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STÉPHANE MALLARMÉ (1842-1898) I. — VIE ET ŒUVRE

Vie

HimK ?* MaIlame et 5e le de Ri**aud forment un contraste absolu : Rimbaud, après avoir rêve d'extraordinaires aventures, les a vécues réalisant lui-même la tragique odyssée du Bateau ivre. Mallarmé a connu,' lui, 1 existence studieuse, monotone et sédentaire des professeurs: ses évasions ne l'ont pas conduit au delà de Valvins, près de Fontainebleau et sa yole n'a pas quitté les rives de la Seine. Mais cette SS cSê

R^hTn '^n1 étm,ngC £t Un deStin aussi Pathétique que ceux de Rimbaud, car Mallarmé fut un Voyant s'obstinant à exprimer par des mots 1 univers mystérieux des symboles. Comme le héros de Balzac, Balthazar Claes, il s épuisa a la recherche de l'Absolu par l'alchimie du Verbe et mourut sans avoir écrit le Livre suprême, qui devait renouveler la Poésie et exprimer ses vues sur l'Univers.

1842-1860 # La jeunesse rêveuse : Né à Paris, d'une famille de fonctionnaires de l'Enregistrement, Mallarmé, orphelin de mère à 7 ans, est d'abord élevé par sa grand'mère. Il commence ses études dans un pensionnat d'Auteuil et les poursuit au lycée de Sens, où son père, remarié, réside. Très jeune, il se sent attire par la poésie, les autres domaines l'intéressant médiocrement. Lui-même, dans V Autobiographie qu'il rédigea pour Verlaine, a rappelé le souvenir d'aïeux hommes de lettres • Je^ trouve trace du goût de tenir une plume, pour autre chose qu enregistrer des actes, chez plusieurs de mes ascendants; Vun fut syndic des libraires sous Louis XVI... Un autre faisait dès vers badins dans les Almanachs des Muses et les Étrennes aux Dames. M. Magnien, un arrière-petit-cousin... avait publié un volume romantique à toute crinière appelé « Ange ou Démon » 1 lus encore que cette hérédité littéraire, la lecture des Fleurs du Mal lui révéla la poésie et le détacha du romantisme. En 1860, il est bachelier ès-lettres.

i 1861 • Les débuts littéraires : En 1861, il se lie avec un jeune

à professeur au lycée, Emmanuel des Essarts, très introduit

à dans les cercles littéraires de Paris. Mallarmé voit son compte-

à rendu des Poésies Parisiennes de des Essarts publié à la fois

à par le journal local, le Sénonais et la revue parisienne, le

à Papillon, qui donne ensuite le sonnet précieux, Placet ;

j Le Guignon, d'inspiration baudelairienne, paraît dans la revue

à parnassienne, l'Artiste, à côté des œuvres de Théophile

i Gautier et de Banville. Mallarmé commence à correspondre

i avec Cazalis, qui deviendra son meilleur ami.

f 1862 0 Le mariage : Il s'éprend d'une jeune gouvernante allemande, Marie Gerhard, comme lui, sans fortune. A la fois pour mieux comprendre les œuvres de Poë, et pour se faire

I une situation, il va étudier l'anglais à Londres, où il épouse

f Marie, qui sera la douce et fidèle compagne de toute sa vie.

1863- 1866 # Professeur à Tournon : Nommé professeur d'anglais à Tournon, il mène de front sa tâche universitaire et une intense activité poétique. La proximité des poètes provençaux, les félibres Mistral, Aubanel, Roumanille, les lettres et les visites de des Essarts, de Cazalis, de Villiers de l'Isle Adam et de Catulle Mendès l'encouragent. C'est de Tournon que datent les œuvres les plus amples et les projets les plus ambitieux : Hérodiade, L'Après-midi d'un Faune, Igitur. Mais c'est aussi à Tournon que commence le drame intérieur qu'il exprime dans le poème Azur : la conscience de son impuissance lyrique et la tentative vers une inaccessible perfection par le refus du réel.

1866 # Premiers succès : Sa réputation se répand dans les milieux parnassiens de Paris, qui le fêtent lors de ses passages. L'Artiste, revue fondée par Xavier de Ricard et Catulle Mendès, puis le Parnasse contemporain (1866), publient Les Fenêtres, Le Sonneur, A celle qui est tranquille, Vere Novo, Les Fleurs, L'Azur... C'est à bon droit qu'il peut écrire à Aubanel : J'ai plus travaillé cet été que toute ma vie et je puis dire que j'ai travaillé pour toute ma vie.

1 867- 1872 • En Avignon : Déplacé à Besançon pendant un an, Mallarmé est nommé à Avignon, où il retrouve ses amis félibres. Il poursuit ses recherches poétiques, fuyant toujours plus la prose et l'éloquence; il s'éloigne peu à peu de la poésie marmoréenne des Parnassiens en créant une forme subtile, musicale et obscure, dont les analogies raffinées déroutent même ses amis. En 1872, il est nommé à Paris, au lycée Fontanes, l'actuel Condorcet.

1 872-1 894 # Le maître du Symbolisme : Mallarmé est heureux de participer à l'activité littéraire de la capitale. Il est reçu chez Hugo, le glorieux patriarche du romantisme, fréquente Banville et Villiers de l'Isle-Adam. Installé d'abord rue de Moscou, puis rue de Rome, il reçoit lui-même tous les mardis les jeunes écrivains, que séduit la profondeur de ses vues, la perfection de son art et le charme de sa conversation : autour de lui se groupent les plus notables des poètes symbolistes et des maîtres de la littérature contemporaine : G. Kahn, directeur de la revue La Vogue, Laforgue, H. de Régnier, Vielé-Griffin, Ghil, l'auteur du Traité du Verbe, puis Pierre Louys, Claudel, Gide et Valéry.

En 1874, il satisfait son penchant pour la préciosité en rédigeant seul La Dernière Mode, Gazette du Monde et de la Famille. Il découvre Valvins, qui deviendra sa résidence de vacances, où il se permet la modeste fantaisie d'une barque à voile, avec laquelle il aime naviguer sur la Seine en compagnie de sa femme, de sa fille Geneviève et de son petit garçon que la mort enlèvera en 1879.

En 1876, il publie Y Après-midi d'un Faune, églogue, refonte complète du monologue ébauché à Tournon.

En 1884, sa gloire atteint le grand public, grâce à Verlaine qui le présente dans sa galerie des Poètes Maudits, et à Huysmans, qui en place l'éloge dans la bouche de des Esseintes, héros de son roman A Rebours;

En 1887, paraît la première édition de ses Poésies Complètes, en 1888, une traduction des Poèmes d'Edgar Poë, en 1891, Pages, poèmes en prose, en 1893, Vers et Prose. Il prend sa retraite à Valvins en 1894. En 1895, paraissent Oxford, Cambridge; La Musique et les Lettres.

1 894-1 898 # Dernières années : La poésie est enfin l'unique souci de Mallarmé, mais sa recherche de la perfection a tari la source de son inspiration. Alors qu'Igitur était un acte de foi poétique, Un coup de dés jamais n'abolira le hasard est un aveu de renoncement. Mallarmé meurt le 9 septembre 1898. Son souvenir a rassemblé dans un pieux pèlerinage poétique à sa maison de Valvins, très endommagée par la guerre, ses anciens amis et ses jeunes admirateurs lors du cinquantenaire de sa mort, en 1948.

Œuvres

L'œuvre de Mallarmé est plus variée que son modeste volume ne le ferait supposer. Elle comprend des ouvrages inspirés par sa connaissance de l'anglais : Thèmes anglais, Les poèmes d'Edgar Poë; une biographie de Villiers de PIsle-Adam, qu'il admirait profondément, diverses études et pages de prose, Divagations (1897), La dernière Mode, et surtout ses poèmes réunis en un volume (édition de la N.R.F.), Y Après-midi d'un Faune (éd. N.R.F.), Igitur (éd. N.R.F.), Madrigaux, Vers de circonstance (éd. N.R.F.), Un coup de dés jamais n'abolira le hasard (éd. N.R.F.).

Lectures

H. Fabureau, Stéphane Mallarmé (éd. N.R.C.). i A. Thibaudet, La poésie de Stéphane Mallarmé (éd. N.R.F.).

è H. Mondor, Vie de Mallarmé (éd. N.R.F.).

\ C. Soula, Gloses sur Mallarmé (éd. Diderot).

Guy Michaud, Message poétique du Symbolisme (tome I, éd. Nizet).

F. de Miomandre, Mallarmé (éd. Bader-Dufour).

E. Noulet, L'œuvre poétique de Stéphane Mallarmé (éd. Droz).

Les Lettres^Lïbrairie des Lettres), numéro spécial consacré au cinquantenaire de Mallarmé.

Ch. Chassé, Lueurs sur Mallarmé (éd. N.R.C.).

H. Mondor, Histoire d'un Faune (éd. N.R.F.).

Ph. van Tieghem, Petite histoire des grandes doctrines littéraires en France (Presses Universitaires).

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