LES DOMINICAINS DE SAINT-HYACINTIHE
je les trouvai célébrés avec une dignité et une pompe dont je fus tout surpris.
Les quarante religieux vêtus de blanc garnissaient les stalles, et dans le chœur évoluaient quatre-vingtdix enfants de chœur, tous revêtus du costume dominicain, et dont les uns servaient à l'autel et les autres exécutaient les chants liturgiques. En entendant cette maîtrise si nombreuse, on se serait cru dans quelque métropole de France. Deux orgues soutenaient cs chanteurs: c'étaient des instruments mus par l'électricité et qu'un seul organiste pouvait jouer séparément où à la fois, sans avoir besoin de changer de place. On me dit que c'était un aveugle qui tenait ces deux orgues, et franchement j'aurais dû m'en douter rien qu'à la finesse délicate de ses improvisations. Mais ma surprise fut extrême d'entendre un pareil artiste dans une si petite ville.
Les offices se déroulèrent donc avec une magnificence admirable, mais dont J'eus l'explication en voyant l'attitude des paroissiens.
Rien d’ennuyé ou d’indifférent sur leur physionomie; on sentait des gens qui aiment les belles cérémonies el qui s'intéressent aux choses liturgiques, précisément parce qu'ils en savent Ja haute signification. Le prieur insista pour que Jj'adressasse quelques mots à cette nombreuse assistance : j'avoue que je n’ai jamais trouvé d’auditoire plus attentif, plus recueilli, ni qui parût avoir plus de goût pour la parole de Dieu.
Mon édification fut complète, lorsque après la cérémonie on m'apprit que tous ces hommes et toutes ces femmes, dont j'avais admiré l'attitude si chrétienne, avaient presque tous l'habitude de communier tous
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les quinze jours ou tous les mois. Du reste, cela n’est pas particulier à Saint-Hyacinthe : la pratique des sacrements est tellement en honneur dans le Canada que, lorsque l'on veut indiquer la population d’une paroisse, on dit: « IT y a tant de communiants, » et ce nombre correspond toujours au chiffre exact de la population adulte.
Saint-[yacinthe est le siège d'un évêché. L'évêque actuel, qui est assez avancé en âge, a demandé et obtenu un coadjuteur. C’est là d’ailleurs ua usage qui tend à se généraliser au Canada, et beaucoup de bons esprits pensent que c’est fâcheux. En effet, les évêques, quand ils ont à choisir un coadjuteur dans leur clergé, se préoccupent avant tout de trouver un homme qui leur ressemble, qui ait les mêmes goûts et les mêmes aptitudes que les leurs, et il en résulte qu'il se crée ainsi des traditions, ou plutôt une routine qui est très préjudiciable au progrès du diocèse. Je suis convaincu que l’épiscopat canadien, qui compte d’ailleurs quelques personnalités brillantes, gagnerait infiniment en pres-
tige et en initiative s’il voulait bien renoncer à l'usage
des coadjuteurs : c’est du moins ce qui m’a élé affirmé par les hommes les plus éclairés du pays.
L'établissement le plus considérable de Saint-Hyacinthe, c’est sans contredit le collège. J'ai tenu à le visiter pour voir en détail comment l’enseignement secondaire est entendu et pratiqué au Canada. Aucune visite ne m'a plus intéressé que celle-là. Je fus reçu par M. Chopuctte, professeur de chimie et analyste expert de la provihce de Québec : il est impossible d’unir plus d’obligeance et de gracieuseté à plus de compétence scientifique. [1 me fit visiter les différentes parties de