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ses cuirasssés du pétrole au charbon, projette de faire un point de ravitaillement facile et assuré. Je ne puis rien écrire touchant leur production pour la bonne raison que je n'y vois aucune allusion dans les rapports du ministère fédéral des Mines (1).
La belle et captivante conférence du D' Hume, directeur de la commission géologique de l'Egypte, mérite d’être signalée. M. Hume nous demanda quelle image nous nous formions du bassin du Nil ? Une plaine de sable, peut-être, parsemée d'oasis arrosés périodiquement par les eaux fécondantes du grand fleuve ? Erreur! Il y a des plaines sans doute ; il a aussi des rochers, des rochers de calcaire. En quelques endroits, le Nil coule entre des rives hautes de 1200 à 1500 pieds. ** J'ai souvent parlé, confesse M. Hume, en faisant passer sur l'écran les paysages qu'il a'Tectionne, du grand, du puissant (mighty) Nil mais je me sens gèné dans 1non admiration maintenant (que j'ai vu votre majestueux Saint-Laurent ”,
M. Paulcke, professeur à Carloruhe, fait de la géolouie en laboratoire, En soumettant une grande plaque rocheuse à une pression régnlièrement croissante et allarit iusqu’à 3.200 Ibs par pouce carré, il a produit en miniature l'aspect orogénique des Alpes. La vue sur l'écran de cet étonnant résultat provoque les applaudissements des assistants.
Le D' Ami, d'Ottawa, nous récrée par une joyeuse nouvelle géologique. Préparez-vous, dit-il, gens d'Ontario, à cultiver les terres d’alluvion que le lac Erié vous cédera un jour. La chute Niagara recule incessaminent, Elle finira par atteindre le Jac Érié. Alors celui-ci se videra et ne laissera à sa place qu'une rivière resserrée entre des rives riantes et d’une fertilité inépuisa-
(1) Ces rapports, intéressants, riches de nombreuses el brvlles illustrations, et Parfailement traduits en francais par des spécialistes, m'est-il permis de faire connaître qu'ils feraient belle figure ans toute bibliolhèque. J'en ai trouvé chez plusieurs de nos convilovens de langue anglaise : ils se rencontrent rarement chez nos compalriotes francais. 11 suffirait Cependant, je crois d'en faire une fois la demande à Ollawa Pour S'en üssurer la venue constante et régubère,
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ble, Et cela arrivera aussi sûrement que nous sommes ici aujourd'hui. Mais quand ? M. Ami aurait pu nous le dire à la suite de l’éminent géologue anglais, Sir Charles Lyell. Celui-ci visita Niagara en 1840. Après un repérage et des calculs basés sur les relations des anciens voyageurs Hennepin et Kalm, il démontra que le recul de la chute est de un à trois pieds par an. Ce recul est dû à l'écrasement périodique de la table calcaire sur laquelle coule la rivière et dont la base schisteuse est sans cesse rongée par l'affouillement des eaux au pied de la chute. A ce compte, il a fallu 35,000 ans pour que celle-ci, qui se précipitait directement, à l'origine, dans le lac Ontario, franchit les 11 milies ui Ja séparent aujourd'hui de son déversoir primitif. I lui reste à faire le même travail sur un parcours d'à peu près 20 milles avant d'atteindre Je lac lrié,
Complément intéressant, j'ai lu quelque part que d’autres Savants Sont arrivés à la même conclusion en prenant pour point de repère quelques détails topographiques de la chute décrite par Chateaubriand, Les géologues, personne n’en doutera, ne Sont pas peu fiers d'associer Chateaubriand à leurs travaux Ils s'estiment non moins heureux de prouver, à leur facon, que le grand écrivain à bien vu de ses veux * les mille ares-en-ciel qui se courbent et se croisent sur l'abime ”.… et entendu de ses oreilles “les rugissements de la cataracte... dont l'eau rejaillit en tourbilluns d'écurie qui s'élèvent au-dessus des foréts, Comme les fumées d'un vaste embrasement ”.
Un grand banquet, le plus pompeux que Toronto ait vu depuis le diner offert au due et à la duchesse de Connaught, clôtura le congrès. MM. Coderre et Devlin. eurent des mots heureux en répondant, en français, aux toasts portés en J'honneur des gouvernements d'Ottawa et de Quebec, IIS invitérent les congressites à venir visiter de nouveau Ce paradis des géologues qu'est le Canada, * Oui ”. renchérit M. Lindsay,
ordonnateur des voyages et excursions des géologues, ‘‘ des tonnes et des tonnes d'eau couleront dans le Niagara, avant qu'il nous soit donné de jouir, une deuxième fois, d’une telle fête et de tels enchantements ; nous sommes des étudiants de la nature et au contact de la nature nous Sommes tous parents et alliés ”.
A l'issue du congrès, cent quinze délégués entreprirent une grande excursion vers Vancouver et le Yukon, avec le dessein de visiter, entre autres choses intéressant la géologie, Jes incomparables formations mézozoïques de l’ouest et les mines d'or de Rossland et du Klondyke, Le ministre des Mines, accompagna les excursionnistes. Celui qui écrit ces lignes regrette qu’une indisposition sérieuse l'ait privé du plaisir d'accepter l'invitation de l’honorable M. Coderre, qui lui offrait une plare dans son char privé et le pressait même de poursuivre jusqu'à Dawson. Il tient à lui exprimer ici ses plus vifs remerciements pour cette aimable gracieuseté.
Ma glose pourrait s'exercer encore sur plusieurs incidents arrivés au cours du congrès. On peut en imaginer plusieurs, soit d'ordre social ou universitaire : réceptions, soirées, colla-. tion de grades : soit d’un ordre particulier, comme les promenades, par groupes, dans et autour de la ville, et les petites croisières sur le Jac Ontario, où, une fois ‘ Neptune fut plus fort que Pluton ”! La chronique a aussi signalé les courses individuelles de quelques géologues étrangers attirés par la nouveauté des édifices et finissant Par se perdre dans les quartiers excentriques de la ville. Tel personnage slave, par exemple, entrainé loin de son gite, et ne pouvant à cause de sa langue se faire comprendre des passants, se trouva un soir absolument égaré à un coin de rue. En dépit de sa grande notorité dans le monde géologique et de sa connaissance parfaite de tous ies âges de la terre, les représentants de l’âge de l’homme qu'il avait devant es yeux et le terrain quaternaire qu'il tou-
chait le ses pieds ne suffirent pas à le tirer de l'isolement. Il aurait pu se dire à l’intime avec le poète dolent :
Seigneur, vous m'avez fait Puissant et solitaire !
Une scene plus amusante s’offrit à nos regards un jour que les Highlanders donnaient une sérénade en présence d’un groupe de géologues que la cornemuse et les petits jupons écossais semblaient hypnotiser. On vit alors un vicux monsieur sortir du groupe et demander vivement an des bizarres instruments. En un clin d'œil il ajusta le sac à vent sous son bras et emboucha la musique :
Aud wild and high the Camerons gathering rose,
And Donald's fame rings in each clansman's ears.
Rarement musicien recueillit pareils applaudissements !
Ce furent des adorations en non des applaudissements que nous offrimes à Dieu, le dimanche 10 août. Les églises de Toronto avaient fait connaitre l'heure de leurs oflices et j'imagine que le” reporters avaient recu instruction de noter le nombre de géologues qui entreraient dans l'une ou dans l’autre. Le lendemain, les journaux ne manquérent pas de dire, et je le répète ici avec un vif plaisir, que la cathédrale ‘atholique de Saint- Michel reçut un très grand nombre de savants, avides d'adorer dans son modeste tabernacle l’auteur de l'ordre qui règne dans la création des êtres inanimés aussi bien que dans celui des êtres animés.
A son tour, l’université de Toronto reçut de chaleureux remerciements. C'était justice, car elle nous accueillit d'une facon vraiment princiére, Dès la veille de l'ouverture du congres, des véhicules de toutes sortes déversaient sur son portique les délégués étrangers, dont plusieurs étaient accompaznés de leur famille. Bientôt le vestibule fut rempli d'une foule hétéroclite, parlant toutes les langues, pendant que les bagrges s'accumulaient en montagne à l'entrée, Au dedans. les officiers du bureau d'orga-
nisation s'empressaient aimablement à distribuer des cartes qui donnaient droit, moyennant une modique rétribution, à l'occupation d’une chambre et à la table universitaire, Toutes les chambres des étudiants furent mises à la disposition des congressistes. Ceux-ci trouvaient dans cette enceinte d'étude et de réflexion un gite calme, protégé contre les bruits de la rue et permettant l'échange d'une chambre à l'autre de gracieuses civilités et de liaisons scientifiques,
Avec les vingt-deux édilices destinés à ses œuvres éducation. nelles, l'université de Toronto présente un aspect grandiose à légal de celui des grandes universités américaines telles que Harvard et Yale, Mais d'où lui viennent les ressources maté rielles que requiert un si religieux développement ! 1] n'y a là nul secret, ou du moins le secret s'évanouit lorsqu'on apprend qu'elle reçoit du gouvernement d'Ontario une dotation annuelle de 800,000 dollars. C’est la moitié des contributions provenant de l'impôt sur les successions que l'Ontario consacre à l’enseignement supérieur. Et il est bon de noter que ces immenses largesses sont versées entre les mains d’un corps de directeurs, r.onsables sans doute à l'Etat. mais indépendant de celui-ci dans l'administration de ses biens, dans la nomination des professeurs aussi bien que dans Je programme des cours universitaires.