‹ Yahyâ ben 'Adî: Un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 7 sur 48 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Jean Damascène (1), n'a pu échapper à des adversaires du Christianisme aussi éclairés que Celse, Proclus, Jamblique ou Porphyre. Le nom de ce dernier n'évoque guère pour nous que le commentateur d’Aristote, le biographe et le continuateur de Plotin ; mais c'était, pour les Chrétiens des IT: et IVe siècles, un des noms les plus odieux. Les Discours contre les Chrétiens, xaTà yoiotviar&r Àdyor, en quinze livres, constituaient une véritable synthèse de toutes les objections historiques et philosophiques que Porphyre opposait au Christianisme. Ils méritaient à leur auteur d’être qualifié d'ennemi capital de la foi, dans un édit que l'empereur Constantin publiait contre l’hérésie arienne (2).

Et Porphyre, notons-le dès maintenant, a fait école chez les Arabes, puisque nous voyons, au 1X° siècle, le célèbre philosophe al-Kindi écrire un traité contre la Trinité, en se réclamant de la seule doctrine philosophique de l’/sagoge.

Quand l'attaque fut péripatéticienne, la défense dut l’être également. L'’aristotélisme entra dans l’apologie des premiers siècles, comme l’on y a introduit, de nos jours, la géologie, la critique des textes ou l’histoire. Deux doctrines opposées ne peuvent efficacement se mesurer qu'en se mettant sur le même terrain, où bientôt elles produisent l’une sur l’autre des réactions réciproques, chacune s’efforçant de s'approprier les points de la partie adverse qu'elle juge à sa convenance. Presque tous les docteurs de cette époque sont aristotéliciens, sauf que dans la forme de leurs écrits, ils conservent quelque chose de l'élégance platonicienne. Mais par voie de conséquence de ce contact du Christianisme avec la doctrine d'Aristote, péripatéticiennes seront bientôt les hérésies.

(1) d'œuudvwr ebemua oxotevôr. Contra Jacobitas, T. I, p. 1440.

(2) Hoppôçios 6 Ts Oeocebelas y Iods ourTéyuura ragéroux xuTù Ts Ooncxelas ovornoéuevos. Socrars, Hist. écclés., L. TI, C. IX, p. 87; (édition Mrexs).

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« Basilide, nous dit Origène, a tiré son hérésie des théories d’Aristote qui l'avaient ébloui ; c’est la doctrine du Stagyrite qu’il nous propose, et non la doctrine du Christ » (1).

Au troisième siècle, Artémon et Paul de Samosate appellent Aristote au secours de leurs erreurs antitrinitaires. Eusèbe les blâme vertement de faire trop de cas de ce philosophe, de mépriser la simplicité de l'Écriture et d’étourdir leurs auditeurs par l'éclat de leurs syllogismes (2).

Les sectes si nombreuses, Ariens, Nestoriens, Monophysites, Trithéistes, Monothélites, Agnoîtes tirent toutes leurs origines de distinctions aristotéliciennes, dont la fureur régnait en Syrie, en Cilicie, et sur les bords du Nil(S).

« Deux choses qui sont complètement en acte, avait dit Aristote, ne peuvent jamais être une seule chose en acte » (4). Tel est le point de départ de l’hérésie monophysite : pour que le Christ soit réellement un, il faut que les deux natures après leur union n’en forment plus qu’une seule.

Aussi, voyons-nous que les défenseurs les plus remarquables de cette doctrine sont d’ardents péripatéticiens (5) ;

(1) ré À défa Baovkeidou xl Gre Trois Agiororéhovus d'éyuaor xartamrhcyeis ÊE aùr@rv Tv aioeowv ovvéotnoe ... Aoxet vor Tù Bauockeldov uh ouœwnäy Üvra Agiororélous Tod Zrayerplrov doyuaura où XpuoTo®.

Contra haereses, L. VIT, C. 1 et 14, T. VI, pp. 8298, 8295 ; édition MiGxe.

(2) Histoire écclésiastique. Li. V, C. 28, p. 516; édition Mrexe.

(3) Rexan, De philosophia peripatetica apud Syros, p. 12.

(4) ‘Adüvator yèo oùolar ࣠oùoir elvar vurmagyovo®r &s êvre- Leyeia® tù yûo do oÙros évreleyelx oùdérote Er êvreleyela. Métaphysique LMI CMS AD 553

(5) Saint Jean Damascène leur reproche de faire d'Aristote un treizième apôtre et de mettre son enseignement au-dessus de celui des Saintes Écritures : 4 roûro 1@v DEOPOQWV EÏONXE TUNOTE; Eè ui mov Ty mag dulv &yuoy AgorwrTélmr fuir, ÔS Tooxou 0 ÉxuTov äxôotohor, eiouyéyoute xl T@v Jeomveboror Tor eidwloléTeyr Kp00xolvoite. Contra Jacobitas, ©. 10; T. I, p. 1441.

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