‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 11 sur 48 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Les Jacobiles où Monophysites n’ont pas accepté la décision du concile de Chalcédoine, 451 (1). Ils professent qu’il n'y a, dans le Christ, qu'une seule nature, ou plutôt, que les deux natures, divine et humaine, se réunissent, se confondent, pour n’en plus former qu’une seule.

Un certain nombre de Jacobites, pour obéir aux ordres des empereurs, se soumirent aux décisions du concile de Chalcédoine, et voulurent bien admettre qu’il y a deux natures dans le Christ. À ces convertis et à ceux qui étaient restés attachés à la foi orthodoxe ou catholique, les Monophysites d'Égypte, qui avaient eu passablement à souffrir sous Justinien et Justin II, donnèrent le nom de Melchites (&Ske roi), les royalistes, le parti de la cour, terme qui, dans leur bouche, équivalait à une injure. Par haine contre les empereurs de Byzance, ils aidaient les Arabes, en 640, à conquérir l'Égypte.

Les Nestoriens admettaient eux aussi, comme les orthodoxes, la dualité des deux natures dans le Christ, et, s’ils furent hérétiques, c’est pour l’avoir exagérée. Ils n’acceptaient pas, comme les Jacobites, un mélange des deux natures, ni, comme les Melchites, la communication à l’une des attributs de l’autre. C’est pourquoi ils ne voulaient pas qu’on dît : Dieu a souffert, a été enseveli; mais : le Christ a souffert. Ils réprouvaient, de même, comme ambigu et inexact, le titre de Mère de Dieu accordé à Marie ; ils voulaient qu’on l’appelât la Mère du Christ.

On voit combien les trois confessions chrétiennes étaient peu d’accord sur ce point capital : la définition de la personne du Christ, et combien il était facile à l’adversaire de tirer parti de ces divisions.

Malgré la difficulté de l’entreprise, Yahyâ ben ‘Adî n’hé-

1) « Nous reconnaissons un Fils ... en deux natures, sans con-

fusion, dovyydrws, sans changement, droéntws, sans division, &deæs- ; 24 ; £g ; Q )

péros, sans séparation, éywgl{orws.» Cf. Maxsr, Sacrorum Concilio-

rum collecho, T. VII, p. 652.

54 YAHYÂÀ BEN ’ADÎ.

sitera pas à se faire le défenseur de toutes les communautés chrétiennes. Melchites, Nestoriens et Jacobites sont les enfants d’une même famille, et convient-il, pendant que la maison est assiégée, que les frères trouvent le temps de se disputer à l’intérieur ? Avec une élévation de sentiment qui est toute à sa louange, lui, le Jacobite convaincu se place au-dessus des querelles de sectes, pour faire face à l'ennemi commun, le Musulman.

Un exemple semblable avait été donné, quelque cinquante années auparavant. Dans son traité De l’accord de la Foi, Elie de Damas, patriarche des Nestoriens à Jérusalem, avait conjuré les trois confessions chrétiennes de mettre fin à leurs discussions, à l’esprit d’animosité et de haine mutuelle, si opposé à la doctrine du Christ, et qui se tournait à l'avantage des infidèles. « Nestoriens, Melchites et Jacobites, disait-il, ont les mêmes Livres Saints, les mêmes sacrements, la même hiérarchie, les mêmes fêtes; ils ont en réalité la même foi, et sont seulement en désaccord sur les termes. Les Nestoriens croient qu’il ne faut pas appeler Marie, Mère de Dieu; ce n’est pas nier la divinité du Christ, ou la descente, dans le sein de Marie, du Verbe qui reste toujours roi de l’univers. Mais ils refusent d'appeler Marie, Mère de Dieu, parce que le nom glorieux de Dieu signifie la Trinité des personnes, au lieu que le nom de Christ s’adresse seulement au Fils, à l’exclusion du Père et du Saint Esprit. Si nous disons, Mère de Dieu, nous semblons attribuer la naissance au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Si, au contraire, nous disons que la Sainte Vierge est mère du Christ, Dieu des siècles, nous affirmons que le Fils seul est né d'elle. S’exprimer ainsi ce n’est pas nier la divinité de Jésus-Christ ».

« De même, si les Jacobites et les Melchites affirment que Marie est Mère de Dieu, ce n’est pas nier l’humanité du Christ, ou attribuer la naissance au Père ou au Saint-Esprit. C’est seulement reconnaître que le Christ a été conçu

Page 1