LES DOMINICAINS DE SAINT-HYACINTIHE
chaque côté par de larges trottoirs en bois qui rendent les communicalions assez faciles pour les piétons.
Le couvent des Dominicains, où je me rendis en sortant de la gare, comprend une dizaine de religieux profès, environ quinze novices el autant de frères convers : Cela fait en lout une famille religieuse d’'environ quarante personnes. Le chef de cette famille est le père D“, qui porte le Uitre de prieur. C’est un homme Jeune encore, à peine trente-cinq ans; avec cela, fin, aimable, d’une extrême politesse et d'un zr nd zèle pour l’observance de la règle. Il est Franç:'s d''igine; il appartient même à une très bonne fam:'? i-ourgeoise de Paris: mais voilà bientôt douze ans qu'it est fixé au Canada, et, tout naturellement, il est { utaché à sa nouvelle patrie.
Comme en France, les Dominicains s'occupent presque exclusivement de prédication. La petite communauté de Saint-[yacinthe compte plusieurs prédicateurs de renom, particulièrement le père Plessis, qui est originaire de Nantes et dont la parole pieine d’élévation et d'éclat fera sensation à Paris, le jour où ses supérieurs l'y appelleront.
Plusieurs religicux sont Canadiens d’origine; mais comme c’est en France qu'ils ont fait leurs études théologiques, on devine qu'ils sont Français par le cœur. >armi les novices se trouvent plusieurs jeunes Français qui, en étudiant la philosophie et la théologie au couvent de Saint-Hyacinthe, bénéficient de l’article de la loi dispensant de tout service militaire les Jeunes Français qui restent dix ans à l'étranger. Mais la mayorité des novices se compose, bien entendu, de Cana-
diens.
Le couvent n’a rien d’austère ni de rébarbatif; c'est plutôt un Joli château bâti dans le style Louis XTIT, avec une façade toute pimpante, où la brique et la pierre allernées avec goût produisent le plus heureux effet. Derrière, est situé un vaste jardin; les bâtiments sont adossés à l’église paroissiale, qui est desservie par les religieux.
Je fus frappé de l'extrême propreté et même de la coquelterie de ce couvent : les salles communes, la bibliothèque, le chapitre, les cellules, tout me parut installé avec une entente parfaite el un confortable qui n'exclut pas d’ailleurs chez les religieux la pratique de la pauvreté. Je ne sais si cela tient à l'accueil charmant dont je fus l’objet; mais, durant les (rois Jours que je demeurai dans cette maison, j'étais comme obsédé par la pensée d’y rester. Il est bien certain que je n'ai vu nulle part plus d’altrait, ni plus de séduction que dans cette Jeune communauté, et, à voir les manières alfables et pleines de douce gaieté que je constatais chez ces religieux, je ne pouvais m'empêcher de me dire en moi-même : c’est là qu'est le vrai bonheur!
Deux choses pourtant m'effrayaient un peu : l’abdication de la volonté, sans laquelle il n’y a point de vie religieuse, et l'hiver, qui est rude et rigoureux, et qui, pendant près de six mois, couvre tout de son blanc manteau de neige.
L'église paroissiale desservie par les Dominicains est une vaste construction, assez insignifiante au point de vue de l'architecture. Mais l'intérieur est parfaite-
ment aménagé et décoré avec beaucoup de goût. J’eus la consolation d'y assister aux offices du dimanche :