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Yankees et Canadiens

11 V a I rente ans, on était bien près de regarder comme un héros quiconque avait traversé rAtlan" tique. Les Américains qui venaient en France nous inspiraient une sorte de respect ; et quant aux Français qui, au retour (Tune expédition dans ces lointains pays, racontaient à leurs compatriotes les merveilles qu'ils y avaient vues, on n'avait pas assez d'admiration pour leur vaillance et leur intrépidité. Ils étaient pour nous ce que sont aujourd'hui les jîrazza, les Bingci-, les Marchand et les Monteil, c'est-à-dire des httniines extraordinaires, doués d'une audace, d'un coura<i^e el d une ténacité «[ui ont été refusés aux sinq)les mortels.

Actuellement, nous avons l'enthousiasme moins facile. La raisr)n en est que les Français ([ui vont en Amérique sont beaucoup plus nond)reux qu'autrefois; et de [)his, la traversée de TAllantique est devenue si facile et si rapide que, fran-

chement, on aurait mauvaise grâce à tirer vanité d'un si mince exploit.

Je me garderai donc bien de me comparer à Christophe Colomb pour avoir eu, il y a quelques années, la chance de passer plusieurs semaines sur le sol américain.

J'éviterai plus soigneusement encore de formuler des jugements sur les institutions et les mœurs d'un pays que je n'ai traversé qu'en courant. Je me propose simplement de noter mes impressions de chaque jour et de dire avec une entière sincérité ce que j'ai vu et ressenti.

On n'est pas depuis vingt-quatre heures à New- York que les Américains vous posent invariablement cette question : « Comment trouvez-vous le pays? » Pour peu qu'on soit Gascon, on se tire d'embarras en répondant que le pays est ravissant et que le peuple américain est le premier peuple du mondé. ^ ous pouvez sans crainte forcer un peu la note : personne ne vous contredira!

Quand on rentre en France, on entend aussi l'inévitable question : « Comment avez-vous trouvé l'Amérique? » Seulement, il est plus délicat de répondre. On n'éprouve aucune peine à reconnaître que l'Exposition de Chicago était grandiose et que les chutes du Niagara sont un des plus magnifiques spectacles du monde. Mais le peuple américain lui-même? Comment l'appré-

cier? Quelles sont ses ([iialités et (jiiels sont ses défauts? — C'est là qu'est la ditriculté, et Ton ne sait comment y échapper. Louer tout sans réserve, c'est laisser croire qu'on n'a rien \u ou rien voulu voir; et, d'un autre côté, dire toute sa pensée et faire une lar^e part aux criticpies par amour de la vérité, c'est se brouiller avec tous les Américains qu'on a rencontrés et (|ui ont été aimables^ pour vous.

Néanmoins, au risque de me faire lapider lors de mon jirochain voyage en Amérique, je dirai ce que je crois être la vérité.

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