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OU LE LECTEUR FAIT CONNAISSANCE AVEC UN NOUVEAU PERSONNAGE

Cependant, à l'angle du boulevard et de la rue Germain-Pilon, un vieillard blanc, bien que vert encore, allait et venait, d'un pas fébrile. Un manteau de couleur foncée l'enveloppait des pieds à la tête, et, à la lueur d'un bec de gaz fiché dans le plâtre d'un mur, au-dessus d'un bureau de tabac, les rares passants pouvaient voir des larmes échappées de ses yeux rouler sur sa barbe de neige en gouttelettes pressées et fines.

— Oh ! honte ! murmurait-il ; oh ! cruel attentat, dont mon honneur, après vingt ans, garde encore la brûlure ardente !... Quoi ? tu conserveras, cœur déçu, tendre et éternel blessé, le souvenir perpétuellement frais de ton affront ?... Quoi ? jusqu'aux portes du tombeau, tu sentiras couler doucement le sang de ta plaie incurable ?...

La neige s'était mise à tomber ; mais le vieillard, tout à sa pensée, semblait ne pas s'en être

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aperçu. Soudain, élevant vers le ciel un regard de hautain défia :

— Eh bien, cria-t-il, sois maudit ! Dieu d'inclémence, Dieu d'injustice ! toi que, depuis vingt ans, je prie en vain, toi que n'a pas su émouvoir le spectacle de ma douleur, toi de qui, depuis vingt années, j'implore inutilement le concours et l'intervention toute-puissante, demeure à jamais abhorré ! Je jette ton nom en pâture à l'exécration des générations à venir !

Comme il achevait ces épouvantables l)lasphèmes, une voix, dans l'éîoignement, chanta :

Mon oncle Agénor m'avait bien promis La peau de son derrière pour m'en fair'un habit.

l'n'ma rien donné, c'est un vieux fourneau ; J'iui prêterai mon nez pour s'en faire un couteau.

Frotte, frotte.

Petit pousse-crotte ;

Froll'-moi l'dos, Petit Dugourdeau.

Nous avons dit du vieillard qu'il était déjà blanc et vert.

Soudain il devint rouge.

— Si c'était lui !.,. murmura-t-il.

Puis, avec un affreux sourire :

— Oh ! connaître enfin cette Ennemi !... le tenir là, l'écraser de mes genoux écumants, arracher à son épouvante un aveu dans un dernier râle ! ! 1

La voix, qui se rapprochait, reprit :

Mon oncle Ildefons' d-evait me donner Pour m'en faire un'chemis' tous les poils de son nez.

Mais il a lâch' ment trompé mon espoir !... Je lui prêt'rai mon nez pour s'en faire un'passoire.

Frotte, frotte, Petit pousse-crotte ;

Frott'-moi l'dos, Petit Dugourdeau.

Le vieillard avança la tête, s'efforçant à pénétrer les ténèbres de cette nuit d'hiver.

Un promeneur attardé s'avançait les deux mains enfouies dans les poches. C'était un homme aux puissantes épaules, à la moustache grisonnante achevée en fil de fer. Il était décoré de la Légion d'honneur, et son buste roulait sur ses hanches avec ce mouvement de steam-boat particulier aux personnes qui ont longtemps porté l'uniforme.

— i\.llons ! prononça le vieillard d'une voix que lui seul entendit. Assurons-nous à l'instant même !

Et, aussitôt, bondissant hors de la ligne d'ombre, coulée du pied des maisons, qui le dérobait aux regards :

— Halte î cria-t-il. Halte-là !

Le capitaine (nos lecteurs l'ont déjà reconnu) eut un léger recul effaré.

— Eh ffit-il.

D'une voix où l'irritation le disputait au mépris :

— Oses-tu bien, reprit le vieillard, venir troubler la quiétude du lieu qui fut témoin de tes crimes ? As-tu la mémoire si courte ou le remords

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pèse-t-il si peu sur ta conscience que tu ne redoutes pas d'insulter de vociférations incongrues ces mêmes échos qui, il y a vingt ans, retentirent de cris de la victime ? Souviens-toi ! Ah ! souviens-toi !... Songe à cette nuit détestable où, dédaigneux des lois sociales, ternissant à la fois l'éclat de mon blason et la pureté 'irréprochable d'un nom que ton infortuné père avait porté avant toi, tu imprimas la plus infâme des souillures aux fastes mêmes de l'Histoire. Ai-je besoin de t'en dire plus long ? Me contraindras-tu à l'horreur de piétiner une fois encore les boues sanglantes du passé ?... Dois-je te rappeler de quel attentat monstrueux tu flétris, pour l'éternité, les mânes glorieux de Thémistocle ?

Froid mais correct, le capitaine souleva audessus de son front le chapeau haut de forme qui le coiffait, un chapeau aux ailes retroussées, larges et creuses comme des péroraisons de discours académiques.

— Une simple question, fit-il. Est-ce que vous auriez l'intention de vous payer ma figure ?

— Mais... fit le vieillard.

Il poursuivit :

— C'est parce que de deux choses l'une : ou vous êtes ivre ou vous êtes fou. Si vous êtes fou, allez vous faire soigner ; si vous êtes ivre, allez vous mettre au lit. Il est minuit et demi ; j'ai affaire ; et je vous prie de me lâcher le coude.

Le vieillard eut un rictus dont rien ne saurait exprimer l'excès de féroce ironie :

— Ne tente pas de nier, reprit-il. Tu souillas — et de quelle façon I... — le fantôme du grand

capitaine dont s'illustre l'antiquité. Mais ce ne devait être là que le point de départ d'une existence vouée tout entière à la débauche ! Pourquoi faut-il qu'aveugle aux larmes de ta mère, sourd aux justes représentations de ton aïeul expirant tu n'aies pas opposé la digue de la pudeur au flot envahissant de ta perversité précoce ? Hélas ! la soif des voluptés malsaines torturait ton cœur de damné ! Les plus infâmes appétits se jouaient, pareils à des jeunes agneaux, en ton âme, plus immonde cent fois qu'une sentine !... La coupe des plaisirs était là, offerte à ta concupiscence. Un mouvement eût suffi pour l'écarter de tes doigts !... Ce mouvement, tu ne le fis pas. Ta main s'avança, tremblante de désir, et, dix minutes plus tard, tu avais ajouté à la liste, déjà si longue, de tes crimes, la plus noire, la plus monstrueuse, la plus infâme des turpitudes : TU AVAIS ARRACHÉ MILTIADE A SES DEVOIRS !!!

Il y eut un instant de silence.

— Oui, enfin, c'est une idée fixe, déclara dou^ cément le capitaine. Eh bien ! je dois vous en prévenir, je suis un homme très patient, mais il ne faut pas abuser. Je vous répète que j'ai affaire.

— Ne m'oblige pas, reprit le vieillard, à te replacer sous les yeux la liste de tes forfaits sans nombre,

— Voulez-vous vous en aller ?

— Ne me force pas à évoquer ici le visage baigné de larmes du jeune et triste Astyanax, enlevé par ta main criminelle à la plus tendre des mères.

— Voulez-vous vous ôter de là ?

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— N'exige pas que je fasse revivre, en un tel lieu et à cette heure, les hurlements d'Anadyomède...

— Voulez-vous me laiss-er passer?

— ...les plaintes d'Héliogabale captif...

— Nous allons nous fâcher, mon brave.

— ...les cris de vengeance des Thébains...

— Pour la dernière fois, oui ou non, voulezvous...

— ...et des lamentations, si légitimes, hélas ! des Chiottes que tu massacras !!!

Le capitaine, quand le sang lui montait à la tête, devenait vert comme un poireau.

A ces mots, plus pâle qu'un linceul :

— Vous dites ? cria-t-il. Vous dites ?

— Je dis, expliqua le vieillard, que les infortunés habitants de l'île de Chio...

Mais il n'en put dire plus long.

— Moi !... j'ai massacré des chiottes ! hurla le capitaine, ivre de rage. l\îoi, j'ai massacré des chiottes !... Ça, par exemple, c'est trop fort !...

Les yeux lui sortaient de la tête, à l'évoqué de cette extravagante boucherie. Il perdit, du coup, toute mesure, et, envoyant à un demi-mètre derrière soi cette main qui avait tant de fois indiqué aux soldats le chemin de la gloire, il la ramena, grand ouverte, sur le visage du vieillard.

Dans le silence de la nuit, le vieillard sonna comme un gong.

Il fléchit sous le coup. Puis, s'étant redressé :

— Je me suis trompé, déclara-t-il sur le ton de la plus extrême politesse : vous n'êtes pas celui que je cherchais. Veuillez agréer mes excuses.

A cette déclaration inattendue :

— Qui donc êtes-vous, homme étrange ? questionna le capitaine d'une voix où balbutiait l'angoisse.

L'inconnu fît un pas en avant et, fixant sur les yeux de son interlocuteur ses yeux, que le^ pleurs et les veilles avaient comme enfoncés au fond de leurs orbites :

— Vous voulez le savoir ? fit-il.

— Oui.

— Vous l'exigez ?

— Je l'exige.

— Prenez garde à ce que vous me demandez !... Dieu ne veut pas qu'on viole ses secrets î...

— Je ne crois pas en Dieu.

— Malheureux !...

— Je ne crois pas en Dieu, vous dis-je !

— Craignez du moins.

— Je ne crains rien. La peur, vieillard, m'est inconnue.

Le vieillard soupira longuement.

— Soit î fit-il, qu'il soit fait selon votre désir. Et, s'étant penché à l'oreille du capitaine, dont

le cœur battait à se rompre :

— Apprenez toute la vérité, prononça-t-il avec une solennelle lenteur : je suis le vidame de Buthenblant î...

— Le vidame de Buthenblant !!!

— Lui-même,

Le capitaine poussa un cri terrible et s'évanouit.

Quand le capitaine reprit ses sens, l'étrange vieillard s'éloignait, en fredonnant une chanson anglo-française :

Il commence à se fair' tard, Twinkle, twinkle, little star !

Il commence à se faire tard, Regagnons la ru' Mouff'tard.

Lorsque le petit point noir qu'il ne tarda pas à devenir se fut confondu avec les brumes vespérales, le capitaine alluma un demi-londrès et poursuivit sa route dans la direction de la place Blanche.

Il était environ minuit et demi, et, — ne craignons pas de le dire, — le ciel était clair comme une lame de sabre.

Quelques bicyclistes attardés passaient, aussi rapides que des sylphes, égrenant le long des trottoirs leurs petits grelottements stupides.

Le capitaine atteignit sans encombres le n'' 101

du boulevard de Clicliy, et, comme il levait les yeux par le plus grand des hasards, ou peut-être même pour vérifier si la petite étoile persistait à (( twinkler » ainsi qu'elle y avait été si galamment invitée, il vit de la lumière aux fenêtres du premier étage.

— Tiens 1 pensa-t-il, les Bigorneau ne sont pas encore couchés.

A ce premier étage du 101 demeuraient, en effet, Tancrède Bigorneau, son ami, notaire de la Compagnie des tramways N.-N.-O., — et son épouse.

Le capitaine pensa simplement : « Tiens ! les Bigorneau ne sont pas encore couchés », — et rien d'autre.

C'était un de ces hommes tout ronds qui constatent sans approfondir.

Il eût pu, évidemment, déduire de cela que, sans doute, les Bigorneau étaient allés se divertir aux Gaietés de V Escadron, ou qu'ils avaient dîné en ville, ou que M""^ Bigorneau brodait quelque pantoufle, tandis que Bigorneau achevait un travail pressé.

Mais aucune supposition de ce genre ne lui vint, et il se borna à murmurer :

— Tiens ! les Bigorneau ne sont pas encore couchés !

Si quelqu'un l'avait croisé en ce moment, ce quelqu'un, à moins d'être sourd, eût pu l'entendre murmurer les paroles en question ; — mais, personne n'étant passé, nul ne les entendit.

En ce cas, direz-vous, comment savez-vous qu'il les prononça ?

Ceci est notre affaire. Nous l'avons su d'une façon ou d'une autre...

Nous autres, romanciers naturalistes, nous avons à notre disposition des procédés spéciaux qui nous permettent de nous procurer sans difficulté les renseignements les plus volatils.

Mais ce n'est pas le moment de parler de cela.

Tout ce que nous pouvons vous confier (à la condition, toutefois, que vous n'en disiez rien à personne), c'est que, ces paroles proférées, le capitaine allait mettre le cap sur le Moulin-Rouge, dont les pourpres tournoyantes semblaient le fasciner, lorsque, soudain, une des fenêtres du premier étage s'ouvrit.

Une dame en peignoir mauve parut sur le balcon, et :

— Psitt ! fit-elle.

Elle fit « psitt » une seconde fois, et le capitaine, après un instant d'hésitation, constata que ce (( psitt » s'adressait bien à lui — car il était le seul personnage vivant actuellement en scène sur l'Extérieur.

— Eh bien? souffia-t-il.

— Il est parti, répondit la dame mauve, il a pris le train de onze heures quarante-sept. Tu peux monter...

Le capitaine ne se le fît pas répéter deux fois, et, cependant que, l'index de la main gauche sur la bouche, la dame en mauve refermait silencieusement la fenêtre, il sonna.

II doubla la loge du concierge en poussant un grognement vague et grimpa.

Grimpons, légère, légère, Grimpons légèrement !

La porte de l'apparlement s'ouvrit, et, dès qu'il fut dans le vestibule, deux bras parfumés et nus entourèrent son cou d'un vivant cacbe-nez.

L'ascension rapide qu'il venait d'accomplir ayant provoqué cbez lui une légère quinte, la dame murmura :

— Si vous toussez, prenez mes lèvres vermeilles I

Il les prit.

Mais, presque aussitôt, il fut sevré de leur ambroisie. L'enivrant cacbe-nez se dénoua, et la dame demanda :

— Tu as donc fait couper ta barbe, mon chéri ?

N'ayant obtenu aucune réponse, elle entraîna son hôte dans la chambre à coucher, et, lorsqu'à la lueur de la petite lampe nickelée elle aperçut les traits martials de celui qu'elle avait appelé <( son chéri », elle devint pâle comme la nappe sur laquelle nous écrivons ces lignes.

— Vous ici, capitaine ? s'écria-t-elle.

— Moi-z-ici, fît-il, moi-z-ici.

Puis, ayant relégué son chapeau sur la cheminée, tranquillement il ôta sa redingote.

— Que faites-vous? demanda M"^ Bigorneau.

— Je retire ma redingote.

— Pourquoi ?

— Parce que, si je ne la retirais pas, il me serait absolument impossible d'enlever ensuite mon gilet.

— Vous avez donc l'inlention d'ôter votre gilet ?

— Mon gilet et le reste, déclara-t-il.

— Dans quel but ?

— Dans l'unique but de ne pas prendre un repos que j'ai cependant bien gagné.

Ceci dit, il se débarrassa de son gilet, déposa sa montre sur une console et joncha le sol de sa cravate ; puis, ayant pris place sur le canapé oii M^e Bigorneau s'était assise :

— Un beau temps ! fit-il.

Elle ne répondit rien.

Il reprit :

— Alors ce bon Bigornel nous a quittés. Encore une partie de pêche, sans doute... Il a pris le train de 11 heures 47. Bonne affaire. Excellente idée. S'il fait ce temps-là demain, Bigorneau prendra beaucoup de poisson.

Comme elle ne répondait toujours rien, il leva les yeux au plafond et répéta :

— Quel beau temps !

]yjme Bigorneau parut alors émerger de la profonde stupeur dans laquelle elle s'était laissé choir.

— Capitaine, dit-elle, vous devriez vous en aller... votre conduite n'est pas celle d'un galant homm>e.

— Comment ? fit-il, je passais tranquillement sur la voie publique... Vous m'avez appelé. Vous m'avez dit : «. Bigorneau est parti. Viens ! » Je suis venu. J'ai pensé que la solitude vous effrayait, que vous ne pouviez supporter l'idée d'être seule dans cet appartement, à la merci des

voleurs et des assassins, que le craquement des meubles vous épouvantait... J'ai eu pitié de vous, et, en dépit des mes nombreux rendez-vous d'affaires, je suis monté. ^' 'est-ce pas le fait d'un galant homme ?

— Vous arrangez les choses à votre façon, dit-elle.

— Et à la façon de Barbari, mon ami et mon maître, rétorqua-t-il, en lui entourant la taille de son bras.

Il continua :

— Si ma présence vous ennuie, pourquoi diable m'avez-vous hélé ?

— Votre présence ne m'ennuie pas absolument ; mais je dois vous dire la vérité. Ce n'était pas vous que j'appelais. La forme de votre chapeau m'a trompée : je vous ai pris pour un autre, et cet autre est mon amant. Vous me l'avez fait rater : il a dû passer quelques minutes après vous, et, ne me voyant pas, il sera rentré chez lui... Voilà pourquoi je suis si furieuse.

— Il n'avait qu'à être exact, répondit le capitaine, et, puisqu'il n'est pas venu, je le remplacerai. Je crois, du reste, qu'il est préférable que vous trompiez Bigorneau avec un vieil ami comme moi... En tout cas, il est absolument nécessaire que vous le trompiez. Si vous ne le trompiez pas, il ne prendrait rien, et vous seriez le dindon de la farce, puisque vous adorez la friture...

Elle sourit et se leva. Ses cheveux blonds en profitèrent pour se répandre en nappes dorées sur ses épaules, tandis que son peignoir, trouvant

roccasion unique pour un tel exercice, se mettait à bâiller éperdument.

— Vous êtes la plus gracieuse créature que je connaisse, dit le capitaine, et vous paraissez douée du plus délicieux caractère qu'on puisse souhaiter. Je vous adore...

— Vous m'adorez ? Elle est bonne !... Mais vous ne songiez même pas à moi il y a un quart d'heure...

— C'est exact. Il y a cinq minutes, mon âme était vide de vous — et, maintenant, votre image est à jamais installée sur la cimaise de mon cœur.

— S'il en est ainsi, dit-elle, je renonce à vous expulser.

Elle toussa légèrement et poursuivit :

— Ma physionomie vous plaît, et mon caractère vous semble bon. Mais, en vérité, que ditesvous des jambes que voici ?

Elle retroussa son peignoir jusqu'au genou et découvrit une paire de mollets dignes de notre Académie nationale de musique :

— Que dites-vous de ça, capitaine ?

— C'est exquis.

— Le Créateur, en effet, n'a pas oublié de me garnir les tibias, fit Élise Bigorneau.

Puis, sur une nouvelle manœuvre de jupes — prenons un ris, prenons-en deux ! — elle ajouta :

— Mais il n'a rien négligé non plus pour l'agrément de mes fémurs.

— Jamais fémurs ne furent plus divinement adornés, répondit le capitaine, et je ne crains pas

de leur décerner hautement ici le titre de cuisses.

— Mes jambes vous agréent, continua la charmante Jeune dame, et mon visage ne vous est point antipathique ; mais si vous voulez a^ous donner la peine de promener une main distraite sur mon corsage, ici, au-dessus du cœur, j'ose espérer que vous serez également satisfait.

Elle lui prit la main et la glissa dans l'échancrure du peignoir...

Au contact de cette chair fraîche et souève, le capitaine devint rouge comme ime grenade.

— Élise, rugit-il, soyez à moi ! Il faut que vous soyez à moi sur-le-champ.

Elle se dégagea :

— Je suis à vous dans une minute, dit-elle simplement.

Et elle disparut dans le cabinet de toilette.

PÎFTvRE VEBER

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