‹ WoodstockChapitre 49 sur 63 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

C'est bien iii l'emlroil, le leiiire des lH>si|iielt>; Voiii le cliciK' allier, iiuiiianiiie des Iméls. John Mome.

,'• :, =-^-r'^<^o E soleil dorait !<• dôme im|)(''uétrable de verdure formé par ^W^^^^C^ les arbres du paie et de la forêt ; à elia(|ue feuille étaient àF!jpm^ suspen(ln(>s les gouttes de la rosée, et ([uelques arbres comr^rS^^^C menvaient à montrer les leiiUes vari('>es de l'autoume; car j^J^o^Sf>ti c Chili C'tte époque de l'aïuiée où la nature, connue ini j)rod.gue dont les ressources commencent à s'épuiser, semble vou-

loir, par la profusion et la variété des couleurs, se dédoinuiiager de la courte durée de sa niagniticence. Les oiseaux étaient silencieux. — Le ronge-gorge lui-nuhiie, dont le guilleri se faisait entendre sur les buissons voisins de la loge, enhardi dans sa familiarité par les largesses du vieux chevalier, ne se hasardait pas dans les profondeurs du bois. Alarmé par le voisinage de l'épervier et de ses autres ennemis , il préférait les environs des habitations humaines, près desquelles, presque seul parmi toutes les tribus ailées , il a les privilèges d'une prolection désintéressée. ^^

Il y avait un véritable charme dans le silence et les divers aspects de la forêt , quand le bon docteur Rochecliffe , enveloppé d'une grande roqueiaure écarlate qui avait vu du service , et dont il se cachait le visage par habitude plutôt que par nécessité, se dirigea vers le théâtre du duel projeté : Alice , appuyée sur le bras du docteur, était couverte <uissi d'une mante pour se garantir du froid humide d'une matinée d'automne. La consultation qui les occupait semblait les rendre insensibles aux inconvénients et aux désagréments de leur marche, quoiqu'ils fussent souvent obligés de se frayer un chemin dans les taillis, à travers les broussailles, dont les perles liquides venaient imprégner leurs manteaux et en doubler le poids. Ils s'arrêtèrent derrière un buisson assez épais pour les cacher, et d'où ils pouvaient voir toute la petite esplanade sur laquelle dominait l'arbre nonuné le (Ihène du Roi. Son tronc énorme, ses branches monstrueuses et sa couronne à demi desséchée, le faisaient paraître comme un ancien champion que la guerre n'avait pas épargné, et très-propre à tigurer comme juge dans un combat singulier.

Le premier individu qui arriva au rendez-vous fut le joyeux Cavalier Roger Wildrake. Il était aussi enveloppé d'un grand manteau; mais il avait réformé son feutre puritain pour y substituer un chapeau à l'espagnole , entouré d'un galon d'or et orné d'une pliune qui paraissait avoir été longtemps exposée aux injures de tous les éléments. Pour faire oublier cette apparence de pauvreté par un air de prétention, ce castor était enfoncé sur son oreille d'une manière (UabteinenL déterminée, selon l'expression profane des Cavaliers , et précisément comme le portaient les plus diables d'entre eux.

II arriva à giands pas et s'écria tout haut : — Le premier en campagne, de par Jupiter ! et cependant je croyais (|u'Kverard me préviendrait pendant que je prenais mon coup du nuilin. Il m'a fait grand bien , ajouta-t-il en passant la langue sur ses lèvres. Eh bien, je suppose que je ferai sagement de faire l'inspection du terrain en attendant l'arrivée

de celui dont je ne suis que le second , et dont il paraît que la montre presbytérienne va aussi lentement que son pas presbytérien.

A ces mots il \)v\t sa rapière sous son manteau , et parut s'occuper à examiner tous les buissons.

— Je le préviendrai , dit le docteur à Alice à voix basse ; je vous tiendrai parole, vous ne paraîtrez pas sur la scène, nisi dUjnus vindice nodus*. — Je vous expliquerai cela une autre fois; vindcx est féminin aussi bien que masculin , ainsi la citation est applicable. — Tenez-vous bien cachée.

A ces mots il s'avança dans la clairière et salua Wildrake.

— Maître Louis Kerneguy , dit Wildrake en ôtant son chapeau ; mais reconnaissant sur-le-champ sa liiéprise , il ajouta : — Mais non, non , — je vous demande pardon , Monsieur , — plus gros , plus petit , plus vieux. — Je suppose que j'ai l'honneur de parler à l'ami de M. Kerneguy, à qui j'espère avoir aftaire dans quelques instants. Et pourquoi non surle-champ , Monsieur, — avant l'arrivée des parties principales? — un morceau pour clore l'orifice de l'c^stomac en attendant qu'on serve le dîner. — Qu'en dites-vous , Monsieur ?

— Vous voulez plutôt dire pour ouvrir l'orifice de l'estomac , ou pour y en pratiquer un autre? dit le docteur.

— Vous avez raison , Monsieur , dit Wildrake qui semblait alors dans son élément; — vous parlez fort bien ; c'est ce qui peut arriver. — Mais pourquoi vous cacher ainsi le visage, Monsieur? Je conviens que c'est l'usage des honnêtes gens dans ce malheureux temps , et cela n'en est que plus fâcheux. — Mais nous pouvons agir ici à découvert , nous n'avons pas de traîtres parmi nous. — Je vais vous donner l'exemple pour vous encourager, et vous prouver que vous avez affaire à un gentilhomme qui honore le roi , et qui est digne de se mesurer avec quiconque a porté les armes pour lui comme vous l'avez fait sans doute, Monsieur, puisque vous êtes l'ami de maître Louis Kei-neguy.

Pendant ce temps Wildrake s'occupait à détacher les agrafes de son grand manteau. — A bas, à bas, vêtement d'emprunt! dit-il, — ou, comme je devrais plutôt vous appeler ,

Rideau qui couvres Borj^ia.

A ces mots, il jeta son manlc^au par terre, et parut in cwrpo , en vrai costume de CavaliiM-, portant un pourpoint de lalVetas cramoisi plus (\[\v Fané , dont les taillades »îlaieul en tall'ctas jadis biauf. Il avait tles.

\. Si k' ili'iiiMUMiicnl n'est pas iliijnp il'mi iifisiiiiniii/c hiiiior/unl.

culottes de même étoffe avec des bas raccommodés en plusieurs endroits, et qui , comme ceux de Poins ' , avaient été autrefois couleur de pêche; des souliers dont la semelle mince n'était guère propre à marcher dans la rosée, et une écharpe couverte d'une large broderie tlétrie par le temps, complétaient son équipement.

— Allons, Monsieur, s'écria-t-il, — dépêchez-vous, point de paresse ! — je suis à votre service ; et vous voyez un Cavalier aussi loyal que quiconque ait jamais passé une rapière au travers du corps d'une Tète-Ronde. — Allons, Monsieur, à nos outils ! Nous pourrons pousser une demi-douzaine de bottes avant qu'ils arrivent , et leur faire honte de leur lenteur. — Oh ! oh ! s'écria-t-il d'un ton déconcerté quand le docteur , entr'ouvrant son manteau , laissa voir un costume ecclésiastique, ce n'est qu'un ministre après tout !

Cependant le respect de Wildrake pour l'église, et le désir qu'il avait d'écarter un homme dont la présence pouvait interrompre une scène qu'il voyait en perspective avec une satisfaction toute particuUère , lui tirent bientôt prendre un autre ton.

— Pardon , mon cher docteur , dit-il , je baise le bas de vos vêtements. — De par Jupiter foudroyant ! pardon une seconde fois. Mais je suis charmé de vous avoir rencontré. On vous demande à gi'ands cris à la Loge, pour marier, pour baptiser, pour enterrer, pour confesser, je ne sais pourquoi , mais pour quelque chose de très-urgent. — Pour l'amour du ciel, ne perdez pas un instant à vous y rendre.

— A la Loge ! dit le docteur, comment ! Je viens à peine d'en sortir. — J'en suis parti plus tard que vous n'avez pu y passer, puisque je vous ai vu arriver par la route de Woodstock.

— Mais c'est à Woodstock qu'on a besoin de vous. — Diable ! vous ai-je parlé de la Loge'? — Non, non, c'est à Woodstock. — Mon Hôte ne peut être pendu , — sa fille mariée , — son bâtard baptisé , — sa femme enterrée, — sans l'assistance d'un véritable ministre. — Vos Holdenough ne sont rien pour eux. — Mon hôte est un homme qui a de bons principes ; ainsi, si vous faites cas de vos fonctions , dépêchezvous !

— Vous m'excuserez, maître Wildrake; j'attends ici maître Louis Kerneguy.

— Du diable! s'écria Wildrake, je savais que les Écossais ne pouvaient jamais rien faire sans leur ministre; mais, ventrebleu ! je n'aurais pas cru qu'ils les employassent en pareils cas. — J'ai pourtant

t. Ilii (les héros cmiiiques des Chroniqnfs do Sliakspeare.

J-.i WOODSroCK.

liuiivé do bonnes pratiques (hiiis les saints oïdies, des gens qui savaient manier l'épée aussi bien que leurs livres de prières. — Vous savez quel est !e but de notre rendez vous, docteur; — venez-vous ici comme consolateur spirituel, — connue chirurgien, — ou niellez-vous jamais l'épée à la main? — çà! çà !

l-l en |)rononcanl ces derniers mots, il lit une passe avec sa rapière, sans la tirer du foiu'reau.

— Je lai fait quelquefois en cas de nécessité, Monsieur, répondit le docteur Kochecliffe.

— Eh bien , mon cher Monsieur, regardez le cas présent connue un cas de nécessité. — Vous connaissez mon dévouement à l'église. Si un docteur doué de votre mérite voulait me faire l'honneur (réchanger seulement trois passes avec moi , je me croirais heureux à jamais.

— Monsieur, dit Kochecliffe en souriant, quand je n'aurais pas d'autre objection à faire à votre proposition , il me serait impossible de l'accepter, — je suis sans armes.

— Sans armes ! — Morbleu ! c'est jouer de guignon. — Mais vous avez une bonne canne à la main; — qui vous empêche d'essayer une passe, — ma rapière dans le fourreau bien entendu, — en attendant l'arrivée des parties principalement intéressées? — Mes escarpins sont remplis de cette maudite rosée , et je crains qu'il ne m'en coûte quelques doigts des pieds , si je reste si longtemps sans leur donner de l'exercice , pendant que les autres s'escrimeraient ; car je m'imagine que vous pensez comme moi, docteur, que ce ne sera pas ici un combat de moineaux.

-- Mon intention en venant ici est d'empêcher, s'il est possible, qu'il y ait aucun combat.

— Morbleu! docteur, cela passe la plaisanterie ; et sans mon resi)rct pour l'église, je me ferais presbytérien pour me venger.

— Reculez un peu, Monsieur, n'avancez j)as de ce côté , dit le docteur ; car Wildrake , dans l'agitation de ses mouvements , causée par son désappohitement , s'approchait de l'endroit ou Alice était restée cachée.

— El pourquoi non, docteur, s'il vous plaît?

Mais s'étant avancé un peu plus, il s'écria avec un juron de surprise ; — Par tout ce qui est révérend ! un cotillon dans ce buisson ! et h une pareille heure du matin! ta ! ta ! ta! — Il exprima son étonnement par un silllement prolonge en guise d'interjection ; et se tournant vers le docteur en appuyant un doigt le long de sou nez, il lui dit : — Vous êtes malin, docteur, diablt ut malin! — Mais [loiu'quoi ne m'a\oir

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pas donné à entendre qne vous aviez là votre magasin de niarcliandises de contrebande? — Morbleu ! Monsieur, je ne suis pas homme à dévoiler les petites escapades de l'église-

— Monsieur, s'écria le docteur Rochecliffe, vous êtes un impertinent, et si le temps le permettait et que vous en valussiez la peine, je vous châtierais de cette insolence.

Et le docteur, qui avait vu la guerre assez longtemps pour joindre aux qualités d'un théologien quelques-unes de celles d'un capitaine de cavalerie, leva sa canne d'un air menaçant, à la grande satisfaction du Cavalier, dont le respect pour l'église ne pouvait l'emporter sur le désir qu'il avait de s'amuser aux dépens d'un autre.

— Prenez garde, docteur, dit-il ; si vous tenez votre canne de cette manière comme si c'était un sabre, et que vous la leviez au niveau de votre tête, en un clin d'œil ma rapière vous aura touch*'. — Et en même temps il til une passe avec sa rapière couverte de son fourreau, comme s'il avait voulu lui porter une botte, quoique sans chercher à le toucher. Mais au même instant Rochecliffe , donnant à sa canne la position de l'épée au lieu de celle du sabre, fit sauter à dix pas la rapière du Cavalier avec toute la dextérité de mon ami Francalanza '.

En ce moment Charles et le colonel Everard arrivèrent sur le champ de bataille.

— Quoi ! s'écria Everard en jetant sur Wildrake un regard de colère ; est-ce là la conduite d'un ami? — Au nom du ciel , que signifient ces vêtements qui ne conviennent qu'à un fou, et pourquoi jouez-vous ici les tours d'un baladin?

Le digne second baissa la tête sans répondre, comme un écolier surpris dans une espièglerie, et aiia ramasser sa rapière, jetant un coup d'œil en passant vers le buisson pour tâcher d'entrevoir une seconde fois l'objet caché qui excitait sa curiosité.

Pendant ce temps, Charles, encore plus surpris de ce qu'il voyait, s'écriait de son côté : — Quoi ! le docteur Rocheclifftï devenu htléralement membre de l'église militante et faisant des armes avec mon ami le Cavalier Wildrake ! — Puis-je prendre la liberté de le prier de se retirer, attendu que le colonel Everard et moi nous avons une affaire particulière à discuter ensemble?

L'intention du docteur Rochecliffe, en cette occasion importante, était de s'armer de toute l'autorité de ses fonctions sacrées, et de mettre dans son intervention un ton qui aurait pu imposer même à

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