‹ Xavier de MaistreChapitre 20 sur 34 · L. DE V · texte numérisé non relu

L. DE V

De iM. de zMareste à zM. de oMaistre.

Paris, 13 juin 1825.

JE n'ai pas répondu plus tôt, Monsieur et cher compatriote, à votre lettre du 26 mars, parce que, de semaine en semaine, je croyais pouvoir vous envoyer la nouvelle édition de vos œwvres complètes. Or cette édition a été singulièrement retardée. D'abord nos libraires sont des paresseux , puis le Ckilde Harold de Lamartine est venu à la traverse ; puis le Sacre, puis une infinité de mauvaises raisons qui m'ont été données par MM. Dondey-Dupré, père et fils et compagnie. Mais si je ne vous ai pas répondu, j'ai fait tout ce que vous demandiez et c'était l'essentiel. On a retranché à la fin du vingt-sixième chapitre du Voyage les quatorze dernières lignes sur la mort de Raphaël. Le que a dû rester car le quatrième chapitre était déjà imprimé, à la réception de votre lettre. La préface de l'édition Delaunay a disparu; M. Valéry l'a remplacée par un avertissement. Je vous trouve beaucoup trop sévère pour le trente-sixième chapitre du Voyage. Soit que j'aie la manche large, ou que je ne comprenne pas, il ne m'a point paru aussi graveleux (.'') que vous voulez bien le dire. Je ne suis plus de mon avis, ni de celui de Vignet sur V Expédition. Je l'ai lue imprimée ; elle m'a fait le plus grand plaisir.

En somme, je crois que notre édition aura un succès pyramidal; c'est le mot consacré. Les nouvelles Kascambo et Prasco^-vie sont admirables. Je vois déjà flamber à l'Ambigu-comique, dans un mélodrame, la barbe du vieux Tchitchens. C'est le complément de la réussite d'un roman.

Maintenant, gardez-vous bien d'en rester-là. Il est impossible que vous n'ayez pas quelque autre nouvelle dans votre tiroir. Envoyez-la moi et j'en tirerai bon parti. Nous ferons autant d'éditions d'œuvres complètes que vous le voudrez. Notez bien que vous pourriez battre monnaie avec ce que vous appelez des bagatelles. Nous avons ici une légion d'auteurs de gros volumes qui ne jouissent pas de cet avantage.

On m'assure que tout ce qui s'imprime à Paris se vend à Pétersbourg au bout de trois mois. Si cela est, je vous recommande, en fait de publications nouvelle.s, le Théâtre de Clara Gazul, prétendue traduction de l'espagnol ; c'est l'œuvre du jeune Mérimée, fils du directeur de l'Académie des Beaux-Arts, et le premier essai dans le genre romantique qui ait été fait à Paris.

^histoire des ducs de Bourgogne, de M. de Barante, celle des Normands, par Thierry, la Physiologie des passions par le docteur Alibert, voilà ce que nous avons de plus remarquable pour le moment. Les livres de M^^e de Genlis, surtout ceux du comte de Ségur, peuvent amuser, mais ils sont un peu longs...

Ici se termine la série des pièces intéressant directement V édition de 1825'. CN^ous croyons être agréable à nos souscripteurs en ajoutant deux lettres relatives à l'édition de 1828. Dondey-Dupré^ 2 vol. in-S. grav., et une autre relative au manuscrit de Xavier de cMaistre sur la peincure. — L'ordre des dates place celle-ci la première.

"De éM. de Vignet à zM. de zMareste.

Bruxelles, le 17 juillet 1827.

JE vous reviens de loin, mon cher Mareste, pour vous demander de vos nouvelles et me rappeler à votre bon souvenir 5 et c'est mon oncle le Lépreux, qui m'en fournit l'occasion. Il m'a écrit qu'un M. de Pollîer qui a récemment épousé une riche comtesse de SchouvalofF, cousine-germaine de ma tante et avec lequel il vient de voyager en Italie, se chargera de son manuscrit sur la peinture. Ainsi tant mieux 5 ce sera autant de débarrassé pour nous. Si vous n'avez encore pris à ce sujet aucun engagement, faites-moi l'amitié d'envoyer ledit manuscrit à M. le comte de Pollier, rue de Monsieur, n" 8, à Paris, en demandant un reçu de la personne à qui il sera remis. Me voici établi dans un joli appartement sur le Parc et sinon heureux au moins tranquille. Il n'y a presque personne à Bruxelles. Ma grande ressource est le comte d'Agoult dont le caractère et l'esprit me plaisent également. Vous pouvez penser que nous parlons bien souvent de vous et avec une grande amitié.

Adieu, mon cher Mareste; la poste part d'ici à dix heures et demie et le bureau est à une demi-lieue de chez moi. Les postes d'arrondissement sont un confort encore ignoré ici. Aimez-moi et comptez sur moi en tout et partout.

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