‹ Yankees et CanadiensChapitre 21 sur 42 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

des ponts cl chaussées na pas son équivalent aii.v Klals-Unis, ou. si les '\'ankecs font des frais pour rcnlrclien de leurs routes et de leurs chemins, il faut reconnaîlrc (pie c'est en pui-c perle.

Comme je m'étonnais de celle incurie, un Américain me (il cette réflexion ({ui est forl judicieuse :

« Rien de plus naturel, pourtant, me disait -il, tjue nos roules soient en mauvais élal. En France, vos roules sont anciennes; elles datent dune épocpie où c'était le .seul mode de conununication ; de là le soin minutieux avec lequel elles ont été tracées et entretenues; tandis ([ue, chez nous, lorsque nous voulons relier deux villes, nous établissons d'abord un chemin de i'cr. La route ne vient qu'après. D'oii il résulte que tous les transports se faisant par la voie ferrée, nous n'attachons (pi'une très petite importance aux roules. »

Fort bien, avais-je envie de répondre; mais encore une fois ii (|uoi peuvent servir les bicyclettes?... Il est certain (jue, telles qu'elles sont, les routes sont inabordables pour des machines de précision. Je serais assez tenté de croire que les amateurs ne s'en servent que pour leurs courses en ville, et , dans ce cas, je m'exj)lique diflicilcmenl la pro.spérilé prodigieuse de l'industrie des vélocipèdes à Ilarlford.

Cependant le moment était venu de reprendre le chemin de la France. Il lallait être à son poste pour la rentrée d'octobre. Je fis mes adieux à mes amis de Manchester et je fdai directement sur Xew-York. J'avais grand besoin d'une journée de repos avant de m'embarcpicr. Mais peut-on songer h se reposer dans une ville connne New-York? Les visites et les courses eurent bien vile absorbé les douze heures que je m'étais

réservées, et je dus partir en me disant que je me reposerais sur mer.

J'eus cependant le temps d'aller voir le curé canadien de la ville, M. l'abbé Tétrau, pour qui j'avais des lettres de recommandation. Son accueil fut on ne peut plus aimable. Avec une obligeance dont je fus très touché, il mit sa voiture à ma disposition, et faisant lui-même Toffice de cocher, il me promena à travers New- York pour me montrer les monuments et les curiosités que j'avais pu négliger. Je ne vois pas bien le curé de la Madeleine conduisant ainsi ses invités, en phaéton, à travers Paris. Mais, tout compte fait, je ne sais si je n'aime pas mieux les allures libres et toutes cordiales des prêtres américains que la correction un peu froide à laquelle nous ont habitués certains curés parisiens.

Le soir, un orage épouvantable éclata. Mais, malgré les éclairs, le tonnerre, et une pluie diluvienne, je me rendis à lîord de la Gascogne pour y passer la nuit. On devait lever l'ancre le lendemain à huit heures du matin ; il me semblait donc plus i)rudent de procéder dès la veille à ma petite installation. Fort heureusement j'étais seul dans ma cabine, et j'en remerciai le Ciel, car on ne se figure pas combien il est désagréaljle et même parfois pénible de vivre pendant huit jours, côte à côte avec un étranger, dans un espace de quelques mètres cubes. Ce serait à peine supportal)le avec un ami intime ; on devine l'exaspération qu'on doit éprouver, quand on se trouve en tête à tête avec un monsieur qu'on n'a jamais vu et pour lequel on se sent une invincible antipathie. On cherche alors mille prétextes pour amener le divorce, et je le conçois.

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