XIXe siáecle
j Dans la forêt symboliste aux essences si variées, Baudelaire apparaît, tel un arbre de Jessé, à l'origine de surgeons divers et inégalement féconds. Dans la confusion « des rameaux entremêlés, trois branches, plus vigoureuses, émergent :
• Les orfèvres, qui ont conservé des Parnassiens le culte de l'œuvre ciselée et qui enveloppent le mystère poétique dans une forme impeccable, tels Mallarmé, Samain, Henri de Régnier, Paul Valéry.
• Les voyants, qui par delà les spectacles du monde réel, s'échappent vers un univers inaccessible au commun des mortels et ne voient en tout objet que le prétexte d'une connaissance poétique. Poètes parfois environnés de ténèbres qu'illuminent soudain de fulgurantes clartés : Rimbaud, Péguy, Claudel.
• Les fantaisistes qui trouvent dans leur propre nature et dans les événements cocasses de la vie plus que dans les doctrines poétiques des accents uniques d'ironie et d'émotion, tels Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Jean Cocteau, Jacques Prévert.
Différents des symbolistes par leur mépris pour la raison, voyants et même visionnaires, fantaisistes aussi, les surréalistes, à la suite de Lautréamont, libèrent l'imagination de toutes les contraintes de la logique et veulent retrouver un état de vacuité et de naïveté capable d'instaurer un ordre nouveau dans le réel, de découvrir un fil conducteur entre les mondes par trop dissociés de la veille et du sommeil, de la raison et de la folie, de la réalité intérieure et extérieure (André Breton, Manifeste surréaliste),
j Réaction contre le symbolisme : Le refus de connaître le monde réel, un penchant excessif vers les subtilités et l'hermétisme ont provoqué dès la fin du ! 19e siècle une réaction contre l'art symboliste.
• L'école romane : Moréas, abandonnant brusquement l'école symboliste, fonde l'école romane, qui remonte aux vieux genres français et vise à établir un nouveau classicisme mettant en harmonie la raison et l'imagination : Maurras, du Plessys, de la Tailhède, Ernest Raynaud illustrent cette Renaissance limitée.
• L'école naturiste : le songe, les frissons nouveaux, les fleurs vénéneuses n'ont jamais écarté complètement la nature de la poésie. Les poètes de langue provençale, contemporains et amis de Mallarmé, n'ont cessé de chanter la lumière, la vie et la passion. Plus près de nous qu'Aubanel et que Mistral, Francis Jammes, Henri Ghéon, la comtesse de Noailles ont célébré sans analogie ni symbole les joies du cœur et de la vie ardente.
Ainsi, malgré les guerres, les catastrophes, le prodigieux essor de la science, les « mendieurs d'azur » n'ont pas interrompu la recherche de l'idéal, qui constitue leur raison de vivre.