‹ Xavier MelleryChapitre 4 sur 4 · X. MKI.LlvKY : Afiichc pour la l'rcirration «les Avocats · texte numérisé non relu

X. MKI.LlvKY : Afiichc pour la l'rcirration «les Avocats

et (le r<^'flexioii où toute pensée ae(|uiert vertu et éloquence. Aussi est-ce dans sou intimité même qu’il a trouvé ses inspirations les plus pénétrantes, l’admiralde série de peintures et de dessins qu’il intitula expressivement VAme (les choses.

Ii’(( Ame des choses », entendez l’âme de riiomme (jui participe du |)ays où il vit. de la maison qu’il s’est hâtie, du décor qu’il a organisé autour de son existence. Sans le savoir, il impose son empreinte spirituelle à tous les objets de son habitude : ils sont comme un prolongement de sa sensibilité, de telle sorte que, récipro(|uement, chacun d’eux se transforme, pour lui. en un agent presque magicpie de commémorations, de prestiges et de nostalgies. Oh ! ne comptez pas rencontrer là rien d’éclatant ?... ITn coin d’atelier, la perspective d’un corridor, où traînent (juelques ustensiles de ménage, et (lui aboutit à la porte entr’cuiverte d'un jardin, une cuisine, le départ d’un escalier... Simplicité la plus nue et qui ne peut paraître que vulgaire aux esprits vulgaires : Rien d’arrangé en vue d’un effet pittoresque ou sentimental; la vie ordinaire dans sa figure ordinaire, dans le cadre qui est comme le spectateur taciturne de ses heures changeantes, ombre ou soleil, joies qui passent, douleurs qui s’attardent et pèsent, ou traïujuille succession des jours dont la monotonie n’engendre de réminiscences que dans les cœurs profonds. Car, cette vie, toujours en travail, nourrie de pensées et d’actes, de velléi’és, de projets, de réalisations, n’est-elle pas, sous la surface de son immobilité, toute en mouvements mystérieux, en cheminements obscurs, en souvenirs, en aspirations, (jui, sans cesse, associent et confondent le présent avec le passé et l’avenir ?

Chacune de ces peintures, chacun de ces dessins d’une teneur ferme et austère, (jui s’intitulent Intf>rieur, la Lecture sous In lampe, la Tricoteuse, Rêre du soir, Jardin-H iv(^r, le Vieux B(diut, VEscalier au j)ot blanc, etc. fait incantation, rayonne du rêve. Du rêve dans letpiel aucun élément ne se mélange qui soit égoïste ou romanesque. Il semble (pie, devant nous, une fenêtre se soit ouverte par où notre regard a pénétré dans rintimité de la maison... Témoin invisible, nous avons pris place au foyer nocturne, derrière ces paisibles femmes cpii, dans l’orbe lumineux de la lampe, cousent silencieusement ou lisent, en échangeant parfois (piebpie propos; nous nous sommes arrêtés au pied d’un escalier que gravit, d’un pas feutré, une femme vêtue de noir, ou bien nous restons debout au seuil de la salle à manger vide avec ses meubles bien rangés, où la canne et le chapeau déposés sur la table marcpient la présence du maître du logis... Repos, recueillement, tendresse mutuelle des êtres, écoulement des jours où l’accoutumance est comme la pulsation égale d’un cœur paisible et fort. Tout cela, manifesté

X. MKI.I.ICin’ : Poitrail du sculpteur Paul de Vij>ne. (Musée d'Anvers).

X. MKI.LHItY : Dans les Polders. I.o Bourgmosli e et sa fdle (I.avis) (Musée de Bruxelles).

X. MEl.LKRY : l.a Relgi(|iie et les Arts de In Paix. (Projet de médaille). (Coll, de M** Poncelet, Bruxelles).

par les procédés subtils, indéfinissables, d’nn art rpii savait unir la science la pins sûre à la simplicité la pins parfaite.

Nous n’avons mentionné qn’en passant certaines œuvres (jni se présentent comme en marge de révolution générale de l’art de Mellery. Il faudrait insister, cependant, sur la part capitale qu’il prit à l’originale décoration de la place du Petit Sabloii, dont les statuettes d’artisans furent modelées d’après ses dessins — reconstitutions archéologiques auxquelles il réussit à conférer l’accent et l’allnre de la vie. Il s’avisa, parfois, d’aborder lui-même la sculpture. On voyait chez lui la maquette d’nn monument : Vers rifléal. décoré de nombreuses figures allégoriques. La rare virtuosité plasticpie dn maître ajiparaît mieux dans les beaux médaillons de cire (pie possède Mme Poncelet, à Hrnxelles, et dont elle a autorisé gracieusement la reprodnetion. Ce sont des projets de médailles commémoratives, admirables de composition et de modelé. Nous devrions aussi parler des remarquables portraits, dessinés on peints, qu’il a laissés, celui dn sculpteur Paul de Vipie. resté inachevé; ceux de Van der Staj)jieu et de Lemouuier, le sien propre, un ravissant Portrait d'enfant, tons dans la manière serrée et pénétrante qui lui appartenait. Mais, il faut finir, et nous ne nous occuperons pins que des surprenants dessins dont il s’occiqia jusque dans les derniers jours de sa vie.

Il semble, étant données les jiropensions spirituelles de Mellery, ipi’il aurait dû être attiré vers l’art sacré, être tenté par l’interprétation de certains des mystères de la foi chrétienne. Il n’a rien produit dans ce domaine, mais il ne se pouvait pas qu’il ne se laissât requérir par les spectacles de la vie monastiipie. N’est-ce pas la plus agissante des vies, la plus vigilante, sons la rigide envebqipe et rnniformité de ses exercices réguliers?... Exaltation de l’être dans l’anéantissement apparent de l’être; désir d’infini on tons les désirs terrestres se sont eoiisnmés et idéalisés...

Là, dans le dépouillement presque complet, dans l’abstraction de tons les moyens usuels de l’art, il a atteint les confins des possibilités d’expres- .'ion psyclndogiqne. (,e sont des dessins enténébrés on la figure des choses et la silbonelte des personnages, intérieurs de cluqielles, cours on jardins de couvent, religieuses sons la cape, se profilent en blanc : Héfîuina^e, Prière pendant les offices. Retour de l’office, VOurroir, etc.

Tout a disparu, la couleur, les accents émouvants de la lumière et de l’ombre; il n’y a là de formes ipie sommaires, sans gestes, ensevelies dans les amples vêtements claustraux; — tout a disparu qui n’est pas la vie même, la vie dans son essence, la vie profonde de l’âme, tout enclose en ellemême, vertiges d’adoration, prodigieux enebantement dn silence devant Dieu, paix tout auréolée des illuminations de la foi, action mystique de

l’oraison et du cantique, (|ui jctlenl toutes les âmes dans la inêine frémissante extase, les font palpiter toutes ensemble dans la eommiinion de l’ineffable.

— (^)uelques mois avant la disparition du grand artiste, un soir d’hiver, nous nous trouvions dans son atelier. Il nous montrait certains de ces dessins, auxquels il travaillait encore durant les répits que lui accordait sa santé déclinante. Nous regardions ces extraordinaires évocations; nous le regardions davantage encore lui-même, allant et venant d’un pas hésitant, ou parlant de son art d’une voix basse et ardente, du tou passionné d’un visionnaire. Et saisi de respect devant cette volonté intacte malgré les atteintes de l’âge, songeant à la grandeur de cette vie laborieuse qui allait s'achevant dans renthousiasme, au service désintéressé de l’esprit, nous nous murmurions en noiis-même, tout comme Mellery devant Piivis de Cbavannes : «L’heureux homme!... l’heureux vieillard!... »

Arnold Goffin.

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