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froissement, d'ailleurs très légitime, ait décidé les exposants français à se mettre volontairement hors du concours. Certains Américains l'ont déploré comme nous; ils ont dit et répété, soit dans des discours officicls, soit dans leurs journaux, que si les Français avaient eu plus de confiance dans leur impartialité, les choses se scraient passées tout à notre avantage, cl que, lans la distribution des récompenses, une place très large et toute privilégiée aurait été faite à nos compatriotes. Combien n'est-il pas fâcheux que ces assurances courtoises soient venues (trop tard, quand la rupture était déjà un fait accompli!
On le voit donc, Exposition de Chicago ne manquait pas d'intérêt pour qui tenait à s'instruire. Mais pour un Européen qui a Fhabitude des voyages et qui est toujours plus ou moins blasé sur ces sortes d’exhibilions, ee qu'il y avait de plus curieux et ce cui éveillait tout particulièrement son attention, c'était ce grand publie qui se pressait dans les palais de P'Exposition colombienne. Pour moi, j'éprouvais une véritable jouissance à me mêler à la foule, afin d'observer de plus près ces hommes rudes et francs de Ouest, don l'accent nasillard et narquois se faisait entendre au milieu du bruit général, qui se promenaient partout en regardant les objets pour les apprécier et les critiquer, et qui, dans cette sorte d'inventaire de toutes les nations du monde, n'hésitaient pas un instant à donner Ie premier rang à leur propre patrie.
Ce gros public, exclusivement démocralique, ne brillait pas par le luxe des vêlements : les genoux avaient fait leur marque sur les pantalons lant soit peu usés ; les soulicrs étaient souvent éculés et les coiffures
parassaient avoir perdu depuis longtemps leur frai- | cheur primitive. Mais, en examinant attentivement tous ces gens courbés sur une vitrine ou arrêtés devant une machine, il était facile de reconnaître que c'étaient des hommes pratiques, séricux, réfléchis, avant la claire vue des choses et toujours guidés par un imperturbable bon sens.
Ce public-là, qui était venu à Chicago uniquement pour s'instruire et pour se mettre au courant des progrès de l’industrie, n'a pas été trompé dans son attente, et il est reparti content de sa visite et fier de son Exposilion.
Sans doute le succès de cette œuvre eût été plus éclatant, si les grandes compagnies de chemin de fer avaient su allécher les voyageurs par une plus grande réduction de prix, et si surtout les hôteliers de Chicago | s'étaient, dès l'abord, montrés plus discrets dans Féva-
luation anticipée des énormes bénéfices qu'ils comptaient
rene opmngene
retirer de la Foire du monde. A force de viser exclusi-
vement leurs intérêts personnels, on peut dire que les
uns et les autres se sou! irsmpés dans leurs calculs et
se sont ménage le den:i--échec qui s’est procuit. | Enfin, ce qui à nui encore à l'Exposition colom-
bienne, c'est l'absence trop manifeste d'organisation intéricure. Si les Américains sont des ingénieurs hardis, des inventeurs souvent heureux et des mécaniciens hors de pair, il semble que la Providence leur ait refusé le don | de classer les choses, de les disposer de telle sorte que les unes fassent valoir les autres, et que lon puisse, d’ün seul coup d'œil, voir les progrès qui ont été accomplis. Le Yankece n a d'autre règle à cet égard que son caprice
ou son intérêt. C'est ainsi qu'on à pu rencontrer des
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0e de Ares.
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pianos dans le palais de lélectrieité, ou iles jrodiurs comestibles égarés dans le palais des transperts. 7, outre ces erreurs, qui en France eussent été -: 2e;0 santes, il paraît aussi que les commissions |:
chargées de l'administration des différentes sections, fonclionnaient aussi mal que possible. Ce désarroi et ce désordre faisaient Ie désespoir des exposants francas et l'objet de toutes leurs récriminalions. Je connais un ingénieur électricien qui, se plaignant un jour au président général de FExposition de cette confusion de tous les services, recul cette réponse homérique :
« De quoi vous plaignez-vous?... Mais si tout avait élé organisé, vous ne seriez pas libre, landis qu'avec notre système, vous pouvez faire tout ce que bon vous semble. »
Le Français fut désarmé par lat de candeur: mais, S'il en profila pour arranger ses pelites &ifaires à son gré, ilne parvint jamais à comprendre que le respect de la liberté doive nécessairement contre à Et confusion et au chaos. |
Au fond, le plus gros grief que ‘on at formulé contre l'Exposition, — celui-ci était fondé, — c'est qu'elle élait peu amusarte. Il est incontestable, en effet, qu'au point de vue de l'entrain général et de la gaieté d'ensemble, elle ne rappelait en rien l'inoubliable fête parisienne de 1889. Ceux qui, en venant à Chicago, se proposaient uniquement d'étendre et de perfectionner leurs connaissance: dans certaines branches de l'industrie, trouvaient ample matière à nourrir leur enthousiasme de spécialistes ou à éclairer ieurs recherches. Mais les autres, et malheureusement ce sont partout les plus nombreux, ceux qui, dans une
exposition, ne prisent que les distractions vulgaires et les amusements de café-concert, ceux-là étaient entièrement décus. Les restaurants et les cafés étaient rares à Jackson-Park ; on y cherchait en vain ce côté cirque et foire, où les boniments arrêtent le promeneur au passage et où les pelits vendeurs plaisantent avec les acheteurs. Tous ces divertissements un peu grossiers que recherche la foule, on les avait groupés dans le Hidway-Plaisance, à l'ombre de la grande roue, el 1l faut reconnaître qu'ils ne briliaient n1 par l'entrain, ni par l'originalité. On m'a affirmé que les neuf dixièmes de ces forains en avaient été pour leurs frais d’installation et que quelques-uns même avaient perdu de urosses sommes d'argent.
C'est cet aspect un peu austère de l'Exposilion qui a été une des causes les plus décisives de son demisiccès. Les oisifs buveurs de bocks et les coureurs d'aventures ont rencontré à Chicago de cruels mécomptes personnels, et ils se sont dédommagés de leurs déboires en répétant partout que cette Exposition n'avait été qu'un « four ». Mais les hommes de race anglo-saxonne, qui sont moins habiles que les peuples latins à organiser les fêtes Joyeuses, et qui, en revanche, comprennent infiniment mieux tout ce que comporte le sérieux de la vie, les Anglais, les Américaus ct les Allemands n'ont pas caché leur satisfaction cn visitant en détail les merveilles amoncelées dans la eité blanche; ils ÿ ont trouvé l’instructif et l'utile, et cela leur a suffi pour rendre pleine justice à l'Exposition du Michigan et pour proclamer qu’elle réalisait les deux conditions que doit remplir toute exposition universelle : étonner et instruire.
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