XVI:le SIÈCLE, m. — INSTITUTIONS
INSTITUTIONS, USAGES, ETC
qui s’était follement exagérée à la ville. Les paniers allaient toujours augmentant de volume, quoi qu’on fît pour les tourner en ridicule. Voici la définition qu’on en donnait dans le Nouvelliste universel du 21 août 1724 : « Ce sont des cloches de toile soutenues par des cercles de baleine, que les femmes portent sous leurs jupes et dont leurs pieds semblent être les battants. )) Le même ouvrage leur faisait la guerre, en énumérant toutes les incommodités de cet affublement, fabriqué, disait-il, sur le modèle des cages à poulets : « Ils sont incommodes en toutes manières : incommodes dans les rues pour les passants, par le grand terrain qu’ils occupent; incommodes dans les carrosses, puisque deux paniers remplissent un carrosse à deux fonds; incommodes pour les prédicateurs, dont ils diminuent l’auditoire par l’espace qu’ils prennent dans les églises ; incommodes à table, où ils blessent les jambes des convives; incommodes même aux personnes qui les portent, puisqu’elles ne peuvent ni s’asseoir, ni monter, ni descendre, ni même marcher en compagnie, sans leur faire faire une grimace souvent indiscrète. »
Louis XIV ne régnait plus ; les grandes coiffes noires de Mme de Maintenon ne jetaient plus leur ombre sur les modes de la cour; aussitôt après le deuil du feu roi, on avait vu reparaître, avec les modes nouvelles, des couleurs vives et gaies, des étoffes légères et brillantes, des garnitures abondantes et touffues, nommées prétentailles , des falbalas de toute espèce, des manches courtes et ouvertes accompagnées d’ engageantes à triple rang de broderie, des dentelles et des guipures, des rubans et des nœuds de toute sorte. Les noms singuliers qu’on donnait alors à ces mille inventions de la mode sont en partie consignés dans une satire, en vers, sur le luxe et la vanité des femmes , au sujet des modes , de leurs coiffures, guenpes (sic ), fard, postiches, boute-en-train, jardinières , coiffures à la culbute; galante ou à la doguine, nonpareilles, abbatans , rayons, maris , colinettes, crémones, sourcils de hanneton, mousquetaires , souris, battans pouce, battansV œil, assassins, sujfoquans , favoris , bouquets, b agnolette s, etc. (1724). Cette multitude de noms donnés à des ajustements de corps et de tête prouvent que la régence, en ouvrant la carrière à tous les plaisirs, à toutes les créa-