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des exceptions. Au fond, nous sommes très aimés du peuple. Nos Canadiens n'ont pas oublié qu'après le traité de Paris, ce sont les prêtres et ies missionnaires qui ont groupé aulour d'eux les éléments restés «ans la colonie et ont constitué la nation. Ce sont là des services qui ne s’elfacent pas de la mémoire d'un peuple. Pour garder sa confiance et son affection, il suflira que nous soyons prudents, discrets dans l'usage de notre autorité, et que, comme les prêtres des Etats-Unis, nous soyons à la Lêle de Loi: les progrès. »
EL à Pappui de son dire, le bon curé de Saint-I créol me raconte l'histoire de M Labelle, mort curé de Saint-Jérôme et ministre de l'agriculture et de la colonisalion pour la province de Québec.
On n’a pas oublié en France celle élrange et puissante figure de prêtre colonisateur, qui à plusieurs reprises est venu dans notre pays pour étudier nos institutions, nos lois el surtout nos méthodes agricoles. Sous une écorce un peu rude, des manières presque grossières el un parler de paysan, le curé Labelle cachait une finesse surprenante, une rare intelliswence, une âme d'apôlre et en même temps une vigueur de caractère qui s’est révélée dans toutes ses entreprises.
Nommé, à trente ans, curé de Saint-Jérôme, il se trouve à la tête d'une paroisse pauvre, sans ressources, située sur les confins de la forêt et paraissant incapable de se développer. Le curé Labelle se met à l'œuvre; il enseigne à ses paroissiens comment il faut lirer parti des richesses du sol; il construit des moulins, exploite les mines, érige une église, des écoles, un collège et un hôpital, et, quand la population de Saint-Jérôme s’est décuplée et que les ressources se
sont accrues en proportion, il s'attaque à la forêt; il envoie partout des bûcherons pour abattre les arbres, ct transformer les bois en champs cultivés, et, après quelques années d'efforts héroïques, il réussit à créer dix-huit paroisses nouvelles autour de la sienne.
Sa popularité parmi ces vaillantes populations est telle, qu’on l'appelle le roi du Nord et que le premier ministre, M. Mercier, pour ne pas laisser improductive cette rare puissance, l'appelle auprès de lui en qualité de ministre et le charge de diriger le grand mouvement de colonisation quis’est produit il y a quelques années, et qui finira par exploiter tout le territoire canadien.
« Que de merveilles on ferait, me disait l'abbé Gosselin, si nous avions une dizaine de curés Labelle! Il est mort depuis trois ans: il dort dans le cimetière de Saint-Jérôme; mais son exemple subsiste; 1l sera toujours le modèle des prêtres zélés qui ne se cantonnent pas dans leur sacristie, mais qui, à force de générosité et de services rendus, gagnent les sympathies des fidèles et ne se servent de leur popularité que pour faire du bien autour d'eux. »