‹ Xavier de MaistreChapitre 21 sur 34 · L. DE ViGNET · texte numérisé non relu

L. DE ViGNET

Refu du paquet concernant l'ouvrage de M. de Maistre sur la physique des couleurs. Paris, 20 août i8z7. Signé pour M. te comte de Pallier, son valet de chambre.

Joseph Gindre.

Ve éMzM. VondeyVupré à SM. de zMareste.

26 avril 1828.

Monsieur le Baron,

MONSIEUR le comte Xavier de Maistre avec qui nous avons eu l'honneur d'échanger quelques lettres grâce à vos obligeantes instructions, nous écrit, en réponse à la demande que nous lui faisions de nous donner quelques matériaux pour une préface à mettre en tête d'une belle édition in-8° que nous projetons : « Si le baron de Mareste voulait se charger de cette préface, personne ne pourrait mieux que lui remplir à la fois vos vues et les miennes et je vous prie de le lui proposer en me rappelant à son souvenir, »

Nous n'avons pas besoin de vous dire, Monsieur, combien il nous serait agréable de vous devoir ce nouveau service. Veuillez nous faire savoir ce que vous en pensez et si nous pourrions compter un peu dessus. Vous auriez six semaines et même deux mois devant vous. Dans les beaux jours où nous allons entrer l'air de la campagne que vous visitez sans doute et le calme des champs vous donneront toute facilité.

Nous avons l'honneur d'être avec notre considération distinguée.

DONDEY-DUPRÉ & FILS, 47 bis, rue Richelieu.

Ve cM. de cMareste à oMzM. Vondey-Vupré.

Bronilllon s. d.

Monsieur,

JE regrette bien sincèrement de ne pouvoir remplir vos intentions et celles de mon compatriote M. de Maistre. Pour faire une préface qui offrît quelque intérêt, il faudrait avoir des détails un peu circonstanciés sur la vie de l'auteur qui n'a jamais mis le pied en France, sur ses opinions littéraires, sur ses projets, etc., etc. En somme, il faudrait pouvoir dire quelque chose. Or, quelle que soit la confiance que veut bien me témoigner M. de Maistre, il n'est pas moins vrai que je n'ai avec lui depuis 1799 d'autres relations que celles que vous connaissez. Je l'ai quitté à Turin à cette époque j il partait pour la Russie et moi pour la France. Je suis resté vingt-deux ans sans rapports avec lui. Je pourrais bien tout comme un autre faire des phrases bonnes ou mauvaises sur le genre des ouvrages de M. de Maistre, je pourrais parler de l'admirable simplicité de son style, du caractère de vérité qui le distingue, je dirais qu'il est assez extraordinaire qu'un étranger qui n'a jamais mis le pied en France ait en France un si beau succès, mais tout cela ne

ferait pas une bonne préface

Mareste.

oATTEUHi'DlCE

Lettre inédite de Xavier de zMaistre à zM. Edouard 'Diodati à Genève.

Castellamare, 30 juillet 1856.

Monsieur,

INE dame russe qui part pour Genève, veut bien se charger de vous faite tenir cette lettre. Je profite de l^cette occasion sûre pour vous envoyer les observations sur le temps que je vous avais annoncées sans avoir une intention bien déterminée de vous condamner à les lire j mais, puisque vous avez eu l'amabilité de m'en faire ressouvenir dans votre dernière lettre et de me les demander, les voici, recommandées non point à votre indulgence, mais à votre patience. C'est la première fois que je me suis occupé de recherches métaphysiques et vous vous en apercevrez aisément, mais elles au-

ront un résultat utile pour moi, celui de me donner une occasion de me rappeler à votre souvenir et de vous demander de vos nouvelles.

Je crois vous avoir déjà dit que enfin le mariage de Mlle Yvanoff a eu lieu sous de bons auspices et que le jeune ménage est fort heureux; nous le gardons auprès de nous jusqu'à notre départ pour la Russie, en sorte qu'il n'y a point eu de séparation, circonstance qui accompagne et nuit toujours plus ou moins au bonheur des familles dans ces occasions. Mon projet est de passer encore deux ans en Italie : à cette époque, mon fils aura seize ans accomplis, et il doit retourner dans sa patrie pour y commencer une carrière quelconque, ou, du moins, pour s'y disposer. Je ne me cache pas que ce projet pourrait bien être chimérique quant à ma personne, car à l'âge avancé où je suis, un projet à exécuter dans deux ans est bien chanceux, mais ce n'est pas mon affaire. Je fais mes plans comme si j'avais trente ans, persuadé que Dieu les arrangera et les corrigera selon sa sainte volonté que je bénis d'avance. S'il m'accorde de vivre jusquelà, j'ai en perspective de revoir en passant mes amis à Gênes, Turin, Chambéry et Genève; vous serez le dernier que je saluerai, après quoi,je disparaîtrai pour toujours dans les brouillards sombres du nord en disant mon in manus. L'intérêt qui aurait pu me retenir dans ma patrie s'est affaibli. Dans les dix ans que j'ai passés après avoir quitté la Russie, deux sœurs et un frère qui me restaient m'ont précédé et m'ont laissé seul de ma génération comme une feuille unique qui tient encore à l'arbre desséché en hiver. J'attends le

coup de vent qui doit m'emporter avec les autres. Ces réflexions mélancoliques ne m'empêchent pas de jouir du bonheur momentané qui m'est accordé dans le plus beau pays du monde. Une circonstance heureuse vient encore l'embellir j un de mes neveux nommé à la mission Sarde à Naples, vient d'y arriver avec sa famille composée de sa sœur, de sa femme et de deux enfants ; quoiqu'il soit âgé de quarante-cinq ans, je ne l'avais jamais vu. Vous comprendrez aisément le plaisir que j'ai eu de faire cette nouvelle connaissance. Il était ci-devant ministre de Sardaigne en Suisse, et vous aurez sans doute entendu parler de M. de Vignet qui a signé plus d'un protocole dans les affaires de la Suisse. Par une espèce de fatalité, en revenant de Russie, je n'avais fait qu'entrevoir mes parents au passade, la santé de mon fils m'ayant obligé de me fixer dans le midi de l'Italie, en sorte que c'est un adoucissement au sort qui semblait me condamner à vivre loin de toute ma parenté. Mon neveu a épousé une Picarde, M"« de Vandeuil, qui se dispose à me donner bientôt un troisième arrière-neveu. Le désir que j'avais de savoir tout ce qui vous concerne et peut vous intéresser fait que je confie sans crainte à votre amitié ces petits détails de famille.

Nous sommes toujours ici dans l'attente du choléra. Les précautions qu'on y prend sont .si fatigantes et nuisent tellement au commerce que, s'il nous vient jamais, on le recevra avec moins de peine. Ce qui est singulier c'est que, tandis que le gouvernement prend tant de précautions, le roi de Naples est à Vienne sans s'inquiéter du choléra qui y est aussi.

Il me semble impossible que V Essai sur le christianisme soit votre dernier ouvrage. Je crois même que vous m'avez parlé dans une de vos lettres de quelque nouvelle production commencée. J'espère que vous voudrez bien m'en faire part. Aucun ouvrage nouveau ne peut pénétrer ici à travers les triples barrières des douanes, de la censure, et de la crainte du choléra. Peut-être aussi M. Tôpffer aura fait quelques opuscules à ajouter à ceux qui m'ont fait tant de plaisir; c'est encore un cadeau que je vous demande effrontément, ne pouvant autrement satisfaire mon désir. Veuillez le saluer de ma part; ma femme et M^^ de Friesenhof me chargent de vous offrir leurs compliments les plus empressés; recevez aussi, je vous prie, Monsieur, l'assurance de l'attachement sincère avec lequel je ne cesserai jamais d'être votre dévoué serviteur.

Maistre.

"BmUOGTiQATHlE

N parcourant cette Bibliographie»

1^ à laquelle nous avons ajouté quelques notes sur les dates de publication, les variantes que présentent les éditions et les gravures qui les différencient, le lecteur sera sûrement étonné de voir combien multipliées ont été et sont encore les réimpressions de ces petits chefsd'œuvre. Il trouvera de plus un intérêt tout particulier à constater ce fait peu connu, que ce gracieux et sensible conteur, ce poète modeste, dont cinq pièces de vers seulement ont vu le jour, ce peintre de valeur, s'est aussi livré, avec succès, à des recherches scientifiques sur des sujets très divers. Les résultats en ont été publiés dans les Mémoires de r Académie des sciences de Turin, dont il était membre correspondant et dans la Bibliothèque Uni'verselle de Genève *.

1 Sainte-Beuve avait signalé un de ces travaux scientifiques, deux autres ont été indiqués dans la Nouvelle Bibliothèque Générale. M. Naville a su en retrouver six auxquels nos recherches personnelles ont permis de faire deux nouvelles additions.

io6

La liste de ses travaux scientifiques n"a jamais été publiée que dans la notice de M. Naville, parue dans les Mémoires de ^Académie de Savoie. En la réunissant à celle de ses œuvres littéraires, j'ai pensé à montrer Xavier de Maistre, à un point de vue sous lequel il n'a jamais été étudié, cultivant en même temps les arts et les sciences.

Ne doit-on pas considérer comme le résultat de ses études scientifiques la (rart qu'il prit à l'ascension aérostatique de Chambéry dont il écrivit le prospectus et la relation qui sont en quelque sorte le point de départ de sa vie littéraire ?

Page 1