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C O ST (J ME, S 1720

LE COSTUME ET LES MODES

tions du luxe et de l’opulence, avait commencé le règne des coquettes. « Le mépris des femmes de bien pour les coquettes, avait dit Dufresny en 1703 (comme il pouvait le répéter avec plus de vérité encore après 1715), n’empêche pas quelles ne les imitent. N’apprennent-elles pas d’elles le bon air, le savoir vivre, les manières galantes? Elles parlent, s’habillent et s’ajustent comme elles. Il faut bien suivre le torrent. Ce sont les coquettes qui inventent les modes et les mots nouveaux : tout se fait par elles et pour elles. )) Il y avait eu progrès à cet égard ; en 1703, Dufresny comparait les femmes à « des oiseaux amusants qui changent de plumage deux ou trois fois par jour. » Après 1746, toute femme à la mode essayait tous les jours quatre ou cinq espèces de toilettes : toilette du matin ou négligé galant, toilette pour la promenade, toilette pour le spectacle, toilette pour le souper, toilette de nuit; et cette dernière toilette n’était pas la moins riche ni la moins compliquée. L’invention la plus étrange que la mode ait jamais imaginée, celle des mouches , fut remise en faveur avec une telle exagération que le visage des femmes, suivant l’expression d’un critique de mauvaise humeur, ressemblait à tous les signes du zodiaque. Les mouches de taffetas noir gommé, en effet, étaient taillées en lune, en soleil, en croissant, en étoiles et en comètes. Elles avaient existé, à la cour de Louis XIV, pour faire ressortir la blancheur de la peau, mais on n’en faisait pas abus , et même les femmes brunes de teint se gardaient bien d’en mettre. On n’en portait presque plus quand la duchesse du Maine leur rendit la vogue ; ce fut alors , pour ainsi dire , le cachet d’une belle peau , et l’accessoire indispensable du jeu de la physionomie; il ne faut donc pas s’étonner que la mode des mouches ait persisté jusqu’au milieu du règne de Louis XV. Il y avait un art particulier pour placer ces mouches aux endroits les plus favorables de la figure: sur les tempes, près des yeux, aux coins de la bouche, au front. Une femme du grand monde en avait toujours sept ou huit, et ne sortait jamais sans emporter sa boîte de mouches, pour remplacer celle qui viendrait à se détacher et pour en aj outer de nouvelles , selon la circonstance. Chacune de ces mouches avait un nom caractéristique : au coin de l’oeil, la passionnée; au milieu de la joue, la galante; sur le nez, lé effrontée; près des lèvres, la coquette;

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sur un bouton, la receleuse , etc. Les masques, que les dames du dixseptième siècle avaient employés moins pour se cacher le visage que pour le préserver du hâle et du vent, n’étaient plus en usage, excepté

dans certaines occasions délicates, où une femme ne voulait pas être reconnue, soit en carrosse , soit à cheval ; mais on quittait toujours ce masque, avant d’entrer dans un lieu où se trouvaient des personnes honorables et d’un rang supérieur à celui de la femme masquée.

Le costume des hommes avait moins changé que celui des femmes, depuis Louis XIV, et pourtant il s’était dégagé de son apparence lourde et massive, de

Fig. 293. — Costumes d'homme; fac-similé, d’après une eau-forte SOII affectation grave et

de Watteau. sévère; mais la mode

reflétait toujours le caractère du temps. Le grand habit brodé d’or se portait encore, dans les cérémonies de cour, tantôt ouvert, tantôt boutonné, avec la ceinture en écharpe ou le ceinturon d’épée ; la grande perruque sans poudre couvrait encore le dos et les épaules. Dans la vie ordinaire, l’habit était plus léger, plus façonné à la mesure de la taille, moins long et moins ample, avec des manches moins larges et accompagnées de parements plus étroits ; il s’arrondissait, à l’aide de baleines, autour des reins, et il était garni d’une rangée de boutons de soie ou de métal qui variaient de forme et de grosseur, suivant le caprice du

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jour. En 1719, ces boutons étaient devenus si petits, que dans une comédie du Théâtre-Italien, intitulé la Mode , on annonçait un secret pour les rendre tellement imperceptibles, « qu’on ne peut se boutonner qu’avec un microscope. )) La veste, entr’ouverte sur la poitrine, livrait passage au jabot de dentelle ou de mousseline brodée, sur lequel retombait la cravate de même tissu. Quant aux culottes, elles ne formaient plus, comme autrefois, des trousses flottantes ou plissées, des canons ou des tuyaux énormes, qui se développaient au-dessus des bas de soie blancs ou de couleur. C’était une espèce de haut de chausses étroit et serré, qui fut l’origine de la culotte du dix-huitième siècle.

Les souliers en cuir noir verni se haussaient sur des talons très-élevés et couvraient le cou-depied comme des demi-bottines. Ces talons devaient être rouges, pour distinguer les nobles, les gentilshommes et les gens de la cour.

Si la mode était moins changeante pour les habits d’hommes, elle n’exigeait pas moins des dépenses considérables, quand on voulait avoir un habillement de grand luxe. Le duc de Villeroy, en allant rendre visite au czar Pierre Ier, en qualité de gouverneur du jeune roi (1717), avait un habit brodé en or fin, figurant des rosaces et des enroulements de feuilles et de fruits, d’un merveilleux travail. Le marquis de Nesle

Fig. 294. — Costume d’homme ; fac-similé, d’après une eau-forte de Watteau.

qui avait brigué l’honneur d’être envoyé au-devant du monarque moscovite pour l’accompagner dans son voyage de France, s’était préparé à sa mission de haute étiquette en commandant à son tailleur un si grand nombre d’habits, qu’il en changeait tous les jours. Le czar ne lui sut pas gré de cette recherche de toilette, car il dit malicieusement à un courtisan : « En vérité, je plains M. de Nesle d’avoir un si mauvais tailleur qu’il ne puisse trouver un habit fait à sa guise. Vingt-sept ans plus tard , dans les fêtes de cour, on portait des habits aussi magnifiques et plus coûteux: A l’arrivée de l’infante d’Espagne Marie- Thérèse-Antoinette, qui venait épouser le dauphin (février 1745), les apprêts de toilette furent si coûteux qu’on eut l’idée de louer des habits, au lieu de les acheter. « Le marquis de Mirepoix, dit le Journal de Barbier, a loué trois habits six mille livres, qu'il rendra au tailleur et qu’il ne mettra qu’un jour. » Le marquis de Stainville, envoyé du grand-duc de Toscane, s’était fait faire, pour les fêtes de Versailles, un habit de drap d’argent brodé d’or, doublé de martre, et cette doublure seule coûtait vingt-cinq mille livres. Ces dépenses excessives étaient souvent encouragées, sinon ordonnées, par le roi lui-même. Nous lisons dans le Journal de Barbier, sous la date de décembre 1751, que les fêtes pour la naissance du duc de Bourgogne donnèrent lieu à de véritables folies de toilette , chez les gens de cour : « Le roi a fait entendre à tous les seigneurs et dames de la cour, qu’il fallait avoir des habits magnifiques, et qu’on ne paraîtrait point en habit de velours noir simplement. En conséquence, toute la cour fait une très-grande dépense. M. le duc de Chartres et M. le duc de Penthièvre ont les plus riches habits, dont les boutonnières sont brodées en diamants. Les autres sont en étoffes d’or, de grand prix, ou en velours de toute couleur, brodés d’or ou garnis de point d’Espagne. ))

La magistrature et la bonne bourgeoisie avaient maintenu le plus longtemps possible la simplicité et la décence dans leur manière de se vêtir. Duclos écrivait, dans ses Mémoires, vers 1740 : cc II y a trente ans qu’on n’aurait pas vu à pied, dans les rues, un homme vêtu de velours, et M. de Caumartin, conseiller d’Etat, mort en 1720, a été le premier homme de robe qui en ait porté... Quand la plus haute magis-

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trature était modeste, la finance n’aurait pas osé être insolente. Les financiers les plus riches jouissaient sourdement de leur opulence. J’en ai vu encore qui avaient un carrosse simple et doublé de drap brun ou olive, tel que Serrefort le recommande à Mme Patin dans la comédie du

Fig. 295, — Les Petits Parrains; d'après Moreau.

Chevalier a la mode (jouée en 1687).... Tous les genres de luxe ne dépendaient pas autrefois uniquement de l’opulence ; il y en avait dont l’état des personnes décidait. » Les bourgeois s’habillaient donc bourgeoisement, en gros drap, ou en ratine, ou en bouracan, suivant la saison, mais presque toujours de couleur sombre et uniforme ; ils avaient de petites perruques rondes ou carrées, sans frisure, avec un œil de poudre; ils étaient chaussés de gros souliers à semelles fortes;

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ils portaient des bas de laine noirs, gris ou chinés, avec la jarretière nouée au-dessus du genou. Les bourgeoises, celles du moins qui conservaient la modestie de leur état, n’usaient que d’étoffes communes en laine ou en fil, et généralement d’une nuance peu voyante, grise ou brune, sans broderies, sans rubans, sans dentelles; elles ne tenaient au régime de la mode que par les paniers, que pas une femme n’eût osé s’interdire ; mais déjà le costume n’était plus une marque distinctive de la naissance, du rang et de la profession : (( Aujourd’hui, remarquait l’avocat Barbier en 1745, aujourd’hui que le luxe est considérable et que l’argent fait tout, tout est confondu à Paris ; les artisans aisés et les marchands riches sont sortis de leur état, ils ne se comptent plus au rang du peuple. ))

Le peuple, le petit peuple, celui des villes et des campagnes, en dépit des variations journalières de la mode qu’il voyait se dérouler sous ses yeux comme un spectacle toujours nouveau, n’avait, pour ainsi dire, pas changé de costume depuis un siècle ou deux. Il était mal vêtu et peu vêtu, hiver comme été, presque sans linge, souvent sans bas, mais toujours coiffé d’un chapeau ou d’un bonnet; il allait nu-pieds volontiers, mais jamais tête nue. Il portait de vieux vêtements en haillons et composés de pièces et de morceaux , de différentes couleurs, rattachés ensemble comme dans un habit d’arlequin, avec des braies ou culottes très-amples, qui retombaient au-dessous du genou, et qui descendaient quelquefois à mi-jambe. Cette pénurie, cette misère semblait indifférente à ceux qui l’éprouvaient : « Les souliers de gros cuir, écrivait le marquis de Paulmy dans son Précis de la vie privée des Franqois (1779), sont même regardés comme un luxe par la partie misérable de la nation, qui se trouve heureuse lorsqu’elle peut en avoir dont les semelles sont fortes, épaisses et garnies de clous. Dans quelques provinces, les payans ne sont chaussés que de sandales, galoches, ou souliers de cordes ou de courroies ; dans d’autres, les hommes et les femmes portent des sabots. » On ne voyait pas, à Paris et dans les grandes villes, de pareils contrastes, des anomalies aussi frappantes entre le costume du peuple et celui de la bourgeoisie. La population pauvre avait, pour se vêtir, la défroque

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de la population riche. Il en résultait naturellement que toutes les classes sociales portaient tôt ou tard les mêmes habits , ou neufs ou vieux, dans tout l’éclat de la nouveauté ou dans un état plus ou moins avancé de détérioration et de décrépitude. C’était là une des plus cu-

Fig. 296. — Le Négligé du matin ; d’après Chardin.

rieuses particularités de la vie des Parisiens : (( Tout le monde y est bien vêtu, et chacun paraît avoir les moyens de changer de chemise et de toilette deux fois par jour. )> La plupart des artisans, en effet, s’habillaient, suivant l’expression consacrée, pourjaire les messieurs, lorsqu’ils ne travaillaient pas, et il ne fallait pas s’étonner de rencontrer, à chaque pas, dans les rues, des petits-maîtres bien vêtus, bien coiffés, bien chaus-

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sés, l’épée au côté, et qui n’étaient autres que des perruquiers, des imprimeurs, des tailleurs et des courtauds ou commis de boutique. Quant aux femmes et aux filles du commun , elles étaient toujours proprement mises, et souvent avec goût et recherche. La grisette de Paris avait, à cet égard, une réputation méritée quelle conservait encore à la fin du dix-huitième siècle. « Ce sont des ouvrières de tous les genres, trop gentilles pour vouloir être peuple, disait Glorgy dans son Nouveau Voyage sentimental (17 85); leur mise est simple et jolie. C’est là qu’on peut voir cette espèce de coquetterie que Rousseau dit être naturelle aux femmes. Elle ne consiste pas dans la quantité des colifichets , qui n’annoncent que la richesse de celle qui les porte et l’adresse de celles qui les ont faits. On n’a là que de petites robes, un peu de gaze et quelque bout de ruban, mais on en tire le plus grand parti, et l’on produit beaucoup d’effet avec ce peu de moyen. La coiffure est infiniment simple, mais elle sied tant, qu’en la voyant on n’a pas l’idée d’une plus belle. )> C’est là justement ce que J.-J. Rousseau avait si bien exprimé dans Émile : « Donnez à une jeune fille qui ait du goût et qui méprise la mode, des rubans, de la gaze, de la mousseline et des fleurs, sans diamants, sans pompons, sans dentelles : elle va se faire un ajustement qui la rendra cent fois plus charmante que n’eussent fait tous les brillants de la Duchapt. » Mais une jeune fille qui s’ajustait ainsi à l’air de sa figure n’avait garde de mépriser la mode.

« Etre à Paris sans voir des modes, écrivait le marquis de Caraccioli dans son Voyage de la Raison (1762), c’est exactement se fermer les yeux. Les places, les rues, les boutiques, les équipages, les habillements, les personnes, tout ne présente que cela... Lorsqu’une mode commence à éclore, la capitale en raffole, et personne n’ose se montrer, s’il n’est décoré de la nouvelle parure. )> Une des modes les plus en vogue sous le règne de Louis XV, ce fut la mode à la grecque , qui, en réalité, ne représentait qu’un nom unique donné aux choses le plus disparates. On avait eu d’abord la coiffure à la grecque, coiffure qui n’avait rien du costume grec ancien ou moderne, car les cheveux, crêpés et relevés en toupet, étaient surmontés d’un bonnet de dentelles et hérissés de plumes et de fleurs.

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De la coiffure, le nom passa (en 1764) à toutes les parties de l’habillement, comme à la chaussure, et successivement à tous les objets qui se rattachaient à la toilette. Il est probable que cette mode était

Fig. 297. — Jeune fille coiffée d’un chapeau de paille. Fig. 298. — Jeune femme coiffée en bandeau d'amour.

venue du théâtre, où quelque comédienne en renom l’avait inaugurée. Les mode, avant d’être à la grecque , avaient été à la Ramponeau , à cause de la vogue prodigieuse que le cabaretier de ce nom donnait à sa guinguette de la Courtille, où les curieux se portaient en foule pour voir sa joyeuse face enluminée et pour entendre ses bons mots. La mode relevait les choses les plus basses , et l’origine d’un nom trivial ne s’accusait pas dans les toilettes qui réhabilitaient ce nom-là. En général, le nom n’avait aucun rapport avec la mode qu’il caractérisait. Voici, par exemple, quel était le costume a la Jeanne d' Arc, que les dames de la dauphine (Marie- Antoinette) ne réussirent pas à faire accepter, même à la cour : « Robe à l’austrasienne, espèce de polonaise très-ouverte par devant ; par-dessus, veste à la péruvienne, surmontée d’un contentement pareil aux nœuds qui sont sur les sabots; garnitures autour du col en forme de demi-Médicis ; moyen bonnet à la Crète, orné de fleurs. »

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N’est-ce pas là une Jeanne d’Arc assez fantastique ? Le costume à la Henri IV n’avait pas réussi beaucoup mieux pour les hommes, lorsque les jeunes seigneurs essayèrent de l’introduire, comme costume de cour, dans les bals et les réunions particulières qui avaient lieu dans l’intérieur des appartements des princes, sous l’inspiration de la dauphine

Fig. 29!). — Costume à la Henri IV, adopté pour les bals de la cour et pour les fêtes que donnèrent leurs A. E. les princes, frères du roi, à l’archiduc d’Autriche.

et du comte d’Artois. (( Ce costume convenait admirablement à la jeunesse, dit le comte de Ségur, qui figurait dans ces fêtes intimes, mais il allait fort mal aux hommes d’un âge mur et d’une taille courte et épaisse. Ces manteaux de soie, ces panaches, ces rubans et leurs vives couleurs rendaient ridicules tous ceux que la nature avait privés de grâces, et l’âge, de fraîcheur. »

Les deux sexes semblaient se faire concurrence dans l’empire de la mode, et, généralement, un nom donné à quelque partie de la toilette des dames revenait de droit à la toilette des hommes, sous une forme quelconque de la mode en faveur. Après le mariage de Louis XV avec Marie Leczinska, fille du roi de Pologne

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(1725), toutes les modes furent polonaises : robes et coiffure à la polonaise, casaques et chapeaux à la polonaise avec brandebourgs. Les campagnes de Hongrie et d’Allemagne firent reparaître les hongrelines , qui avaient eu cours un siècle auparavant, et tout ce qui était à la mode devait être à la hongroise. Le mariage du dauphin avec une infante d’Espagne (1745) avait ramené les modes espagnoles, qui ne

Fig. 300. — Le Tailleur pour femmes; d'après Watteau.

furent jamais entièrement oubliées à la cour de France, où elles s’étaient montrées tant de fois avec succès. Ainsi, en 1729, on avait vu revenir les mantilles, non plus en dentelles noires et blanches ou en autres légers tissus, mais en velours, en satin, et même en fourrure ; ces mantilles ne se portaient pas sur la tête, on en nouait sur la taille les deux pointes terminées par des glands de passementerie. La toilette des femmes qui suivaient la mode était accompagnée de différents objets accessoires, que la mode leur recommandait également, comme devant faire partie intégrante de la toilette d’une dame de condition ou du bon

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ton : non-seulement les breloques, les montres, les boîtes, mais aussi les éventails et les cannes. A toutes les époques, les hommes avaient eu des cannes pour leur usage, cannes très-hautes en jonc, en bambou, en ébène, avec bec à corbin ou pomme de métal ou autres matières.

Fig. 301. — Pommes de cannes en orfèvrerie.

La longue canne à pomme d’or, dite à la TroncMn , qu’on appela depuis canne à la Voltaire , était portée surtout par les vieillards, les magistrats, les personnages notables. La badine souple et pliante, de toutes longueurs, ne convenait qu’aux jeunes gens, qui couraient en chenille , c’est-à-dire en petit habit leste et pimpant, dans les rues, le matin. Les femmes, et les plus jeunes, s’approprièrent alors la longue canne à pomme d’or, qu’elles tenaient par le milieu, comme celle d’un suisse de grande maison. Il y eut, à cette occasion, un luxe extraordinaire de cannes en bois des îles, en écaille et en ivoire.

Les éventails, inventés pour rafraîchir l’air pendant l’été, devenaient indispensables en toutes saisons et servaient de contenance, les plus riches comme les plus simples; ceux-ci en bois parfumé, ceux-là en écaille ou en ivoire, incrustés d’or et de pierres précieuses, souvent peints par de bons maîtres, mais plus communément dans le goût chinois. Enfin les mouchoirs, de dimension très-exiguë, composés de dentelles du plus haut prix et richement brodés d’or ou de soie de couleurs, n’étaient qu’un objet de luxe et d’ostentation qu’on étalait avec complaisance, sans jamais l’appliquer à sa destination usuelle.

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Le règne de Louis XV avait donné un merveilleux essor à deux industries de toilette, qui furent considérées comme des arts véritables :

Fig. 302. — Boucles de souliers.

a chaussure et la coiffure. Le cordonnier pour femmes était devenu presque un artiste, qui fabriquait des souliers si mignons et si souples, en cuir mordoré, en maroquin de couleurs tranchantes et surtout en étoffes d’or et d’argent, et toujours à talons pointus exhaussés

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de trois à quatre pouces , que la chaussure formait une des pièces les plus raffinées de l’habillement. Le prix de ces souliers de grand luxe, fermés par des boucles d’or ou d’acier à facettes, égalait celui des bijoux. Le roi des cordonniers était alors, grâce à la protection de la comtesse du Barry, un Allemand nommé Efftein, auquel succéda un Français nommé Bourbon. Les chaussures d’hommes participaient aussi à ce luxe par la richesse des boucles ciselées et ornées, alors en usage (fig. 302).

Les coiffures changeaient de mode plus souvent encore que les chaussures, et le nombre des coiffeurs de dames n’avait pas cessé de s’augmenter depuis la régence, tellement qu’on n’en comptait pas moins de douze cents à Paris , quand la communauté des perruquiers leur intenta un procès, en 1769, comme à des faux frères et à des concurrents déloyaux. L’avocat des coiffeurs publia un factum très -amusant, pour la défense de ses clients contre les maîtres barbiers-perruquiers : (( L’art du coiffeur des dames, disait-il, est un art qui tient au génie, et par conséquent un art libéral et libre. L’arrangement des cheveux et des boucles ne remplit pas même tout notre objet. Nous avons sans cesse sous nos doigts les trésors de Golconde : c’est à nous qu’appartient la disposition des diamants, des croissants des sultanes, des aigrettes. )) Au portrait trop flatté du coiffeur, le factum opposait le portrait caricaturé du perruquier : « Le perruquier travaille avec les cheveux, le coiffeur sur les cheveux. Le perruquier fait des ouvrages de cheveux, tels que des perruques, des boucles ; le coiffeur ne fait que maniérer les naturels, leur donner une modification élégante et agréable. Le perruquier est un marchand qui vend la matière et son ouvrage ; le coiffeur ne vend que ses services. )) Les coiffeurs l’emportèrent et les perruques perdirent leur procès. On vit alors le coiffeur Legros instituer une Académie de coiffure, et publier un gros livre à figures intitulé: V Art de la Coiffure des dames françaises. Un autre coiffeur, Léonard, le rival de Legros, imagina de remplacer le bonnet qui couronnait la coiffure des dames, par des gazes et des chiffons artistement distribués dans les cheveux : il parvint à employer ainsi dans une seule coiffure quatorze aunes de gaze. Il était déjà le coiffeur à la mode,

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quand la jeune dauphine mit le sceau à la réputation de cet ingénieux artiste, si fécond en inventions nouvelles, en lui demandant des coiffures. Marie-Antoinette avait bien un coiffeur en titre nommé Larseneur, artiste sans idées, sans goût et sans adresse; elle se faisait toujours coiffer par lui et ne le congédiait point, pour ne pas lui faire de peine ; mais , dès qu’il avait fini sa tache et pris congé de la dauphine, celle-ci mêlait sa chevelure avec ses mains, et l’on faisait entrer secrè-

Fig. 303. — Boutique d’un Barbier- Perruquier ; d’après Cochin.

tement Léonard, qui recommençait de fond en comble l’ouvrage de son collègue. Léonard se surpassait dans son travail , et la cour en rapportait tout le mérite au pauvre Larseneur, qui s’en glorifiait de la meilleure foi du monde.

Ce fut Léonard qui créa les coiffures extraordinaires et magnifiques que la mode imposa pendant plus de dix ans à toutes les têtes : la coiffure à la dauphine , dans laquelle les cheveux étaient relevés et roulés en boucles qui descendaient sur le cou ; la coiffure à la monte au ciel, remarquable par son élévation pyramidale; la coiffure d'apparat, dite loge d ’ Opéra (1772), qui donnait à la figure d’une femme soixantedouze pouces de hauteur depuis le bas du menton jusqu’au sommet de

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la figure, et qui divisait la chevelure en plusieurs zones, chacune ornée et agencée d’une manière différente, mais toujours avec un accompagnement de trois grandes plumes attachées au côté gauche de la tête dans un nœud de ruban rose chargé d’un gros rubis ; la coiffure à la quèsaco (1774), oh les trois plumes de la coiffure d’apparat avaient passé derrière la tête; la coiffure en pouf , c’est-à-dire n’ayant pas d’autre ordre que la confusion d’objets divers, plumes, bijoux, rubans, épingles , qui entraient dans sa composition. On accumulait, dans cette incroyable coiffure, des papillons, des oiseaux, des amours de carton peint, des branches d’arbres, des fruits et même des légumes. Au mois d’avril, la duchesse de Chartres, fille du duc de Penthièvre, parut à l’Opéra, coiffée d’un pouf à sentiment , sur lequel on voyait le duc de Beaujolais, son fils aîné, dans les bras de sa nourrice , un perroquet becquetant une cerise, un petit nègre, et des dessins à chiffres en cheveux, composés avec les cheveux mêmes des ducs d’Orléans, de Chartres et de Penthièvre. Marie-Antoinette , disait-on, était la reine de la coiffure, avant d’être la reine de France. L’ avènement de Louis XVI fut inauguré et fêté, en quelque sorte, par des coiffures et des modes nouvelles. Aussitôt parurent les coiffures au temps présent , bonnets enjolivés d’épis de blé et surmontés de deux cornes d’abondance; on inventa les couleurs cheveux de la reine, on imagina des chapeaux d’homme et de femme aux délices du siècle d Auguste, et on essaya de faire reparaître le costume à la Henri IV, qui n’avait pu se maintenir dans les petits bals de la cour.

Dès que Louis XVI fut sur le trône, l’influence de Marie- Antoinette se fit sentir en toute chose et principalement dans les modes. « La reine, jusqu’à ce moment, dit Mme Campan dans ses Mémoires , n’avait développé qu’un goût fort simple pour la toilette : elle commença à en faire une occupation principale; elle fut naturellement imitée par toutes les femmes. On voulait à l’instant avoir la même parure que la reine, porter ces plumes, ces guirlandes auxquelles sa beauté, qui était alors dans tout son éclat, prêtait un charme infini. La dépense des jeunes femmes fut extrêmement augmentée ; les mères et les maris en murmurèrent , et le bruit général fut que la reine ruinerait toutes les dames

Voitures de grandes attelées.

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françaises. )) Le roi désapprouvait ce débordement du luxe de la toilette, mais il ne faisait rien pour l’arrêter. On peut dire que les moindres événements de son règne furent comme des prétextes offerts à la création des modes que la reine mettait toujours en vogue, dès qu’elle les portait. Elle avait la passion des panaches, et la fureur des plumes fut poussée si loin que le prix en avait décuplé et qu’on les payait jusqu’à cinquante louis la pièce. (( Quand la reine passait dans la galerie de Versailles, raconte Soulavie dans ses Mémoires historiques sur le

Fig. 304. — Chapeaux. — N° 1, à la Tarare. — N° 2, à l’Espagnole. — N° 3, Chapeau-Bonnette. —

N° 4, à l’Anglomane.

régné de Louis XVI , on n’y voyait plus qu’une forêt de plumes, élevées d’un pied et demi et jouant librement au-dessus des têtes. Mesdames, tantes du roi , qui ne pouvaient se résoudre à prendre ces modes extravagantes ni à se modeler chaque jour sur la reine, appelaient ces plumes un ornement de chevaux. )) L’élévation des coiffures allant ainsi toujours en augmentant, quels que fussent les changements que chaque jour y apportait sous des noms nouveaux, « les coiffures parvinrent à un tel degré de hauteur, dit Mme Campan, par l’échafaudage des gazes, des fleurs et des plumes, que les femmes ne trouvaient plus de voitures assez élevées pour s’y placer, et qu’on leur voyait souvent pencher la tête ou la mettre à la portière. D’autres prirent le parti de s’agenouiller, pour ménager d’une manière encore plus sûre le ridicule édifice dont elles étaient surchargées. )) De toutes les coiffures, celle de la reine était la plus haute.

Aucune description ne saurait rendre l’aspect de ces monstrueux

au Cerf-Volant

à la C ères

Fig. 305. — Coiffures diverses; d’après les journaux de modes du temps.

\ à la Douce Raillerie

en Fichu

Echelle

a la Junon

à la Distinction

en Rouleaux

Petite Palissa cl e

Bonnet à l'Argus

a la Janot

Dormeuse

a la Reine

le Parterre Galant

Bonnetàla Candeur

le Bandeau <l 'Amour

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à la Belle Poule $h''(

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Fig. 306. — Coiffures diverses ; d’après les journaux de modes du temps.

INSTITUTIONS, USAGES, ETC

échafaudages de cheveux crêpés, bouclés, tressés, hérissés, entremêlés et surchargés de plumes, de rubans, de gazes, de guirlandes, de fleurs, de perles et de diamants. Il y eut des coiffures qui représentaient des paysages, des jardins à l’anglaise, des montagnes et des forêts. Les noms de fantaisie qu’on leur attribuait n’avaient pas d’ailleurs la moindre

Fig. 307. — La Baronne du Bel- Air, revenant du Palais-Royal ; fac-similé d’une caricature de l’époque.

analogie avec leur caractère et leurs dispositions. Voici seulement quelques-uns de ces noms, choisis parmi les plus bizarres : les grecques à boucles badines , Y oiseau royal, le chien couchant , le hérisson , les chapeaux à l'énigme , à la mont-désir , à V économie du siècle , au désir de plaire , les poufs à la Pierrot , les parterres galants , les calèches retroussées, les thérèses à la Vénus pèlerine , les cornettes au becquet , aux clochettes , à la physionomie , les bonnets anonymes , les cornettes à la laitière, les baigneuses à la frivolité , les coiffures à la candeur , au

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