A LA RECHERCHE DUNE AME SOEUR
à la porte de droite. Il sonna deux fois, trois fois, quatre fois. A la fin, des pas glissèrent derrière la porte, qui ne s'ouvrit point, et une voix cria :
— Qui êtes-vous ?
Il dit son nom.
La voix demanda :
— Est-ce pressant ?
Et comme le capitaine, mterloqué, ne répondait pas, la voix continua :
— Le docteur est malade. Il ne peut pas se déranger.
Et les pas s'éloignèrent.
Le capitaine jeta une nouvelle adresse au cocher : 76, rue de Trévise. Chemin faisant, il scrutait toutes les boutiques encore ouvertes, épiant les doubles fonds possibles. Mais rien d'assez précis ne pouvait lui permettre une démarche quelconque.
Rue de Trévise, la maison était sombre. Toutes les fenêtres dormaient. L^ capitaine n'osa monter, crainte d'une méprise nouvelle.
Alors il acheta un journal et consulta les petites annonces équivoques de la dernière page : Madame Paddy, leçons d'anglais, 39, rue Montholon. A l'adresse indiquée, au troisième étage, il y avait une fenêtre éclairée. Le capitaine monta au troisième. Après le premier coup de sonnette, un vieillard vint lui ouvrir.
— C'est bien ici que demeure AP® Paddy ?
— C'est bien ici ; mais que voulez-vous? demanda le vieillard avec un fort accent allemand.
— Je désirerais prendre une leçon d'anglai«.
— Ce n'est pas l'heure. M™^ Paddy est en train de se coucher.
— Raison de plus, fît observer le capitaine. Sans comprendre, le vieillard alla prévenir
M"^ Paddy. Le capitaine, ému, attendait dans un petit salon. M""^ Paddy apparut enfin, avec des tire-bouchons gris aux tempes et un peignoir usé.
— Faites-moi donner une leçon d'anglais, dit le capitaine, avec une impatience toute militaire.
— Je vous en donnerai moi-même, dit la vieille dame ; mais le matin, de neuf heures à midi, et, l'après-raidi, de deux à sept heures.
— Ah ! fit le capitaine, vous donnez vraiment des leçons d'anglais ?
— A votre disposition, dit la vieille dame. Venez demain à neuf heures.
— Je vous remercie, dit sèchement le capitaine. Je sais parfaitement l'anglais.
Il ajouta, furieux ;
— On n'annonce pas qu'on donne des leçons d'anglais quand on donne véritablement des leçons d'anglais.
Et il s'en alla, laissant les deux vieillards un peu surpris.
Le capitaine, en remontant dans sa voiture, était fort désappointé. De guerre lasse, il résolut de se rendre dans une maison publique.
Il se rappela qu'il avait passé jadis des moments assez convenables dans une petite maison plate, sise au coin de la rue de Steinkerque et du boulevard Rochechouart. Il donna cette adresse au cocher. « J'aurais dû commencer par là », se dit-il avec satisfaction, durant que la voiture