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210 YANKREES ET CANADIENS
faire réussir, il dépense tout ce qu'il a d'intelligence et d'énergie, mais jamais la pensée ne lui viendra de confier à sa femme ses peines, ses falizues, ses embarras ou ses espérances. Il ne lui dira même pas où est son « office », n1 quelles sont les entreprises dont il s'occupe. Il a pour maxime que son travail ne regarde que lui et qu'il ne doit rendre compte à personne de l'emploi de ses journées.
Après un solide déjeuner, il part le matin vers neuf heures pour aller à son bureau, et il rentre le soir vers siX heures. Sa femme n'en saura pas davantage. De quoi pourrait-elle se plaindre, puisque régulièrement, chaque semaine, il lui verse une certaine somme pour sa loilette, les frais du ménage et l'éducation des enfants ? Pour lui ce devoir une fois rempli, il à la conscicnee en paix, et il se croit volontiers un mari modèle.
Mais tous ne sauraient se rendre un pareil témoignage. Il y a, paraît-il, un certain nombre de maris qui ne donnent que des subsides irréguliers ou insuffisants. Dans ce cas, la femme s'adresse aux tribunaux. Mais alors tout se passe correctement cet sans troubler la paix du ménage. Chez nous, un recours à la Justice scrail précédé de scènes orageuses et d'explications irrilantes. En Amérique, les époux vont ensemble trouver le juge et lui exposent le sujet du conllit. Le Juge examine l'affaire, et, après avoir entendu les deux parties, il fixe le minimum de la pension à four-
nir par le mari, el les deux époux rentrent chez eux”
avec autant de sérénité sur le visage que s'ils avaient fait une simple promenade. En vérité, ils auraient grand tort de ne pas recourir ainsi à une sentence
arbitrale : cela ne vaut-il pas mieux que de laisser envenimer les choses par les plaintes et les récriminaions d'une belle-mère ?
Le mari américain est extrêmement respectueux pour sa femme. [l la met sur un piédestal, mais il ly laiss:, au grand déplaisir de beaucoup d'entre elles qui préléreraient être moins respectées el un peu plus tendrement aimées.
Mais ces riens aimables et charmants dont se compose la vie conjugale en France, il ne faut pas les demander à l'Américain. Sa vie est trop remplie par le travail pour laisser une place quelconque au sentiment. |
Quand 1l revient le soir, harassé de fatigue et le cerveau surmené par les tracas des affaires, il mange à la hâle un mauvais repas el il va aussitôt après à son cercle. C'est là seulement qu'il se distrait un peu et que ses nerfs se délendent. Il est plus à son aise au cercle que chez lui, dans son propre salon. Il peut librement fumer, boire des coktails et se balancer dans son rocking chair; 1 sait que personne ne viendra troubler son repos el sa digestion.
Est-il surprenant qu'avec de telles hbitudes, l'Américain n'ait guère le loisir de s'occuper de sa femme, ni de lui témoigner ces attentions délicates et ces surprises affectucuses que prodiguent les maris français, quand ils aiment leur femme? En vérité, il a trop à faire pour songer à toutes ces frivolités, et d'ailleurs la galanterie ne convient en aucune façon à la froideur de son tempérament. Celle froideur est même pour beaucoup dans sa vertu dont'il Uire si volontiers vanité. Oui, certes, le mari américain est moins volage que
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le mari français. Mais cette fidélité relative méritet-elle le nom de vertu ? Je serais plutôt tenté de penser
qu'elle résulte de l'absence à peu près complète de
tentations. En Lout cas, la conduite que tiennent cer-
lains Américains, quand ils viennent se distraire à
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Paris, semble prouver que cette vertu devient moins
farouche en traversant Atlantique.
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