‹ XVIIIme [dix-huitième] siècleChapitre 13 sur 27 · US I · texte numérisé non relu

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première beauté. » Les chefs d'atelier répondaient : « Bien peindre, et bien exécuter des tapisseries, sont deux choses diflFérentes. d

Boucher n'eut garde de donner suite aux tracasseries de son prédécesseur, et il laissa les tapissiers exécuter leurs travaux comme ils l'entendaient; ceux-ci, malheureusement, allèrent au-devant des désirs de Boucher, en s'efforçant de rendre le caractère de sa peinture par des nuances indécises ou fugitives, qu'il fallut créer. Il en résulta que beaucoup de ces tapisseries, qui avaient pu ressembler aux tableaux du maître, s'eflFacèrent sous l'influence de l'air et du soleil et perdirent une partie de leur harmonie. On se plaignait alors de la mauvaise qualité des soies et des laines teintes pour tapisserie, aux Gobelins. Soufflet était directeur de cette manufacture royale : de concert avec l'entrepreneur Neilson, il fit fabriquer, par le célèbre Vaucanson, de nouveaux métiers plus commodes et plus pratiques que les anciens ; en outre , il fit transformer toute la teinture par le chimiste Quemiset, aidé et conseillé par le savant Macquer, de l'Académie des sciences. Quemiset put établir ainsi un registre contenant les échantillons et les procédés de plus de mille corps de nuances , chaque corps étant composé de douze couleurs dégradées du clair au brun. On arrivait de la sorte à réaliser les vœux d'Oudry, et à transformer les tapisseries en tableaux. Cette transformation, peut-être regrettable, eut pour résultat, quand les portraits du roi en tapisserie furent exposés aux Salons de 1763 et de 1769, de laisser une foule de spectateurs convaincus qu'ils voyaient un morceau de peinture. Quemiset et Neilson se ruinèrent dans ces essais de perfectionnement, et le premier, en quittant les Gobelins, emporta le secret de la plupart de ses procédés de teinture.

Le prix d'une tapisserie des Gobelins était trop élevé, pour que la possession de ces merveilleux ouvrages ne fût pas circonscrite dans quelques maisons de grands seigneurs et de financiers ; la plupart des tapisseries exécutées pendant le XVIII* siècle restèrent donc au gardemeuble de la Couronne, à l'exception des présents faits à des souverains étrangers. On avait, d'ailleurs, supprimé presque partout les tentures de tapisseries sous Louis XV ; on se bornait à la tapisserie de meubles, qui se fabriquait à la Savonnerie et à Beau vais; cette tapisserie, repré-

sentant des sujets, des fleurs , des animaux, des paysages, coûtait aussi fort cher, et sa durée n'avait pas de fin, ce qui importait peu dans un temps où Tameublement devait répondre à toutes les métamorphoses de la mode. On peut donc dire que, si TÉtat n'avait pas soutenu à grands frais les manufactures royales, ces grands établissements auraient disparu, longtemps avant que la révolution de 1789 eût changé radicalement le but de leur institution et la nature de leurs travaux. Tout le XVIIP siècle n'avait été qu'une époque de décadence pour le grand art de la tapisserie , qui n'était peut-être plus en rapport avec les goûts et les mœurs d'une société frivole et capricieuse.

Fig. 240. — Flearon en broderie d'or et de soie de ooalenr, bot fond blanc.

TABLE DES ILLUSTRATIONS

CONTENUES DANS LE VOLUME

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