CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
Ammonius Saccas, le maître de Longin, d'Hérénnius, d’'Origène, de Plotin, s'efforce de démontrer l’harmonie du système de Platon et d’Aristote ; il y mêle le système de Pythagore, des éléments de Christianisme, et ce qu’il connaît des doctrines de l'Orient. Avec Porphyre, le disciple et l'éditeur de Plotin, l’évolution est terminée; la philosophie a pris, pour dix siècles, une orientation aristotélicienne ; et c’est à bon droit que le moyen-âge a considéré Porphyre comme l’Introducteur nécessaire à l'encyclopédie philosophique (1).
On a dit que la philosophie alexandrine fut une perpétuelle réaction contre le Christianisme (2). Les partisans
(1) Cf. Renan, Averroès et l’averroïisme, p. 92.
(2) « Ce ne fut que lorsque le Christianisme eut fait entrer l’esprit humain dans une fermentation puissante, dont le résultat définitif devait être l’anéantissement du paganisme, sous tous ses rapports, que le paganisme ému se concentra en lui-même, se chargea de tout son passé et entreprit, en se mettant en opposition flagrante avec le Christianisme, de résoudre la grande question de la réconciliation de l'humanité avec la Divinité. Il ne suffit plus de se rattacher à l’ancienne philosophie, platonicienne ou aristotélique; le résultat était connu, l'insuccès constaté . . . On inventa donc une philosophie qui, pour répondre au caractère du Christianisme, se proclamant la religion absolue, embrasserait à la fois tous les systèmes antérieurs, pythagoricien, stoïcien, aristotélicien, de telle façon qu'elle en réconciliât entre elles les idées hostiles, les antithèses immémoriales. A cette fin, elle appela l’allégorie à son secours, elle fit un amalgame de stricte spéculation et de pures imaginations. Elle s’associa les éléments orientaux, qui devaient lui prêter le caractère des mystères religieux . . . Cette philosophie reçut le nom de “éoplatonisme, parce que son principal représentant, Plotin, avait surtout des sympathies pour Platon, et qu'il en adopta les idées, le mouvement, l'élan enthousiaste. Aïnsi le néoplatonisme est la négation du Christianisme.» — Wôürren, article Néoplatonisme, dans le Dictionnaire encyclopédique de Théologie de Wazrzer, traduit de l’allemand par Goscucer, T. XVI, p. 45.
«Le moment le plus curieux, sinon le plus glorieux pour cette histoire (de l’école d'Alexandrie) fut celui où la philosophie étant sur le trône avec Julien l'Apostat 361—363, l'école d'Alexandrie
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de cette opinion auraient pu examiner s’il y avait là une cause dans la préférence donnée à Aristote. Mais, lors même que l’on refuserait d'admettre que la lutte contre le Christianisme ait été une cause dans le renouveau de la philosophie aristotélicienne, il faut bien convenir que les objections à la religion nouvelle procédèrent souvent des doctrines du Stagyrite. Il suffit, pour s’en convaincre, d'examiner dans Origène, dans Eusèbe, ou dans Saint Augustin, les fragments qu’ils nous ont conservés des écrits de leurs adversaires.
C’est que l'Aristotélisme offre un système complet qui, sous certains aspects, peut être considéré comme la forme la plus parfaite de l’antichristianisme spéculatif. Le chef de l'école augustinienne au moyen-âge, Gilles de Rome, à développé cette opinion dans son fameux ouvrage : De erroribus philosophorum Aristotelis, Averroïs, Avicennae. I] ramène aux points suivants quelques-unes des antinomies entre Aristote et le Christianisme : « Le mouvement et le monde n'ont pas eu de commencement; le temps est éternel; le soleil a toujours été la cause de la génération et de la production des choses inférieures ; la génération et la corruption des corps n’ont pas commencé et ne finiront jamais; dans tout composé, il ne peut y avoir qu'une forme substantielle; on ne peut admettre ni un premier homme ni une première femme ; la résurrection des corps est impossible ». (1)
La valeur polémique d’un pareil système, «invention ténébreuse de démons », au dire de l’aristotélicien Saint
fut appelée à jouer un rôle actif dans la restauration des vieilles croyances qu'il s'agissait à la fois de faire revivre pour le peuple et de rendre acceptables aux esprits par un système.» Il. Manrrox, article Alexandrie (École philosophique d’), dans La Grande Encyclopédie, T. 2, p.128. — Le D' Paropr exprime la même opinion à l'article Néo-platonisme; Op. cit., T. 24, p. 940. Voir encore Marrer, Histoire de l'École d'Alexandrie, T. 1, p. 290.
(1) Ermoni, Jean Damascène, pp. 1—8.