‹ Xavier de MaistreChapitre 1 sur 34 · ISIS · texte numérisé non relu

ISIS

T%ÉVqACE

L n* est plus aujourd'hui de papiers inutiles. V étude d'une œuvre est une étude de biographie psychologique sur Vhomme que fut Vauteur.

cAussi, la moindre note qui le concerne prend-elle de droit le rang de document et^ les tiroirs secrets étant vidés .^ tant pis pour le personnage s'il n'est plus dans la pose favorable oit il avait désiré paraître.

Il n'est que trop vrai, cet implacable labeur de pénétration et d'analyse n'a pas respecté tous nos enchantements. Les dessous remontés

à la surface ont troublé bien des admirations. Ce n'est plus qu'en tremblant qu'on se prend d" enthousiasme pour un homme vu à travers la splendeur de ses livres; et la glorification des auteurs dont les écrits nous ont charmés devient un phénomène très rare. V^ous avons un peu dissous nos âmes.

L'homme dont les œuvres font l'objet de notre publication est, disons-le tout de suite, de ceux qui n'ont rien à redouter de la plus avide curiosité, et s'il eût été nécessaire d'insister sur la délicatesse de cette âme d'élite, sur sa modestie timide jusqu'à constituer un cas asseï exceptionnel d'excessive pudeur littéraire, sur sa discrète générosité, sur la réserve et le silence oii il était toujours prêt à se replier pour ne point embarrasser ceux qui s'occupaient de ses intérêts, toutes qualités qui datent d'un autre âge, rien ne serait propre à les établir définitivement comme le groupe de lettres que nous avons la bonne fortune de communiquer ici aux amis du sympathique et charmant Xavier de Maistre.

iT^ous n'avons pas à écrire une nouvelle

notice biographique sur V aimable auteur du Voyage autour de ma chambre; sa vie est asseï connue, son œuvre est dans toutes les mains, et c'est comme un repos de rencontrer l'une et l'autre au milieu d'existences plus prétentieuses et de travaux plus retentissants. ^T^ous avons désiré, tout simplement, offrir à ceux qu'intéressent les aventures des chefsd'œuvre en leurs débuts, un chapitre inédit et certainement peu banal d'histoire bibliographique et littéraire.

Quoiquen pareille matière il faille se méfier des affirmations trop absolues, nous croyons ne point exagérer en qualifiant de rareté le recueil que nous publions. Ce sont les lettres et les pièces diverses échangées à propos de la première édition complète — première édition d'ensemble serait un terme plus juste — des œuvres de Xavier de zMaistre, parue en 1825" à Taris chei T)ondey-T>upré et Tonthieu, en trois tomes grand in- iS. Il est déjà asseï difficile de rencontrer un dossier de ce genre. c4 celui-ci rien ne manque, pas même le traité, pas même les reçus, pas même la

liste des destinataires des exemplaires offerts; mais ce qui, sans parler de Vintérêt attaché à la personnalité de Xavier de Maistre,/aif à ce dossier une piquante originalité, c\st son allure vivante et franche, l'imprévu, Vépisode, un cahier égaré et retrouvé, le choc des avis, la note comique dans telle appréciation sur la valeur des manuscrits. Celte correspondance est donc plus qu'une simple négociation commerciale; le cœur et l'esprit des hommes qui l'ont échangée, lui ont imprimé un plus haut caractère.

Sans être des inconnus, ces hommes — Xavier de zMaistre excepté — ne sont pas des célébrités. Seul le bibliothécaire de six pieds, Valéry, le bon géant qui arrive pour dénouer d'un mot les situations embrouillées, a son nom dans les dictionnaires. Il fut sous Charles X conservateur des bibliothèques de la couronne et, sous Louis-Thilippe, bibliothécaire du palais de Versailles; il a écrit des récits de voyages estimés, mais pour nous un de ses meilleurs titres restera la belle confiance inébranlable et active, qu'au milieu de Vinquié-

tude et de Vhésltation, il n'a cessé de témoigner au succès de l'œuvre de Xavier de cMaistre.

'Le baron de Mareste n était pas à proprement parler un écrivain ; il ne faisait guère que du journalisme intermittent, mais Jamais homme plus serviable n'eut dans le monde des lettres de plus illustres amis. Lamartine, Stendhal qui lui écrivait presque chaque semaine et, par époques, presque chaque jour pour le charger de mille démarches, et qui ne manquait pas de l'égratigner à l'occasion, iSMérimée, le voyageur Jacquemont savaient mettre à V épreuve sa bienveillance inépuisable et connaissaient le chemin du bureau des passeports qu'il dirigeait pendant la Restauration à la préfecture de police. Ce fut à sa réputation de complaisance bien acquise qu'il dût d'être choisi pour trouver un éditeur à Xavier de zMaistre, avec qui il avait eu, du reste, dans sa jeunesse, quelques relations. c4 ses autres qualités le baron de éMareste joignait l'esprit d'ordre. Cest lui, en effet, qui a formé soigneusement la collection que nous publions ; et qui même.

pour ne point laisser de lacunes, a pousse' la prévoyance jusqu'à y classer les brouillons de ses propres lettres.

C'est à une lettre de Xavier de éMaistre lui-même à zM. Edouard Diodati de Genève que nous renverrons (voir l'appendice) ceux qui désireraient quelques détails sur le "Baron de Vigner, le fils de sa sœur zMarie-Christine, l'ami de Lamartine. U^ous nous bornerons ici à remarquer que c'est le Baron de Vignet qui donne la note gaie. Tout en témoignant pour son oncle la plus vive affection, tout en s' associant à la bonne action discrète à laquelle, comme on le verra, Xavier de zMaistre veut participer par la vente de son manuscrit, c'est lui le moins admiratif, le plus inquiet. Le souci de la réputation littéraire de son oncle va jusqu'à lui inspirer des jugements sévères et entêtés que la postérité n'a pas ratifiés. L'Expédition nocturne lui parait si franchement mauvaise qu'il offre de son argent, pour en arracher le cahier aux éditeurs heureusement secondés dans leur résistance par l'homme de foi, le bon cM. Valéry.

Sans apporter à l'histoire littéraire aucune révélation capitale, il se pourrait, cependant, que la publication de ces lettres ait pour résultat un examen nouveau de quelque détail intéressant. L'attitude de Madame de Duras, par exemple, ne nous y apparaît pas aussi dédaigneuse que Sainte-'Beuve nous la représente. "Bien au contraire., c'est elle qui anime le -[èle de Valéry, dépêche son libraire, s'emploie, enfin, à un succès, dont ici au moins, il serait impossible de supposer qu'elle ait douté.

C^ous ne terminerons pas sans exprimer notre gratitude à ceux qui, avec une bonne grâce parfaite, ont enrichi de leur concours cette publication : zM. de Buttée, le petit-fils de Jeanne-Françoise de éMaistre, à qui nous devons le beau portrait inédit en costume militaire russe, reproduction d'une aquarelle conservée au château de 'Borgo près de Turin; et zM. A. Perrin de Chambéry qui a bien voulu distraire de l'ouvrage considérable qu'il prépare sur les écrivains de Savoie, la bibliographie des œuvres de Xavier de cMaistre ; étude si documentée et si fournie qu'il ne

nous semble pas Téméraire de la qualifier définitive ei digne par conséquent d'être classée. Xavier de zMaistre ne tolérait, en fait de préfaces^ que les très courtes introductions. Sans consentir à cette réserve, qui cfiej lui a/lait jusqu'au goût de V effacement, nous ne le trahirons pas davantage, oiussi bien ni son auvre, ni sa vie ne sont motifs à pesants travaux critiques ; on n éclaire pas la clarté et on n'appuie pas sur la grâce.

HENRY MATSTRE.

Genève, mai 1895.

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