sous leurs lits.

Ils venaient, ces braves gens, envoyés par l'État pour vendre la propriété du dernier Charles; s'y installer leur fut facile, mais les chalands se firent attendre.

\oici à bon marché, bois, champs, venaison, meubles et bijoux; la pensée ne leur vint pas que là étaient aussi des chiens dressés à chasser les hommes.

Mais lorsque, après souper, bien rassasiés, laissant les restes, ils furent se coucher, à peine leur tête était-elle sur l'oreiller pour dormir,

Que leurs lits s'ébraulent et se soulèvent; ils crurent qu'un chien là dessous gisait, que l'animal était entré dans la chambre pour y déposer (fi ! fi! C ! ) ses ordures.

Quelques-uns pensèrent que le rusé venait pour manger le mouton que, malgré sa maigreur, ils avaient réservé pour le déjeuner du lendemain, car ils étaient économes.

L'un d'eux se lève en chemise dans l'intention d'occire le fin matois, et, pour ce, lui porte quarante à cinquante bottes.

!Mais son épée ne rencontre que le vide, il s'aperçoit qu'il s'est battu en vain ; le mouton est sauf, vite il retourne vers son compagnon.

Et alors qu'ils se croient en sûreté, le lit recommence à s'agiter, et d'effroi ils palissent.

Leurs vêtements s'envolent et ne forment qu'un monceau ; tous , frappés de crainte, baignés de sueur, désirent

Le jour un million de fois. C'est le diable! prions. Ils prient de toutes leurs forces ; et, comme ils disent

L'arrivée du jour dissipa leur frayeur, avec elle la dévotion dispanit ; maintenant ils sont courageux, même quelque peu téméraires; l'un regarde

Sous le lit, mais il n'y voit rien ; tous les coins de la salle sont visités sans plus de succès, et cependant de peur leurs fronts sont humides.

L'appétit ne tarde pas à se faire sentir, le mouton esta son poste, ils rati.'.quiMit avec joie; ils rient

Mutuellement de leurs craintes paniques, cliacun raille son camarade de lit; puis, envoyant quérir eau-de-vie et bière, ils boivent à qui mieux mieux.

Cependant l'enchère est ouverte pour qui veut acheter les terres du roi vendues par le Parlement ; un registre contient la note du revenu.

Là sont plusieurs métairies, redevances et servitudes féodales, bien entendu que les tenants ne viendront pas en troupe pour s'acquitter.

La nuit de nouveau invite au sommeil , les illustres commissaires sont couchés; mais voici l'être sans nom qui revient;

LTn cri perçant frappe leurs oreilles attentives, le vacarme est double de celui de la veille, partant la terreur aussi, pas un ne bouge, ils cacîient jusqu'à leurs cheveux.

Plus d'une fois les couvertures sont enlevées, les draps roulés étroitement autour de leurs jambes ; l'esprit seiiîble modeste et civil :

Ce qui fit craindre aux pauvres commissaires de n'avoir affaire qu'à un démon de bas étage, et qu'il n'y eût pour les Cavaliers un autre diable.

Après mûr examen du parti le meilleur à prendre, ils décident d'aller, le jour suivant, consulter les docteurs des cités voisines, car les savants

Ne viennent pas à Woodsîoek comme ci-devant; Allen est engourdi tel qu'un clou de porte, et le pauvre vieux John, son compagnon, est aussi éclipsé.

On chercherait en vain dans Oxford un homme qui pût à son gré évoquer un esprit ou le chasser, l'enfermer en un cercle ou le conduire avec la baguette, le conjurer enfin.

Nul ne pourrait dire « boh! » à un diable, ni à une oie qu'elle est peu polie, et dans ce lieu que Reimbolton purgeait de tout mal, il est sûrement des péchés.

Près de là étaient deux villages avec presbytères , munis de prédicateurs qui bien savaient le manoir hideusement hanté.

Mais hélas ! leur nouvelle théologie n'était ni assez profonde , ni assez élevée ; l'esprit aussi bien que les revenus était sous le séquestre.

Mais maître Hoffman était l'homme fait pour exorciser; il pouvait à volonté prier et prêcher jour et nuit.

Par ce pénible et lucratif trafic il avait acquis de grandes richesses , et possédait, dit-on , beaucoup d'or et d'argent.

Mais les instances de ses amis ne purent le déterminer à se rendre dans la demeure hantée par l'esprit du mal ; il n'avait pas , pour rien de semblable, quitté le pays de Hollande.

De ces parages une détestable doctrine il rapporta ; il y étudia la réformation, et de notre argent acheta beaucoup de terres.

Si les anciens ministres eussent encore prêché, le diable jamais n'eût été -le maître ; mais ceux qui possèdent l'art ou le savoir sont bannis ,

Et ceux qui ont le pouvoir de chasser les esprits sont eux-nu'mes chassés; leurs assemblées sont dissoutes; leurs biens, le partage des puissants du jour.

42 APPRNDICES.

i\rais voici un jiijs;e qui se vante d'avoir reçu un don presque aussi grand, et (|ui désire se mettre en rapport avec ce diable.

l\iis il se refuse à employer ce don précieux , il a recours à diverses ruses et détours; il n'a, dit-il , ni prières, ni exorcismes pour ce démon-là.

D'autres expédients sont mis en œuvre : ils attirent l'esprit nialin loin de le mettre dehors; une femme enceinte peut-être réussira mieux ; elle est trouvée,

Et dans la chambre doit passer la nuit; mais lorsque l'être qu'on ne voit point tantôt vole autour d'elle, tantôt avec fureur brise les croisées, puis échaude

La tête d'un des magistrats paisiblement couché ; la femme, à demi morte, s'enfuit...

Et maintenant c'est elle qu'ils accusent, disant que l'esprit a devancé l'heure ordinaire parce qu'elle et son agent sont papistes.

Ce sont des enfants régénérés ( ou hans in kelder* de l'état, engendrés dans la sainte réformation ) qui, disent-ils,

Ont le privilège détenir le diable en respect; de se jouer entre ses cornes, son sabot, ses griffes; mais, faute d'en trouver, ils...

Cette nuit même grand tapage, l'esprit triomphant semblait aussi fanfaron qu'un Turc ; la chienne, ayant découvert sa cachette, hurlait ;

Et le hurlement était si sinistre que tous les cœurs faisaient tic-tac...

Les commissaires montrent ces salles splendides jadis habitées par des rois. IMaintenaut, je vous prie , soyez attentifs , ce que je vais dire le mérite.

Ce livre dont je vous ai parlé, oii les noms des tenir.ts étaient écrits, registre qui renfermait nombre de choses encore inconnues.

Ce livre était là; il s'enflamma, et cependant nul œil mortel n'aperçut près de lui une légère étincelle ou la lueur d'une torche.

Toutes paraissaient au moment de s'éteindre, et celles qui brûlaient encore ne jetaient qu'une flamme bleuâtre. Jamais soldat ne vit une semblable lueur.

Le live brûla ainsi sans que personne sût comment. Les pauvres commissaires firent vœu de ne plus instrumenter, et ceci mit fin à leurs travaux dans cet endroit.

Quelque autre portion du manoir n'a pas été visitée par Satan; mais il semble que ce n'est pas à lui qu'on doit en rendre giùces.

Il joua ailleurs d'autres tours. Là était un chêne qui avait vu s'écouler un grand nombre d'années, dont la taille gigantesque n'avait pas d'égale, ou l'abattit ;

Coupé en bois de chauffage, une partie fut entasséedans unbdcher ; mais bientôt bouleversé, renversé, il roule à terre.

L'esprit apparaît sous maintes formes ; tantôtses griffes crochues semblent

1. Expression purement liollamlaise dont les Anglais se servent en portant la sauté il'iiiie lennne prosse : — lU're'n madain a licullh lo lin' liiins in kflilcr.

prêtes à vous déchirer ; tantôt, prenant l'aspect d'un chien ou d'un ours, il saute.

Toutes les fenêtres agitées se brisent : nul homme n'ose errer autour de ces lieux, et tous, excepté le vitrier, murmurent.

Une fois on le vit sous les traits d'une femme, sa taille s'élevait au-dessus du vulgaire; mais sans avoir parlé à personne elle s'évanouit.

C'était sans doute le fantôme de quelque bonne épouse qui avait vu son mari privé de la vie, ses enfants enlevés, et elle-même bannie.

Nul honnne ne peut dire la cause de ces surprenants et terrifiants prodiges; cependant, s'il vous plaît de réfléchir sur vos péchés,

Vous verrez que vos crimes surpassent l'enfer ; et tordez vos mains, ne sonnez plus les cloches, le repentir seul peut apaiser le ciel.

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