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conseille pas cette visite à tout le monde, II faut avoir l'estomac solide pour n'être pas incommodé par: la chaleur intense et par l'odeur d'huile chaude qui règnent dans cette salle ; je ne sais rien de plus étouffant ni de plus écœurant.
Généralement les passagers restent Loutc la journée sur le pont, qui est couvert et fort bien aménagé. La partie réservée aux premières n’a pas moins de cent mètres de long, ce qui permet de faire de véritables promenades.
Quand le temps est mauvais, on se retire dans Îles salons.
On y trouve des tables pour faire sa correspondance, une bibliothèque, un piano, des journaux même, cel surtout une très grande variété de fauteuils, de canapés et de chaises longues sur lesquels on est tout heureux de se reposer quand on est incommodé par le mal de mer.
Ils sont très rares, les passagers qui échappent à ce mal. Il sévit particulièrement au début de la traversée. Mais avec une bonne hygiène ct surtout avec du champagne frappé, on en triomphe facilement. La pire des choses est de se laisser abattre. Il faut réagir, marcher, se distraire, et bientôt on finit par être maître de la situation.
Il y à des malheureux qui, dès les premières atteintes du mal, vont s’enfermer dans leur cabine. Ceux -là sont perdus. [ls seront obligés de rester constamment couchés pour ne pas souffrir, et on ne les verra reparaître sur le pont que le jour du débarquement : on les a très spiritucllement appelés des passagers de cale.
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Les cabines, qu'elles soient extérieures ou intéricures, sont généralement à deux places. Elles sont commodes et bien installées ; mais les couchettes sont petites, et je dois ajouter que lorsque le sort vous a dévolu la couchetie supérieure, on est dans une situalion assez peu enviable. Ces exercices d’acrobatie auxquels il faut se livrer, matin et soir, pour atteindre son lit ou pour en descendre, ne nr'ont jamais beaucoup souri. Mais en revanche, une fois qu'on est couché, on ne tarde pas à bien dormir. Le roulis du navire, quand ïl n’est pas exagéré, devient une sorte de bercement qui n’est pas dépourvu de charme.
Les cabines, comme d’ailleurs toutes les parties du navire, sont éclairées à la lumière électrique. La Touraine compte huit cent soixante-douze lampes à incandescence. Un ingénieur électricien, qui a rang d'officier, est spécialement chargé d’en assurer le service, et, grâce à sa vigilance, tout fonctionne avec une régularité parfaite.
Que dirai-je encore pour montrer Jusqu'où va la prévoyance de la Compagnie afin d'assurer le conforable des voyageurs? On trouve tout à bord : salles de bain, salon de coiffure, bar, café, fumoïr, biblio- (hèque et jeux de toutes sortes. Comment se fait-il
qu'avec tant de ressources sous la main, il v ait
encore des gens qui s’ennuient pendant ces huit jours de traversée ? C’est un mystère que je ne me charge pas d'expliquer. Il paraît, du reste, que beaucoup d’entre eux cherchent une distraction dans le poker
ou le bar:arat.
Il est impossible de visiter un bateau sans faire la
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connaissance du capitaine. Le commandant Frangeul, qui gouverne la Touraine, est un brave Breton à la face réjouie et à la parole pleine de rondeur familière et bon enfant. Il est l'idole des passagers. Chez lui, rien de l'officier gourmé cet réservé. Il à commencé par être mousse; lentement et à la force du poignet, il a gagné un à un tous ses grades. Mais les galons qu'il a successivement conquis ne lui ont rien enlevé de sa Jovialité.
Tous les jours, quand le temps est beau, 1l descend de sa passerelle et se promène quelques minutes sur le pont pour voir les passagers. C'est sa « revue » à lui, et elle produit toujours son elfet.
Il préside lui-même tous les repas. Tout naturellement, il place à ses côtés les voyageurs de distinction, et surtout les aumes qui lui ont été recommandées, et, de sa bonne grosse voix, il raconte mille histoires amusantes qui font le bonheur des convives. Il faut bien croire qu'on ne s'ennuie pas à sa table; car, pour y êlre admis, il n’est pas d’intrigue ou de ruse dont on nc fasse usage : un'iabouret à la cour de Louis XIV n'élait pas disputé avec plus d'acharnement par les belles duchesses de l’époque.
xeecllent capitaine, du reste, et d’une habileté reconnue pour faire manœuvrer son beau navire. On dit qu'il va prendre sa retraite. Ce sera grand dommage. Si les passagers élaient consultés, la Compagnie Île maintiendrait certainement à bord de la Touraine".
! Nous apprenons avec regret qu'il n'a pas été tenu compte des vœux des passagers, et que, depuis quelques mois, le commandant Frangeul a été mis à la retraite.
Je ne dis rien des officiers placés sous les ordres du ÿ
commandant Frangeul : on n’a aucune relation avec À
| eux. L'équipage, m'a-t-on dit, compte trois cent L | quatre hommes. Si l'on ajoute à ce chiffre celui des 3 | passagers, on arrive à un total de douze à quinze % cents personnes. Un grand paquebot est donc bien, F:
comme on l’a dit, une ville flottante. Aucune méta- %
phore n’est plus juste que celle-là. C’est une brillante î
situation que d’être ainsi à la tête d’un grand paquebot. *
Mais quelle effroyable responsabilité !.…
Jl est visible que le capitaine en sent tout le poids les jours où la mer est mauvaise. Ces jours-là il ne quitte pas sa passerelle. Il est tout à son devoir. On devine un homme qui est sur le qui-vive et qui prend toutes les précautions possibles pour ne pas
mettre en péri les nombreuses existences qui lui
sont confiées.
Il ÿ à quelque chose qui le préoccupe plus qu'une à
tempête : c'est le brouillard, et malheureusement il
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