TOUS LES GARÇONS TRER EN MENAGE
Scunte Heine qu 'e//e ne Soit jjoinf mondaine
faurfe C/o tilde cyu. 'e/ie fac/te ut/vre
Jointe Âlade/e/ne quelle m aime
Saint /ii/atre qu elle ne Soit point colère
Saint /Jfat/neu le tout pour la jrloire de Dieu
Urcïu 07V
c/ui voyez no/ oesouu et tfeavet tnteu^c aue Jietu
pin auiJjan
jjctnt et tout i
pjeJ
ce cjuînoiu esc nécessaire je me //rosteme Se vaut uoms à mon DCttt y tu. avez exetuce '/a prière c/u jeune Tooie t/ot~s yutt i/onS demanSct v/u* co/ipapne et Lu en aa/ci choisi t7ie Se veuf Supplie par i>cO~c bon te du t'ouloor mû donner une Somme Soucc .Saac tct~ j(tSc//e ^ei-t/ec /a auelle je puijsc i/o LU aimer uoiu Jcrutr et von* cia/nSrc jujcyuej a t'a /fin de ma vie Oinen.
Fig. 181. — Les Litanies pour tous les garçons qui désirent entrer en ménage : e-tampe ]K)pulairc.
L'imagerie pieuse abonde partout : images de saints, de madones, de miracles, de processions, de confréries religieuses. Ces estampes, gravées en taille-douce et en tailles de bois, se vendent par milliers, à la porte des églises, aux pèlerinages, dans les foires, dans les cimetières. La caricature politique n'a pas perdu ses droits et elle reparaît,
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malicieuse et comique, quelquefois cruelle et menaçante, toutes les fois que les circonstances la font renaître, pour l'amusement du peuple; une autre espèce de caricature, celle des mœurs, des modes, des vices et des ridicules, trouve toujours un public empressé qui lui fait bon accueil.
L'imagerie topographique et monumentale est également bien accueillie; on veut avoir et conserver l'image des localités qui évoquent
Fig. 182. — La Louve. Les ravages d'une louve enragée; estampe populaire.
un souvenir personnel : ce sont des estampes naïvement grossières qu'on rixe à la muraille chez les petites gens. L'imagerie des livres est mieux exécutée, parce qu'on la demande d'ordinaire à de bons artistes, qui ont à cœur de laisser leur nom attaché à des œuvres littéraires ou historiques qu'ils peuvent supposer durables. Enfin les portraits des personnages éminents, de la cour, de l'Eglise, de la noblesse et même de la bourgeoisie, trouvent des amateurs qui les achètent pour en décorer leur antichambre et leur salle de réception. La plupart de ces pièces communes, qui pullulaient sans cesse sur le Pont-
LA GRAVURE ET LES GRAVEURS
Neuf et sous les charniers du cimetière des Innocents, font aujourd'hui les délices des archéologues, à cause des objets qu'elles représentent ; mais les curieux ne daignaient pas les admettre dans leurs collections : ainsi les almanachs historiés ou illustrés de cette époque, almanachs si intéressants et si précieux à l'égard des estampes qui les accompagnent, sont maintenant presque introuvables et à peu près inconnus, nonobstant la vogue énorme qu'ils avaient au moment de leur appa-
Fi?. 183. — Types populaire* , par Mariette. — Le Ramoneur :
rition. Ces almanachs sont imprimés en une seule feuille et sur le recto de cette feuille : le calendrier, plus ou moins compliqué, n'en remplit guère que les deux tiers, sur trois colonnes, en caractères rouges et noirs. 'Fout le haut de la feuille contient une gravure allégorique ou historique , qui rappelle le principal événement de l'année écoulée, souvent avec des portraits et des armoiries. La bordure de la page se compose d'ornements et d'emblèmes gravés.
Le premier almanach de cette espèce, qui ait paru en France, est celui de 1G10, en tête duquel le graveur anonyme a mis les portraits
XVIIe SIÈCLE. —
à mi-corps de Henri IV, de Marie de Médicis et de leurs enfants, placés dans des niches. On' ne connaît qu'une douzaine de ces almanachs illustrés, pour le règne de Louis XIII; mais il en existe plus de quarante pour le règne de Louis XIV, qui présentent le résumé le plus intéressant et à coup sûr le plus frappant de l'histoire de son règne.
La description de l'almanach rarissime de 1618, que possède M. Bon-
Pig. 184. — Les Riijueurs de la guerre; d'après une eau-forte de Fh. Rugendas.
nardot, donnera une idée de ce que représentent ces almanachs, qui étaient sans doute cloués à l'entrée des appartements dans les maisons bourgeoises. Le calendrier de cet almanach a été composé par Jean Petit, Parisien, spéculateur es causes secondes, mouvemens et propriétés des astres. L'événement dominant de l'année précédente avait été le meurtre du maréchal d'Ancre, à la porte du Louvre. L'estampe représente donc Louis XIII en costume d'Apollon, qui vient de décocher une flèche au serpent Python (le maréchal d'Ancre), qu'on voit se débattre
LA GRAVURE ET LES GRAVEURS
dans une caverne pleine d'ossements Immains, à l'endroit même où s'élevait le gibet de Montfaucon; dans le haut, à gauche, Henri IV, entièrement nu sous les traits de Jupiter assis sur un nuage , tient sa foudre en main et encourage son fils.
Plus tard, les graveurs les plus distingués ne dédaignèrent pas d'exécuter ces almanachs, qui avaient une vente assurée et considé-
Fig. 185. — Commandement milita in' ; d'après une Bsu-forte de Ph. Bngendos.
rable. La plupart des peintres gravaient à l'eau-forte leurs propres ouvrages; quelques-uns savaient graver en clair-obscur <\ deux ou trois teintes, comme cela se pratiquait en Italie depuis le commencement du seizième siècle; ils ne s'abstenaient pas, non plus, de concourir à la composition des estampes satiriques et burlesques, qui amusaient parfois toutes les elasses de la population. L'abbé de Marolles avait rassemblé, dans sa superbe collection d'estampes, une nombreuse suite de ces caricatures spirituellement gravées. Voici en quels termes il les annonce dans son catalogue de 1672 : « Livre de
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bouffonnerie, de l'invention de plusieurs maîtres de Paris, quelquesuns desquels se sont permis un peu trop de licence pour divertir le peuple, pendant que l'on portoit la guerre dans les pays estrangers, dont ils ont fait souvent d'assez mauvaises railleries, lesquelles ne laissent pourtant pas de servir aux connoissances de l'histoire du pays. » Il ne s'agit pas ici, ce semble, de la caricature politique, mais des drôleries et facéties gravées, qui eurent un si grand cours parmi
Fig. 186 et 187. — Types populaires tirés des Proverbes joyeux de Laguict.
Campagnards. Le Maraîcher. Le Mercier.
Chacun portera son fardeau. Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris.
Qui mené femme et âne traîne Petit mercier, petit panier.
Met son pauvre corps a la pêne. Qui se sent morveux se mouche.
le peuple sous Louis XIII et pendant la régence d'Anne d'Autriche, et qui étaient faites par de médiocres graveurs, que l'abbé de Marolles a nommés dans son Livre des peintres et des graveurs : Humbelot, Ganières, Lagniet, Vanloch, Jolain, Roussel, d'Auroux , Guérin, etc. L'un d'eux, Jacques Lagniet, qui était aussi marchand d'estampes, a réuni en 1G57, sous le titre de Recueil des plus illustres proverbes ■moraux et joyeux, un volume in-4° composé de 400 planches de ce genre, qui avaient paru isolément sur les gueux, les charlatans, les petits métiers, les misères de la vie humaine.
LA GRAVURE ET LES GRAVEURS
La caricature politique ne s'est produite au dix-septième siècle qu'A
Fifr. 188. — Tortrait rte Claude Démet et (le son (Ils, par son .«'>/• /'• ami Jacques Callot (1682).
trois époques distinctes: en 1017, contre le maréchal d'Ancre; sous le ministère du cardinal de Richelieu, contre les Espagnols et les malheurs de
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la guerre, et pendant la Fronde, contre Mazarin et ses partisans. C'est à des caricatures de mœurs et de types plaisants, que le célèbre graveur de Nancy, Jacques Callot (1592-1635), a dû son éclatante renommée populaire , plutôt encore qu'à ses grandes planches historiques et topographiques. Elève de Claude Henriet, peintre du duc de Lorraine, et passionné pour le dessin et la gravure, dont il avait appris les éléments chez le graveur Crocq, dès l'âge de douze ans, il eut l'idée fixe d'aller â Rome et suivit, dans ce but, une troupe de Bohémiens, qui ne le conduisirent qu'à Florence ] ramené deux fois de suite à Nancy, il retourna enfin en Italie, avec le consentement de sa famille. Là, il étudia le dessin d'après les maîtres dans les ateliers de Canta-Gallina et de Giulio Parigi ; son goût naturel le portait de préférence à faire des grotesques et des paysages, mais comme il était consommé dans l'art du dessin, il pouvait exceller en tous les genres de composition. Il se perfectionna dans la gravure, sous la direction d'un très bon graveur français Philippe Thomassin, qui habitait Rome et qui y mourut.
Les premières œuvres du jeune Callot furent très remarquées et très estimées, mais il voulait renoncer au burin, qui se refusait aux finesses et à la rapidité de son travail, et il se promettait de tirer un tel parti de l'eau-forte, que le maniement de la pointe deviendrait pour lui aussi léger, aussi prompt et aussi facile que celui du crayon ou de la plume. Ayant observé que le vernis des fabricants d'instruments de musique durcissait à l'air, il s'en servit en le faisant fondre sur une planche de cuivre fortement chauffée, pour l'étendre en surface plane, sur laquelle il dessinait légèrement à la pointe : « Il ne donnoit souvent, dit Florent le Comte dans son Cabinet des sinrjularitez cl 'architecture , peinture , sculpture et graveur e, qu'un trait seul pour graver les figures, et il grossissait plus ou moins les traits avec l'éguille. » Il put ainsi exécuter des travaux d'une extrême finesse et pourtant d'un relief admirable. « Callot a esté admirable, en bien des parties, dit Perrault dans ses Hommes illustres, mais l'a esté particulièrement à faire les figures en petit et à savoir faire trouver dans deux ou trois traits de burin l'action, la démarche, l'intention et mesme jusqu'à l'humeur et au caractère particulier de chaque figure. Il avoit en-
LA (illAVLKE ET LES GRAVEURS.
core une adresse singulière à ramasser en peu de place une infinité de choses, et si cela se peut dire, le don de créer de l'espace, car en un pouce d'estendue il faisoit voir distinctement cinq ou six lieues de païs et une multitude inconcevable de personnages. Il n'y a point eu, avant luy, de graveur d'un semblable talent. »
Callot revint à Nancy, déjà riclie du produit de ses estampes que se disputaient les connaisseurs ; il obtint du duc de Lorraine une pension et des distinctions honorifiques; il fut appelé ensuite à Paris, par Louis XIII, pour dessiner et graver le Siège de la Rochelle, en
Fig. 189. — Frontispice de ftieerses figura et paysages , faits par Etienne de la Belle (St. dclln Dclln).
six feuilles qui peuvent s'assembler en une seule formant tableau; mais, quatre ans plus tard, lorsque le roi, qui s'était emparé de la Lorraine, lui demanda de graver le Siège de Nancy : « Sire, lui répondit Callot, je suis Lorrain, et je crois de mon devoir de ne rien faire contre l'honneur de mon prince et de mon pays. » C'est alors que, pour témoigner l'horreur que lui inspirait l'horrible guerre d'invasion que sa patrie venait de subir, il grava, de la pointe la plus ingénieuse et la plus vivante, une suite de 18 pièces intitulées : les Misères < t h s malheurs de la guerre, qu'il fit publier, t\ Paris même, en 1G33, par son ami Israël Henriet. Parmi les 1000 pièces qui composent son oeuvre, on citera comme ses chefs-d'œuvre la Vête de la ]\fadone de
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V Imprunetta, les deux vues perspectives du Pont-Nevf, le Parterre et la Carrière de Nancy, mais tout le monde connaît les suites divertissantes des Gueux, des Caprices, des ballets italiens di Sfessania, et surtout l'étonnante Tentation de saint Antoine.
L'influence de Callot se fit sentir chez plusieurs artistes contemporains, notamment dans l'école lorraine, mais il n'avait pas laissé
Fig. 190. — Cavalier maure, eau-forte par Etienne de la Belle (St. délia Bella). Communir]ué par M. Meanme.
d'élève. Il eut de son vivant un imitateur, presque un rival, Etienne de la Belle (Stefano délia Bella), qui avait eu le même maître que lui, Canta-Gallina, pour le dessin et la gravure. La Belle, dont la réputation s'était faite à Florence, sa ville natale, vint s'établir quelque temps à Paris, où ses estampes à l'eau- forte, traitées avec infiniment d'esprit et d'élégance , firent concurrence un moment à celles de Callot. Tl y eut même une sorte de lutte entre les deux artistes, quand
LA GRAVURE ET LES GRAVEURS
La Belle exécuta une vue du Pont-Neuf et des ballets italiens, qui se vendaient avec les estampes de Callot, chez le même marchand. La Belle, après avoir gravé en France toutes sortes de sujets, revint se fixer à Florence, où il mourut, à l'âge de soixante-quatre ans (ÎGG-JL,. Son œuvre, qui ne comprend pas plus de 800 pièces, peut être considéré comme un appendice de l'œuvre de Callot. Ce dernier était allé aussi loin que possible dans les procédés de la gravure à l'eau-forte : on doit
Fig. 11*1. — Frontispice de Diverses tcti'x tl Jijin-t s fuites par litieijnc de la Belle (St. dclln Bclln).
donc rapporter à lui les nombreux essais de gravure à l'eau-forte que la plupart des peintres graveurs tentèrent alors, sans toutefois imiter son genre ni sa manière : Daniel Rabel fit des paysages et des eostumes, Laurent Lahire des sujets pieux et mythologiques, François Tortebat des allégories et des portraits, Jean de Saint-Igny des modes de femmes, Jaeques Stella des ornements et des sujets de sainteté.
L'eau-forte, qui n'est autre qu'un dessin à la pointe vivement touché, était devenue un jeu pour tous les artistes; niais le grand peintre Claude Gelée, dit le Lorrain parce qu'il était de Lorraine (1600-82), lit de ce jeu d'artiste la pli s haute expression de l'art dans ses paysages
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gravés, où l'on retrouve toutes les qualités de ses tableaux, la perspective, l'air et la lumière.
La peinture d'apparat et de décor, que Simon Vouet avait fait réussir, malgré ses négligences d'exécution, eut la plus fâcheuse influence sur trois graveurs de son temps, François Périer, Pierre Daret, Michel Lashe (1596-1667) et Claude Mellan (1598-1688). Ce dernier, très bon dessinateur, et très habile graveur au burin, avait inventé un procédé de gravure qui exigeait une merveilleuse sûreté de main et que personne n'osa entreprendre après lui : il fit d'abord quelques estampes en tailles croisées, mais il s'accoutuma bientôt à reproduire tous les objets animés ou inanimés, la figure humaine comme les vêtements, le ciel comme la terre, avec de simples traits plus ou moins espacés, les uns auprès des autres, sans jamais les mêler ni les croiser, en se contentant de les faire ou plus forts ou plus faibles, selon les différentes parties du dessin, en raison des couleurs, des jours et des ombres, qu'il représentait; son chef-d'œuvre en ce genre est une tête du Christ, couronnée d'épines et ruisselante de sang. « Sainte face, réputée inimitable dans son caractère et dans ses parties, dit Florent le Comte, elle* est d'un seul trait en rond, commençant par le bout du nez et continuant de cette manière à marquer tous les traits du visage, »
Ce tour de force de l'art du graveur fut considéré comme la merveille de l'art, et valut à Mellan un logement aux galeries du Louvre, avec le titre de graveur du roi. Ses portraits, quoique modelés comme des sculptures, étaient froids et ternes. Michel Lasne, qui avait moins d'acquis, mais plus de talent pour rendre la physionomie dans le portrait qu'il gravait à tailles croisées, eut le malheur de vouloir imiter Mellan ; après avoir subi l'influence de Sadeler et du graveur italien Villamena, il sacrifia son dessin correct et ses bonnes habitudes de gravure expressive au désir de se montrer expert dans les adresses du burin. Il avait traité tous les sujets, mais on remarquait dans ses portraits une fermeté d'exécution et une entente des physionomies, que peu d'artistes français ont su égaler, et pourtant il travaillait très vite et jamais plus habilement que quand il était ivre.
LA GRAVURE ET LES GRAVEURS
Ce n'était pas seulement à Paris qu'il y avait alors des graveurs qui se faisaient un genre et une manière à eux. A Tours, Claude Vignon, qui grava un grand nombre de planches, rachetait par le
Fig. I!t2. — Tite de Christ, par Claude Mcllnu. La K'gcmle Fornuttus unicus una indique, avec nu jeu de mots, que cette gravure est f;iitc avec une seule taille.
charme de son burin le défaut de style; à Nancy, Jacques Bellange gravait agréablement et aussi vite qu'il peignait de grandes pages dans les églises et le palais ducal; ;\ Mantes, Pierre Brebiette gravait légèrement et spirituellement ; à Toulouse, Hilaire Pader composait des dessins, en les gravant à l'eau-forte; à Châteaudun, Nicolas
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Chapron, bon graveur d'orfèvrerie , transportait sur le cuivre les dessins qu'il avait faits à lîome d'après les fresques du Vatican ; à Arles, Nicolas de la Fage gravait dans le goût italien.
Si l'on considère que les amateurs étaient alors nombreux, on comprendra comment les graveurs étaient sollicités à produire un si grand
MamaMediclR
MDIXXXVlI-
Fig. 193. — Portrait de femme, gravé par Marie de Métlicis.
nombre de pièces; on publiait partout des estampes pour la décoration des chambres et des cabinets : chaque peintre en renom avait ses graveurs attitrés ; par exemple, Simon Vouet, le plus célèbre de tous avant la célébrité de Poussin, ne se contenta pas de faire graver la plupart de ses ouvrages par ses gendres Michel Dorigny et François
LA (i II AV U RE ET LES GRAVEURS.
Tortebat; beaucoup d'autres gravaient d'après lui : c'étaient Michel Lasne, Claude Mellan, Pierre Daret, Jean Boulanger, François Ragot, Jean Courtois, Nicolas Regnesson, etc., sans compter les graveurs étrangers.' Au reste, quiconque savait dessiner voulait savoir graver. La reine mère, Marie de Médicis elle-même, avait gravé sur bois dans sa jeunesse, et Philippe de Champagne écrivit ces mots derrière une épreuve d'un portrait de femme qui porte cette inscription au bas :
Fin. 194. — Représentation du peintre dans son ntelier, dessiné et gravé par Abraham Bosse.
Maria Medici F. « La Royne mère m'a jugé digne de ce rare présent fait de sa main. »
Le plus original, le plus intéressant des graveurs, du temps de Louis XIII, est Abraham Bosse (1602-1 G7G), de l'école de Tours. Tl a écrit un traité sur son art, qu'il connaissait aussi bien que la perspective et l'architecture. 11 ne travaillait qu'à l'eau-forte, mais il s'étudiait à imiter les tailles du burin. 11 dessina, il grava tous les sujets, et de préférence ceux qu'il avait mis à la mode : les scènes de mœurs,
XVIIe SIÈCLE. —
les costumes, les événements historiques, les cris de Paris; il gravait aussi des ornements , des éventails , des figures pour les livres. Ses compositions sont gracieuses et piquantes, quoique les personnages aient un type assez monotone; elles eurent une grande vogue et furent souvent copiées ou imitées. En parcourant son œuvre, composé d'un grand nombre de pièces , on se trouve transporté en plein dixseptième siècle, soit à la cour, soit dans la bourgeoisie, soit parmi le bas peuple. On lui attribue, avec bien des probabilités, la gravure du grand plan de Paris , dressé par J acques Gomboust, en 9 feuilles.
La topographie eut alors ses graveurs, qui avaient abandonné la vieille manière, pour imiter les eaux-fortes de Callot et de la Belle, et pour copier les innombrables estampes topographiques exécutées en Allemagne dans l'atelier des Mérian. Israël Silvestre (1621-91) commençait à montrer ce qu'il avait appris, à Nancy, dans l'atelier d'Israël Henriet, avec l'ami de Callot, Charles Deruet. Les graveurs de portraits étaient fort nombreux : Balthazar Moncornet, Melchior Tavernier, Henri Chéron, Gabriel Vouillemont, etc. Les graveurs d'ornements n'avaient jamais été plus habiles, surtout ceux qui travaillaient pour l'orfèvrerie : Jean Briot, Pierre Pauquet, Etienne Carteron, Balthazar Lemercier, J. Toutin , et le premier de tous , l'orfèvre Gédéon l'Egaré.
Le règne de Louis XIV, qui devait être le grand siècle de la gravure, commença par ne donner, sous la régence et pendant la Fronde, qu'un petit nombre d'estampes historiques et beaucoup de caricatures anonymes, auxquelles plusieurs bons artistes avaient mis la main , entre autres Jean Lepautre. Mais l'imagerie religieuse, gravée sur bois et sur cuivre, souvent enluminée, ne se ressentait pas des misères du temps : elle multipliait ses produits édifiants, mais peu artistiques. C'était la gravure topographique et historique qui prenait son essor.
Israël Silvestre et Gabriel Perelle avaient tous deux ouvert boutique, pour la vente de leurs ouvrages, et à aucune époque on ne vit une aussi grande quantité de vues de villes, de châteaux, d'églises et de monastères; les artistes prenaient surtout leurs sujets dans Paris même,
LA GRAVURE ET LES GRAVEURS
où les voyageurs étrangers achetaient ces estampes comme souvenirs de leur voyage en France. On leur vendait, en même temps, de nouveaux tirages des anciennes planches de Claude Chastillon, quoique l'état des lieux eût bien changé depuis quarante ans. Les eaux-fortes de Silvestre étaient finement gravées, et il les retouchait et même les modifiait à chaque tirage. Ce graveur, qui était à la fois marchand d'estampes, et qui avait chez lui toutes les planches de Callot et de la Belle, grava lui-même plus de 600 vues de villes et d'édifices, prises non seulement en France, mais encore en Europe, où elles avaient été
Fig. 195. — Marine, dessinée par Ferellc et gravée par Drcvct.
dessinées pour cet actif aqua-fortiste, auquel il est difficile d'attribuer toutes ces vues et surtout les grandes pièces où l'on remarque le travail de plusieurs mains. Gabriel Perelle, son concurrent, se faisait aider, et ne s'en cachait pas, par ses deux fils et par deux élèves de Callot, Adam et Colignon, qui gravaient d'après les dessins de Michel Corneille, d'Asselin, de Fouquière et de Beaulieu, ingénieur du roi. Les Perelle gravaient aussi des batailles et des scènes de guerre, qui étaient fort appréciées, bien que l'imagination des artistes en eût fait tous les frais.
La famille des Bonnart, composée d'une douzaine de graveurs, assez mauvais dessinateurs, dont le principal talent était une exécution très rapide, avait un atelier et une boutique dans la rue Saint- Jacques, à
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l'enseigne de VAiyle noir, pour fabriquer à la hâte des gravures de costumes et de modes, dans lesquelles on croyait voir les portraits des personnages de la cour et de la noblesse. Ces gravures au pointillé, dont les meilleures sont signées par Jean Bonnart, lequel gravait seulement les figures, se répandaient dans le monde entier, comme les échantillons de la mode française ; leur nombre s'élevait déjà, vers la fin du siècle, à plus de 000; mais quelle différence entre les costumes de Bonnart et ceux que Saint-Igny, Callot et la Belle avaient gravés!
Le règne de Louis XIV fut la bonne époque des grands almanachs illustrés, qui étaient alors formés de deux feuilles au lieu d'une. Le calendrier n'y occupait plus les deux tiers de la feuille, comme sous Louis XIII, mais il était devenu un accessoire presque indifférent, qui se perdait au milieu des figures et des détails du sujet principal, et des larges ornements décoratifs de l'entourage. On reconnaissait que le dessin de ces gravures avait été composé par de vrais artistes, mais leur exécution au burin, opérée le plus vite possible par différentes mains, restait généralement au-dessous du médiocre. Quelques-uns cependant, destinés à des curieux plus difficiles, qui les payaient plus cher, portaient la signature ou le cachet artistique de Poilly, d'Edelinck, de Lepautre, de Sébastien Leclerc, de François Silvestre, de Larmessin, etc. Le sujet de chacun de ces almanachs rappelait toujours les événements de l'année précédente, soit par la représentation du fait môme, soit par des allégories, soit par des portraits. Leur excessive rareté s'explique par la négligence du public, qui les a détruits au fur et à mesure qu'ils n'étaient plus d'usage.
Les grands graveurs se forment et se perfectionnent d'après les grands peintres. Poussin, par ses belles œuvres de peinture, eut donc une immense influence sur l'art de la gravure française ; il faudrait nommer ici vingt graveurs de mérite qui s'attachèrent à reproduire fidèlement ses chefs-d'œuvre. Les plus habiles, qui furent aussi les plus célèbres, étaient Jean Pesne, Gérard Audran, Edelinck et Claudine Stella : « Si Raphaël a eu son Marc-Antoine, dit Florent le Comte et si M. le Brun a eu son Audran et son Edelinck, auxquels, de leur vivant même, ils ont fait connaître la force et les charmes
LA GKAVURE ET LES GRAVEURS
de leurs ouvrages, M. Poussin a eu le même avantage, spécialement dans la personne de Jean Pesne, qui, par ses continuelles études et par son talent, a si bien sçu pénétrer le goût et le caractère de ce peintre dans sa manière particulière. » Jean Pesne (1623-1700), avant
Fig. 1!IC. — Cartouche grave par J. Penne, formant le titre des Travaux d'Hetaûe, eu dix-sept pièces; d'après les tableaux du Poussin, dans la grande galerie du Louvre.
de se consacrer à la gravure des œuvres de Poussin, s'y était comme préparé en gravant d'après les grands maîtres de l'Italie, et il s'attacha ensuite à reproduire avec une fidélité absolue la peinture de son maître favori. Claudine Stella entreprit le même travail, avec le même amour et la même conscience. « Aucun homme, dit Watelet dans son
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Dictionnaire de peinture, sculpture et gravure , n 'a saisi comme Claudine Stella le véritable caractère de Poussin. »
Gérard Audran, qui naquit à Lyon le 2 août 1640 et mourut à Paris en 1703, le plus fameux graveur du siècle était le second fils de Claude Audran; son père lui donna les premières leçons. Il employa toutes les ressources de son talent à graver seul huit grandes pièces en large d'après les plus beaux tableaux de Poussin, et il en fit graver sous ses yeux une dizaine d'autres, par ses neveux Jean et Benoît