I.E KKTULH
Mais, i^ràce à Dieu, je ne lus pas oblii^é de recDUrir h celle exlréinilé, puisque j'étais seigneur el niailie dans ma pclile cabine.
En déi)il des gi"incemenls des poulies et des treuils (jui fonclioinièrent toute la nuit pour entasser les colis à fond de cale, je doi-niis du sommeil du juste, et le lendemain, h sept heures, je |)us me donner la satisfaction d'assister à l'arrivée des jiassagers (|ui avaient préféré coucher h Xew-Vork.
Les malheureux, conmie je les plaignais ! Ils avaient les yeux gonllés de sommeil cl on lisait sur leur figure tous les déchirements des adieux.
La scène était d'autant plus triste, que la tempête de la veille conlinuail. L'atmosphère était lourde, les nuages noirs l'oulaient Icnicment au-dessus de Xew- ^'ork. el de temps à autre on entendait le grondemeni du tonnerre. Franchement, c'était lugubre.
Mais le capitaine de la (Insajffnc n'était pas homme à s'émouvoir pour si peu. Qucl([ucs minutes avanl huil heures, il iil sonner la cloche j)0ur avertir les personnes (|ui étaient venues accompagner les passagers qu'il fallait .se retirer. A huit lieui'cs moins cinq, second coup de cloche pour enle\cr les passerelles, el, à huit heures précises, la machine donnait son premier coup de piston. On se mettait en roule pour la France.
Nous autres Français, nous étions enchantés de partir, parce tpie nous savions <pie. par dclii le ■< grand f(tssé », c'étaient la pairie, nos parents et nos amis que nous allions retrouver, .^h^is che/, les Américains, et siu'lout chez les Américaines, c'était un scnlimenl tout contraire. Dans bien des yeux . on aurait pu surprendre une larme lurlive. Je comj)ris alors (pie celte race si
endurante n'a pas, comme on le croit, le cœur fermé à tout sentiment.
Beaucoup de jeunes Américaines avaient trouvé dans leur cabine, ou à leur place, dans la salle à manger, des bouquets et des corbeilles de fleurs ; c'étaient des cadeaux d'amis qui, ne pouvant faire la traversée avec elles, avaient tenu à leur offrir ce dernier témoignage d'affection.
Tant qu'on fut dans la rade, ces jeunes personnes, appuyées sur les bastingages , tenaient les fleurs d'une main, et agitant leur mouchoir de l'autre faisaient des signes d'adieu aux parents et aux amis restés sur la jetée, comme pour leur dire qu'on penserait à eux pendant la traversée.
Cependant la Gascoffne continuait sa marche; elle avait rasé l'îlot qui soutient la statue de la Liberté. Déjà on distinguait à peine la pointe de la Batterie et le pont de Brooklyn. Enfin, le navire double le cap de Sandy-Hook. Cette fois, nous voilà en pleine mer. Il nous faudra rester ainsi huit jours complets entre le ciel et l'eau, avant de revoir les côtes de France.
Mais dès le premier jour, la monotonie de la traversée fut rompue par deux incidents.
On marchait depuis quatre heures, quand on arriva en présence d'un bateau américain qui avait été coupé en deux par un steamer anglais, durant la tempête de la veille. L'avant et l'arrière flottaient comme deux épaves à plus de deux cents mètres de distance, et le steamer qui avait fait le coup était là, sur le lieu du sinistre. Le capitaine avait fait mettre à la mer toutes ses chaloupes, et quand nous passâmes on était en