SS YANKEES ET CANADIENS
J'étais sûr de trouver là, non pas précisément la solitude, mais du moins la fraicheur, le repos et même un isolement relatif pour m'abandonner à mon aise aux Jouissances que Je m'élais promises de ce magnilique paysage.
Ce qui me frappa tout d'abord en débarquant à Niagara, ce fut la physionomie de la gare : elle est en ellet un peu plus coquette et un peu mieux tenue que loules celles que j'avais déjà rencontrées, et rien qu'à ce signe, on peut deviner que Niagara est une ville de plaisance et non une ville d'affaires : c'est pour accueillir les touristes qui viennent de tous les points du monde, que la compagnie du Lake Shore a tenu à construire une gare à peu près présentable.
Elle a des intentions vraiment maternelles, cette compagnic! Ainsi, en descendant du (rain, je tombe en arrèt devant un appareil automatique assez semblable à ceux qui en France distribuent, moyennant deux sous, une lablette de chocolat, des pastilles de miel, une photographie où une feuille rose indiquant la bonne aventure, En gens pratiques, les Américains ont trouvé quelque chose de micux.
La machine installée dans la gare de Niagara porte un écrileau, vous invitant à introduire une pièce de cinq sous dans Fouverture de Fappareil, et il sort immédiatement une police d'assurance contre les accidents de chemin de fer.
Mes lecteurs seront peut-être curieux de savoir quelle est l'indemnité allouée aux voyageurs en cas d'accident. Voici ce que dit l'affiche: j'ai tenu à copier ce curieux document.
Cinq cents dollars pour la mort. — Est-ce le voya-
du Niagar
Chute
LE NIAGARA ot
geur qui a été tué ou bien sa famille qui touche les cinq cents dollars? L'écrileau ne le dit pas; c'est vraiment dommage !
Cinq cents dollars pour la perte des deux pieds ou des deux mains;
Cinq cents dollars pour la perte des deux yeux:
Cinq cents dollars pour la perte d'un pied et d'une main ;
Deux cent cinquante dollars pour la perte d'un seul pied ou d’une seule main.
Évidemment c'est quelque chose, et je concois qu'à la suite d’un malheur, on ne soit pas fâché de toucher une indemnité de deux mille cinq cents francs où même simplement la moitié, ne scrail-ce que pour payer la note du chirurgien. Pourtant, je ne puis m'empêcher de trouver que, dans cette circonstance, les Américains ont lésiné. Il semble qu'au pays des dollars, on eût dû mieux faire les choses. Pour éviter un procès, nos compagnies françaises n'hésileraient certainement pas à faire un sacrifice beaucoup plus considérable.
Mais j'oublie que les Américains ont une excuse : c’est le nombre. fabuleux de déraillements °! d'accidents de toute nature qui se produisent sur leurs voies ferrées. Si les compagnies devaient payer une forte indemnité à tous les voyageurs qui sont victimes d'un accident, elles seraient ruinées au bout de six mois. C’est ce qui explique pourquoi les sommes garanties par l'appareil automatique sont si modestes. Les chances de déraillement ou de tamponnement sont tellement nombreuses qu'on ne peut vraiment pas se montrer généreux pour tous les pauvres diables qui s'amusent à se faire blesser ou tuer.
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