CHAPITRE IX
LES DOMINICAINS Di: SAINT -11 VACINTII li
Un couvent de prédicateurs. — L'n dimanche à Saint- Hyacinthe. — Les évèques canadiens et leurs coadjuteurs. — Organisation d'un collège. — La question des brevets.
A bord tic la Tuiiniiiic, j'avais eu la bonne forluiie de voyager eu compagnie du pi-ieur des Dominicains de Saiut-IIyacinthe. Avant de nous séparer à New-York, il me lit de telles instances pour me faire passer par Saint-IIyacinlhe, ([uc je me crus lié par ma promesse, et, au retour de Sainte- Anne de Beaupré, je m'empressai daller rendre la visite ([ue j'avais annoncée.
Un ferry Ixjid me transporta sur la rive droite du Saint-Laurent , et à Lévis, charmante petite ville située juste en face de Québec, je pris le (rain [)our Saint- Hyacinthe. Je n'ai rien à mentionner sur ce voyage, sinon (juau retour je me liai avec un prêtre bordelais qui était devenu curé aux environs du Détroit et (jui ne paraissait nullement se repentir de s'être fait .Vinéricain. La vie large, facile et indépendante (ju'il mène dans sa paroisse, l'estime et rarfectiou dont il y jouit, ne sont pas de uature , je le conçois, à lui faire regretter
le temps OÙ il était petit curé de campagne, vivant chichement de son maigre traitement et en butte aux basses jalousies et aux taquineries d'un institutcvu" et d'un conseil municipal.
Depuis dix ans cju'il est curé américain, il s'est accoutumé h l'anglais; il prêche et confesse dans cette langue, et je comprends cju'avec sa verve méridionale et ses manières pleines de bonhomie il ait gagné les sympathies de toutes ses ouailles.
Dans le train, je rencontrai encore l'évêcpie acadien d'Anticonish; c'était un beau vieillard de taille élevée et de manières distinguées, mais Anglais d'origine. En causant avec lui, il me fit force déclarations d'amitié pour la France; mais j'ai su depuis que dans son diocèse, qui compte plus de cinquante mille Acadiens, il interdisait par tous les moyens possibles l'usage de la langue française. Ce renseignement, je l'avoue, m'a singulièrement refroidi à son endroit; et, si j'en avais été informé plus tôt , je n'eusse certainement pas manqué de lui en témoigner toute ma surprise.
Saint -Hyacinthe, où j'arrivai après dix mortelles heures de chemin de fer, est une petite ville qui compte environ vingt mille habitants. Elle est traversée par une belle rivière qui a conservé son nom d'origine, l'Yamaska. Elle est i)lus large que la Seine. Mais, en Amérique, les grandes rivières sont si communes c{ue celle-ci ne compte pas. L'aspect de la ville est tout à fait riant et dénote une grande aisance chez les habitants; les maisons, toutes jolies et coquettes, sont construites sur le modèle des chalets suisses. Les routes sont médiocrement entretenues, comme c'est l'habitude dans toute l'Amérique, mais elles sont bordées de