NT III S
réhémentet apostrophes, <le reproches grondants, de <iis, de sanglots et d'une abondante pluie <!<•
larmes.
« Ali î mon ami, que tu es pen généreux! Qu'il est cruel <le me méconnaître à ce point ! »
Xanthis, en parlant ainsi, avait la roii mouillée, les yeux brillants, les seins encore doucement agités, et toute sa personne dégageail la volupté moite et languissante des fins d'orale.
i<: musicien lui demanda ' pardon, la consola comme un enfant, la supplia d'oublier ses écarts de langage, et ils s'embrassèrent le plus tendrement.
Puis, comme il attaquait un brûlant appassioiiato, brusquement elle déclara qu'elle se sentait
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trop souffrante, à la suite sans doute de ces grosses émotions, et, bien avant l'heure accoutumée, malgré les instances réitérées de son ami, elle se retira
C'est le lendemain seulement qu'elle regagna son socle.
làs lors, elle fut parfaitement heureuse.
^^ Rien n'est plus digne d'admi-
ration qu'une existence harmonieusement combinée, et dont le délicat équilibre assure le jeu régulier des complexités de notre nature; précisément le sentiment de l'ingéniosité déployée et des difficultés chaque
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jour résolues donne à la vie un ragoût incomparable, et jamais Xanthis ne s'était sentie plus délicieusement vivante.
lle aspirait par tous les pores cette douce lumière du jour, dont parlent les poètes de son pays ; jamais son teint n'avait été plus éclatant, ses cheveux plus dorés, ses formes plus pures.
« Elle est exquise, disait le marquis.
— Unique, faisait le musicien.
— Divine !
— Idéale î »
Et tous deux s'échauffaient d'un mutuel enthousiasme, pendant que l'imperturbable faune, adossé à un chandelier voisin, les regardait tour à tour, en tortillant les vrilles de sa barbe courte.
Et quand, le soir, de retour chez elle, elle récapitulait, tout en dénouant ses tresses pour la nuit, les distractions de la journée, elle ne laissait
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l»;is qu6 déprouver «|ii<'l<iii<k amour propre, et| après avoir, suivant une exemplaire habitude, adressé sa prière à la bonne Axtémis, patronne des chorèges sacrés, elle s'endormait, sa jolie tête
sur son Lias replié,
dans un léger soupir
(le reconnaissance envers les dieux.
h ! chère Xanthis, cette
exceptionnelle faveur dont ils \ous gratifiaient, vous ne sûtes point encore assez l'apprécier dans toute son étendue. Certes, vous aviez attelé à votre char le marquis, protecteur entre tous distingué, le musicien, âme éperdument exquise, le faune, robuste complémentaire, et votre existence était si bien aménagée que ces divers rapports s'emboîtaient exactement l'un dans l'autre, comme les pièces d'un meuble rare, fait par un irréprochable artisan ; mais tant d'heu-
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reuses conditions réunies auraient dû vous avertir que vous touchiez au comble de l'instable, et qu'une seule distraction, qu'une seule parole imprudente, qu'un seul geste faux ferait tout écrouler. Manquiez- vous donc de tact, Xanthis ? Bien au contraire. Quoique simple petite danseuse grecque élevée parmi les cultes faciles de la mer Egée, vous aviez su bien vite vous façonner à de nouvelles exigences. Qu'il s'agît de se plier aux volutes contournées du marivaudage, ou de s'abandonner toute frémissante au souffle emporté de la passion romantique, les pantomimes sentimentales les plus diverses trouvaient en vous une interprète toujours avisée.
on, dois-je le dire, ce qui vous perdit, ce fut cet esprit pervers qui souffle au cœur des femmes les caprices les plus inattendus, et propose à leur vertu, en des
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heures biiarres, les plus inquiétants paradoxes. Parfois l'illogisme même de ces fautes (presque toujours d'insipides manques de ;;«>'", parvient ;i sauver les malheureuses <jni s'en rendent coupables. Car leur rapidité à les commettre n'a d'égale que leur facilité à les oublier. Hélas! une telle impunité ne vous rut point accordée, et votre inadvertance devait, on causant
votre propre ruine, précipiter vos malheureux amis dans les catastrophes, je le proclame, les plus imméritées...
oh i pourtant comment l'affreuse chose arriva.
Une nuit, le faune qui attendait Xanthis fut étonné de ne point la voir paraître à l'heure accoutumée. Jl patienta un moment, mais la demie de minuit sonna, et Xanthis ne vint pas. Un autre eût cherché à donner à cette absence une explication plausible et rassurante à la fois pour sa tendresse
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ou pour sa dignité, et fût ainsi facilement venu à bout des fâcheuses minutes. Mais le faune avait peine à faire tenir deux raisonnements debout; les faits seuls existaient pour lui; il n'en lâchait un que pour s'accrocher aussitôt à l'autre.
Aussi, à bout de patience, se mit-il délibérément à la recherche de Xanthis.
Il avait à peine fait vingt pas, et tourné le coffret de bois de rose qui formait l'angle de la vitrine, qu'il l'aperçut.
Hélas ! c'était sur les genoux de l'odieux magot qu'elle était assise. Un fou rire la secouait; et le vilain bonhomme, gloussant plus fort que jamais, chiffonnait de ses gros doigts boudinés le péplum d'azur dont les beaux plis semblaient souffrir. Ah! ce ne fut pas long. Un rugissement se fit entendre, dont frémirent les vitres, le faune leva son poing de bronze, et paff!... la petite danseuse de Tanagra, sans même jeter un cri, se cassa en mille morceaux.
Ainsi finit Xanthis, aux cheveux couronnés de
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\ iolettes, la blonde enfant de Crissa, féconde <'n rignes, ceinte |><»r la mer retentissante.
Ainsi fut punie par l'inexorable Destin l'inconséquence d'un instant
\insi fut brisée d'un seul coup la jolie Ni«-. si galante, si passionnée, si heureuse.
Dès le lendemain, en signe de deuil, tous les petils Amours de la vitrine revêtirent une écharpe noire; les éventails à demi refermés se voilèrent de crêpe ; la Kermesse de Van Ostade fut interrompue.
outes les pierres précieuses des bagues, des agrafes, des colliers éteignirent leur éclat.
Les flacons ciselés, receleurs d'essences rares, s'ouvrirent d'eux-mêmes pour offrir à la petite àme antique l'hommage des suprêmes parfums ; et même la chasse de saint Trophime, qui représentait la basilique d'Arles,
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attendrie par la désolation universelle, fit entendre un petit glas d'or plaintif.
a fatale nouvelle s'était répandue avec la rapidité de l'éclair; dès qu'il l'apprit :
« Ah! chère infortunée, s'écria le marquis, toi seule donnais du prix à ma vie. Dans les grâces de ton commerce, j'arrivais à tromper l'ennui des heures si lourdes. Que faire de mes jours à présent? Irai-je porter dans les glaces de l'hiver des feux désormais sans objet? Ah! Xanthis, Xanthis, ton esclave, libéré de ses fers, ne sait que pleurer sur sa liberté. »
Toute la nuit, il roula ainsi les pensées les plus affligeantes; les larmes qu'il essayait en vain
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de retenir inondaient son visage; peu ;■ |»«'n il siMiiii ses anciennes blessures se rouvrir; des
rhumatis s affreui tiraillaienl
son pied gauche* et, rers l<* matin, sa tète, sa fine tête poudrée, brusquement se décolla...
m. mm i. à la même heure, deui lions Hollandais de faïence, pansus el sensibles, ramassaient près de l'écritoire de malachite le buste de marbre, qui, frappé de défaillances successives en apprenant la mort de sa douce amie, s'était laissé tomber de son socle. Dans sa cbute, son crâne avait malencontreusement porté sur un angle de l'écritoire et s'était fendu.
« Le pauvre jeune homme! dirent les charitables faïences, le voilà fêlé pour toujours! »
... Devant Xanthis en miettes, le faune était resté béant de stupeur. Quand il comprit, il tomba lourdement sur les genoux et, poussant des
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hurlements terribles, s'abandonna au plus sauvage désespoir. Cependant l'indignation dans la vitrine était montée à son comble contre lui, et tous réclamaient le châtiment d'un crime aussi abominable. Ce châtiment ne se fit pas attendre.
quelques jours de là un grand vieillard qui ressemblait assez au marquis vint jeter un coup d'œil sur ses bibelots, et, s'apercevant de la catastrophe, entra dans une violente fureur. Il n'eut point de peine à deviner le coupable, l'état lamentable du faune le désignait assez. Sans hésiter, il le sortit de la vitrine, et, le jour même, il s'en débarrassait à vil prix.
Dès lors commença pour l'infortuné la série des pitoyables déchéances. Il connut le cynique marchandage des ventes publiques, l'exil poussiéreux dans les coins sans lumière, l'affliction des toiles d'araignée. D'ailleurs, il était devenu méconnaissable; ce n'était plus qu'une
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chose sans \iilciir, ri il s'en alfa finir SUT Lt
trottoir dans l'infime abjection des faïence* «le > rebut, <l<k la Ferraille «'t des portrait! de
- . famille!
L,y in ri s, une telle accumulation
de désastres pourrait fournir la plus riche matière ;« d'ingénieux moralistes.
Les Dations, depuis les temps les plus reculés, s'étant obstinément complu à distiller leurs faits divers pour en extraire de la sagesse, on n'aurait, sur ce point, que l'embarras du choix. Mais il me répugnerait de me livrer à cette besogne, ayant toujours trouvé que l'usage des apborismes, surtout quand ils sont d'une solidité écrasante, constituait vis-à-vis du malheur une cruauté véritablement superflue.
Chacun pourra donc, à son gré et pour son propre compte, vérifier sur ces infortunés la jus-
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tesse des maximes qui lui sont chères. Pour moi, je préfère me recueillir et murmurer du fond de l'âme une lente prière aux Pitiés tristes et voilées. Devant la vitrine en deuil, où rayonnait hier encore Xanthis la Jolie, une mystérieuse tendresse me retient, et il me plaît de m'imaginer que ce n'est point sans intention que, mes doigts ayant touché par hasard une vieille boîte à musique, il en sortit, en petites notes grêles et lointaines comme des larmes de figurines, un air du temps passé, si doux et si touchant à la fois, qu'il semblait bien fait pour exprimer dans sa tristesse la vanité des Amours passagères et la mélancolie des fragiles Destinées.
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PHILIPPE REN01 \i;i>
ni, rue de* Sainl- P