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GRAVEURS

avec lui ; Guillaume Château , qui avait appris en Italie l'art de graver et qui grava neuf tableaux de Poussin; Etienne Gantrel, qui en grava six; François Chauveau, qui en grava quatre. Ce dernier (1621- 76), élève du peintre Laurent Lahire, devint graveur distingué, en gra-

Fig. 138. — Portrait de Dcnys Talon , iivorat général au Parlement, peint et gravé pur Robert Nantcuil en 166&I

vant les tableaux de son maître, « où il prit, dit Perrault, une manière vive et agréable ; mais la vivacité de son imagination ne s' accommodant pas de la lenteur du burin, il se mit à graver à l'eau-forte et à ne plus graver que ses pures pensées. » Il dessina, il grava surtout poulies livres dans tous les genres; on est étonné du nombre et de la

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variété de ses ouvrages, que les auteurs et les libraires recherchaient et payaient bien. Il vivait de préférence dans la société des gens de lettres. C'était, pour ainsi dire, un historien et un poète en images. Son œuvre renferme plus de 300 pièces, parmi lesquelles quelques bons portraits. Ce fut d'ailleurs la belle époque du portrait. Nanteuil, Masson, Edelinck, Morin et Drevet s'y distinguèrent en première ligne et n'ont pas été surpassés depuis.

Robert Nanteuil, de Reims (1630-78), dessina et grava d'instinct le portrait, et il y réussit mieux que personne n'avait fait avant lui ; il chercha longtemps le procédé de gravure qui rendait le mieux la peinture et le dessin faits d'après nature : « Tantôt, dit le savant iconographe Georges Duplessis, il employa un pointillé qui rappelle les estampes de Jean Boulanger; tantôt, comme Claude Mellan, il fit usage d'une seule taille, à peine interrompue par quelques contretailles ; tantôt il se servit de tailles sagement croisées suivant le sens des formes, à l'exemple de son maître et compatriote le Rémois Nicolas Regnesson, et alors il se rapprocha de sa manière définitive. )) Il vint à Paris, quand il fut sûr de son crayon et de son burin. Dès que ses ouvrages arrivèrent sous les yeux du cardinal Mazarin, il fut appelé à la cour et nommé dessinateur et graveur du cabinet du roi, aux appointements de mille livres par an. Il avait fait d'abord un portrait au pastel de Louis XIII, qui lui fit donner cent louis d'or. Nanteuil se proposa de graver ce portrait, de la grandeur de l'original, ce qui n'avait pas encore été tenté, du moins avec succès, et il réussit merveilleusement dans la gravure de ce superbe dessin : « On croyait y voir, dit Perrault, la couleur naturelle du teint, le vermeil des joues et le rouge des lèvres. Jusque-là il avoit esté presque impossible aux plus habiles graveurs de bien représenter avec le seul blanc du papier et le seul noir de l'encre toutes les autres couleurs que demande un portrait lorsqu'il est en grand, car lorsqu'il est en petit, l'imagination de celui qui le regarde les supplée aisément. )) Il grava aussi de la même grandeur le portrait de la reine mère, celui du cardinal Mazarin, ceux de Gaston, duc d'Orléans, des princes et des grands personnages de la cour. Tous les ans, le roi lui faisait refaire son portrait au pastel,

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pour se rendre compte des changements qui avaient pu s'opérer dans sa physionomie.

Il en coûtait fort cher pour avoir son portrait gravé par Nanteuil, qui ne pouvait suffire aux demandes. On s'étonnerait qu'il ait pu, dans une vie aussi courte, graver environ 240 portraits, la plupart fort

Fig. 199. — Portrait d'Antoine Vitré, typographe <In roi et do clergé; peint par Ph, Champagne et grave par Morin.

grands, si l'on ne savait que les bons graveurs avaient des ateliers où leurs élèves les soulageaient de la plus grande partie du travail matériel. Jean Morin, élève de Philippe de Champagne, après avoir gravé d'après d'anciens maîtres, et surtout d'après Claude Lorrain, devint exclusivement graveur de portraits, en s'appliquant à s'approprier le procédé de Van Dyck, qui dans sa peinture modelait les

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chairs et accusait les plans du visage, au moyen de petits points destinés à produire un effet général doux et harmonieux. C'est ainsi qu'à l'aide de l'eau-forte il parvint à rendre l'aspect limpide et calme, mais froid, des portraits peints par Philippe de Champagne, auxquels

Fig. 200. — Le comte d'Harcourt dit Cadet la Perle, grand éeuyer de France (1C01-1CGC) ; grave par Masson, d'après Mignard.

il ajoutait, dans ses estampes, un peu de chaleur et de vie. Jean Alix et Nicolas de Platemontagne, comme lui élèves de Philippe de Champagne, imitèrent la manière de J. Morin, mais essayèrent en vain d'atteindre à sa hauteur.

Antoine Masson (103G-1702), d'Orléans, s'était fait connaître

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comme un des maîtres du burin , en gravant deux ou trois grandes pièces d'après Titien et Rubens, mais il changea de voie et ne s'occupa plus que de la gravure de portraits ; il s'y fit un nom par

Fig. 201. — M"'c île Jliramion; d'après le portrait peint par de Troy et gravé pal BdéUnck.

la fidélité de son dessin et par les tours de force de sa main-d'œuvre. L'exécution de ses ouvrages est un miracle d'adresse et d'habileté. Le plus beau des portraits qu'il ait gravés, celui de Brisacier, passe pour le chef-d'œuvre du genre.

Gérard Edelinck, né à Anvers le 20 octobre 1C 10, vint fort jeune à

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Paris et alla étudier son art dans l'atelier de François Poilly ; quand il sortit de l'école de ce célèbre graveur, il se distinguait déjà par la correction et la pureté de son burin ; il acquit depuis une fonte et une couleur brillante, qu'il possédait seul, tout en conservant les qualités solides de son premier maître belge, Corneille Galle. Il exécuta, pour le cabinet du roi, plusieurs grandes planches d'après Léonard de Vinci et le Guide, d'après Mignard et le Brun, mais sa vocation le poussait surtout à graver des portraits, et tous ceux qui sortirent de ses mains , en si grand nombre , sont les plus achevés et les plus vivants que la gravure française ait produits ; son œuvre est considérable. Il avait obtenu des lettres de naturalisation et un logement à la manufacture royale des Gobelins, et il fut, comme Antoine Masson, membre de l'Académie de peinture.

A l'époque où Edelinck mourut (1703), Pierre Drevet (1663-1738), de Lyon, était âgé de quarante ans et avait déjà mis au jour plusieurs portraits admirables. Le superbe portrait du roi, gravé d'après Rigaud, et regardé par tous les connaisseurs comme le chef-d'œuvre de l'art, prouva que Nanteuil et Edelinck étaient dépassés. Il avait été choisi par Mignard pour terminer une grande estampe que la mort d'Edelinck avait laissée inachevée.

L'espace nous manque pour passer en revue les nombreux graveurs de premier ordre, qui se succédèrent avec éclat dans les familles des Audran, des Poilly, des Lepautre, des Picart, dont les noms ont acquis à si juste titre une glorieuse notoriété dans l'histoire de la gravure. Il faut joindre encore à ces grands noms une foule de noms moins illustres, mais non moins estimables qui représentent, dans tous les genres, d'excellents travaux de burin et d'eauforte. Ces artistes , au nombre de plusieurs centaines , ont exécuté 50 à 60,000 estampes, dont beaucoup ne le cèdent pas aux plus belles œuvres de l'Italie, de l'Allemagne et des Pays-Bas. L'abbé deMarolles, qui avait recueilli toutes ces estampes dans sa collection d'amateur, a rassemblé aussi tous les noms de leurs auteurs dans son singulier Livre des Peintres et des Graveurs, en quatrains rimés. Bornons-nous à citer un graveur, Sébastien Leclerc (1639-1714), qui,

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comme les grands artistes du seizième siècle, s'était appliqué à tous les arts et à toutes les sciences. Dès l'âge de huit ans, il avait fait un dessin à la plume, représentant un enfant endormi, qui n'était rien moins qu'un chef-d'œuvre ; de bonne heure il s'appliquait à l'étude de la géométrie, de la perspective, de la fortification et de l'architecture, mais ses plus grands progrès furent dans le dessin et dans la gravure. Il vint de Metz à Paris en 16G5, et fut présenté à le Brun, qui reconnut chez lui des talents extraordinaires et qui l'honora de sa protection. Le ministre Colbert le protégea aussi et lui fit accorder un logement aux Gobelins. A trente-trois ans, il était agrégé à l'Académie de peinture et professeur de géométrie et de perspective dans cette académie. En 1690, il fut nommé graveur et dessinateur du cabinet du roi. 11 avait dessiné et gravé une prodigieuse quantité de sujets en tous genres : batailles, topographie, portraits, scènes historiques, ornements, etc. Son burin, de môme que son crayon, avait toujours été correct, élégant, ingénieux. Son œuvre s'élève à près de 4,000 pièces, presque toutes de sa composition. Il travailla jusqu'à sa mort avec la même ardeur et la même énergie. « Toutes les pièces de ce graveur, dit Florent le Comte, sont reclierc liées, par la manière aussi sçavantc dans ses compositions d'histoire, que libre et vague dans les paysages, ce qui est présentement du goût de ceux qui dessinent et de ceux à qui Callot a sçu plaire. » Parmi ces pièces, on trouve une quantité de titres de livres, de culs-delampc, de vignettes et de lettres grises, que l'imprimerie faisait servir à la splendeur de ses éditions de luxe. Sébastien Leclerc fut un des principaux graveurs qui concoururent à l'exécution de ce magnifique recueil d'estampes, connu sous le nom de Cabinet du I?oi, lequel se compose de 27 volumes grand in-folio, contenant les tableaux du roi, les batailles d'Alexandre, les médaillons antiques, les vues des maisons royales , les ornements de peinture et de sculpture dans la galerie d'Apollon, les vues et plans du château de Versailles, la grotte et le labyrinthe de Versailles, les statues et bustes antiques, les tapisseries du roi, les courses de têtes et de bagues en 1661, la description de l'hôtel des Invalides, l'escalier des ambassadeurs ;\ Versailles,

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etc. Ce monument incomparable de la gravure française était destiné à faire des présents aux envoyés des puissances étrangères.

A la fin du dix-septième siècle, on comptait, en France et surtout à Paris, plus de deux cents maîtres graveurs, qui presque tous tenaient boutique et vendaient eux-mêmes leurs ouvrages, un édit de Louis XIV, rendu en 16G0 à la sollicitation de Nanteuil, ayant déclaré que la gravure était désormais un art libre et que les graveurs, confondus jusque là avec les artisans, seraient délivrés des servitudes de la maîtrise. On a lieu de s'étonner que le sieur de Blegny, dans son Livre commode des adresses de Paris, publié en 1691 et 1G92, ait passé sous silence la gravure et les graveurs. Germain Brice, dans sa Description nouvelle de la ville de Paris (édition de 1G98), a nommé seulement les graveurs illustres qui étaient logés sous la grande galerie du Louvre : « Chatillon, graveur en taille-douce, travaille aussi en émail. — Baudet, graveur, de qui on a plusieurs estampes d'après les tableaux de Poussin et de quelques autres fameux maîtres, entre autres de l'Albane, dans le goût duquel il entre parfaitement. )) Quant à Claudine Stella, qui gravoit parfaitement bien, dit Germain Brice, elle était morte le 1er octobre 1G97, et l'appartement qu'elle avait occupé était encore vacant.

Pig. 202. — Cul-de-Iampe tiré du Recueil des Oraisons funèbres. (Bibl. de l'Arsenal.)

LA MUSIQUE ET LES MUSICIENS

Les ballets sous Henri IV et sous Louis XIII. — Les Ballard, éditeurs de musique du roi. — Instruments : théorbe, guitare, viole, musette, harpe, violon, luth ctclavccin. — Jean-Baptiste Lullv. — Michel Lambert. — La bande des 24 violons et la petite bande. — Fondation de l'Opéra. — Ph Quinault. — Psyché, Ali/s, Armide, Alceste. — Colasse, Campra et Desmarets.

près qu'une terrible et sanglante tragédie eut mis fin aux états de Blois et aux fêtes de cour qui les accompagnaient, on doit supposer que la musique de chambre et de théâtre fit silence autour de Henri III, quoique sa chapelle continuât de subsister jusqu'à sa mort (lrr août 1589). Ce n'est pas le roi de Navarre, huguenot, qui pouij^i^^c^m^^mPï^^^Q^ vait, devant Paris assiégé, conserver à ses gages les musiciens français appartenant î\ cette admirable chapelle. Quant aux musiciens italiens, ils avaient sans doute quitté la France, depuis la mort de Catherine de Médicis, avec le fameux Balthazarini, violoniste piémontais, surintendant de la musique chez la reine-mère. Le Béarnais, qui ne dédaignait pas la musique et qui, dit-on, en composait quelquefois, pour accompagner ses chansons, avait sans doute congédié les musiciens de la chambre de Henri III,

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comme inutiles et trop coûteux pour ses finances. Il est probable qu'il garda seulement auprès de lui quelques valets de chambre, joueurs de viole, de théorbe et de luth, ce qui suffisait pour le distraire de ses fatigues et de ses soucis.

On comprend que, pendant la guerre de la Ligue, la petite cour de Henri IV, dans laquelle les dames avaient peu d'occasions de se montrer, ne songeait pas à se donner le plaisir d'un de ces ballets en musique, qui étaient inaugurés à la cour de France, depuis la représentation du célèbre Ballet comique de la Reine, en 1581. La musique religieuse seule ne se ressentit pas trop des troubles de la guerre civile, dans les endroits où le culte catholique n'avait rien à craindre des violences du parti protestant, car, depuis 1585 environ, l'établissement des maîtrises avait eu lieu dans les églises de Paris , et le corps des organistes s'était constitué partout. On ne s'étonnera donc pas, en lisant, dans les journaux de Pierre de l'Estoile, que, malgré les horreurs du siège et du blocus de la capitale, on y célébrait sans cesse des messes et des offices en musique.

Mais dès que Henri IV, après sa victoire, fut rentré en possession de Paris, que les ligueurs avaient occupé plus de trois ans, la musique reconquit tous ses droits : les gens du peuple dansaient aux chansons dans les rues , et il y eut ballet au Louvre le dimanche 3 novembre 1594. Il convenait à la musique de disposer les esprits aux charmes de la paix et d'annoncer la destruction prochaine de la Ligue. On peut croire que, dès lors, la chapelle du roi s'était reformée sous la direction de Beaulieu et de Salmon, anciens maîtres de musique de la chambre de Henri III, auteurs de la partition du Ballet comique delà Reine.

Il est probable que plusieurs des quarante musiciens qui avaient fait les airs de cour publiés en 2 1 livres, par Adrien le Roy et Robert Ballard, de 1569 à 1583, vivaient encore à cette époque et ne renonçaient pas à leur art. Le roi avait déjà choisi, pour compositeur de sa chambre, un très habile homme, Claude Lejeune, dit Claudin de Valenciennes, qui avait fait ses preuves sous le règne précédent, et qui exécutait luimême ses compositions avec un merveilleux talent. Il fit paraître à Paris, en 1594, un Recueil de plusieurs chansons et airs nouveaux mis

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en musique. Sa première publication avait été un Livre de mélanges en 6 volumes in-folio (1585). Il publia, jusqu'à sa mort en 1G03, plus de vingt volumes in-4°, sous les titres de Dodécacorde , le Printemps, les Psaumes, etc.

Fig. 203. — La Musique; il'aprcs une gravure Je Housselet .

Jû suis dedans lo ciel l'cxcrcico dot* ongoa Cu divin encensoir qu'ils nreseutont à Dieu. . .

Deux autres compositeurs fort estimés, qui avaient eu de grands succès à la cour de Charles IX et de Henri III, figuraient encore avec éclat à la cour de Henri IV. L'un, Jacques Mauduit, né à Paris en 1557, s'était fait connaître d'abord par la messe en musique qu'il composa, en 1585, pour le service funèbre de son ami Ronsard. Cette messe

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fut considérée comme le chef-d'œuvre de la musique sacrée, à ce point qu'on ne trouva rien de mieux que de la faire exécuter, vingt-cinq ans plus tard, aux funérailles de Henri IV. Jacques Mauduit passait pour le plus savant maître dans la science du contrepoint, et l'année môme de sa mort (1627), le P. Mersenne, dans son grand ouvrage de Y Harmonie universelle, lui décerna le titre de Père de la musique. Eustache de Caurroy, né près Beauvais en 1549 , dut aussi à une messe des morts sa première réputation, quoique cette messe, au dire des connaisseurs, ne soit qu'un contrepoint perpétuel, composé de notes carrées semblables à celles du plain-chant. Il fut maître de chapelle de Henri IV, et devint alors, comme l'étaient avant lui ses deux prédécesseurs, prieur de St- Aïeul de Provins et chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris. Il ne se borna pas à faire des messes en musique, car il composa une multitude de gavottes, de menuets et d'airs de danse noble ou joyeuse, qui, après avoir été applaudis dans les ballets, furent répétés de bouche en bouche , et fournirent le chant des noëls populaires que la piété naïve des gens de campagne n'a pas encore oubliés. On lui attribue aussi la chanson de Vive Henri IV et la romance de Charmante Gabrielle. Quant à une autre romance : Viens Aurore, dont le roi avait écrit les paroles, on croit que c'est lui-même qui en a fait la musique. Eustache du Caurroy mourut en 1609, et le cardinal du Perron composa l'épi-* taphe latine « de cet homme pieux et modeste, disait-il, que non seulement la France, l'Espagne et l'Italie, mais encore l'Europe entière a déclaré prince des musiciens. ))

La musique instrumentale que préférait Henri IV était celle des instruments à cordes : le luth et la viole. Il avait attaché à sa personne plusieurs habiles joueurs de luth, entre autres Julien Périchonet les deux frères écossais Jacques et Charles Hadington. Sa première femme, Marguerite de Valois, qui passa tout le temps de la Ligue dans le château d'Usson en Auvergne, y entretenait un corps de musique, dont le chef était un Italien nommé Comini; elle chantait elle-même, en s'accompagnant du théorbe, et quand elle revint tenir sa cour à Paris, après son divorce, elle amena ses musiciens avec elle, sans avoir pu en trouver un qui remplaçât son fameux joueur de viole, nommé Gautier, qu'elle

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avait perdu en 1G00. La musique de la chambre du roi comprenait sans doute un assez grand nombre d'instrumentistes, pour suffire à la représentation des ballets, qui se dansaient à la cour en hiver et surtout à l'occasion du carnaval. Outre les vingt-quatre violons de la grande

Fig. 204. — Femme jouant de la viole; d'après une gravure de Leblon.l.

(Bibl. uat. Coll. Hennin.)

ba?ide, qui se recrutaient dans la communauté des ménétriers de Parie, il y avait des joueurs de luth et de théorbe , de viole et de basse de viole. Le clavecin était réservé pour les compositeurs de musique et pour quelques virtuoses émérites. Tous les instruments se fabriquaient en France, mais bien des fabricants étaient allemands ou italiens.

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Il n'y avait pas encore de musique de théâtre populaire sous le règne de Henri IV, si ce n'est peut-être à la Comédie italienne, qui vint s'établir à Paris pendant deux ou trois hivers consécutifs. Le roi y avait pris goût, mais la population bourgeoise restait froide et indifférente pour ce genre de spectacle comique, mêlé de chants. La principale actrice de cette troupe nomade était Isabelle Andreini, de Padoue, si célèbre par sa beauté, sa grâce, son esprit et son talent scénique : elle chantait délicieusement et jouait de plusieurs instruments. Henri IV ne se lassait pas de la voir et de l'entendre; il eût voulu la retenir en France et il espérait qu'elle y reviendrait, lorsqu'il apprit qu'elle était morte à Lyon, en 1604. Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, dont les acteurs étaient loin de valoir, pour la farce, ceux de la Comédie italienne, n'avait pas d'autre musique que des chansons folâtres, chantées ou plutôt mimées, dans les entr' actes, par un de ses comédiens, nommé Etienne Bellonne, qui jouait de la guitare.

L'art musical fit des progrès sensibles, dans tous les genres, sous le règne de Louis XIII. Les ballets de cour, qui avaient fait fureur depuis 1594 jusqu'à la mort de Henri IV, se multiplièrent à l'infini, non seulement chez la reine mère et chez le jeune roi, mais encore chez les princes et les grands seigneurs. Ces ballets donnaient lieu à toute espèce de musique instrumentale, pour les entrées des personnages qui y figuraient avec des costumes analogues à l'idée dominante de chaque entrée : cette musique était tour à tour, selon le sujet, noble et majestueuse, triste ou gaie, lente ou vive, sérieuse ou bouffonne : elle réglait et caractérisait les danses, les gestes et la mimique de chaque entrée , car un ballet se divisait ordinairement en actes ou parties, dont les entrées formaient les scènes.

L'abbé de Marolles a défini ainsi ces étranges ballets, dont il avait été acteur et témoin dans sa jeunesse : « Une danse de plusieurs personnes masquées sous des habits éclatants, composée de diverses entrées ou parties, qui se peuvent distribuer en plusieurs actes, et se rapportent agréablement à un tout, avec des airs différents, pour représenter un sujet inventé, où le plaisant, le rare et le merveilleux ne soient pas oubliés. » Ces ballets, dans lesquels Henri TV se plaisait à

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prendre un rôle sous le masque, portaient des titres qui font supposer ce qu'ils pouvaient être : Ballets des Grimaceurs, des Folles, des Barbiers, en 1598; ballets des Coqs, de l'Inconstance, des Souffleurs d'Alchymie, en 1604 * ballets des Enfants fourrés de malice, des Bac-

Fig. 205. — Frontispice d'Ati/s, tragédie en musique do Lully, publiée chez Christ. Ballard en 1G76; dessiné par Cliaurcau et gravé par Lalouette.

chantes, des Dieux marins, en 1G08. Sous Louis XIII, on recherche, on adopte, pour les ballets de cour, des titres et des sujets encore plus bizarres et plus burlesques : ballets des Usuriers, des Avares, en 1611 ; ballets de Don Quichotte, des Dix verds, en KJ14; ballets des Amants captifs, des Pygmées, en 1615. La musique dans tous ces ballets jouait un rôle très important. Dans le ballet de la Délivrance de Jt< )i<ii(<l1 imité de l'A-

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rioste, dansé par Louis XIII, le 29 janvier 1617, Jacques Mauduit, qui en avait composé les principaux airs avec Pierre Guesdron, surintendant de la musique du roi, dirigeait 64 chanteurs, accompagnés par 28 violes et 14 luths, cachés aux yeux des spectateurs. Guesdron, de son côté, disposait de 45 instruments avec 92 voix. Belleville, qui s'était chargé delà partie chorégraphique, avait écrit la plupart des airs de danse. C'était de ces ballets qu'on tirait les airs de cour, qui étaient sans cesse réimprimés chez les Ballard, imprimeurs de la musique du roi, et qui se répandaient ainsi dans toutes les compagnies où l'on s'occupait de musique vocale et instrumentale. Ces airs de cour, dont la tablature était fort simple et s'appliquait à divers instruments, offraient souvent des mélodies pleines de grâce et de charme. Il faut nommer seulement, parmi les compositeurs de ces airs de cour ou de ballets, Gabriel Bataille, qui fut aussi un excellent luthiste; Henri de Bailly, qui devint surintendant de la musique du roi, après Guesdron ; Antoine Boesset, qui publia neuf livres d'airs, de 1617 à 1642, et qui mourut, en 1643, surintendant de la musique des chambres du roi et de la reine. On peut estimer à cent cinquante le nombre des ballets de cour qui furent dansés sous Louis XIII et qui n'étaient que le prélude de la musique dramatique.

Louis XIII avait toujours aimé la musique, et lui-même était musicien, puisque dans le ballet qu'il dansa, le mardi gras 1618, il avait composé un air de danse, dont Beauchamp, un des vingt-quatre violons du roi , fît la basse. Line chanson de lui à quatre voix , bien écrite et d'une harmonie pure, a été publiée par le P. Kircher. On a même conservé un livre de ses compositions musicales, écrit de sa main. Il avait fait aussi des airs de chasse et mis des psaumes en musique. (( Le feu roi, de glorieuse mémoire, dit Etienne Godeau, dans la préface de sa Paraphrase des Psaumes de David (1648), n'avoit pas dédaigné d'employer la parfaite connoissance qu'il avoit de ce bel art, sur quatre de mes psaumes, qui ont esté imprimez, et les plus excellents maistres ont admiré cette composition. »

Un jour, en 1630, Louis XIII fut tellement satisfait d'entendre jouer Guillaume du Manoir, un des meilleurs violons de la communauté des

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